ACTUALITE . NEWS
les autres thèmes d'actualité déjà traités
Avril 2010
 
Crise au Réseau Sortir du Nucléaire
 

L'heure des choix entre accompagnement du système ou alternative
en savoir plus sur les enjeux :  www.sanu.fr   et http://reseau.democratie.free.fr/
Mme Lauvergeon, patronne d'Areva nommée par le gouvernement socialiste, déclarait à l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2009 dernier : "Dans les années soixante-dix, le mouvement écolo s’est développé à partir de sa lutte antinucléaire, mais je pense qu’une scission interviendra sous peu entre les écolos "canal historique", qui resteront antinucléaires jusqu’à la fin des temps, et les écolos modernes qui vont finir par reconnaître que le nucléaire fait partie des solutions."  La prophétie de Mme Lauvergeon serait-elle en marche jusque dans le Réseau Sortir du Nucléaire ?

Au sein du Réseau (RSN) qui fédère entre 800 et 850 associations locales et des partis politiques avec des administrateurs bénévoles issus du terrain, la tension est en nette progression depuis le lancement par les pouvoirs politico-économiques de leur stratégie d'intégration des oppositions tant au niveau mondial que français. Aujourd'hui les coups bas pleuvent et le verrouillage de l'appareil se poursuit : licenciement, démissions d'office, refus de présenter des comptes, plainte auprès de l'appareil d'état contre des écologistes, fermeture de tribune de discussion,... le Réseau Sortir du Nucléaire est à la croisée des chemins.

Le Grenelle de l'environnement

Évènement marquant : le pseudo  "Grenelle de l'environnement". A ce moment-là, le pouvoir Sarkozyste désignent les bonnes associations habilitées à participer au tour de table, avec parmi elles, les "grandes" (France-Nature-Environnement, Fondation Hulot, Greenpeace, l'organisation récente de Yan-Arthus Bertrand,...) et une directive : pas de discussion ni sur le nucléaire ni sur les OGM et donc pas de présence du Réseau Sortir du Nucléaire. Les dés sont donc pipés mais les "grandes" organisations ne bronchent pas, et trop contentes d'être enfin reconnues et validées, elles vont participer pendant des semaines et des mois à des retrouvailles avec le pouvoir.

Le sommet de Copenhague sur le Climat

Deuxième temps fort générateur de tensions, de dissensions au sein de l'instance dirigeante du Rezo (9 membres au Conseil d'Administration) et de l'appareil salarié (13 salariés) : le sommet de Copenhague sur le Climat. Alors que tout le potentiel de médias internationaux et de relais d'opinion est mis à contribution pour générer un catastrophisme ambiant propice à toutes les manipulations, les fameuses "grandes associations" participantes au "Grenelle de l'Environnement" lancent une supplique à Nicolas Sarkozy, lui demandant de prendre la tête d'une croisade contre l'effet de serres : l'"Ultimatum climatique".

L'appareil salarié du Réseau avec à sa tête son directeur administratif (Philippe Brousse) est favorable à signer ce texte tandis que les membres du Conseil d'Administration sont divisés. Profitant de l'absence du porte-parole du Réseau Stéphane Lhomme (opposé à la signature d'un tel texte), le directeur administratif fait se prononcer le CA en faveur de l'Ultimatum climatique. Problème de taille ce texte ne mentionne jamais que l'option nucléaire n'est pas la réponse au problème climatique et place en leader naturel de la lutte contre le réchauffement climatique le VRP du nucléaire N.Sarkozy!

Ce qui n'empêchera pas le Rezo de lancer quelque temps plus tard le slogan "Ni nucléaire, ni effet de serre " mais la dynamique anti-nucléaire radicale est cassée. A Copenhague, sommet international du fiasco, vont donc se côtoyer les pro-ultimatum et ceux qui préfèrent la position "Urgence Climatique, Justice Sociale" (UCJS) aux côtés d'association comme Attac, Confédération paysanne, Alternatifs,...

Le vote désastreux des députés européens d'Europe-Écologie

Troisième temps fort générateur de la crise: le vote par les députés européens d'Europe-Écologie (à l'exception de José Bové) fraîchement élus d'une résolution,  favorable au nucléaire,  le 25 novembre dernier : “Une économie à faible intensité de carbone conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme.” Les eurodéputés d’Europe-Ecologie indiquant avoir voté ce texte sous prétexte de "sauver" la planète face au péril climatique.

Une faute politique? Pas si sûr au vue des tentatives de rapprochement entre Europe-Écologie/Les Verts et le PS dans la perspectives de la prochaine élection présidentielle en France. Le Parti Socialiste refusant toujours de se prononcer contre le nucléaire et certains de ses élus réclamant même "+ de nucléaire" comme dans la vallée du Rhône ou en substitut de délocalisation d'entreprises comme dans le Nord/Pas-de-Calais : le rapprochement ne peut se faire qu'à minima.

Comment en est-on arrivé là?

Au sein de l'appareil salarié et du CA du Réseau Sortir du Nucléaire certains aspirent à une reconnaissance officielle institutionnelle et souhaitent un rapprochement avec les "grandes organisations" et pour ce faire veulent privilégier la lutte contre le changement climatique quitte à amoindrir, dans les faits et le discours, la lutte contre le nucléaire. Ce phénomène s'était déjà manifesté il y a quelques années au sein de l'organisation Greenpeace-France (voir ci -dessous).

Le réseau RSN est devenu puissant en une dizaine d'années et quand il a eu besoin de salariés, sa direction administrative et quelques membres du CA sont passé dans le "fantasme allégorique" du salarié jeune , beau, dévoué, surdoué, diplômé des hautes écoles, charismatique… Comme ils sont des milliers dans cette situation, l'administration du Rezo en a trouvés sans problème. Et ces merveilleux jeunes salariés dressés à la compétition, tout heureux d'être recrutés, se sont mis en grève quelques temps plus tard en se rangeant derrière leur directeur administratif pour exiger des sanctions contre l’insoumis (Stéphane Lhomme) et les membres du Conseil d'Administration non-signataires de l'Ultimatum climatique (voir leur déclaration ci-dessous). Aucune autre revendication salariale si ce n'est des sanctions contre un collègue, leur soutien à leur chef directeur... et l'organisation - avec le concours de proches d'Europe-Écologie - de l'éviction des membres du Conseil d'Administration lors d'une Assemblée Générale pré-organisée.

Au problème d'orientation politique et de stratégie d'actions se greffe donc une problématique organisationnelle interne avec : - d'une part un Conseil d'Administration constitué de bénévoles vivants aux quatre coins de la France et renouvelé par 1/3 tous les ans,  - d'autre part un appareil technico-administratif permanent et croissant dirigé par un directeur administratif (seule personne à perdurer au fil des AG et renouvellement de CA) et de plus en plus constitué de jeunes diplômés de grandes écoles sans expérience forte du militantisme et surtout de l'histoire du mouvement écologique et social. 

Question subsidiaire et transversale qui a conduit à la crise du Rezo : le souhait de certains de professionnaliser la structure, d'en verticaliser de fait les choix et décisions tout en développement le financement par les donateurs; et le désir d'autres de maintenir la notion de fédération à partir des groupes de terrains et adhérents associatifs locaux sans développer plus que de raison une structure administrative qui absorbe dès à présent plus de 40% du budget.

Quelles perspectives?

Tout comme un organisme vivant, une association, une organisation humaine traverse différentes phases : naissance, croissance, développement/adolescence, maturité, décroissance/déclin, disparition.

La division avec les technocrates du "green-wash" est donc loin d'être conjoncturelle et interne au réseau RSN. Elle manifeste une divergence de fond qui traverse l'ensemble de la société et des organisations citoyennes : Faut-il et souhaitons-nous accompagner le système capitaliste prédateur et inégalitaire pour en corriger ses "excès" ou bien faut-il élaborer et mettre en œuvre un alternative au capitalisme qui replace l'humain au centre du projet de société?

Essayer de gommer cette question sociétale et vouloir fédérer à tout prix les uns et les autres dans une "sauce magmatique" de bons sentiments et de bon aloi renvoie aux temps révolus de la cohabitation et de la sociale-démocratie gestionnaire des intérêts du marché et de la finance prédatrice. Logique qui conduit dans le mur de la pseudo "croissance verte" et du "green washing" , et de la perversité éthique, sociale et environnementale du "développement durable". Les pro-nucléaire, les nucléopathes de tous poils, les financiers et industriels du nucléaire et leur lobby, leur vrp ne pourraient que se réjouir d'un Rezo d'accompagnement.

L'acharnement thérapeutique ou le droit de mourir dans la dignité se pose aussi au mouvement associatif.  Le phénix parviendra-t-il à renaître de ses cendres?

Déjà, en différents territoires du pays, des voix s'expriment pour envisager la redynamisation d'un mouvement anti-nucléaire sans concession aucune, à partir des groupes locaux et de la base citoyenne, respectueux de la démocratie directe et non-centralisateur. Une sorte de laboratoire d'une alternative humaniste et d'action auto-gérée qui évite les prises de pouvoir et la survalorisation des égos, qui conteste le développement durable d'une infrastructure engloutissant les apports financiers des donateurs et se veux plus en adéquation à une coordonnination des initiatives locales et régionales.

Juan Dha

soutien aux irradiés et licencié : www.sanu.fr . pétition contre le licenciment de Stéphane Lhomme : http://6928.lapetition.be/


Vous avez le droit de savoir
Par Didier Anger, Frédéric Boutet, Chantal Cuisnier, Stéphane Maimbourg, Véronique Marchandier, Pierre Péguin, Alain Rivat, Isabelle Taitt (Administrateurs du Réseau "Sortir du nucléaire" jusqu'en février 2010)
Nous nous devons de porter à votre connaissance les faits qui se sont déroulés au sein de l’'administration et de la direction du Réseau Sortir du nucléaire depuis décembre 2009, jusqu’à l’AG du 6 et 7 février 2010 à Lyon. Ces faits ont gravement remis en cause le fonctionnement démocratique du Réseau dont vous êtes membres, et les fondements même de la lutte antinucléaire.

Début décembre, le Conseil d’Administration (CA) s’est trouvé mis devant le fait accompli suivant :

1/ Une lettre du directeur administratif Philippe Brousse décidant, sans concertation avec le CA, l’'engagement d’une procédure "pouvant aller jusqu’au licenciement" du porte-parole Stéphane Lhomme.
2/ Une lettre des autres salariés posant un ultimatum de grève illimitée... si le CA entravait la procédure.
3/ Le sort de Stéphane Lhomme devait être "tranché" lors d’une simple réunion téléphonique le 9 décembre.

Résistant à la pression des salariés, et en l’'absence de faute grave, la majorité du CA a rejeté le 3 janvier le licenciement de notre porte-parole. Tandis que la majorité des salariés se mettait en grève, le directeur administratif tentait le lendemain même d'imposer le licenciement, au mépris de la légitimité du CA-employeur. Une semaine plus tard, il menaçait le CA par lettre recommandée de mettre l’affaire devant les prud'hommes pour "remise en cause de ses prérogatives".

La majorité des salariés a poursuivi la grève durant le mois de janvier malgré la présence d'une médiatrice mandatée à leur demande. Des négociations, des recherches de solutions au quotidien, et des déplacements des membres du CA à Lyon eurent lieu pendant toute cette période mais les "revendications" des grévistes étaient irrecevables : demander des sanctions contre un autre salarié et la restriction de ses missions, cela ne relève pas de revendications professionnelles mais de la prise de pouvoir. Du coup, la situation est restée bloquée et, l'AG approchant, les salariés ont décidé de l'instrumentaliser pour avoir un CA à leur convenance. C'est inadmissible.

C'est pourtant ce qui s'est passé lors de l’AG des 6 et 7 février qui fut littéralement prise en otage, les salariés, le directeur administratif et la minorité du CA ayant dramatisé la situation à outrance :

- Par une mise en scène de la grève qui ne laissait supposer d’'issue que dans la révocation du CA ,
- Par une alerte sur la situation financière du réseau, de la part des directeurs administratif et financier (confortée par un commissaire aux comptes) pour imposer le caractère "urgent" et "indispensable" de débarquer la majorité du CA, présentée comme responsable de cette situation,
- Par la main-mise sur la tribune, les débats, la rédaction des motions, et par l'utilisation de méthodes inqualifiables (censure sur l’'accès au micro, empêchement physique de l’'accès à la tribune)

C'est dans ces conditions que l’'AG a voté la révocation du CA dans son ensemble (malgré les statuts qui prévoient un renouvellement annuel par tiers), et l'’installation d’'un CA provisoire dans des circonstances et modalités précipitées et pour le moins contestables : absence de listes des inscrits, attribution fantaisiste de nombreuses procurations, ordre du jour non suivi (1), sans oublier une brusque augmentation du nombre d'adhésions juste avant l'AG.

La tentative de licenciement de Stéphane Lhomme, qui reste sur un "siège éjectable", et la révocation du CA cacheraient-elles en réalité une divergence stratégique et politique de fond (2) ? Nous sommes nombreux à le penser. Par ailleurs, face à une tentative de prise de pouvoir bureaucratique, il est indispensable de préserver l'organisation démocratique, décentralisée et non hiérarchisée qui a fait la force du Réseau jusqu'à aujourd'hui.

L’'AG de juin 2010 devra élire un nouveau CA et juger du bilan du CA provisoire qui a été élu sur une "feuille de route" technique. Un processus démocratique, clairement défini et ne pouvant souffrir aucune contestation, doit désormais être mis en oeuvre dans le Réseau Sortir du nucléaire. C’est pourquoi nous vous invitons de toute urgence à signer la proposition en annexe afin qu'elle soit en vigueur lors de la prochaine AG en juin 2010.

Si vous êtes d'accord avec cette proposition de scrutin, merci de nous le faire savoir sur reseau.democratie@free.fr

__

(1) En particulier : l'assemblée générale exceptionnelle, qui était régulièrement convoquée et devait se tenir le 7 février à 10h, n'a pas eu lieu. or, elle devait entre autre permettre d'adopter des mesures visant à protéger le Réseau, comme l'impossibilité pour un représentant d'une autre association nationale de se faire élire au CA du Réseau (problème de double porte-parolat)

(2) Le conflit a éclaté juste avant Copenhague à propos de la signature par le Réseau de l’'appel "Ultimatum climatique", adressé à Sarkozy, et qui "oublie" de préciser qu'il ne faut pas utiliser le nucléaire sous prétexte de protéger le climat. La majorité du CA et Stéphane Lhomme ont pris clairement position contre la signature de ce texte, contrairement aux autres salariés et à une minorité du CA. Il est d'ailleurs à noter que, lors de l'AG de février, une motion a tranché le débat et nous a donné raison en rejetant la signature par le Réseau de tout texte sur le climat qui ne condamne pas explicitement le nucléaire.

Dans le Réseau, certains veulent privilégier la lutte contre le changement climatique au détriment de la lutte contre le nucléaire. Mme Lauvergeon a déclaré à l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2009 : "Dans les années soixante-dix, le mouvement écolo s’'est développé à partir de sa lutte antinucléaire, mais je pense qu’'une scission interviendra sous peu entre les écolos "canal historique", qui resteront antinucléaires jusqu’à la fin des temps, et les écolos modernes qui vont finir par reconnaître que le nucléaire fait partie des solutions." La prophétie de Mme Lauvergeon serait-elle en marche jusque dans le Réseau ?


Le Courriel interne qui dévoile le coup prémédité
2 décembre 2009 - porteparole-salaries (@) sortirdunucleaire.fr
En date du 02 décembre 2009, les salariés permanents du RSN s'adresseaient au membres du Conseil d’Administration (destitué lors de l'Assemblée Générale de début d'année) par un courriel sans équivoque intitulé "Soutien collectif des salariés à la démarche de Philippe Brousse DRH" où il exigeaient le licenciement du porte-parole historique du RSN Stéphane Lhomme. Ils utilisaient aussi l'appellation de l'association sortirdunuclaire et son serveur internet interne pour se créer un contact "porteparole-salaries (@) sortirdunucleaire.fr" impossible à créer sans l'accord du Directeur Administratif. Les éléments d'une machination?

"Au Conseil d’Administration du Réseau “Sortir du nucléaire”

Bonjour,

Nous, salariés du Réseau "Sortir du nucléaire", affirmons notre soutien entier et sans réserve à Philippe Brousse, directeur et DRH du Réseau "Sortir du nucléaire". Nous soutenons de façon générale sa gestion de l’association et du personnel. Plus particulièrement, nous soutenons sa démarche de convocation de Stéphane Lhomme à un « entretien préalable en vue d'une éventuelle sanction disciplinaire pouvant conduire au licenciement ».

Nous considérons que, en vertu de la délégation de pouvoir constitutive de ses fonctions, Philippe Brousse, directeur et DRH, se doit d'envisager une sanction face aux comportements récemment constatés de la part de Stéphane Lhomme. Nous l’avons informé de notre position à ce sujet dans un courrier collectif des salariés, qui lui a été remis en main propre le jeudi 26 novembre 2009. Nous vous invitons à prendre connaissance de cette position détaillée, ci-dessous en annexe.

Tous les salariés de l’équipe actuelle s’estiment liés par le règlement intérieur et veillent à le respecter, en vertu du lien de subordination inhérent à leur contrat de travail. Ne pas sanctionner les infractions au règlement intérieur (d’autant plus lorsqu’elles sont répétées) remet en cause la légitimité même de ce règlement, dont les administrateurs sont les garants au titre de leur mandat.

Nous informons notre employeur, le Conseil d’administration du Réseau "Sortir du nucléaire", que nous n’accepterions pas que Philippe Brousse soit empêché de convoquer Stéphane Lhomme à l’entretien évoqué au début de cette lettre, ni qu’il soit empêché de prendre les sanctions qu’il jugera nécessaires à l’issue de cet entretien. Dans le cas où le CA s'opposerait à la démarche de notre directeur et DRH, nous serions conduits à déposer un préavis de grève illimitée.

Dans le cadre de cette démarche collective, nous mandatons nos collègues (ndlr: les noms sont supprimés par la rédaction) en tant que porte-parole pour toute discussion avec les administrateurs.

Vous pouvez les joindre par e-mail à : porteparole-salaries@sortirdunucleaire.fr
Ou par téléphone sur leurs lignes professionnelles : (ndlr: les noms sont supprimés par la rédaction)

Avec nos salutations antinucléaires,
Salariés et prestataires signataires par ordre alphabétique (ndlr: les noms sont supprimés par la rédaction)


En contradiction avec le mandat explicite donnée par l’Assemblée Générale des associations du réseau
Alternative Libertaire le 14 avril 2010
La crise interne du « Réseau Sortir du nucléaire » qui avait éclaté à l’automne 2009, vient de connaître un nouveau rebondissement avec le licenciement de Stéphane Lhomme. Cette mesure, prise en contradiction avec le mandat explicite donnée par l’Assemblée Générale des associations du réseau de février 2010, est non seulement pour nous inacceptable, mais en plus elle ne fait qu’accentuer les tensions internes. Alternative Libertaire demande la réintégration de Stéphane Lhomme dans son statut de salarié du Réseau.

Face à cette crise, Alternative Libertaire réaffirme son attachement au réseau : La renaissance des luttes antinucléaires ces dernières années est à porter en grande partie à son crédit. C’est par sa capacité à fédérer, à permettre un véritable débat, une convergence de toutes les énergies militantes, dans le respect de la diversité des associations de terrain, du pluralisme et de la démocratie, que le réseau a pu y parvenir.

Le conflit interne est né d’une divergence politique au sommet du réseau, suite à la signature « au nom du Conseil d’Administration du Réseau » de l’appel dit « Ultimatum climatique » qui était caractérisé par l’absence de référence à la lutte antinucléaire et se terminait par ses mots : « Monsieur le Président [Sarkozy], vous vous devez de prendre la tête de ce combat qui est sans doute l’enjeu de ce siècle ». L’Assemblée Générale a majoritairement désavoué cette signature ! Le Réseau a ainsi refusé de s’engager dans ce qui ressemblait furieusement - en se positionnant parmi les « interlocuteurs responsables » de l’état capitaliste - à une acceptation de la logique du « capitalisme vert ».

Alternative Libertaire souhaite qu’enfin une sortie de crise soit possible pour remettre en selle le Réseau et pour qu’il puisse continuer son combat contre le nucléaire civil et militaire. Aujourd’hui les anathèmes réciproques au sommet rendent impossible un débat démocratique serein et créent un risque majeur d’affaiblissement de la lutte antinucléaire.

Face à la montée en puissance de ces conflits, la sortie de crise ne sera possible que si les associations de terrain se donnent les moyens de reprendre la main, en particulier lors de l’AG du mois de juin. Il est temps que s’impose à tous les protagonistes le respect des orientations et des règles de fonctionnement décidées en AG et de la démocratie interne au Réseau. Alternative Libertaire condamne toutes les tentatives de prise de pouvoir au sein du réseau, de quelque bord qu’elles puissent venir et tient à rappeler à tou-te-s les élu-e-s du Conseil d’Administration et aux salarié-e-s du réseau qu’ils et elles n’ont aucune légitimité à prendre quelque décision que ce soit si elle n’émane pas d’une volonté collective des associations antinucléaire de terrain.

Ambiance tendue lors de l’assemblée générale du Réseau Sortir du nucléaire
lundi 29 mars 2010 - Fédération anarchiste . Secrétariat aux Relations extérieures . www.federation-anarchiste.org
Aux membres du conseil d’administration du Réseau Sortir du nucléaire

Ambiance tendue lors de l’assemblée générale du Réseau Sortir du nucléaire les 6 et 7 février derniers à Lyon : onze des treize salariés sont depuis un mois en grève de soutien à leur directeur administratif, Philippe Brousse, pour obtenir le licenciement du porte-parole Stéphane Lhomme, véritable épine dans le pied d’EDF, puisqu’il est à l’origine des fuites sur le délabrement des centrales françaises qui avaient fait à l’époque grand bruit dans les médias et lui avaient valu une garde à vue d’ennemi public numéro un.

Motif du conflit : pour les salariés, un harcèlement dont ils seraient les victimes ; pour l’intéressé, la signature d’un appel sur l’urgence climatique dans le cadre du sommet de Copenhague, texte dans lequel ne figure nulle part la revendication de sortie du nucléaire, ce qui revient à cautionner l’escroquerie intellectuelle qui vise à faire croire que l’atome est l’énergie idéale contre l’effet de serre.

Le lobby nucléaire ne s’y est d’ailleurs pas trompé, puisque la PDG d’Aréva, Anne Lauvergeon, a pu se répandre dans les médias sur l’émergence d’une nouvelle génération d’écologistes, pragmatiques et responsables, pour qui le nucléaire n’est pas le grand Satan. Dans ce contexte pour le moins délétère, Daniel (groupe Gard-Vaucluse) et Didier (La Sociale, Rennes) étaient porteurs du mandat de la Fédération anarchiste : réaffirmer la souveraineté de l’assemblée générale pour la définition des orientations, démontrer le caractère politique du conflit pour pouvoir surmonter les inimitiés entre individus, et proposer des modalités de résolution de la crise (aucun licenciement, en particulier)… qui ont disparu du compte rendu. Il devenait donc nécessaire que notre organisation s’adresse aux administrateurs du Réseau, d’autant qu’entre-temps la nouvelle de la mise à pied de Stéphane créait une nouvelle onde de choc… Voici donc le courrier qui leur est parvenu.

« Chers camarades,

Comme vous avez pu le remarquer, la Fédération anarchiste a accordé une attention toute particulière à la crise que traverse actuellement le Réseau. Elle a tenu à prendre une part active à la résolution du conflit qui divisait les salariés entre eux et elle a fait en sorte que le conseil d’administration, quels que soient les membres qui le composent, agisse sur la base des mandats que lui confie l’assemblée générale.

Les décisions qui ont été adoptées à Lyon les 6 et 7 février allaient pour la Fédération anarchiste dans le bon sens, cependant, ces derniers jours ont vu ressurgir des difficultés, et nous avons été informés de faits qui nous semblent inquiétants, et sur lesquels nous souhaitons un échange de points de vue avec vous.

Nous avons en particulier appris la mise à pied de Stéphane Lhomme, vous comprendrez que nous nous demandions si elle est préalable à une procédure de licenciement, ou si votre intention est tout autre.

D’autre part, à la lecture du compte rendu de l’assemblée générale, il apparaît que notre intervention du dimanche matin est tronquée de sa partie la plus importante, puisqu’il s’agit de celle où étaient formulées nos propositions pour sortir par le haut de la crise avec les salariés. Les difficultés rencontrées lors de l’enregistrement sont probablement à l’origine de cette lacune, nous n’en doutons pas un instant.

Notre demande consiste donc à intégrer dans le compte rendu ce que nous avions été les premiers et quasiment les seuls à dire, à savoir : ouverture de négociations sur le paiement des jours de grève. Reprise du travail. Aucun licenciement. Attribution au seul conseil d’administration de la responsabilité de la gestion des ressources humaines.

De plus, nous nous sommes étonnés, sans pour autant intervenir immédiatement, au risque de prendre la responsabilité de perturber gravement l’ordre du jour, de ne pas retrouver ces propositions sous notre formulation dans le texte de la feuille de route proposée à l’assemblée générale le dimanche matin, puisque personne n’en avait énoncé d’autres. « Clarifier les rapports de hiérarchie entre les salariés et le CA (procéder à une modification des statuts si besoin), clarifier le rôle du porte-parolat, du directeur des ressources humaines, etc. », « Procéder à une évaluation et à une refonte des modes de fonctionnement et responsabilités au sein du réseau » sont des formulations beaucoup moins précises que celles que nous avions proposées, de ce fait, elles portent en germe de nouveaux conflits, de nouvelles divergences d’interprétation, et elles ne constituent en rien un mandat impératif pour les administrateurs, ce que nous regrettons. Dès lors, nous souhaiterions savoir comment ont été élaborés les textes, par qui et dans quelles circonstances ; soyez-en assurés, il ne s’agit aucunement de défiance, mais d’un souci bien légitime de comprendre.

La Fédération anarchiste est indéfectiblement attachée au Réseau pour deux raisons : d’abord parce que le nucléaire est intimement lié à l’idéologie sécuritaire qu’elle combat, ensuite parce que son fonctionnement fédéraliste ressemble à celui que nous appelons de nos voeux. Vous comprendrez donc aisément la nature des demandes que vous avez trouvées dans ce courrier.

Recevez, chers camarades, nos salutations anarchistes et antinucléaires.


NPA: Non au licenciement de Stéphane Lhomme, salarié du Réseau Sortir du nucléaire
NPA - vendredi 9 avril 2010
Nous venons d’apprendre le licenciement de Stéphane Lhomme, salarié du réseau Sortir du Nucléaire (RSN) en date du 8 avril 2010. La crise interne qui avait éclaté à l’automne 2009 avait conduit à une assemblée générale houleuse en février dernier. Décision avait été prise de renouveler à 100 % le conseil d’administration du RSN, malgré le fonctionnement statutaire qui prévoit un renouvellement par tiers.

Le but de l'élection de ce nouveau Conseil d'administration était d’apaiser les tensions, de remettre le RSN sur des rails de fonctionnement collectif, de préparer les débats sur le fonctionnement au sein du réseau et la tenue d'une AG exceptionnelle en juin.

Depuis février, les tensions ne se sont pas atténuées. La décision de licencier Stéphane Lhomme est un nouveau pas franchi pour exacerber ces tensions et voir une frange du mouvement antinucléaire s’éloigner du réseau. Après une mise à pied conservatoire, le licenciement est prononcé pour « plusieurs manquements graves au droit du travail et à ses fonctions ».

De ces manquements au droit du travail, rien n'est dit, au prétexte d’une confidentialité qui dessaisit les adhérents et les organisations membres du RSN de toute possibilité de se faire un avis et de trancher sur une affaire aussi grave. Une douzaine d’administrateurs s’arroge un droit pour lequel elle n’a pas été mandatée puisque la feuille de route qui leur avait été donné lors de l'AG du 6 février précisait que « l’ensemble du personnel salarié du Réseau sera conservé pour la totalité du mandat du CA provisoire dans le respect du code du travail et des ressources financières ».

Ce Conseil d'administration provisoire décide pour les 857 associations ou partis politiques qui composent le "Reseau sortir du nucléaire" et il règle d’avance les débats qui auraient du avoir lieu à l’AG de juin. Au-delà des éventuels désaccords d’orientation, qui sont l’objet des AG annuelles, le licenciement par une organisation qui œuvre à une vie meilleure et une société débarrassée des scories du monde actuel, est un évènement particulièrement inquiétant.

Pour le NPA, ce licenciement est inacceptable. Par conséquent, le NPA demande la réintégration de Stéphane Lhomme dans son statut de salarié au RSN et le soutiendra dans les démarches qu’il entreprendra pour défendre ses droits.

Que se passe-t-il au Réseau « Sortir du nucléaire » ?
par Alternatifs Rouges Verts - 20 avril 2010 -
Au-delà des habituels « problèmes de personnes » qui ne font que s’amplifier au fil des jours, l’absence d’implication claire des partis politiques adhérents du Réseau pour une vraie sortie du nucléaire qui ne soit pas sans cesse repoussée ou sacrifiée à d’autres priorités porte une lourde part de responsabilité dans la crise qui traverse le Réseau « Sortir du nucléaire ». Précipitée par une combinaison d’éléments conjoncturels, et pour inattendue qu’elle ait pu paraître, celle-ci n’en constituait pas moins la conséquence prévisible de contradictions internes vouées à s’exacerber à l’arrivée des premières séries de troisièmes visites décennales sur les 58 réacteurs électronucléaires français.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » a 12 ans. Sa charte fondatrice fut élaborée fin 1997 suite aux législatives, à l’arrivée Dominique Voynet au ministère de l’écologie du gouvernement Jospin et à l’annonce de la fermeture du surgénérateur de Creys-Malville. Cette décision, suivie d’effets, supprimait la raison d’être du collectif « les Européens contre Superphénix », qui donna dès lors naissance au Réseau SdN.

Visant à rassembler le plus possible pour peser sur les échéances électorales suivantes, la rédaction de la Charte – qui stipulait : « A cette période charnière où se pose le problème du renouvellement du parc nucléaire français, nous, citoyens, scientifiques, élus, associations, entreprises voulons une décision immédiate de sortie du nucléaire – résultait d’un délicat compromis entre partisans d’une sortie « immédiate » (i.e. en quelques mois, par remise en service / rénovation des vieilles centrales thermiques à charbon) ou très rapide (quelques années) et partisans de scénarios plus progressifs, à horizon 20-25 ans – ce qui était notamment le cas des Verts depuis le passage de la stratégie du « ni ni » à celle de « gauche plurielle » (mais pas encore celui du Mouvement des Ecologistes Indépendants, qui persista jusqu’aux alentours de 2003 à considérer le risque radioactif prioritaire par rapport à celui du CO2 des centrales à charbon).

A l’époque, même les scénarios antinucléaires les plus longs prévoyaient «  une durée de vie des centrales de vingt-cinq ans  », ce qui correspondait à « la fermeture de la plus ancienne de nos centrales en fonctionnement (Fessenheim) en 2003 et des centrales les plus récentes (Civaux et Chooz) en 2025 ».

Entre-temps, au début du XXIe siècle, l’annonce par Jacques Chirac du projet ITER sur la fusion nucléaire (véritable serpent de mer, qui reportait toutefois symboliquement d’un siècle l’horizon éventuel de sortie du nucléaire de fission, dont la date était jusque-là fixée à l’an 2000 dans la tête des militants), jointe au le lancement de la construction de quelques EPR, détourna habilement les antinucléaires d’une volonté de « sortie » à un souci prioritaire de « non-relance », certains allant même jusqu’à s’opposer à ce que soit réclamées des fermetures de centrales (par exemple à Fessenheim) sous prétexte que cela « ferait le jeu » des pro-EPR.

Toujours est-il que les réacteurs de Fessenheim (2) et du Bugey (4) ont maintenant dépassé les 30 ans de connexion au réseau électrique et que ce sera très bientôt le cas de quatre des six de Gravelines, de ceux de Dampierre (4), de Blaye (4)...

La volonté affichée par EDF de prolonger toujours plus la durée d’exploitation des réacteurs (40 ans, voire 50 ou 60 !), le constat qu’une simple « décision de sortie » (comme en Allemagne en 2000) est loin d’entraîner automatiquement une sortie réelle du nucléaire, et l’infirmation de l’hypothèse qu’un vote « écolo » en progression constante permettrait d’imposer par la voie électorale une quelconque décision du type sortie du nucléaire dans un avenir proche (voire lointain), font que le fragile équilibre qui avait présidé à la formulation de la Charte et permis de fédérer au sein du Réseau SdN un nombre important de personnes, associations et mouvements politiques très variés (dont certains, commme de nombreux groupes Verts et LCR, s’y sont montrés très actifs, es qualité ou sous couvert de diverses associations) est désormais menacé.

La Charte, après une période où le recrutement de groupes avait été privilégié, est de nouveau reproposée à la signature des particuliers, sur le site sortirdunucleaire.org. Elle l’est cependant sans mention de date de rédaction, comme si elle était en quelque sorte intemporelle... ce qui en viole l’esprit initial. Et, au-delà de l’apparence de radicalité que s’était donnée le Réseau SdN au moment du Grenelle de l’Environnement, force est de constater que les récentes études de sortie du nucléaire en 5 ou 10 ans persistent à figurer sur son site à simple égalité avec les options negaWatt ou Virage Energie, qui prévoient, elles, des prolongations d’exploitation des réacteurs jusqu’à 40 ans et plus... comme le fait désormais implicitement tout scénario de sortie à plus d’un ou deux quinquennats.

Au-delà de ces difficultés et ambiguïtés structurelles, on peut, sans prétendre aucunement ici à l’exhaustivité, citer quelques déclencheurs de la crise actuelle.

1) Elle a débuté par une grève de la quasi-totalité des salariés pendant tout janvier, c’est-à-dire en période de préparation de l’AG annuelle (qui se tient traditionnellement fin janvier-début février), mais aussi lors d’une précampagne électorale durant laquelle diverses formations politiques et candidats membres du Réseau auraient pu être embarrassés par des interrogations trop précises sur leur positionnement régional en matière de sortie du nucléaire (aucun parti politique officiellement antinucléaire, n’ayant pour l’heure de programme autre que « il faut en sortir un jour... mais ça prendra du temps » (sous-entendu : on a bien le temps de voir venir...)

2) Elle faisait suite au sommet de Copenhague sur le climat, période d’intense vie de groupe entre de jeunes militants, bénévoles mais aussi salariés, d’organisations très diverses (mais relativement interchangeables en tant qu’employeurs potentiels pour des salariés soucieux de problématiques environnementales), où dominaient les ONG de culture anglosaxonne rompues au lobbying bruxellois et privilégiant le « positif », un affichage d’apolitisme et le culte de l’efficacité communicationnelle et gestionnaire. Alors même qu’on constate en France une tendance croissante à dévaloriser le fonctionnement des associations loi 1901, en considérant que les bénévoles sont des emmerdeurs qui ne comprennent rien à rien, souvent gâteux de surcroît, que de jeunes diplômés feraient bien mieux tourner les associations sans eux et que rien ne vaut un CA potiche et une armada de stricts donateurs.

3) Elle s’inscrit dans une période

– de disqualification croissante des partis politiques dans l’opinion, entraînant une ouverture des listes politiques à la "société civile" qui aiguise de nouveaux appétits, notamment parmi les responsables associatifs ;

– d’obsession de "l’unitaire", du rassemblement, du "être nombreux pour être plus forts" au détriment des contenus, avec une allergie à tout ce qui fâche, ce qui divise, ce qui paraît non fusionnel et non convivial.

4) Le tout dans un contexte sociopolitique et économique très dégradé en France et dans le monde, où la raréfaction de l’emploi et la crise sociale et environnementale amènent aussi une nouvelle génération de jeunes diplômés à postuler dans le secteur associatif alors qu’ils auraient trouvé à s’employer ailleurs en d’autres temps.

5) S’ajoutent à cela de très classiques problèmes de sociologie des organisations et de dynamique de groupe, avec, en particulier :

La tendance à la "bureaucratisation" de toute structure qui grossit, vite de surcroît (en une dizaine d’années : de 30 à 870 groupes, de 2 000 à 26 000 sympathisants, de 1 à 13 salariés, et le même type d’évolution pour le budget).

Un effectif de salariés :

– devenu supérieur en nombre à celui des 9 membres titulaires au CA ;

– ayant dépassé le seuil qui nécessite l’élection de délégués du personnel ;

– "rajeuni" (par le départ d’un ancien) et homogénéisé en âge comme en profils de recrutement ;

– comprenant beaucoup de nouveaux arrivants (2 ans ou moins) ;

– recentré sur le local de Lyon, où un gros noyau de personnes se côtoient maintenant quotidiennement, de plus en plus en vase clos depuis le départ des colocataires précédents, et perçoivent leur directeur (le seul qu’ils voient souvent) comme leur seul employeur.

Et ce alors que les bénévoles élus du CA, moins disponibles, très dispersés géographiquement, et renouvelés plus fréquemment (de manière pas toujours très lisible et prévisible, du fait de la règle du "mieux élu"), ont davantage de mal à se connaître et se concerter entre eux.

Une propension générale à penser que, en cas d’échec ou de difficultés pour remplir les objectifs, la solution réside automatiquement dans des embauches supplémentaires et un accroissement des moyens financiers, qui deviennent dès lors une fin en soi – avant toute nouvelle réflexion, sans cesse différée, sur les objectifs et finalités.

Un refus de prendre explicitement et statutairement en compte une exigence de parité hommes femmes (d’où des biais dans l’analyse politique des priorités).

Une surévaluation de l’importance de l’aspect "unitaire" et "rassemblement" par rapport aux autres objectifs d’origine, notamment de la part de personnes d’une grande "radicalité" antinucléaire, mais très attachées affectivement au Réseau pour avoir contribué à sa création et avoir dû faire elles-mêmes d’énormes concessions à cette époque.

Au-dela, donc, de l’opposition entre "climateux" et antinucléaires "purs et durs" (qui recoupe d’ailleurs souvent le clivage plus traditionnel entre intérêts corporatistes de nombre des "vendeurs de renouvelables" ou énergéticiens, et perception de bénévoles ayant des intérêts professionnels autres et avant tout soucieux, par exemple, de santé publique ou de respect des libertés), au-delà des dénis réels ou supposés, volontaires ou non, de démocratie au sein d’une structure qui devient objectivement de plus en plus lourde à suivre et à gérer pour de simples bénévoles, reste la question de fond d’une industrie atomique civilitaire éminemment structurante, qui gangrène depuis des décennies la vie politique française.

Dossier énorme, déprimant, incontournable et éminemment politique, dont les partis qui s’affichent antinucléaires ont jusqu’ici préféré se défausser prudemment sur des associatifs... quand ils ne leur ont pas carrément saboté le travail.

Que le Réseau Sortir du nucléaire puisse, lors de son AG des 19 et 20 juin, se refonder sur la base d’un retour à l’esprit de sa Charte fondatrice et d’une vraie volonté de fermeture des réacteurs existants, ou qu’il soit voué à devenir une sorte d’ONG professionnalisée autour de la dénonciation sans cesse renouvelée du nucléaire, attendant jusqu’à la fin des temps la constitution de l’hypothétique majorité qui permettra par la voie électorale et légale de décider "en bloc" d’une "sortie", le problème de fond de la sortie du nucléaire reste celui des débouchés, analyses et programmes politiques... Or sur ce point, il reste encore aux Alternatifs à balayer devant leur porte.  [1]

MCG


Histoire de l'écologie. 40 ans mais plus toutes ses dents: le roi écologiste est nu
par Fabrice Nicolino http://fabrice-nicolino.com/index.php  
L'autre jour, assemblée générale d'une association de journalistes dont je suis membre, les Journalistes pour la nature et l'écologie (JNE). Pour l'essentiel, j'y ai fait le pitre avec l'un de mes compères, Marc Giraud, auteur de plusieurs livres très plaisants, dont Le Kama-Sutra des demoiselles et Calme plat chez les soles (les deux chez Robert Laffont). Ce sont des livres qui racontent des histoires étonnantes sur la sexualité des bêtes. Eh oui, quoi.

À un moment de l'assemblée, j'ai entrepris Thierry Jaccaud, lui aussi JNE et par ailleurs rédacteur-en-chef de la revue L'Écologiste. Sur quel sujet ? Celui-là même que je vais vous exposer. En un mot, le mouvement écologiste et de protection de la nature, en France, est dans une situation de faillite.

De quand date ce mouvement ? De 1969. Avant cette date, le discours sur la nature et sa protection était la propriété privée des vieilles barbes et des sociétés savantes. Depuis la fin du 19ème siècle jusqu'à l'après 68 en effet, il y a eu monopole. Seuls les scientifiques, les naturalistes - et quelques poètes déjà chevelus - ont pu, ont su évoquer le sort de la planète et de ses équilibres naturels. Il n'y a pas l'ombre d'un reproche. Le reste de la société était occupé ailleurs.

Survient mai 1968. Survient du coup une génération en rupture avec ses aînés.   L'écologie, très présente dans la culture underground des États-Unis tout au long des années soixante, devient chez nous une force intellectuelle et bientôt sociale. Cette même année 1968 se crée la Fédération française des sociétés de protection de la nature (FFSPN), qui deviendra en 1990 France Nature Environnement (FNE). Les professeurs y font toujours la loi, mais cela ne va pas durer.

Cela ne dure pas, car le réel se manifeste enfin. Décrété en 1963, notre premier parc national, celui de la Vanoise, est menacé en 1969 d'une amputation sauvage, pour faire plaisir aux promoteurs d'une station de ski. Tel est le point de départ, le point zéro. Des centaines de milliers de personnes signent une pétition portée par une partie notable du tout jeune mouvement de mai. Et les bagarreurs gagnent, contre l'État.

Le combat pour la Vanoise dope toute une série de grandes associations régionales, à commencer par la Frapna, mais aussi Bretagne Vivante (alors Sepnb) ou Alsace nature. À cette époque, la plupart des militants sont de jeunes enthousiastes, antinucléaires et, osons le gros mot, anticapitalistes. Presque tous, au fil des ans, feront le choix de la longue marche dans les institutions.

France Nature Environnement (FNE)

Je ne juge pas, je vous le jure. Confrontées à une menace qu'elles analysaient mal, les associations ont tout misé sur la concertation, la discussion et le rapprochement, dût-il parfois être difficile. Ils ont cru de bonne foi que la France était le cadre nécessaire et suffisant, que la création du ministère de l'Environnement en 1971 était une bonne nouvelle, que leurs partenaires locaux finiraient par jouer le jeu dès lors qu'ils auraient suffisamment été informés. Mais ils se sont lourdement trompés.

Pendant des décennies, et jusqu'à aujourd'hui, des milliers, des dizaines de milliers de bénévoles ont investi les structures officielles les plus abstruses : les commissions départementales d'hygiène, des sites, des déchets, des carrières, que sais-je ? Ils se sont engloutis, la machine les a intégralement digérés. Parallèlement, par un processus inévitable, et qui ne met pas en cause les personnes, les associations se sont institutionnalisées. Elles ont réclamé des subsides publics, les ont obtenus, et se sont progressivement enchaînées elles-mêmes.

Aujourd'hui, FNE fédère officiellement 3 000 associations locales, thématiques ou régionales. C'est un réseau impressionnant, mais le drame est qu'il ne sert à rien. J'entends déjà les cris, y compris d'amis, et qu'on me pardonne, mais je persiste : à rien. Je sais la quantité d'efforts consentie, ou plutôt, je l'imagine (mal). Des centaines de milliers de soirées ont été offertes en cadeau à la société, mais allons de suite au résultat, cela m'évitera d'être méchant.

En 1969, par aveuglement, nul ne comprenait. L'affaire de la Vanoise est d'ailleurs symptomatique. Le mouvement naissant croyait qu'il fallait, qu'il suffisait d'aligner des victoires locales pour inverser le courant général. On gagnerait dans la montagne, puis dans la plaine, puis sur la mer, etc. La pédagogie ferait le reste. Nul ne voyait la nature des forces en présence, et le caractère connecté, écosystémique, global des menaces sur la vie.

Ce mouvement s'est alors engagé dans une impasse totale, en traitant chaque jour avec des acteurs inconscients, mais imposants, de la destruction du monde. Et ces derniers ont gagné, car ils étaient la force, tandis que le mouvement s'est enlisé, épuisé, avant de s'arrêter au bas d'une côte qu'il ne montera jamais.

Qui oserait me dire que la situation générale est meilleure qu'en 1969 ? Qui ? Nous sommes passés d'une situation inquiétante à un état du monde angoissant. Tous les grands équilibres - de la planète, pas de notre minuscule pays - sont proches d'un point de rupture qui peut nous mener au chaos général. Et FNE continue de siéger, impavide, dans toutes les structures que l'État, son financier principal, lui désigne. Je viens de lire une « lettre » de FNE à notre président Sarkozy sur les biocarburants, que je juge déshonorante pour nous tous (ici). Usant de tournures alambiquées, ce texte, qui aborde la question de la faim de manière incidente, ne réclame même pas l'arrêt des subventions françaises à cette industrie criminelle. Nous en sommes là ! Pas
question de mordre la main qui vous nourrit.


le WWF

Bien entendu, ce bilan calamiteux ne se limite pas à FNE. Un jour peut-être, la véritable histoire du WWF sera écrite. Et ce jour-là, la surprise sera au programme, croyez-moi. Car cette association internationale financée par l'industrie n'aura cessé de chercher et de trouver des accommodements avec les pires transnationales. Par exemple en osant « vendre » à la société l'idée d'un usage soutenable du bois tropical. Ou du soja. Ou des biocarburants. Cette politique-là est simplement scandaleuse, et tout le monde se tait. Mais pas moi.

Disant cela, je n'oublie pas que d'authentiques écologistes, dont certains sont des amis, travaillent pour le WWF. Je ne les cite pas, car je ne veux pas les mettre dans l'embarras. Et je ne souhaite pas même qu'ils quittent l'association, car ils y font malgré tout un travail utile. Mais enfin, regardons les choses en face : le WWF accompagne la marche à l'abîme des sociétés humaines et du vivant.

Greenpeace

J'ai été membre du Conseil statutaire de ce groupe pendant des  années. Ne me demandez pas ce que c'est, car je l'ignore. Pour moi, cela signifiait participer à des réunions inutiles, une à deux fois par an. Ce qui me reste de Greenpeace, c'est que j'y compte des proches, à commencer par ma chère Katia Kanas, présidente actuelle en France. Et alors ? Et alors, Greenpeace a suivi une pente redoutable, et peut-être inévitable. Les sociologues qui étudient l'histoire des associations parlent classiquement de deux phases. La première, dite "charismatique", est celle des fondateurs et de l'exaltation. La suivante est celle de "l'institutionnalisation". Nous y sommes.

Pour ce que j'ai pu voir, Greenpeace n'est plus. Les cinglés de 1971 voguaient à bord du Phyllis Cormack en direction de l'Alaska, pour y occuper le site des essais nucléaires américains. Ceux d'aujourd'hui gèrent la manne du fundraising, méthode éprouvée pour récolter du fric auprès de millions de donateurs. Certes, et ce n'est pas rien, Greenpeace ne dépend ni de l'État ni de l'industrie. Mais ses cadres supérieurs, souvent recrutés par petite annonce hors du mouvement écologiste, sont des cadres supérieurs. Et Greenpeace-France est une PME de l'écologie, tristement incapable, par  exemple, de mener la bagarre pourtant essentielle contre les biocaburants. Dieu sait pourtant que je les y ai invités !

le Grenelle de l'Environnement

Toutes les tendances de cette écologie officielle, plus quelques autres que je n'ai pas le temps de citer, se sont retrouvés à la table de Borloo et Kosciuko-Morizet l'automne dernier. Je veux parler du Grenelle de l'Environnement, bien sûr. À cette occasion, le mouvement a montré où il en était, c'est-à-dire au même point qu'en 1969. C'est-à-dire bien plus bas en réalité. Car c'est une chose de croire au Père Noël quand on est un gosse qui découvre le monde. Et une autre quand on approche des quarante ans.

Ce mouvement aura bientôt quarante ans, en effet, et c'est le mien. Ma famille. Je ne suis pas partisan de la table rase, qui n'est que fantasme. Mais d'évidence, il est temps de faire un bilan. Selon moi, il est limpide : nous avons échoué, tous, à empêcher l'emballement de la machine à détruire la vie. Il est donc certain que les moyens utilisés ne sont pas adaptés au seul objectif qui vaille. Je ne crois pas, en effet, qu'on puisse se contenter de risettes de Borloo, de bises de Kosciucko et de passages à la télé. À moins que je sois le roi des imbéciles, et que personne ne m'ait prévenu du changement de programme ?

Nous avons échoué, soyons sérieux. Il faut le dire, il faut l'écrire, il faut même le proclamer. Sur cette base-là, essentielle, il s'agira de reconstruire un mouvement différent, plus fort, plus conquérant, partant avec ceux qui le voudront à l'assaut du ciel, pour la restauration du monde vivant. Je vous  lance donc, je me lance aussi, bien sûr, un appel au sursaut. Arrêtons la dégringolade. Ouvrons les yeux, fermons la télé, et osons dire cette évidence que le roi écologiste est nu. Pour commencer.

PS : Exceptionnellement, je vous demande de diffuser ce qui est bel et bien un appel à tous les réseaux de votre connaissance. Je ne prétends pas avoir raison, mais je suis certain que nous avons besoin d'un grand débat. Et donc, je vous en prie, faites circuler. Merci.



la Presse en parle...
La lutte antinucléaire est-elle soluble dans le réchauffement climatique ?
Bastamagazine -  - Par Nolwenn Weiler - 19 avril 2010 -  http://www.bastamag.net/article993.html
Êtes-vous plutôt nucléaire ou plutôt effet de serre ? L’énergie nucléaire profite de ses faibles émissions de CO2 pour se refaire une image. Choisir d’y recourir davantage au nom de l’urgence climatique est, pour Didier Anger, l’un des fondateurs du mouvement écologiste français, une scandaleuse supercherie et une dangereuse dérive. Il revient sur ce débat qui agite le Réseau sortir du nucléaire et toute la planète écologie.

Basta ! : Le Réseau Sortir du nucléaire connaît de fortes tensions. Celui qui en était son porte-parole depuis huit ans, Stéphane Lhomme, vient d’être licencié [le 8 avril]. On lui reprocherait notamment ses positions antinucléaires trop radicales. Qu’en pensez-vous ?

Didier Anger : Les dissensions ont commencé à se révéler lors du Grenelle de l’environnement, en septembre 2007. Le thème du nucléaire en a été exclu d’emblée. Ce qui est inacceptable. Ensuite, fin 2009, le groupe Vert du Parlement européen a voté un texte dans lequel un amendement stipule que la prise en compte du nucléaire est importante dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cela m’a fait bondir. Et je ne suis pas le seul. Enfin, il y a eu cet «  ultimatum climatique » signé par plusieurs associations françaises lors du sommet de Copenhague, en décembre dernier, et dans lequel il existe une impasse totale sur l’énergie nucléaire. Le texte ne se positionne ni pour ni contre. Ce qui est quand même exagéré, surtout pour le Réseau sortir du nucléaire qui est cosignataire du texte. Une partie de son conseil d’administration s’en est émue, dont moi, et a soutenu la position de Stéphane Lhomme qui, réclamait au moins une phrase sur le nucléaire, et qui s’est insurgé contre la signature de ce texte.

La lutte contre l’effet de serre ne relève-t-elle pas de l’urgence absolue ?

Si, bien sûr. Mais celle contre le nucléaire aussi. Il n’y a pas à privilégier la lutte contre le nucléaire ou celle contre l’effet de serre. Nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. Le mouvement écologiste, qui est né avec la lutte antinucléaire, avait jusqu’à présent toujours été clair sur ce point. Mais sortir de ce système prendra du temps. Les solutions ne se trouvent pas du jour au lendemain. L’écologie, c’est vivre et habiter le monde autrement, raisonnablement. Il s’agit de dessiner un autre projet de société, et non de verdir le capitalisme. Il s’agit de construire une véritable démocratie, dans laquelle les citoyens auraient le droit de choisir et de se prononcer sur les sources d’énergie qu’ils souhaitent développer. C’est l’exact contraire de ce qui s’est passé pour le nucléaire. En 1974, René Dumont parlait des utopistes réalistes quand il définissait les écolos. Disons que certains réalistes ont oublié l’utopie. Il ne faut pas être dupe. En France, la lutte contre l’effet de serre est une aubaine fabuleuse pour relancer le nucléaire. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, le dit elle-même : Nicolas Sarkozy – dont le passé politique n’est pas franchement écolo – est le meilleur représentant de commerce de l’EPR (réacteur pressurisé européen).

Comment expliquez-vous que la lutte contre l’effet de serre ait rencontré une forte adhésion alors que celle contre le nucléaire peine à prendre de l’ampleur ?

Le nucléaire est depuis toujours très étatique, très centralisé, très militaire et, surtout, sous silence. La promotion et la défense du nucléaire relèvent d’une vieille tradition antidémocratique, dont il est difficile de sortir. On ne parle que si on est obligé de le faire. Donc très rarement jusqu’à maintenant. Je suis convaincu plus que jamais par l’urgence de la lutte contre le nucléaire. Parce que j’en sais plus aujourd’hui qu’en 1972 quand je me suis lancé dans ce combat. Pourtant, je ne nie pas l’urgence de la lutte contre l’effet de serre, dont nous - les écolos - parlons depuis 1992, année du sommet de Rio de Janeiro. René Dumont a même commencé à aborder ce thème en 1974 ! Si, demain, un accident nucléaire grave arrive, où sera l’urgence ?


Greenpeace : «Mieux vaut prolonger les centrales qu’en construire de nouvelles»
Direct Matin n°495, 29 juin 2009 -
L'entretien que Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France, a accordé à la presse a créé des remous au sein même de l'organisation, le chargé de campagne "nucléaire" protestant de cette prise de position d'accompagnement du système. Rappelons que depuis l'arrivée à la tête de Greenpeace France de ce nouveau Directeur Général, une mise au pas des groupes locaux s'est produite (avec notamment la suspension de leurs sites internet), des salariés ont été poussés vers la sortie ou licenciés, les marges d'initiatives des groupes de terrains supprimés, la verticalité renforcée.

Q: Est-il dangereux de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires au-delà de trente ans ?

P.H (Greenpeace France) : Une grande partie des centrales pourrait voir leur vie prolongée de dix ans, voire même de vingt ans. On éviterait ainsi de se lancer à corps perdu dans un renouvellement du parc qui compromettrait la mise en oeuvre de toute vraie solution face aux changements climatiques. Mais prolonger la vie de véritables poubelles comme la centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, en Alsace, est une aberration. En France, les bénéfices opérationnels issus de cette prolongation devraient être investis exclusivement dans le changement de notre modèle de production et de consommation de l’énergie." [...]

et dans Le Monde du 7 juillet 2009:  Le "gendarme du nucléaire" ausculte les centrales

[...] "Pour Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France, fer de lance de la lutte antinucléaire, "une grande partie des centrales pourrait être prolongée de dix, voire vingt ans". Cela éviterait de "se lancer à corps perdu dans un renouvellement du parc qui compromettrait la mise en oeuvre de vraie solution face au changement climatique". A condition, dit-il, que la décision s'inscrive dans une politique de sortie progressive du nucléaire et que les bénéfices de la prolongation soient investis dans les  renouvelables et les économies d'énergie." [...]

Sortir du nucléaire entre en guerre civile
19/04/2010 - source
Le licenciement de Stéphane Lhomme, porte-parole du mouvement depuis huit ans, a mis en lumière des fractures profondes et des rancunes tenaces au sein du collectif. Luttes de pouvoir, renvoi de Stéphane Lhomme, soupçons de petits arrangements avec les frais de Xavier Renou, procès contre d'anciens administrateurs : le "réseau Sortir du nucléaire", regroupant 880 associations de défense de l’environnement, s’est transformé en panier de crabe depuis l'automne.

Les coups de gueule de Stéphane Lhomme auront fini par le flinguer. Le porte-parole de Sortir du nucléaire a reçu le 7 avril une lettre de licenciement pour faute grave : quatre pages lui reprochant de n’en faire qu’à sa tête, de multiplier insultes et menaces à l’égard de ses camarades.

Depuis huit ans, la « figure médiatique » de Sortir du nucléaire incarnait le mouvement. Pour avoir dévoilé en 2003 un document classé secret-défense, montrant que l’EPR ne résisterait pas à l’attaque d’un avion de ligne, il a été placé deux fois en garde à vue par la DST qui cherchait l’origine de la fuite. Et aurait été surveillé par une compagnie privée pour le compte d’EDF. Ces faits d’armes ont forgé sa légende parmi ses soutiens et cassé les pieds de ses détracteurs, qui le trouvent trop radical.

Ces trois dernières années, les affrontements se sont multipliés entre le Bordelais et les salariés du siège, à Lyon, qui ont même mené une grève pour obtenir son licenciement. « Incontrôlable » selon le directeur de Sortir du nucléaire, Philippe Brousse, le « comportement inqualifiable » de Stéphane Lhomme lui a déjà valu plusieurs avertissements.

En janvier, le directeur proposait déjà le licenciement du porte-parole. Une option alors rejetée par les bénévoles qui siègent au conseil d’administration, par cinq voix contre quatre. De l’avis des votants de l'époque, Stéphane Lhomme « a son franc-parler », une certaine « vigueur » et a commis « quelques excès de langage » mais « ne passe jamais les bornes de l’insulte » et « a rendu d’énormes services au réseau ».

Qu’à cela ne tienne. Philippe Brousse fait voter une motion en assemblée générale en février : l’ensemble du CA est révoqué.

Opposition politique ou querelle d’egos ?

Les administrateurs débarqués n’en reviennent toujours pas. « Nous avions le couteau sous la gorge », se souvient Chantal Cuisnier. « Quand nous avons refusé le licenciement de Stéphane, il y avait une pression énorme, la grève, puis l’éviction. Tout ça n’est pas dans notre état d’esprit », confirme Véronique Marchandier. Alain Rivat se rappelle avoir été, lors de l'assemblée générale, « empêché d’aller au micro par trois personnes qui s’interposent. Je ne pensais pas que cela pouvait arriver dans une organisation comme la nôtre. »

Pour eux, rien ne justifie le licenciement de Stéphane Lhomme. « On l’a envoyé en première ligne et maintenant on le lâche ? » s’étonne Stéphane Maimbourg. « A ma connaissance, il n’est jamais passé outre l’avis du conseil d’administration, c’est ce qu’on lui demandait », renchérit Didier Anger.

Ils affirment que le fond du problème est politique. Partisan d’une priorité absolue des questions nucléaires sur toute autre préoccupation, Stéphane Lhomme a refusé de participer au Grenelle de l’environnement, qui ne les abordait pas. Il a également convaincu les militants de ne pas signer l’Ultimatum climatique, faute de position claire sur le nucléaire. Selon lui, Philippe Brousse « veut faire du réseau une organisation "raisonnable", type WWF et dilue le message » alors que « l’immense majorité des  sympathisants n’est pas sur cette ligne ».

Sortir du nucléaire est aujourd’hui confronté à un arbitrage douloureux pour beaucoup d’associations écolos. « Auparavant, notre mot d’ordre était : ni réchauffement, ni nucléaire », regrette Didier Anger. L’organisation a choisi de développer son réseau en intégrant des groupes qui ne présentent plus la sortie du nucléaire comme objectif principal.

Daniel Roussée, membre actuel du CA et trésorier, réfute ces accusations. « Ce n’est pas un problème politique. Stéphane Lhomme ne sait pas travailler en équipe. Dès que quelque chose ne vas pas dans son sens, il envoie vingt mails à la limite de l’insulte. »

Plusieurs ex-administrateurs voient l’assemblée générale de février comme un « putsch des salariés contre les militants ». Les salariés : une douzaine de personnes « compétentes » mais qui « sont en train de couper la branche sur laquelle ils sont assis », selon Didier Anger. « Cette équipe a eu de plus en plus de mal à supporter le poids des bénévoles », estime Pierre Péguin. « Ils se sont laissé aller à penser qu’on était de trop. »

Le retour d’un Désobéissant

Autre point qui provoque l’agacement sinon la colère des ex-administrateurs et la satisfaction des nouveaux : le retour de Xavier Renou. Le leader du collectif "Les Désobéissants" était administrateur de Sortir du nucléaire jusque début 2009. Sommé de choisir entre ses deux casquettes, il avait préféré quitter le CA.

Il devrait finalement être salarié pendant un mois, en mai prochain, pour une action sur le nucléaire militaire. Outre cette mission temporaire, « Xavier Renou est de nouveau très actif dans les listes de discussion », selon des militants inquiets, qui voient en lui « un aventurier, un mercenaire qui veut être médiatisé à tout prix ».

Selon nos informations, des administrateurs envisageaient l’an dernier de déposer une plainte contre lui pour abus de confiance. Ils lui reprochaient le remboursement par Sortir du nucléaire de frais « qui n’avaient rien à voir avec le réseau », engagés pour des actions des Désobéissants, selon un ancien responsable qui parle de « plusieurs milliers d’euros ».

Le trésorier Daniel Roussée, lui, parle de « quelques centaines d’euros » seulement. Il confesse une petite manœuvre pour évincer Xavier Renou. « On n’a pas été très gentils », raconte-t-il aujourd’hui. « On l’a menacé d’une plainte, mais c’était du bluff. Il a un petit peu exagéré mais c’était vraiment l’affaire de montants ridicules ». Un mail de l’époque, signé du directeur Philippe Brousse, exhortait Xavier Renou à « faire preuve de sagesse », lui proposant « une sortie honorable » en échange d’un accord effaçant l’ardoise.

« Il n’est parti que devant la menace de plainte », explique un ancien administrateur. « On n’allait pas être mesquins, les sommes n’étaient pas énormes et c’était quand même de l’action militante », conclut un autre. Le trésorier reconnaît avoir signé un papier lors du départ de Xavier Renou, « garantissant qu’il n’y aurait pas de poursuites ».

Les comptes de l’association révèlent effectivement des frais remboursés à Xavier Renou, en moyenne 600 euros par mois en 2007 et 2008. Un montant qui « étonne » l’intéressé même en additionnant ses frais d’administrateur, un dédommagement pour les formations qu’il assurait et l’aide du réseau pour quelques événements des Désobéissants.

« Je ne voulais pas être salarié mais j’ai accepté de m’occuper de la formation à l’action non conventionnelle pour le réseau », explique Xavier Renou. « On a décidé de se débrouiller pour que mes frais soient remboursés à hauteur d’un demi-SMIC environ. Là où je me suis fait avoir, c’est que cette décision n’est pas très légale et qu’on n’a pas dressé de procès-verbal. Pendant un an tout s’est bien passé, on ne me reprochait rien, puis quand nos relations se sont détériorées, ils ont fait semblant de ne pas se souvenir de l’accord. »

Egalement problématique, le non-remboursement de sa part d’une avance de 5000 euros pour l’organisation du festival Peace and Landes. « Le CA a voté une décision qui m’en faisait cadeau, comme le festival n’avait pas été bénéficiaire », explique Xavier Renou. Il affirme que des jalousies internes et des désaccords de méthode auraient motivé son éviction. « Ils ont d’abord essayé de me faire passer pour un extrémiste, ça n’a pas marché. Il ne restait plus que l’antisémitisme, la pédophilie ou le vol… »

Le réseau se délite

Inquiets sur l’avenir de l’organisation et en désaccord avec le licenciement de Stéphane Lhomme, plusieurs ex-administrateurs ont diffusé un communiqué commun intitulé « Vous avez le droit de savoir ». Pour avoir utilisé les listes du réseau et l’identité du directeur sans son accord, ils sont sous le coup d’une plainte déposée à Lyon par Philippe Brousse. « La nouvelle majorité ne donnait que son point de vue », se défend Didier Anger, signataire de la lettre. « Avec cette plainte, on ne peut plus éviter la scission », estime Frédéric Boutet. « Les relations ne sont plus du tout amicales ».  

Didier Anger et son association, le Crilan (Comité de Réflexion, d'Information et de Lutte Anti-Nucléaire), ont décidé de surseoir au paiement de leur cotisation annuelle, en attendant des jours meilleurs.

« Aujourd’hui, on est en train de refaire des coordinations locales » en se passant du pôle salariés de Lyon, explique Alain Rivat, qui fait le parallèle avec la grave crise traversée par Attac. « Ce ne serait pas la première fois qu’une organisation survit à une vague de départs », rappelle Pierre Péguin. « On voudrait tout de même essayer de rétablir des pratiques plus démocratique au sein du réseau », nuance Chantal Cuisnier. Un réseau qui connaît quelques difficultés financières, et vient de lancer un appel au don de 100000 euros (mais pour payer quoi?)


Avril 2010
accueil/home
  fleche bas.GIF (517 octets)
JEU CONCOURS: GAGNEZ DE NOMBREUX LIVRES NEUFS