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Environnement-Alimentation
Procès MDRGF / FNPRT : Les producteurs de raisin réclament 500 000 euros à l'association écologiste
LE MONDE 07.01.10 - Agathe Chaigne

Une association écologiste, le Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), assignée devant le tribunal de Paris pour dénigrement par une organisation professionnelle, la Fédération nationale des producteurs de raisins de table (FNPRT) : l'affaire, déjà médiatisée à l'époque des faits, a été examinée, mercredi 6 janvier.

L'hostilité entre l'association présidée par François Veillerette et les agriculteurs conventionnels est déjà ancienne, mais c'est la première fois qu'elle se manifeste devant la justice.

En novembre 2008, le MDRGF, qui est la principale association spécialisée sur l'utilisation des pesticides dans l'agriculture en France, publiait sur son site Internet les résultats d'analyses effectuées par un laboratoire allemand sur du raisin acheté en grande surface, en France. L'enquête, effectuée dans cinq pays européens par cinq associations, concluait à des résidus de pesticides sur 99,2 % des raisins testés.

En février 2009, la FNPRT attaquait l'association, lui demandant notamment des dommages et intérêts de 500 000 euros - soit cinq fois le budget annuel du MDRGF - au motif d'une baisse des ventes de raisins.

"Propagande"

"On ne peut pas véhiculer sur le Net tout et n'importe quoi, et surtout interprété n'importe comment !", s'est insurgé d'entrée Me Patrick Gontard, défenseur de la FNPRT. Brandissant un tract distribué à l'entrée du tribunal, il affirmait que la présence dans la salle d'audience de militants du MDRGF prouvait bien qu'il s'agit d'une "association qui a une énorme capacité de mobilisation" pour faire de la "propagande".

L'avocat a accusé le site de l'association de ne pas avoir montré clairement que les résidus de pesticides étaient inférieurs, pour les raisins français, aux normes nationales et européennes. "L'agriculture traditionnelle a toujours utilisé les pesticides, a-t-il poursuivi. La question n'est pas de savoir s'il y a des résidus de pesticides, mais si ces résidus dépassent les normes."

Quelques minutes plus tard, l'avocate du MDRGF, Corinne Lepage, lui répondait : "Mais le problème ce n'est pas ça : le problème c'est que ça se sache !" L'ancienne ministre de l'environnement, favorable à un statut pour les "lanceurs d'alerte", n'a pas accepté par hasard de défendre le MDRGF. Selon elle, ce procès relève de "l'intimidation à l'égard des associations qui disent des choses et, derrière, à l'égard de la presse qui les reprend".

Pour Me Alexandre Faro, qui défendait également le MDRGF, l'étude, publiée fin novembre 2009, ne peut pas être la cause réelle de la baisse des ventes de raisin, qui s'effectuent majoritairement d'août à octobre. Les avocats de l'association ont réclamé 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive.

La décision du tribunal a été mise en délibéré au 10 février.

Liberation, 07 01 2010 - Eliane Patriarca
Les producteurs de raisins ne lâchent pas la grappe aux écolos
Pour les uns, il y a «dénigrement», pour les autres «information dans l’intérêt public». Hier, le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF), une association en faveur d’une agriculture sans pesticides, était assigné devant le tribunal de grande instance de Paris par la Fédération des producteurs de raisins de table qui regroupe 3 000 petits exploitants.

Au cœur du litige : la publication par le MDRGF, en novembre 2008, d’une enquête menée dans cinq pays européens avec quatre autres ONG révélant la présence de résidus de pesticides, dont certains interdits par Bruxelles, dans la quasi-totalité des raisins de table analysés. Pour le défenseur des producteurs de raisins de table, le président du MDRGF, François Veillerette, qualifié d’«ayatollah de l’écologie» , s’est livré à un «commentaire tendancieux» de l’étude. En disant que «99% des raisins analysés contiennent des résidus de pesticides, le MDRGF jette l’anathème sur tout» et omet de préciser qu’«il n’y avait aucun pesticide interdit dans les raisins français et que ceux-ci ne dépassaient pas les limites maximales de résidus autorisées par la législation européenne, contrairement aux raisins italiens et grecs !»

Cette présentation dénigrante aurait porté préjudice aux producteurs de raisin en provoquant une chute des ventes.L’avocat réclame 500 000 euros de dommages et intérêts, soit cinq fois le budget annuel du MDRGF. Pour les défenseurs de l’association, celle-ci n’a fait que publier«une étude mettant en lumière des faits avérés» que «personne ne conteste».«On vous demande des condamnations punitives parce que les ventes de raisin de table ont chuté ? C’est de la malhonnêteté intellectuelle ! affirment-ils. Le raisin produit en France a une période de commercialisation qui va d’août à octobre. Or l’étude a été publiée par le MDRGF le 24 novembre 2008 et ne peut donc être la cause de chute des ventes !»

Les avocats du MDRGF réclament 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive. Le tribunal rendra sa décision le 10 février.

(AFP) – 07 01 2010
Pesticides: une association dans le collimateur des producteurs de raisin
PARIS — Les producteurs de raisins se sont plaints mercredi, devant le tribunal de Paris, du dénigrement que constitue à leurs yeux une étude sur les résidus de pesticides dans les raisins, publiée en novembre 2008 par le MDRGF, une association écologiste.

Dans cette action menée au civil, la Fédération nationale des producteurs de raisins de table (FNRPT) réclame un demi-million d'euros de dommages et intérêts.

Les faits remontent au 24 novembre 2008. Le Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) avait alors publié les résultats d'une enquête menée dans cinq pays européens avec quatre autres ONG et révélant la présence de résidus de pesticides, dont certains interdits dans l'Union européenne, dans la quasi totalité des raisins de table prélevés dans ces pays.

Si, pour les associations de défense de l'environnement, une telle situation est inquiétante, les producteurs de raisins, eux, trouvent que la présentation qui en est faite par le MDRGF est tout bonnement "malhonnête".

"Cette attaque scandaleuse vise tout simplement à nous faire taire car notre travail dérange tous ceux qui voudraient que rien ne change dans les pratiques agricoles polluantes actuelles", dénonce le MDRGF.

"C'est la liberté que tout contre-pouvoir a dans ce pays de pouvoir réaliser et publier un travail d'information qui est mise en cause", poursuit-il, stigmatisant des "poursuites bâillons" menaçant la liberté d'expression.

A l'issue de l'audience, la 17e chambre devait mettre sa décision en délibéré à plusieurs semaines.

d'autres articles à voir aussi :
- article de Rue 89 avec des interviews  .  article sur le site de l'Express  .

 
Santé
Grippe A : l’implacable réquisitoire du député Wodar, Président de la commission santé du Conseil de l’Europe
Entretien réalisé par Bruno Odent
Président de la commission santé du Conseil de l’Europe, l’allemand Wolfgang Wodarg a obtenu le lancement d’une enquête de cette instance sur le rôle joué par les laboratoires dans la campagne de panique autour du virus.

Ex-membre du SPD, Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il a obtenu à l’unanimité des membres de la commisionn santé du Conseil de l’Europe une commision d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A par l’OMS et les états..
 
Qu’est ce qui a attiré vos soupçons dans la prise d’influence des laboratoires sur les décisions prises à l’égard de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg. Nous sommes confrontés à un échec des grandes institutions nationales, chargées d’alerter sur les risques et d’y répondre au cas où une pandémie survient. En avril quand la première alarme est venue de Mexico j’ai été très surpris des chiffres qu’avançait l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour justifier de la proclamation d’une pandémie. J’ai eu tout de suite des soupçons : les chiffres étaient très faibles et le niveau d’alarme très élevé. On en était à même pas mille malades que l’on parlait déjà de pandémie du siècle. Et l’alerte extrême décrétée était fondée sur le fait que le virus était nouveau. Mais la caractéristique des maladies grippales, c’est de se développer très vite avec des virus qui prennent à chaque fois de nouvelles formes, en s’installant chez de nouveaux hôtes, l’animal, l’homme etc. Il n’y avait rien de nouveau en soi à cela. Chaque année apparaît un nouveau virus de ce type « grippal ».En réalité rien ne justifiait de sonner l’alerte à ce niveau. Cela n’a été possible que parce que l’OMS a changé début mai sa définition de la pandémie. Avant cette date il fallait non seulement que la maladie éclate dans plusieurs pays à la fois mais aussi qu’elle ait des conséquences très graves avec un nombre de cas mortels au dessus des moyennes habituelles. On a rayé cet aspect dans la nouvelle définition pour ne retenir que le critère du rythme de diffusion de la maladie. Et on a prétendu que le virus était dangereux car les populations n’avaient pas pu développer de défense immunitaires contre lui. Ce qui était faux pour ce virus. Car on a pu observer que des gens âgés de plus de 60 ans avaient déjà des anticorps. C’est-à-dire qu’ils avaient déjà été en contact avec des virus analogues. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs il n’y a pratiquement pas eu de personnes âgées de plus de 60 ans qui aient développé la maladie. C’est pourtant à celles là qu’on a recommandé de se faire vacciner rapidement. Dans les choses qui ont suscité mes soupçons il y a donc eu d’un côté cette volonté de sonner l’alerte. Et de l’autre des faits très curieux. Comme par exemple la recommandation par l’OMS de procéder à deux injections pour les vaccins. Ça n’avait jamais été le cas auparavant. Il n’y avait aucune justification scientifique à cela. Il y a eu aussi cette recommandation de n’utiliser que des vaccins brevetés particuliers. Il n’existait pourtant aucune raison à ce que l’on n’ajoute pas, comme on le fait chaque années, des particules antivirales spécifiques de ce nouveau virus H1N1, « complétant » les vaccins servant à la grippe saisonnière. On ne l’a pas fait car on a préféré utiliser des matériaux vaccinales brevetés que les grands laboratoires avaient élaborées et fabriqué pour se tenir prêts en cas de développement d’une pandémie. Et en procédant de cette façon on n’a pas hésité à mettre en danger les personnes vaccinées
 
Quel danger ?

Wolfgang Wodarg. Pour aller vite dans la mise à disposition des produits on a utilisé des adjuvants dans certains vaccins, dont les effets n’ont pas été suffisamment testés. Autrement dit : on a voulu absolument utiliser ces produits brevetés nouveaux au lieu de mettre au point des vaccins selon des méthodes de fabrication traditionnelles bien plus simples, fiables et moins coûteuses. Il n’y avait aucune raison médicale à cela.Uniquement des raisons de marketing.

Comment a-t-on pu justifier de cela ?

Wolfgang Wodarg. Pour comprendre il faut en revenir à l’épisode de la grippe aviaire de 2005 - 2006. C’est à cette occasion là qu’ont été définis les nouveaux plans internationaux destinés à faire face à une alarme pandémique. Ces plans ont été élaborés officiellement pour garantir une fabrication rapide de vaccins en cas d’alerte. Cela a donné lieu à une négociation entre les firmes pharmaceutiques et les Etats. D’un côté les labos s’engageaient à se ternir prêts à élaborer les préparations, de l’autre les Etats leur assuraient qu’ils leur achèteraient bien tout cela. Au terme de ce drôle de marché l’industrie pharmaceutique ne prenait aucun risque économique en s’engageant dans les nouvelles fabrications. Et elle était assurée de toucher le jack pot en cas de déclenchement d’une pandémie.

Vous contestez les diagnostics établis et la gravité, même potentielle, de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg. Oui, c’est une grippe tout ce qu’il y a de plus normal. Elle ne provoque qu’un dixième des décés occasionnés par la grippe saisonnière classique. Tout ce qui importait et tout ce qui a conduit à la formidable campagne de panique à laquelle on a assisté, c’est qu’elle constituait une occasion en or pour les représentants des labos qui savaient qu’ils toucheraient le gros lot en cas de proclamation de pandémie.

Ce sont de très graves accusations que vous portez là. Comment un tel processus a-t-il été rendu possible au sein de l’OMS ?

Wolfgang Wodarg. Un groupe de personnes à l’OMS est associé de manière très étroite à l’industrie pharmaceutique.

L’enquête du conseil de l’Europe va travailler aussi dans cette direction ?

Wolfgang Wodarg. Nous voulons faire la lumière sur tout ce qui a pu rendre cette formidable opération d’intox. Nous voulons savoir qui a décidé, sur la base de quelles preuves scientifiques, et comment s’est exercé précisément l’influence de l’industrie pharmaceutique dans la prise de décision. Et nous devons enfin présenter des revendications aux gouvernements. L’objectif de la commission d’enquête est qu’il n’y ait plus à l’avenir de fausses alertes de ce genre. Que la population puisse se reposer sur l’analyse, l’expertise des instituions publiques nationales et internationales. Celles ci sont aujourd’hui discréditées car des millions de personnes ont été vaccinés avec des produits présentant d’éventuelles risques pour leur santé. Cela n’était pas nécessaire. Tout cela a débouché aussi sur une gabegie d’argent public considérable.

Avez-vous des chiffres concrets sur l’ampleur de cette gabegie ?
 
Wolfgang Wodarg. En Allemagne ce sont 700 millions d’euros. Mais il est très difficile de connaître les chiffres précis car on parle maintenant d’un côté de reventes de vaccins à des pays étrangers et surtout les firmes ne communiquent pas, au nom du principe du respect du « secret des affaires » les chiffres des contrats passés avec les Etats et les éventuelles clauses de dédommagements qui y figurent.

Le travail de « lobying » des labos sur les instituts de santé nationaux sera-t-il aussi traité par l’enquête du conseil de l’Europe ?
 
Wolfgang Wodarg. Oui nous nous pencherons sur l’attitude des instituts comme le Robert Koch en Allemagne ou Pasteur en France qui aurait dû en réalité conseiller leurs gouvernements de façon critique. Dans certains pays des institutions l’ont fait. En Finlande ou en Pologne, par exemple, des voix critiques se sont élevées pour dire : « nous n’avons pas besoin de cela ».

La formidable opération d’intox planétaire n’a-t-elle pas été possible aussi parce que l’industrie pharmaceutique avait « ses représentants » jusque dans les gouvernements des pays les plus puissants ?
 
Wolgang Wodarg. Dans les ministères cela me paraît évident. Je ne peux pas m’expliquer comment des spécialistes , des gens très intelligents connaissent par coeur la problématique des maladies grippales, n’aient pas remarqué ce qui était en train de se produire.
 
Que s’est-il passé alors ?
 
Wolfgang Wodarg. Sans aller jusqu’à la corruption directe qui j’en suis certain existe, il y a eu mille manières pour les labos d’exercer leur influence sur les décisions. J’ai pu constater très concrètement par exemple comment Klaus Stöhr qui était le chef du département épidémiologique de l’OMS à l’époque de la grippe aviaire, et qui donc a préparé les plans destinés à faire face à une pandémie que j’évoquais plus haut, était devenu entre temps un haut cadre de la société Novartis. Et des liens semblables existent entre Glaxo ou Baxter (etc) et des membres influents de l’OMS. Ces grandes firmes ont « leurs gens » dans les appareils et se débrouillent ensuite pour que les bonnes décisions politiques soient prises. C’est à dire celles qui leur permettent de pomper le maximum d’argent des contribuables.
 
Mais si votre enquête aboutit, ne sera-t-elle pas un appui pour les citoyens d’exiger de leurs gouvernements qu’ils demandent des comptes à ces grands groupes ?
 
Wolfgang Wodarg. Oui, vous avez raison, c’est l’un des grands enjeux lié à cette enquête. Les états pourraient en effet se saisir de cela pour contester des contrats passés dans des conditions, disons, pas très propres. S’il peut être prouvé que c’est la prise d’influence des firmes qui a conduit au déclenchement du processus alors ils faudra les pousser à ce qu’ils demandent à être remboursés. Mais ça c’est uniquement le côté financier, il y a aussi le côté humain, celui des personnes qui ont été vaccinés avec des produits qui ont été insuffisamment testés.

Quel type de risque ont donc pris, sans qu’ils le sachent, ces gens en bonne santé en se faisant vacciner ?
 
Wolfgang Wodarg. Je le répète les vaccins ont été élaborés trop rapidement, certains adjuvants insuffisamment testés. Mais il y a plus grave. Le vaccin élaboré par la société Novartis a été produit dans un bioréacteur à partir de cellules cancéreuses. Une technique qui n’avait jamais été utilisée jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi, je ne suis évidemment pas un spécialiste, mais comment peut-on prétendre faire un vaccin à partir de cellules malades ?
 
Wolfgang Wodarg. Normalement on utilise des œufs de poules sur lesquels les virus sont cultivés. On a besoin en effet de travailler sur des cellules vivantes. Car les virus ne peuvent se multiplier que de cette manière et donc, par définition, les préparations antivirus qui vont avec. Mais ce procédé présente un gros défaut, il est lent, il faut beaucoup d’œufs. Et il est long et complexe sur le plan technique. Une autre technique au potentiel remarquable consiste à cultiver les virus sur des cellules vivantes dans des bio-réacteurs. Pour cela il faut des cellules qui croissent et se divisent très vite. C’est un peu le procédé que l’on utilise pour la culture du yaourt que l’on réalise d’ailleurs aussi dans un bio-réacteur. mais dans ce contexte la cellule a été tellement bouleversée dans son environnement et sa croissance qu’elle croit comme une cellule cancéreuse. Et c’est sur ces cellules au rendement très élevé que l’on cultive les virus. Seulement pour fabriquer le vaccin il faut extraire à nouveau les virus de ces cellules sur lesquelles ils ont été implantés. Et il peut donc se produire que durant le processus de fabrication du vaccin des restes de cellule cancéreuse demeurent dans la préparation. Comme cela se produit dans la fabrication classique avec les oeufs. On sait ainsi que dans le cas d’une vaccination de la grippe classique des effets secondaires peuvent apparaître chez les personnes qui sont allergiques à l’ovalbumine que l’on trouve dans le blanc d’oeuf. Il ne peut donc pas être exclu que des protéïnes, restes d’une cellule cancéreuse présentes dans un vaccin fabriqué par bio-réacteur, n’engendre une tumeur sur la personne vaccinée. Selon un vrai principe de précaution il faudrait donc, avant qu’un tel produit ne soit autorisé sur le marché, avoir la certitude à 100% que de tels effets sont réellement exclus.
 
Et cela n’a pas été fait ?

Wolfgang Wodarg. On ne l’a pas fait. L’AME ( Agence Européenne du Médicament), une institution sous la responsabilité du commissaire européen à l’économie, basée à Londres, qui donne les autorisations de mise sur le marché des vaccins en Europe, a donné son feu vert à la commercialisation de ce produit en arguant, en l’occurrence, que ce mode de fabrication ne constituait pas un risque « significatif ». Cela a été très différemment apprécié par de nombreux spécialistes ici en Allemagne et une institution indépendante sur le médicament, qui ont au contraire alerté et fait part de leurs objections. J’ai pris ces avertissements au sérieux. J’ai étudié le dossier et suis intervenu dans le cadre de la commission santé du Bundestag dont j’étais alors membre pour que le vaccin ne soit pas utilisé en Allemagne. J’ai fait savoir que je n’étais certainement pas opposé à l’élaboration de vaccins avec cette technique. Mais qu’il fallait d’abord avoir une garantie totale d’innocuité. Le produit n’a donc pas été utilisé en Allemagne où le gouvernement a résilié le contrat avec novartis.
 
Quel est le nom de ce vaccin ?

Wolfgang Wogart. Obta flu.

Mais cela veut dire que dans d’autres pays européens comme la France le produit peut être commercialisé sans problème ?

Wolfgang Wogart. Oui , il a obtenu l’autorisation de l’AME et peut donc être utilisé partout dans l’Union Européenne.

Quelle alternative entendez vous faire avancer pour que l’on échappe à de nouveaux scandales de ce type ?

Wolfgang Wogart. Il faudrait que l’OMS soit plus transparente, que l’on sache clairement qui décide et quelle type de relation existe entre les participants dans l’organisation. Il conviendrait aussi qu’elle soit au moins flanquée d’une chambre d’élue, capable de réagir de façon très critique où chacun puisse s’exprimer. Ce renforcement du contrôle par le public est indispensable.

N’est ce pas la question d’un autre système capable de traiter une question qui relève en fait d’un bien commun aux citoyens de toute la planète qui affleure ?

Wolfgang Wodarg. Pouvons nous encore laisser la production de vaccins et la conduite de ces productions à des organisations dont l’objectif est de gagner le plus possible d’argent ? Ou bien la production de vaccins n’est-elle pas quelque chose du domaine par excellence , que les Etats doivent contrôler et mettre en œuvre eux même ? C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut abandonner le système des brevets sur les vaccins. C’est à dire la possibilité d’une monopolisation de la production de vaccin par un rand groupe. Car cette possibilité suppose que l’on sacrifie des milliers de vies humaines, simplement au nom du respect de ces droits monopolistiques. Vous avez raison , cette revendication là a pris en tout cas pour moi l’aspect de l’évidence.


 
Environnement
Retour sur Copenhague : un fiasco, un désastre?
par Évariste
Ça devait être l’apothéose de la fin d’une année 2009 marquée par le sceau de la crise, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Copenhague, le plus grand rassemblement de chefs d’États et de gouvernements de l’histoire de l’ONU (119), a été un flop retentissant. Rappelons qu’il s’agissait de permettre de limiter le réchauffement climatique par une réduction des émissions anthropiques des gaz à effet de serre en trouvant un accord contraignant de réduction d’émissions prenant le relais du protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012.

Depuis la conférence de Bali en 2007, qui avait fixé les objectifs pour Copenhague, tout semblait avoir été minutieusement préparé, jusqu’au choix même de Copenhague, capitale du Danemark aux jours courts et aux nuits glacées mais aux salons bien chauffés, bref, l’idéal pour espérer décourager tout mouvement social d’envergure.

Notre omniprésident a été pratiquement le seul chef d’État à crier victoire après l’accord minable concocté in-extrémis par les États-Unis-d’Amérique et les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Afrique du Sud). Mais ce fiasco en a réjoui d’autres, tels les lobbys énergétiques nord-américains et l’OPEP.

Si le résultat de Copenhague est sans aucun doute un fiasco, est-ce pour autant un désastre comme nous l’entendons un peu partout ?

Certainement si on considère qu’il fallait un accord coûte que coûte, ce qui était la position des ONG environnementalistes, sans faire de la remise en cause le système des droits à polluer et de la finance carbone instaurés après Kyoto un objectif.

Certainement pas si on considère qu’un mauvais accord risquait en fait de bloquer tout espoir de pouvoir limiter le réchauffement climatique à 2° et n’aurait fait que gonflé la bulle spéculative du carbone.

Dans la mesure où l’accord obtenu n’en est pas un puisqu’il est vide (limitation à 2° de la hausse de la température moyenne du globe d’ici 2050 mais sans s’engager à réduire les émissions de GES, financement à hauteur de 21 milliards d’€ en 3 ans pour limiter les émissions des pays en voie de développement mais sans préciser d’où viendra l’argent), qu’il n’a été rédigé que par 5 pays, que la plénière finale de la Conférence s’est bornée à en « prendre note », et qu’il a mis fin au Protocole de Kyoto, les pays devront remettre l’ouvrage sur le métier, peut-être dès la prochaine Conférence qui aura lieu à Mexico à la fin de l’année.

Par contre des leçons essentielles doivent être tirées :

* la défaite des environnentalistes pour qui l’urgence écologique suffit à elle seule à influencer les politiques ;
* la marginalisation de l’Union Européenne qui n’a pas réussi à peser dans la conférence, insuffisamment soudée et trop sûr d’elle-même ;
* la suprématie des EUA alors qu’ils n’ont pas ratifié le Protocole de Kyoto et qu’ils arrivaient les mains vides sans que le Congrès ne se soit prononcé ;
* la confirmation du de l’importance croissante des pays émergents, tout particulièrement la Chine, sur la scène internationale, qui au passage semblent avoir renoncer à toute solidarité avec les pays en voie de développement ;
* la démonstration que tant que le G2, le G8, le FMI et surtout l’OMC continueront d’imposer leur vision d’une économie uniquement orientée pour le profit d’une minorité en entretenant l’exploitation, la soumission et la misère, aucune rupture, fut-elle au profit de l’humanité toute entière, ne sera possible ;
* échec pour l’ONU qui montre son incapacité à peser et à mener les débats pour faire aboutir un accord à 194 parties parce que 2 d’entre elles (Les EUA et la Chine) ont décidé de ne rien céder ;
* affirmation de l’importance (certes relative) et de la pertinence de la position de certains pays en développement hors de tout esprit de compromission diplomatique ou de renonciation quand à l’objectif et en répondant à l’intérêt général de leurs peuples, ce fut le cas des pays de l’ALBA.

Les ONG doivent revoir leur copie. Si l’affaiblissement des environnementalistes pur jus au profit des associations liants les questions écologiques et sociales fut une avancée certaine, les propositions du Klimaforum amènent à tempérer l’enthousiasme : l’arrêt de l’utilisation de toute énergie fossile dans les 30 prochaines années est complètement irréaliste, la « les réparations et les compensations de la dette des des crimes climatiques », c’est à dire un flux financier massif du Nord vers le Sud, ne pose pas la question de l’utilisation démocratique de ces fonds.

Il ressort de ces leçons que le cadre national est bien le plus pertinent pour mener le combat , que ce combat est bien un combat éminemment politique, et que les mouvements sociaux doivent l’intégrer dans le cadre d’une globalisation de leurs combats. L’écologie est une affaire politique et c’est aux peuples de faire savoir à leurs représentants qu’ils attendent d’eux beaucoup plus de courage, d’humanisme et de solidarité qu’ils n’en ont eu à Copenhague.
Lutter contre le néo-libéralisme

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Une douzaine d’ONG internationales porte la voix de plus de 50 000 citoyens du monde entier pour demander un accord climatique sans nucléaire à Copenhague.
Réseau "Sortir du nucléaire" - WECF - Greenpeace - Wise - Women against nuclear power - Umweltinstitut München e.V. - Legambiente - Ecodefense - International forum on globalization . http://www.dont-nuke-the-climate.org/

Le 14 décembre 2009 à Copenhague, une délégation d’une douzaine d’ONG a interpellé les délégations gouvernementales en présentant une carte postale géante et plus de 50 000 signatures pour un accord climatique sans nucléaire. Ces ONG impliquées dans la campagne internationale « Don’t nuke the climate ! », initiée par le Réseau « Sortir du nucléaire », ont été rejointes par plusieurs élus de France, Italie, Danemark et Luxembourgeois, dont les anciens ministres de l’environnement Yves Cochet et Corinne Lepage, les députés européens José Bové, Claude Turmes, Margrete Auken et Yannick Jadot, ainsi que les députés et sénateurs italiens Angelo Bonelli, Roberto della Seta et Francesco Ferrante.

Les ONG partenaires de la campagne « Don’t nuke the climate ! » ont souligné les attentes de la société civile, dont témoigne le nombre important de signatures collectées dans plus de 100 pays en l’espace de quelques mois : un accord ambitieux sur le climat où l’énergie nucléaire, dangereuse, sale et polluante, n’aurait pas sa place.

Rappelant les dangers liés au nucléaire, les ONG ont souligné que le recours à cette technologie détournerait des vraies solutions au changement climatique, et dénoncé les tentatives de l’industrie nucléaire de tirer profit de la crise climatique pour s’imposer dans le paysage énergétique mondial. Un investissement comparable dans l’énergie éolienne permettrait une réduction deux fois plus importante des émissions de gaz à effet de serre, sans générer de risque d’accident ni de pollution.

Il est crucial de parvenir à un accord pour la période post-2012 qui permette une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, et le nucléaire est totalement incompatible avec cet objectif. Même un déploiement massif du nucléaire n’apporterait qu’une contribution très marginale, alors que les émissions mondiales doivent absolument baisser dès 2015 pour se rapprocher autant que possible de zéro vers 2050. La « contribution » du nucléaire à la lutte contre le changement climatique viendrait trop tard (bien après 2020), à un coût faramineux (plus de 10 000 milliards de dollars), et entraînerait une myriade de risques majeurs (accidents, prolifération, déchets…). Ce coût et ces impacts négatifs font du nucléaire un obstacle au développement des sources d’énergie efficaces, propres et moins chères, à la fois dans les pays industrialisés et en voie de développement.

Le Protocole de Kyoto et ses mécanismes financiers (Mécanisme de Développement Propre, Mise en Œuvre Conjointe) excluent tout soutien financier au nucléaire pour la première période d’engagement. A Copenhague, les membres de la campagne « Don’t nuke the climate ! » appellent les chefs d’Etats à investir dans des technologies vraiment propres et à confirmer l'exclusion du nucléaire de tout accord sur le climat.

Plus d'infos sur : http://www.dont-nuke-the-climate.org/  

Copenhague/Climat - samedi 12 décembre 2009 : Des actions en France et au-delà sur le thème "Ni nucléaire, ni effet de serre"
Communiqué du 11 décembre 2009 de Réseau "Sortir du nucléaire" - Fédération de 850 associations
186 actions dans 10 pays coordonnées par le Réseau "Sortir du nucléaire" : http://www.dont-nuke-the-climate.org   Pendant la conférence de Copenhague, il faut rappeler que le nucléaire reste une terrible menace pour la planète. "Sortir du nucléaire" dénonce les manœuvres des dirigeants français qui prétendent que le nucléaire est "propre".

Lors de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui se tient du 7 au 18 décembre à Copenhague, les dirigeants de certains états, en particulier de la France, tentent de faire passer le nucléaire pour une énergie "propre" alors que c'est la plus dangereuse et l'une des plus polluantes qui soit. Qui plus est, le nucléaire constitue une forte entrave à la lutte contre le changement climatique :

- construire des centrales nucléaires nécessite des sommes considérables qui ne sont alors pas investies dans les solutions véritablement efficaces pour lutter contre l’effet de serre : pour un euro investi, l'efficacité énergétique et certaines énergies renouvelables sont jusqu'à 11 fois plus performantes que le nucléaire.

- la filière nucléaire, de la mine d'uranium au démantèlement des installations, génère elle aussi des émissions de gaz à effet de serre. En outre, le nucléaire ne permet pas de récupérer la chaleur dégagée lors de la production d’électricité, ce qui oblige à produire de l’énergie supplémentaire pour les besoins en chaleur (à l’inverse, produire électricité et chaleur en co-génération permet d'émettre 7 fois moins de gaz à effet de serre qu'’un système énergétique nucléarisé).

- l'option "nucléaire + chauffage électrique", imposée en France soi-disant pour éviter la consommation de fuel et de charbon, a prouvé son absurdité : dès qu'il fait froid, la consommation électrique est telle que le parc nucléaire français (pourtant surdimensionné) est dépassé, et ce sont des centrales au charbon, fortement émettrices de CO2, qui alimentent les chauffages électriques.

- en réalité, c'est la filière nucléaire qui est menacée par les effets mêmes du changement climatique (sécheresses, tempêtes, inondations, montée du niveau de la mer). Ainsi, de nombreux réacteurs ont dû être arrêtés en 2003 du fait de la canicule. Le nucléaire, qui consomme 25 000 fois plus d’eau par kWh produit que les énergies éolienne et solaire, est complètement inadaptée pour des régions qui risquent d’être de plus en plus frappées par des vagues de chaleur.

Pour faire entendre la voix des citoyens, des actions décentralisées auront lieu partout en France et en Europe le 12 décembre. On note en particulier la participation enthousiaste de l'Italie, dont les citoyens sont majoritairement opposés aux projets nucléaires de Berlusconi.

Le Réseau "Sortir du nucléaire" coordonne actuellement la campagne internationale "Don’t nuke the climate !". Dans ce cadre, une délégation antinucléaire est présente à Copenhague pour essayer d'empêcher l'inclusion du nucléaire dans les mécanismes de réduction des émissions, et mener des actions sur place. Enfin, les antinucléaires seront présents et visibles dans la grande manifestation unitaire qui aura lieu le 12 décembre à Copenhague.

- Des informations précises concernant les actions du 12 décembre (en particulier heure et lieu des rassemblements) sont consultables sur : http://www.dont-nuke-the-climate.org/spip.php?page=affichage-actions&lang=fr

Action symbolique "DON'T NUKE THE CLIMATE" à Copenhague sur la Petite Sirène
Le nucléaire masque les vraies solutions à la crise climatique

Copenhague, le 10 décembre 2009 – Le Réseau « Sortir du nucléaire » et ses partenaires internationaux (italien, russe, américain, allemand, danois, hollandais…) [1] de la campagne « Don’t Nuke the Climate ! » ont mené une action symbolique ce midi pour dénoncer la tentative du nucléaire d’utiliser la crise climatique pour assurer sa survie. Les représentants des associations ont « masqué » la Petite Sirène, monument national danois, pour dénoncer le danger de cette industrie, mais aussi pour rappeler qu’en réalité le nucléaire entrave la lutte contre le changement climatique en masquant les vraies solutions. Recourir à l’atome dans cette lutte serait donc parfaitement contreproductif en plus d’être dangereux.

Lors du Sommet de Copenhague, les décideurs ont non seulement le devoir de parvenir à un accord ambitieux sur le climat, mais aussi de refuser les « fausses bonnes solutions ». Or, lors de la session de négociations à Bangkok au mois d’octobre 2009, le nucléaire, pourtant exclu à juste titre des mécanismes du Protocole de Kyoto, a refait surface.

De nombreux pays, dont la France, souhaitent en effet que cette source d’énergie puisse être reconnue à Copenhague comme une solution au changement climatique. Si le prochain accord climatique accorde une place au nucléaire, certains Etats pourraient « s'acquitter » de leurs objectifs de réduction d'émission en vendant des réacteurs aux pays en développement ; ils éviteraient ainsi la remise en question de leurs modes de production et de consommation, pourtant à l'origine du problème climatique. Par ailleurs, si le nucléaire devenait éligible aux financements par ce biais, l’industrie nucléaire trouverait ainsi une source majeure de subventions publiques.

L’action de ce matin, quelques jours après le déploiement d’une grande banderole à 100 m du lieu du Sommet sur le climat, s’inscrit dans le cadre de la campagne citoyenne internationale « Don’t Nuke the Climate ! » coordonnée par le Réseau « Sortir du nucléaire ». Cette campagne rassemble aujourd’hui plus de 350 organisations dans 45 pays, qui refusent le nucléaire comme « solution » au changement climatique.

Le nucléaire est trop dangereux (déchets, accidents, prolifération…), trop lent face à l'urgence climatique (10 ans pour construire un réacteur), trop coûteux et inapproprié pour le développement du Sud. Si cette technologie était incluse dans le nouvel accord climatique, elle priverait de financement les vraies solutions que sont notamment l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Recourir au nucléaire, c’est donc condamner à l’échec la lutte contre le changement climatique.

Les citoyens de tous les pays sont appelés à signer la pétition « Don’t Nuke the Climate ! », traduite en dix langues. Déjà 50 000 personnes ont signé l’appel.

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Pour plus d’information : www.dont-nuke-the-climate.org

[1] Wise (Pays-Bas/International), Women in Europe for a Common Future (Europe), Umweltinstitut München (Allemagne), Ecodefense (Russie), NOAH (Les Amis de la Terre Danemark), Legambiente (Italie), Inforse (Europe), International Forum on Globalization (Etats-Unis/International), NOAH (Friends of the Earth Danemark), EcoForum (Kazakhstan), The Planet of Hopes (Russie), Open Asia (Tajikistan) et WILPF (Women's International League for Peace and Freedom).


 
Santé
L'émergence d'un marché vraiment libre en matière dentaire?
par Raymond Mari
La fin d’un marché captif pour les soins dentaires ?

On peut sourire lorsqu’une théorie s’applique véritablement et qu’elle prend de court ses promoteurs confrontés aux conséquences de ses applications pratiques, surtout quand elles surgissent dans un contexte sécurisé et donc confortable pour les ayatollahs. On l’a vu récemment sur le plan économique à propos des théories financières ultra libérales, pour lesquelles devant leur débâcle, il a fallu l’intervention de « l’État providence » si décrié. Dans un périmètre beaucoup plus réduit, celui de la dentisterie, on pourrait assister à l’irruption d’un vrai marché dans lequel il n’est pas certain que ni les consommateurs, ni les producteurs y trouvent leur compte.

36 542 dentistes composaient l’offre de soins en 2007 (derniers chiffres disponibles). Un effectif d’une remarquable et même étonnante stabilité, puisqu’à 200 près, le nombre de praticiens était quasiment identique en 1995.

Dans cette population, il convient de distinguer les spécialistes en orthopédie dento-faciale qui comptaient 1862 praticiens en 2007. Cette spécialité connaît en revanche un regain d’intérêt puisqu’elle a progressé de 35% depuis 1995.

La répartition des dentistes sur le territoire offre à peu près les mêmes caractéristiques que celle des médecins : une densité beaucoup plus importante dans le sud de la France, faible dans le centre et au nord, très forte à Paris (quatre fois plus que dans l’Orne ou dans la Seine Saint Denis).

Paris se signale également par le nombre de praticiens qui n’ont pas adhéré à la convention. Sur les 112 qui ont décidé de ne pas exercer sous régime conventionnel au plan national, 92 sont installés à Paris

La couverture dérisoire des frais dentaires

Huit milliard d’euros, un peu plus, c’est ce que les chirurgiens dentistes ont facturé, en tout cas, reporté sur les feuilles de soins de leurs patients en 2007 (derniers chiffres disponibles selon la Caisse Nationale d’Assurance Maladie).

Mais seuls un peu moins de quatre milliards ont été pris en compte pour le remboursement des soins dentaires, la différence (49%) est, soit remboursée par les assurances complémentaires (partiellement), soit reste à la charge des ménages.

Ces quatre milliards de dépassements par rapport aux tarifs de remboursement de la Sécu, sont essentiellement constitués par les prothèses. Les soins sont assez bien couverts, mais l’appareillage prothétique ne semble pas avoir la considération d’une prestation sanitaire. Sa prise en charge est dérisoire et les prix, non encadrés, ont évolués dans le contexte d’un marché libre où le consommateur n’a guère la possibilité d’imposer une certaine mesure.

Phénomène bien connu chez les médecins, plus la densité des professionnels est forte, plus les dépassements tarifaires sont importants. Il en est de même pour les dentistes puisque la différence entre le prix payé par le malade et la base du remboursement de la sécu est d’un peu moins de 48% en France métropolitaine, mais de 61% à Paris. En orthopédie dento faciale, le pourcentage de dépassement est de 60% en France, mais de 75% à Paris.

Le droit à la santé dentaire largement méprisé

A propos d’une bonne couverture des soins, encore faut-il émettre des réserves, car un certain nombre d’entre eux ne bénéficient d’aucune prise en charge par la Sécu. Pour ne prendre qu’un exemple, la parodontologie, chirurgie des tissus de soutien qui relient la dent au maxillaire et qui est en mesure de traiter une affection qui atteindrait la moitié de la population à partir d’un certain âge, est totalement méprisée alors qu’elle éviterait la perte des dents et les pathologies consécutives (infections, etc…).

Le désintérêt de l’État pour la santé dentaire a de multiples et néfastes incidences : confrontés à des tarifs prohibitifs, nos concitoyens renoncent aux soins et, surtout, aux appareillages. D’après l’Assurance maladie qui procède à des contrôles, la qualité des soins serait sujette à caution, le taux des anomalies pour les traitements proprement dits et pour les prothèses atteindrait des proportions inquiétantes.

En ce qui concerne le prix des prothèses, on dérive depuis longtemps dans l’irrationnel. Devant une clientèle « captive » (peu de patients sont en mesure de résister aux exigences du praticien) et en l’absence d’un encadrement tarifaire, les prix prothétiques ont perdu toute relation avec la valeur réelle d’un appareil.

En prenant l’exemple d’une couronne céramo-metallique que le prothésiste facture au dentiste entre 100 et 150 Euros au grand maximum, la « douloureuse » pour le patient peut aller jusqu’à 1000 Euros dans les cabinets parisiens huppés. Un complet haut et bas fabriqué pour environ 500 euros chez le prothésiste peut entraîner une dépense de 5000 Euros chez le dentiste.

Pour mémoire, on situera la base du remboursement de l’Assurance maladie pour une couronne à 75 euros !

L’apparition d’une réelle concurrence dans un univers sécurisé

Mais cette différence entre le prix de fabrication par un prothésiste français et la facture présentée au client par le dentiste peut s’avérer encore plus importante. En effet, depuis quelques années, la « mondialisation » sévit dans le domaine prothétique et tous les pays « émergents » s’y mettent. Aujourd’hui, environ 30% des appareils seraient importés de l’étranger. Pour une couronne fabriquée dans les pays asiatiques, le prix d’achat par le dentiste varierait entre 30 et 70 euros et cela ne semble avoir aucune incidence sur le coût facturé au patient (voir ci-dessus).

Dans la mesure où le traitement des dents qui précède l’appareillage est facturé à part (et relativement bien remboursé), même s’il faut compter les frais d’investissement du matériel et les coûts annexes de la gestion d’un cabinet, les bénéfices des chirurgiens dentistes sont conséquents.

D’ailleurs le chiffre d’affaire d’un praticien dentaire est largement supérieur à celui d’un médecin omnipraticien et à peu près identique à celui de l’ensemble des médecins spécialisés. Quant à celui des spécialistes en orthopédie dento faciale, il dépasse de 82% les recettes du dentiste généraliste. Pour neutraliser la charge des frais professionnels et en examinant les « performances » des différentes professions libérales au niveau du revenu d’activité, on constate que le revenu des dentistes est supérieur à celui de l’ensemble des médecins et n’est dépassé, assez largement d’ailleurs, que par les notaires.

Depuis longtemps, les relations entre les dentistes et les prothésistes sont tendues, ces derniers organisés majoritairement en petites entreprises concurrentielles étant fortement subordonnés à leurs donneurs d’ordre. Le titre récent (septembre 2009) d’une publication de l’UNPD, syndicat des prothésistes est éloquent : « Après 25 ans de lutte les sages ont tranchés ».

La transparence des prix, véritable révolution

La lutte dont il s’agit concerne la transparence des tarifs pour laquelle les prothésistes se battent contre la corporation des dentistes afin que les bénéfices des appareils qu’ils fabriquent avec des techniques et des matériels élaborés soient mieux répartis.

Ce cri de victoire concerne une disposition de la loi HPST du 21 juillet 2009 qui provoque une véritable révolution dans l’univers dentaire. Cette disposition qui concerne tous les types de prothèses, impose aux praticiens de répondre à la demande du patient en lui indiquant par écrit et ce, gratuitement, le coût de l’acte et les conditions de son remboursement en dissociant le prix d’achat de chaque élément de l’appareillage proposé, le prix de toutes les prestations associées, ainsi qu’une copie de la déclaration du dispositif médical.

En clair, cela entraîne une parfaire transparence des composants du coût final : le prix de la fabrication par le prothésiste et celui que prétend faire payer le dentiste au client. En outre, la traçabilité du produit est assurée ce qui permet d’identifier la provenance d’une prothèse et d’éliminer éventuellement un appareil inspirant quelques inquiétudes, justifiées ou non.

Révolution ! Le mot est faible. A bien des égards.

On est tout d’abord extrêmement surpris de la survenance d’une mesure de ce type, dans le contexte historique de démission des pouvoirs publics en ce qui concerne la santé dentaire. Encore plus aujourd’hui avec un gouvernement qui n’a de cesse de dégrader la protection sociale et alors que plusieurs déclarations de responsables politiques n’ont pas caché la volonté de voir passer la totalité des soins dentaires dans le giron des assurances complémentaires.

Le processus de constitution de la règle est ensuite pour le moins original. C’est le Sénat qui a présenté l’amendement et l’a adopté après une farouche résistance de Mme Roselyne Bachelot qui a en vain tenté de remplacer le terme « prix d’achat » de la prothèse par « prix de revente », ce qui, évidemment, excluait toute possibilité d’identifier les bénéfices considérables que les dentistes s’arrogent.

Une remise en cause de tous les acteurs, consommateurs et producteurs

Révolution bien entendu chez les deux protagonistes de l’art dentaire, « la fin du chemin de croix des prothésistes » comme le titre dans son journal l’UNPD, véritable défi des prothésistes vis-à-vis des chirurgiens dentistes, mais également au regard d’une concurrence des prothèses à prix cassés venues de l’étranger et jugée déloyale.

Une corporation des chirurgiens dentistes très influente et bardée d’une invincibilité historique qui usera de tous les moyens pour échapper à ce qu’elle considère comme une agression. Leurs syndicats ont déjà annoncé qu’ils mettraient tout en œuvre pour s’opposer à cette obligation. Ils prétendaient par exemple que la loi ne serait applicable qu’avec la parution des décrets d’application. Or, le ministère a affirmé aux prothésistes qu’il n’y aurait pas de décret et que la mesure entrait immédiatement en vigueur.

La superbe de cette profession, n’est-elle pas déjà quelque peu archaïque, dans la mesure où la migration des clients vers les ex pays de l’Est par exemple semble s’accentuer ? On sait notamment qu’une véritable organisation permet d’être appareillé dans ces pays d’implants dentaires, totalement ignorés par la Sécu et, de ce fait, financièrement inaccessibles pour le commun des mortels, à moitié prix.

Mais pour les patients, ne s’agit-il pas également d’une véritable révolution ? Comment se libérer de la subordination qui s’établit entre un patient et celui qui tient sa santé entre ses mains, qu’il soit médecin ou dentiste ? Il faudra avoir le courage d’exiger le document portant toutes les informations nécessaires au choix, éventuellement vérifier la véracité des informations auprès du prothésiste et décider de se confier au mieux disant.

Il paraît évident que les principaux acteurs de la protection sociale, pouvoirs publics, Assurance maladie, régimes complémentaires, devront agir sur le plan de l’information et des contrôles pour que la transparence souhaitée par les élus devienne effective.

La transparence ne résoudra pas tout dans le domaine dentaire. C’est une totale refonte qui est indispensable pour concevoir une réponse sanitaire et sociale prenant en compte l’ensemble des thérapeutiques nécessaires à la santé des citoyens, leur dentition devant être considérée comme étant aussi importante que les autres fonctions.

 
Société
Comment j'ai perdu mon identité nationale. Vos parents sont nés à l’étranger ? Prouvez qu’ils sont français !
par Michka Assayas
Nicolas Sarkozy écrit que « le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde »(1) . Il ne croit pas si bien dire. L’histoire que j’ai vécue n’a rien d’exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens.

Le mécanisme est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive à échéance, vous l’avez perdu, abîmé ou encore vous vous l’êtes fait dérober. Muni du titre d’identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l’antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l’état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu’ils sont bien nés en France. Si c’est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit « sécurisé ». Dans le cas contraire, il la bloque.

Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d’identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre « sécurisé ». Si l’un de vos deux parents au moins est né à l’étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu’il est (ou était) bien français.

Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu’on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d’identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur… Il vous appartient donc de produire un acte d’état civil établissant la source de leur nationalité. Sinon, vous n’obtiendrez pas de « certificat de nationalité française », le seul acte permettant la délivrance d’un titre d’identité « sécurisé ».

Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l’étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l’administration française ne s’est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays. Et ce, en vertu du décret d’application d’une loi que le gouvernement Villepin, dont Nicolas Sarkozy était le ministre de l’intérieur, a fait voter en 2005 par l’Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l’administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu.

Je ne vais pas m’étendre sur mon cas. Du côté de mon père, ma famille est française depuis Bonaparte. Ma mère était une réfugiée hongroise originaire de Szolnok, petite ville dont le grand-père paternel de Nicolas Sarkozy, fut l’adjoint au maire. On m’a envoyé au « pôle de la nationalité française ». Une employée m’a demandé, sans rire : « Comment êtes-vous français, monsieur ? » J’ai failli répondre : « Comme vous. » Elle sous-entendait : « Par naissance ou par acquisition ? », mais l’effet est néanmoins étrange. Renvoyé à la préfecture de police de Paris, j’ai produit mon acte de naissance établissant que j’étais né à Paris. Une employée l’a examiné et me l’a rendu en me disant : « Il y a rien, là-dedans… »

Mon cas était urgent. France Musique, pour qui je produis une émission, avait prévu de m’envoyer à Berlin. Avec une carte d’identité périmée et un passeport égaré, impossible de partir. J’ai prévenu ma direction. Le service de presse de la radio a pris pour moi un rendez-vous d’urgence à la préfecture de police. Le jour et l’heure dits, j’ai apporté tous les papiers que j’ai pu. Le résultat fut mitigé : on m’accorda un passeport d’urgence, valable pour un an seulement. Ce document provisoire ne peut me permettre, notamment, de me rendre aux Etats-Unis sans visa. Le responsable de la préfecture m’informa qu’on m’accordait ce document à titre exceptionnel, qu’on le ferait une fois, mais pas deux, et que j’avais intérêt à réunir au plus vite les bons papiers pour récupérer un passeport normal. Ce qu’à l’heure actuelle je suis dans l’impossibilité d’obtenir.

Mon cas est loin d’être le pire. Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeure de prouver qu’ils étaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l’éducation nationale à qui l’on interdit de rendre visite à des frères et soeurs malades à l’étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à l’étranger, considérés comme apatrides, employés d’entreprise que l’on empêche de partir pour l’étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment. A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d’autres jamais.

Face à une telle situation, on peut rire ou se mettre en rage. On peut s’exclamer : « C’est Gogol ! » (ou Courteline, ou Kafka), on peut hausser les épaules et dire : voilà bien l’administration française et sa mécanique baroque, qui produit de l’absurdité au nom de l’application scrupuleuse de règles strictes. Ce n’est pas mon point de vue. Une telle situation est inacceptable. Elle résulte de l’application neutre d’une loi qui elle aussi se veut neutre. C’est bien le pire. Car, en fait et en droit, cette loi n’a rien de neutre. Elle est moralement, politiquement et juridiquement inadmissible.

Je ne suis pas juriste. Cela ne m’empêche pas de savoir lire le code civil : selon son article 2, « la loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif ». Or l’application de cette loi, dont le décret n° 2005-1726 est l’expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l’avez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie que vous ne l’êtes plus, et que, donc, vous l’avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n’avez commis aucun crime ou délit. Ce n’est peut-être pas l’esprit de la loi, mais c’est un effet mécanique de son application. Ce déni d’un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires. Jointe au téléphone par une juriste s’occupant de mon cas, une personne responsable au « pôle de la nationalité française » n’a pas hésité à déclarer qu’ « on a accordé un peu trop facilement la nationalité française ces dernières décennies ».

Quant à l’effet politique de cette loi, comment ne pas voir qu’il est destructeur ? Attendant mon tour à la préfecture, j’ai eu le loisir de parler avec mon voisin, français comme moi. Cet homme d’une trentaine d’années, né d’un père marocain, avait eu le malheur de renverser du café sur son passeport, qui ne passait plus au scanner des contrôles aux aéroports. Il revenait pour la troisième fois à la préfecture. Quand ce fut son tour, le ton monta vite entre lui et l’employée : « Non, monsieur, ce n’est pas à cause de votre nom, c’est la même chose pour tous les Français ! », se mit à crier celle-ci. L’homme dut repartir bredouille, abasourdi.

Comment ne pas voir que l’application mécanique de cette loi, dans les faits, remet en cause, chez certains, leur appartenance à la nation dans ce que celle-ci a de plus viscéral ? Comment ne pas voir qu’elle a pour effet de créer une discrimination artificielle entre des Français qui seraient de première catégorie, à deux parents nés en France, et d’autres de seconde catégorie, qui se trouvent frappés de suspicion, et auxquels il appartient d’apporter la preuve qu’ils sont bien français ? En droit pénal, il existe une présomption d’innocence. Pourquoi, en droit civil, existe-t-il depuis 2005 une présomption d’usurpation de nationalité envers certains Français ? Si l’Etat conteste votre nationalité, c’est à lui d’apporter la preuve qu’il s’est trompé en vous la décernant, et non l’inverse.

Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C’est ce qu’on appelle « la preuve par la possession d’état de Français ». En clair, s’il est avéré que votre père ou votre mère ont été français « de façon constante », la loi permet à l’administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d’identité « sécurisé ». Interrogé par des députés de l’opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère de l’intérieur semble encourager ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu’ils peuvent user d’un droit d’appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n’appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d’une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable. Que cette impasse résulte de la répugnance de tout fonctionnaire à prendre une décision qui le singularise et risque de créer des remous n’est en rien une circonstance atténuante. Je la trouve même aggravante.

Pourquoi ce double langage hypocrite ? Je n’ai pas la réponse. Mais je ne peux tolérer de vivre dans un pays où l’on pratique, vis-à-vis d’une certaine catégorie de citoyens, arbitrairement désignée, une forme de suspicion. Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu’une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu’un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la « sécurisation » des passeports. Je ne doute pas qu’ils auront à cœur de la corriger.

1. Le Monde du 9 décembre [?]


Identité nationale : une confusion et une division du citoyen
par Yamina Benchenni, Présidente de l’association des Femmes Méditerranéennes en Action
Faut-il participer au débat sur « l’identité nationale » ? Certains mouvements ou partis politiques préfèrent ne pas rentrer dans ce sujet en pensant que cela n’est qu’une stratégie du gouvernement actuel pour faire oublier aux français les vrais problèmes de l’emploi, de la précarité, de l’éducation, du logement et d’autres problèmes que je rencontre également dans le cadre de mon travail et de citoyenne. Je les comprends, tant il ne fait de doute pour personne que l’initiative de Sarkozy est cousue de fil blanc, d’où les appels à la boycotter. En même temps, nous français « d’origines diverses » sommes nombreux à vouloir en profiter pour crier notre colère. Nous sommes tous Français dans nos différences, mais certains ne sont pas respectés, pourquoi ? C’est la seule bonne question et elle n’est pas posée.

La peur, l’ignorance et la manipulation sont des armes dangereuses qui peuvent renforcer le communautarisme. Or certains d’entre nous en sommes, à la cinquième génération issue de l’immigration d’Afrique du Nord et nous devons toujours justifier notre appartenance à une même nation. De plus tout se mélange, volontairement, bonnes et fausses questions pour former une bombe à retardement : immigration clandestine ou pas, musulman et intégriste, port du foulard et niqab, insécurité et jeunes des quartiers, violence conjugales et émancipations de la femme issues de l’immigration, etc.

Qui est Français ? Dans cette question se camoufle implicitement la question : qui n’est pas Français? Je suis moi-même marseillaise. Mon père ancien combattant de 1945 s’est battu contre les Allemands pour libérer les Calanques de Marseille. Ma mère a perdu quatre membres de sa famille des moudjahiddines durant la guerre d’Algérie. Je suis née en France et je suis une enfant qui a une mémoire de la colonisation et de la révolution algérienne. Mon père disait souvent des hommes qui ne faisaient pas le bon choix pour défendre la nation (mère patrie) : « le sale boulot est réservé au traître, une manière de le sanctionner pour se rappeler qui il est ». Je pense inévitablement à un certain ministre…

Celles et ceux qui veulent être rassurés par cette fausse question, par un faux ministère et un ministre qui a changé de couleur savent au fond d’eux que le problème est complexe.

L’identité est une notion complexe et contradictoire. Claude Levi-Strauss écrivait pour un séminaire au Collège de France en 1979 : « L’identité est une sorte de foyer virtuel auquel il nous est indispensable de se référer pour expliquer un certain nombre de choses, mais sans qu’il n’ait jamais d’existence réelle ». La notion se situe au carrefour de différents champs disciplinaires : droit, histoire, anthropologie, sociologie, culture et psychanalyse.

Les théoriciens actuels de l’identité ont intégré cette vision dynamique et dialectique en préférant évoquer des processus identitaires plutôt qu’une entité qui évoque la stabilité et la permanence. Non, l’identité n’est pas une histoire de connaissance sur nos ancêtres les gaulois que j’ai appris à l’école primaire il y a de cela 40 ans. Ce n’est pas qu’une chanson marseillaise, ou la coupe du monde, ou le port du drapeau national. Tous ces éléments matériels font partie de l’appartenance à une nation mais ne constituent pas forcément l’identité.

Dans ma ville, la Préfecture traduit « l’identité nationale » comme une somme d’actions matérialisées et donc détachées de toute réflexion, ce qui signifie que le fait d’agir suffit à lui seul ! L’exclusion des militants issus du tissu associatif et des habitants aurait pu contribuer à enrichir ce débat dans sa complexité. Ce sujet ne peut se concevoir sans la participation des citoyens sous peine de perdre tout sens. Une insulte à notre intelligence et à tout ce que nous avons appris dans cette douce France, laquelle, j’en conviens devient parfois amère.

Je suis française et pas fière de ce qui se passe. Je suis française, je rêve, je pense en français et je traduis mes pensées à ma mère en arabe avec parfois des mots français, cela n’autorise personne à suspecter mon identité ou le fait que je sois une menace pour l’identité nationale. A vouloir définir l’identité et à la matérialiser j’ai l’impression que nous faisons un bon en arrière de 60 ans. Mes ancêtres étaient des indigènes français en Algérie.

Est-il si compliqué de marquer à la fois l’appartenance à la France sans oublier notre origine qui a permis de construire notre identité singulière ?

Nous étions français depuis 1832 et puis nous sommes devenus français par la réintégration dans la nationalité française, par le droit du sol, par l’engagement dans l’armée française. Mais nous n’étions pas français quand mon père combattait l’occupation allemande et le nazisme. Il n’a jamais eu le droit de vote, n’a jamais eu une indemnité juste comme ses collègues de nationalité française. On est français quand les autres décident qu’on peut l’être, on n’est pas français quand les autres décident qu’on ne doit pas l’être.

Aujourd’hui, plus qu’hier, nous devons encore être « français par justifications », mais jusqu’où devons nous aller dans cette quête pour le montrer ? A qui et pourquoi ?

Je pense qu’il faut ainsi séparer la question de l’identité de la question de la Nation : pour éviter les confusions permettant à l’extrême droite de continuer à faire peur aux français et de développer une haine qui est propagée comme un virus des deux côtés. Je pense que ce ministère de la Confusion nationale devrait disparaître au profit du ministère de la Cohésion sociale. En effet, les problèmes que traverse notre société trouveront alors une solution politique dans une véritable politique publique dans le respect des droits des minorités visibles.

 
NUCLEAIRE
25 bateaux de poubelles radioctives coulés dans les eaux méditerraénnes
Cet article est issus d'une enquête journalistique refusée par différent journaux français
Les bâteaux poisons : Francesco Fonti collaborateur de police (repenti) depuis 1994, ancien membre de la ‘Ndranghetta, la mafia calabraise, aurait fait couler des bateaux de poubelles radioctives coulés dans les eaux méditerraénnes. Selon les Llyods, compagnie d'assurance, en 30 ans 25 bateaux coulés dans les eaux italiennes ( soit la méditerranée principalement).

Le substitut du procureur de la Reggio Calabria Francesco Neri lance sur les traces des navires disparus un groupe d’enquêteurs de la gendarmerie, de la police financière. La marine est aussi impliquée en la personne du capitaine de corvette Natale de Grazia. Le pool étudie les trajectoires des navires, estime la durée de leur voyage et la compare avec la réalité, compare encore les cargaisons déclarées et les cargaisons assurées. Et quelque chose n’est pas claire. Le pool poursuit les recherches, conduit des interrogatoires et des entretiens. Justement le 12 décembre 1995, l’équipe fait route pour la Spézia afin d’entendre de nouveaux témoignages. Mais, Natale de Grazia n’arrivera jamais au nord de l’Italie. Cet homme de 38 ans, en pleine forme physique, meurt d’un arrêt cardiaque et circulatoire. Aucune contre-autopsie ne sera autorisée. La mort du fer de lance de cette enquête sur le trafic des déchets toxiques et radioactifs donnera un coup d’arrêt au processus. L’enquête sera ensuite ballottée de procureur en procureur.
La Somalie, décharge toxique contre armes à feu.

D’autres morts jalonnent la route des « navires des poisons », loin des côtes italiennes cette fois, en Afrique. Ilaria Alpi, journaliste de la Rai et son opérateur, Miran Hrovatin, enquêtaient sur les trafics internationaux de déchets et d’armes. Le 20 mars 1994 ils sont tués à Mogadiscio, Somalie. Un coupable est trouvé et condamné, mais les commanditaires du double meurtre restent dans l’ombre. Ilaria Alpi venait de quitter Moussa Bogor, sultan de Bosaso, qu’elle avait interviewé pendant plusieurs heures. Les films de cette interview arriveront tronqués à la rédaction de la Rai à Rome. Arriveront aussi de longs plans de la route Garoe-Bosaso. Bosaso, dont le port fait face au golfe d’Aden terrain d’actions de pirates. Pourquoi Miran Hrovatin a-t il filmé cette route ? Quels véhicules y circulaient? Que transportaient-ils ? Les fragments de film gardent les mystères de cette route construite grâce aux fonds italiens de la coopération. La coopération italienne a aussi offert de nombreux bateaux. Des bateaux qui souvent transportaient des armes. Ilaria Alpi avait interviewé des membres d’équipage d’un de ces bateaux. Un autre film morcelé.

Flash back. Fin des années 80, Somalie. Le régime de Siad Barre entre en crise et l’attention des trafiquants se pose sur ce pays, proie facile pour un échange de mauvais procédés : la possibilité d’enterrer les déchets contre de l’argent ou des armes.

Verra t'on apparaitre dans cette enquête Silvio Berlusconi, frère numéro 1?816 de la loge antirépublicaine et putschiste


 
nucleaire
Centrale nucléaire de Cruas : réunion exceptionnelle de la CLI en janvier
Le Dauphiné Libéré - 10 décembre 2009
Dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 décembre, EDF a déclenché son plan d'urgence interne à la centrale de Cruas-Meysse, indiquant comme cause l'obturation de la prise d'eau alimentant le système de refroidissement d'un de ses quatre réacteurs. Compte tenu de l'importance de cet événement, Pascal Terrasse a décidé d'organiser dès janvier une réunion exceptionnelle de la CLI, Commission locale d'information de Cruas-Meysse.

La CLI est composée de représentants des élus, d'associations de protection de l'environnement, des organisations syndicales de salariés et de personnes qualifiées et représentants du monde économique. Elle est présidée par le président du conseil général. La CLI doit permettre que se tienne le débat et éventuellement apporter des éléments d'information indépendants sur un événement aussi notable que celui que vient de subir le CPNE de Cruas-Meysse.

Inacceptable ! Jumelage du lycée Val de Durance à Pertuis avec le CEA le 18 décembre
Donc le directeur du CEA Cadracha viendra au lycée Val de Durance à Pertuis pour signer la convention de jumelage et concrétiser ce partenariat,
pour la plus grande joie de Monsieur CAPION, proviseur de l'établissement. Le 7 décembre d'ailleurs un ingénieur de Cadarache venait dans ce même lycée vanter ITER et la fusion nucléaire. Il est totalement inacceptable qu'un lycée public soit estampillé "CEA Cadarache" (ni d'aucune autre estampille de cet acabit d'ailleurs).

Le budget accordé à l'enseignement public étant de plus en plus réduit encourage ce type de partenariat vers des lobbies et industriels qui se frottent les mains. Nous n'avons aucune autre information sur l'heure de cette signature mais vous invitons à dénoncer cet accord et vous tiendrons au courant de cette affaire. ( lire édito du bulletin des personnels ci-dessous et en pièce jointe notre document sur Cadarache)

Edito du "bulletin des personnels"

Le 18 décembre, j’aurai le plaisir, avec le Directeur du Commissariat à l’Energie Atomique de Cadarache, de signer la convention de jumelage entre le lycée et le C.E.A. Cette cérémonie aura lieu en présence de Monsieur le Recteur de l’Académie d’Aix Marseille, de plusieurs IA-IPR et de plusieurs chercheurs, tant du centre de Cadarache que des Universités Provence et Méditerranée.

Cette manifestation couronne un atelier scientifique « Allons vivre sur Mars », porté par une équipe enseignante avec les élèves de deux classes de seconde. C’est un symbole fort de l’état d’esprit de notre établissement, où, en plus d’un enseignement de qualité dispensé dans le cadre de
chaque discipline, les équipes proposent des projets et des dispositifs permettant un épanouissement personnel et culturel : classes équipes,
bouillon de culture, valorisation filière STG, appariements linguistiques, un ballon stratosphérique, défi solaire méditerranée… Bravo et merci à tous.
(Le Proviseur, A. Capion)


EDF met 500 emplois d’Areva sur la sellette au tricastin
Usine nouvelle.com - 10 décembre 2009 - Ana Lutzky
L’usine George Besse I d’Areva risque de précipiter sa fermeture et le reclassement de 500 salariés. Pour la période 2010-2012, EDF pourrait préférer se fournir en uranium enrichi auprès de l’usine russe de Seversk, dont les prix sont plus compétitifs.

Areva risque d’avoir un problème social sur les bras au Tricastin : 500 emplois sont dans la balance. A l’origine, une possible rupture de commande d’uranium enrichi de la part d’EDF, son plus gros client. Alors que les centrifugeuses de l’usine dernier cri d’enrichissement George Besse II ont été mises en branle hier par Areva, elles ne tourneront à pleine puissance qu’en 2012. Pour l'instant, le combustible d'EDF est fourni par la filiale d’Areva Eurodif dans son usine George Besse I, vieille de trente ans et à la technologie
Préparée depuis 2004, la transition de GBI à GBII devait se faire progressivement et sans heurts. Or le contrat d'approvisionnement des centrales EDF ne court lui que jusqu’en 2010. Objet de longues négociations, la commande pour 2010-2012 est bien mal engagée : elle est pour ainsi dire aujourd’hui au point mort. Des difficultés qui apparaissent alors que les relations entre EDF et Areva ont récemment montré un regain de tension, avec notamment les déclarations du nouveau patron d’EDF Henri Proglio sur son désir de réappropriation de la filière nucléaire.

En attendant 2012 voire 2014 que George Besse II tourne à plein régime, EDF est tenté de se fournir en Russie, où le prix de l’uranium enrichi s'avère bien plus compétitif. Si Eurodif s'arrête deux ans plus tôt faute d’accord avec EDF, le plan prévu pour le redéploiement des salariés, ou leur départ au chômage selon les profils, sera remis en question. En effet, GB II emploiera 450 personnes, soit trois fois moins de salariés que son aînée GB I, forte de 1130 employés : « un tiers des effectifs ira sur GB II, un tiers démantèlera GB I et un tiers partira en retraite » calculait en mai dernier Gerard Perrat, directeur de la Société d'enrichissement du Tricastin (SET). Des calculs désormais bousculés. « Sans cet accord avec EDF, Areva devrait prévoir le reclassement de 500 collaborateurs de l'usine Eurodif » a déclaré un porte-parole d’Areva interrogé par l’Usine Nouvelle.com , confirmant les informations de nos confrères du Dauphiné Libéré. EDF s’est refusé à tout commentaire.

2016 s'annonce pourtant radieux

Cette déconvenue advient alors qu’Areva démarre les tests dans la nouvelle usine qui remplacera Eurodif. Georges Besse II n'utilisera pas le procédé de diffusion gazeuse pour enrichir l'uranium, mais la centrifugation. Celle-ci améliorera considérablement le bilan énergétique de l'énergie nucléaire, puisqu'elle consomme 50 fois moins d'électricité que le procédé actuel. Le groupe nucléaire public a ainsi annoncé hier la mise en rotation de la première cascade de centrifugeuses dans sa nouvelle-née, en présence des équipes de SET (exploitant), de SGN (en charge de la maîtrise d’oeuvre) et d’ETC (fournisseur de centri-fugeuses). Cette mise à rotation a lieu « à vide », c'est-à-dire sans uranium, afin de tester le bon fonctionnement des centrifugeuses. L'usine devrait commencer à produire de l'uranium enrichi en 2010.

Le site sera à terme constitué de deux unités d’enrichissement : le bâtiment sud comptera 64 cascades et le nord 48. Une partie de l’usine fournira la matière première du combustible classique, tandis que l’autre sera consacrée à la très précieuse technique destinée à enrichir de l’uranium de retraitement. Dans certains pays dont la France, l'uranium de retraitement (URT), issu du traitement des combustibles irradiés, fait en effet l'objet d'un ré-enrichissement afin de fabriquer du combustible neuf. Son enrichissement en uranium 235 est de l'ordre de 1% et sa composition isotopique est plus complexe (présence notable d'uranium 234).

Cet URT n'est aujourd’hui recyclé par EDF que dans les quatre réacteurs de la centrale de Cruas (le parc français compte 58 réacteurs) après ré-enrichissement en 235U. Les usines d'enrichissement par ultracentrifugation d'Urenco en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ont une capacité globale de 5,85 MUTS/an.Mais seules l'usine russe de Seversk et celle d’Urenco aux Pays-Bas ont la particularité de pouvoir ré-enrichir l'uranium de retraitement. En 2012, GB II devrait être troisième sur la liste. L'entreprosage d'uranium de retraitement en Russie, faute de techonologie disponible en France, a d'ailleurs fait polémique.

Avec ses 3,2 milliards d'euros de budget, l'usine GBII constitue l'un des plus lourds investissements industriels actuellement déployés en France. Elle doit atteindre sa pleine capacité en 2016 avec une production située à près de 7,5 millions d'UTS (unités de travail de séparation). Areva, qui contrôle déjà un quart du marché mondial de l'enrichissement d'uranium en fournissant le combustible d’une centaine de réacteurs, mise sur cet outil d'avant-garde pour conforter sa position d'acteur majeur sur le marché mondial. Un « GB III » est même évoqué à Eagle Rock aux Etats-Unis, maintenant que le leader français a racheté la technologie à son concurrent Urenco. Reste à assurer l'intérim social, dans la Drôme et le Vaucluse.

Chère diffusion gazeuse
Le procédé de diffusion gazeuse d'Eurodif a ses lubies : il ne fonctionne qu'à 130 °C, tandis que GB II se contentera de la température ambiante. Cette exigence fait de lui un procédé très énergivore et donc très coûteux. Défaut qui est à l'origine de son abandon par Areva. Pour séparer l’U238 et son isotope U235, Eurodif transforme le mélange en gaz et le pousse dans une succession de barrières en céramique d'où ne s'échappe que l’U235. Cette opération mobilise tellement d'énergie : (3000 MW à pleine capacité) que trois des quatre réacteurs nucléaires du Tricastin lui sont dédiés !

Augmenter la proportion d'uranium 235
L'enrichissement d'uranium est une étape essentielle de la fabrication du combustible nucléaire. Il permet de transformer le minerai naturel déjà concentré sous forme de « yellow cake »(constitué à 99% d’U238) en un combustible pouvant être utilisé dans les réacteurs nucléaires : ce procédé fait passer la teneur en isotope U235 de l’uranium 0,7 à 5 %.
coûteuse.

Ultracentrifugation
Ce procédé consiste à utiliser des centrifugeuses tournant à très grande vitesse. Les molécules les plus lourdes (238UF6) se retrouvent projetées à la périphérie, alors que les plus légères (235UF6) migrent vers le milieu de la centrifugeuse. Comme pour la diffusion gazeuse, le traitement doit être appliqué de nombreuses fois pour obtenir un enrichissement suffisant. Les centrifugeuses sont donc montées en cascades, le gaz passant de l'une à la suivante en augmentant progressivement sa teneur

Convention d’élimination des armes nucléaires
Cyber @ction 335 : Pour participer un clic suffit
Depuis l’entrée en vigueur du Traité de Non-Prolifération nucléaire en 1970, le désarmement nucléaire est une obligation internationale. Les puissances nucléaires - dont la France –s’y sont engagées à œuvrer de bonne foi, à des mesures de désarmement, à une date rapprochée.

Depuis 10 ans les ONG ont travaillé à un modèle de convention d’élimination des armes nucléaires permettant de compléter les insuffisances du TNP en termes de date et de mesures concrètes. Cette convention déposée comme document officiel de l’ONU par la Malaisie et le Costa Rica est soutenue aujourd’hui par 127 pays, mais pas par la France.

La Conférence d’examen du TNP de mai 2010 pourrait relancer un processus de désarmement. Nous vous invitons à écrire au Président de la République, aux ministres des Affaires Etrangères et de la Défense pour que la France s’engage dans un processus de désarmement et soutienne à l’ONU le modèle de Convention d’élimination des armes nucléaires.

Une centaine de citoyens de France se rendront à l’ONU en mai 2010, porteurs de cette exigence. Pour plus d’informations : http://www.icanfrance.org

Pour recevoir la lettre d'informations bimensuelle "Infos-Paix" : http://www.mvtpaix.org/liste/index.php

......

COMMENT AGIR ?

Sur le site : http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php?id=462

Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :

1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre choix : Convention d’élimination des armes nucléaires
5- Adressez votre message aux adresses suivantes :
claude.gueant@elysee.fr
jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr
courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr
cyberacteurs@wanadoo.fr

Ou bien Cliquer ici :
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;claude.gueant@elysee.fr;jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr;courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr>

ou ici(selon votre logiciel de messagerie)
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,claude.gueant@elysee.fr,courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr,jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr>

Vérifiez que les 4 adresses apparaissent bien

6- Envoyez le message

Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Secrétaire Général de l'Elysée, à l'Adjoint chargé des Affaires stratégiques, de sécurité et du désarmement au ministère des Affaires étrangères, au Ministre de la Défense et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.

==========
Prénom NOM
profession
adresse
code postal ville

Monsieur le Président de la République,
Messieurs les ministres des Affaires étrangères et de la Défense,

La prolifération des armes nucléaires est un danger.

Leur utilisation volontaire ou accidentelle menace la planète et l’espèce humaine. Il y a urgence à les éliminer.

Le désarmement nucléaire constitue une obligation juridique internationale prévue par l’article 6 du traité de non prolifération nucléaire et rappelée par la cour internationale de justice de la Haye.

Des modalités concrètes d’élimination sont envisagées dans le modèle de Convention d’élimination des armes nucléaires déposée auprès de l’Onu par le Costa Rica et la Malaisie, sur lequel notre pays a voté contre en Assemblée générale.

Nous vous demandons, au nom de la France, de soutenir à l’Onu le projet de Convention d’élimination des armes nucléaires et de faire des propositions en vue de la conférence de révision du TNP en 2010 pour que soit décidé un calendrier d'élimination visant leur abolition complète en 2020, avec les étapes successives et les mesures de vérification appropriées.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, l'assurance de mes meilleures salutations,

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Par courrier postal (dispensé de timbrage) : Monsieur le Président de la République Palais de l'Elysée 75000 PARIS

 
OGM ENVIRONNEMENT
stop GMO in Poland
Pour participer 1 simple CLIC ICI suffit
Julian et Jadwiga - qui sont venus à l'AG des Faucheurs Volontaires près de Lyon en 2008 - nous demandent un petit coup de main ... Le gouvernement polonais a choisi ce 15 décembre 2009 pour un débat sur une nouvelle loi OGM qui, si elle est votée, ouvrira la voie pour cultiver les plantes transgéniques sur sol polonais. Alors que la ministre polonaise de la santé Dr Ewa Kopacz nous a montré le chemin en refusant d'acheter la camelote de Baxter, Novartis et GSK .... Le démantèlement du système de pharmacovigilance en Pologne attendra-t-il qu'on ait fait passer les OGM en plein champ ?

Pour leur témoigner de votre solidarité, écrivez au président du parlement polonais

COMMENT AGIR ?

Sur le site cette cyber @ction est signable en ligne


Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :

1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre choix : stop GMO in Poland
5- Adressez votre message aux adresses suivantes :
biuro@bronislawkomorowski.pl
cyberacteurs@wanadoo.fr

Ou bien Cliquer ici :
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;biuro@bronislawkomorowski.pl>

ou ici (selon votre logiciel de messagerie)
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,biuro@bronislawkomorowski.pl>

Vérifiez que les 2 adresses apparaissent bien

6- Envoyez le message

Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Président du Parlement polonais et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.

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Prénom NOM
profession
adresse
code postal ville

Cher Monsieur Komorowski,

Les pays européeens qui comprennent mieux l'enjeu sanitaire et environnemental des OGM en milieu non-confiné les ont interdit comme culture en plein champ. 80% des citoyens européens ont dit qu'ils n'en veulent pas, ni dans leurs champs, ni dans leurs assiettes. La biodiversité naturelle de la Pologne sera polluée et détruite à jamais si les cultures et semences OGM y sont autorisées. Suivez l'exemple du 'principe de précaution'. Agissez avec sagesse. Ne soumettez pas votre beau pays à une expérience qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur les générations futures.
Dans mon pays les OGM sont interdits – pourquoi pas en Pologne ?
Je vous prie de croire, Monsieur Komorowski, à l'assurance de ma parfaite considération.

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ENVIRONNEMENT ECOLOGIE
Dérives d'Europe Ecologie
Par Benoist
Dérives d'Europe Ecologie avec Dany Cohn Bendit son grand chef qui a réinventé le centralisme démocratique (sans la démocratie) et les Amis d’Europe Ecologie avec Gaby Cohn Bendit (membre du PS il y a pas longtemps) son frère comme autre grand chef. Il manque encore comme société écran les Amis des Amis d’Europe Ecologie qui aurait son siège aux îles Caïman.

Europe Ecologie a réussi à mettre Marie Bové (fille de José Bové) comme Sarko a mis son fils Jean président des Hauts de Seine (sauf que là José n’y est pour rien) comme tête de fille, pardon tête de file de la région Aquitaine, que les Verts de cette région n’en ont pas voulu, alors ils l’ont mise tête de fil à retordre en Gironde. (Encore une fille à Papa)
Marie Bové bosse actuellement comme «collaboratrice technique et administrative» au groupe PS de la communauté urbaine de Bordeaux
sans commentaires

Et puis Europe Ecologie a voté au parlement européen: voir texte en rouge
Les députés d'Europe écologie, ainsi que les verts, ont tous voté pour cette résolution, à l'exception de José Bové qui s'est abstenu, et des trois euro-députés de GUE (Mélanchon, Hoarau, Hénin) qui ont voté contre (résultat du vote ici ). José serait-il en train de se réveiller ?...

Résolution du Parlement européen du 25 novembre 2009 sur la stratégie de l'Union européenne dans la perspective de la Conférence de Copenhague sur le changement climatique (COP 15)

Énergie et efficacité énergétique

35. estime que la transformation globale en une économie efficace et durable n'est pas seulement une condition nécessaire si l'on veut prévenir les dangers du changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, mais qu'elle serait également susceptible de renforcer les investissements, l'emploi, la croissance économique, la compétitivité, et d'améliorer la qualité de la vie sans pour autant compromettre l'objectif consistant à garantir à tous un accès à des services énergétiques modernes; souligne dès lors qu'il importe de renforcer d'urgence l'efficacité énergétique à l'échelle mondiale ainsi que la part des sources d'énergie renouvelable;
36. souligne que le passage, à l'échelle internationale, à une économie à faible intensité de carbone conférera à l'énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme; souligne toutefois que les questions relatives à la sûreté et à la sécurité du cycle du combustible nucléaire doivent être abordées de façon adéquate à l'échelle internationale afin de garantir un niveau de sûreté aussi élevé que possible;

37. invite instamment tous les gouvernements, y inclus ceux des États membres, et l'Union à promouvoir l'efficacité énergétique; invite instamment les États membres de l'Union à se montrer plus ambitieux quant au paquet "efficacité énergétique", en ce qui concerne notamment la refonte de la directive sur la performance énergétique des bâtiments, dont la discusssion est en cours (COM(2008)0780), afin de permettre la conclusion d'un accord dynamique et cohérent avec le Conseil, ce qui constituerait un message fort sur l'engagement de l'Union en vue de l'accord de Copenhague et faciliterait le passage à un objectif d'une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre;

38. souligne que l'utilisation à une vaste échelle de combustibles fossiles pour la production d'énergie constitue la première source d'émissions de CO2 à l'échelle mondiale; reconnaît que, à moyen terme, les combustibles fossiles continueront à jouer un rôle important dans la fourniture d'énergie; demande aux parties aux négociations d'attacher une grande importance au développement et à l'utilisation futurs de technologies durables, économes en carburants et permettant de réduire les émissions, dans le domaine des combustibles fossiles utilisés pour la production d'électricité;

39. considère que les objectifs en matière de réduction des émissions aussi bien que les engagements en matière de financement doivent faire l'objet d'un régime de contrôle renforcé, comprenant un mécanisme d'alerte précoce et un régime de sanctions (retrait des futures unités de quantités attribuées, par exemple);

Alors Sarko est content, il va pouvoir dire à Copenhague (même si c’est pas vrai) que presque tous les écolos au niveau européen accepte le Nucléaire pour lutter contre l’effet de serre…


 
SOCIETE
Un appel international pour la laïcité, une coordination engagée contre tous les intégrismes
Par UFAL (Lundi 14 décembre 2009 - article publié dans la lettre 99)
En ce cent-quatrième anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, en ce 9 décembre dont ils souhaitent faire une Journée nationale, les laïques français peuvent se réjouir de voir des organisations et des militants de plusieurs continents se fédérer dans la constitution d'un Bureau Laïque International visant à promouvoir la laïcité dans leurs pays respectifs et à lutter contre les intégrismes de tous bords.

L'appel lancé sur www.laicity.info en trois langues vise à élargir les bases de cette initiative.
Soucieux de remonter aux causes, les signataires désignent les politiques ultralibérales, complaisantes envers les communautarismes, comme premières responsables d'une situation dont les femmes et les enfants sont les principales victimes, et revendiquent la globalisation des luttes.

Il importe de ne pas décevoir la confiance des ressortissants de nombreux pays qui se rallient à l'idée de la "laicité-à-la-française". Comment justifier les reculs successifs de nos gouvernements depuis les acquis de 1905 ? Voici pourquoi, également, l'UFAL invite les laïques à rejoindre cette initiative internationale qui, élargissant les perspectives, est l'occasion de réaffirmer des principes aujourd'hui ébranlés ici même.

NB : Fondatrice du BLI, l'Union des Familles Laïques a œuvré depuis 2007 à des "Rencontres Laïques Internationales" dont la 3e édition se tiendra en 2010.

Jaurès et l’émancipation laïque
Par Jean-Paul Scot (historien)
En ces temps de confusion conceptuelle et politique, il est bon de revenir à Jaurès en matière de laïcité. D’autant que beaucoup de jaurésiens de la dernière heure, voire de la vingt-cinquième heure, caricaturent sciemment sa pensée et son action, N’a-t-on pas entendu le candidat Nicolas Sarkozy citer 23 fois Jaurès dans un discours à Toulouse pour, une fois élu président de la République, dénoncer tout comme le pape Benoît XVI le « laïcisme », cet « l’intégrisme républicain », et prétendre « moderniser la laïcité » afin de « mieux répondre aux attentes des grandes religions » ! Ne voit-on pas également nombre de champions d’une « laïcité ouverte », « plurielle », « européenne » se référer à la tolérance plutôt qu’à la laïcité, à l’équité plutôt qu’à l’égalité des droits, au pluralisme religieux plutôt qu’à l’égal traitement de toutes les convictions religieuses, agnostiques ou athées !

La pensée de Jean Jaurès est encore mal connue car ses œuvres et ses discours n’ont été que partiellement publiées et inégalement étudiés au risque de l’instrumentalisation du tribun selon les circonstances[1]. Beaucoup en font aujourd’hui un simple réformiste[2], quelques-uns encore un révolutionnaire alors qu’il préconisait lui-même une stratégie de réformes révolutionnaires. Il aimait à dire qu’il avait été planté républicain centre-gauche et avait fleuri gauche socialiste. Son assassinat nous a privé des dernières évolutions de sa pensée, une pensée qui reste toujours vivante alors qu’est célébré son 150e anniversaire. J’ose affirmer, après avoir dépouillé systématiquement ses écrits, que son combat pour la laïcité fut un des thèmes les plus constants et les plus réfléchis de sa courte carrière d’homme public. Je me permets d’affirmer que sa conception de la laïcité peut se résumer en trois assertions fondamentales et complémentaires :

1. La laïcité ne se réduit pas à la tolérance car elle est fondée, non seulement sur la liberté de conscience, mais aussi sur le respect égal et mutuel de toutes les personnes puisqu’il n’y a pas de liberté pour l’homme sans égalité de droits.

2. « Démocratie et laïcité sont deux termes identiques » car « la démocratie n’est autre chose que l’égalité des droits » et que « la démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social, … » (L’Humanité, 2 août 1904).

3. « Laïcité de l’enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous lutterons pour les deux » s’exclamait encore Jaurès le 25 janvier 1910 à la fin de son célèbre discours Pour la laïque. L’émancipation laïque participe aussi bien de l’émancipation intellectuelle que de l’émancipation sociale.

Cette conception de la laïcité est au cœur de la pensée jaurésienne en même temps qu’elle en est le dénominateur commun et cette « dialectique des émancipations », selon la belle formule de Henri Pena-Ruiz, ne peut se comprendre que dans sa triple dimension philosophique, politique et sociale. Mais, par souci pédagogique et par respect de la chronologie, je vais exposer les thèses de Jaurès en étudiant sa pensée et son action en faveur de la laïcité scolaire, puis de la séparation des Églises et de l’État et enfin des émancipations sociale, intellectuelle et spirituelle.

Liberté, égalité et laïcité scolaire

Le jeune normalien philosophe Jean Jaurès naît à la vie intellectuelle par une critique du christianisme et de l’idéalisme de Victor Cousin que défend son collègue Henri Bergson, mais il se démarque aussi du positivisme d’Auguste Comte, la pensée dominante de l’époque. Jaurès se veut héritier de la philosophie rationaliste des Lumières, est un lecteur attentif de Quinet et de Renan, et s’affirme vite comme un des meilleurs connaisseurs de la philosophie allemande, de Kant à Hegel et même Marx qu’il découvre dans le texte. Il affirme aussitôt une pensée originale sur les rapports entre la pensée et l’action.

Dès la rédaction de sa thèse secondaire en latin sur les origines du socialisme allemand, Jaurès distingue la liberté en soi, de droit, et la liberté pour soi, de fait, et pense leur dialectique. « En pénétrant le socialisme allemand, on y trouve incluse (...) dans l’histoire et dans l’économie politique une certaine dialectique (...) qui définit la liberté, non pas comme une absurde faculté de pouvoir choisir entre des contraires, non comme une hypothétique indépendance de chaque individu, mais comme la véritable base de l’égalité des hommes et de leur communion.[3]»

Dans l’absolu, chaque homme dispose de la liberté de conscience, la première des libertés, celle qui lui reste quand il est dépouillé de tous ses droits et de tous ses moyens. La liberté de conscience est d’origine divine, estiment Luther ou Locke, mais Jaurès y voit plutôt le premier des droits naturels propres à tous les êtres humains. D’elle découlent toutes les autres libertés, de croire en Dieu ou de ne pas y croire, de pensée en raison ou non, d’agir ou de prier. Il n’y a pas de liberté sans égalité de droits entre tous les êtres humains. Tout individu n’est pas libre de faire tout ce qu’il veut, sa liberté est limitée par le respect de celle des autres. Jaurès retrouve la démarche des rédacteurs de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».

Encore faut-il que l’égalité des droits soit possible car, dans la réalité des faits, il n’y a que des libertés relatives. Jaurès reprend sur ce point les remarques de Louis Blanc : « celui-là seul est libre qui, non seulement a le droit, mais également la faculté et le pouvoir d’agir. » Voila pourquoi il ne se satisfait pas de la notion de tolérance. La Paix d’Augsbourg de 1554, la première paix de religion, repose sur le principe « Tel prince, telle religion » : seuls les princes ont la pleine liberté de religion, leurs sujets doivent partager leur confession car, s’ils n’ont pas la même religion que le prince, ils peuvent tout au plus émigrer. Même l’Édit de Nantes n’est qu’une concession du roi Henri IV accordant certaines libertés à ses sujets protestants même si, pour la première fois, le pluralisme religieux est admis dans le même royaume. La tolérance est donc une concession du prince à des sujets, de l’État à des minorités, ce n’est pas la reconnaissance d’un droit irrévocable pour tous les citoyens.

Jaurès ne cessera de critiquer les limites de la tolérance qui maintient une relation de dominant à dominé. En 1910, il rappelle encore aux socialistes lors de leur Congrès : « Nous ne sommes pas le parti de la tolérance – c’est un mot que Mirabeau avait raison de dénoncer comme insuffisant, comme injurieux pour les doctrines des autres -, nous n’avons pas de la tolérance, mais nous avons, à l’égard de toutes les doctrines, le respect de la personnalité humaine et de l’esprit qui s’y développe. ». C’est bien la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui a jeté les fondements de la laïcité en proclamant la liberté et l’égalité des droits en son article premier.

De ce principe découle la conception de la laïcité scolaire de Jaurès. Dès son premier discours à la Chambre des députés, le 21 octobre 1886, au cours du débat sur la laïcisation du personnel des écoles primaires, le jeune élu républicain qu’il est encore déclare d’emblée : « J’accepte pleinement, sans réserve aucune, le principe qu’est la laïcité »[4]. Désormais « la société française ne repose plus sur l’idée religieuse discutable, mais sur l’idée naturelle de justice acceptée par tous. » La laïcité s’oppose aux prétentions du cléricalisme qui divise la société en voulant imposer à tous les citoyens des normes religieuses auxquelles les incroyants ne peuvent adhérer. La laïcité repose sur un principe unificateur de justice et d’égalité de droit pour tous.

Jaurès est parfaitement conscient de l’enjeu que représente la scolarisation des enfants par l’école publique et la sécularisation du personnel enseignant. « Deux forces se disputent aujourd’hui les consciences : la tradition qui maintient les croyances religieuses et philosophiques du passé ; la critique, aidée de la science, qui s’attaque, non seulement aux dogmes religieux, mais aussi aux dogmes philosophiques, non seulement du christianisme, mais aussi au spiritualisme.[5]» Ce n’est pas sur le simple anticléricalisme politique ou l’hostilité à la religion que Jaurès fonde la laïcité, mais sur le respect de la liberté de la conscience et de la science grâce au libre exercice de la raison critique.

Quels doivent être les principes de la laïcité scolaire ? L’École laïque de la République doit donc, disait Jaurès dès 1886, « assurer l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle de fonctionnement de la vie sociale. » La laïcité garantit la liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances au nom du respect dû à toutes les personnes, croyants comme incroyants, libres penseurs comme athées. Mais ce respect est dû aux personnes, aux croyants, pas aux croyances qui peuvent être soumises à la critique. Jaurès reprend ici les distinctions opérées par Condorcet entre foi et raison, croyance et science, opinion et savoir.

En effet, l’enseignement public ne peut respecter la conscience et la science qu’en faisant appel à la raison. « L’enseignement public ne doit faire appel qu’à la seule raison et toute doctrine qui ne se réclame pas de la seule raison s’exclut d’elle-même de l’enseignement »[6]. Jaurès revient constamment sur ce thème : ainsi au lycée de Castres, le 30 juillet 1904, il précise encore que la laïcité est l’œuvre de la raison et de la science, et non une idéologie d’État. « Dans l’œuvre d’éducation où la conscience s’éveille, où la raison s’affirme peu à peu, l’institution laïque, libre de toute entrave, doit susciter dans les jeunes enfants, non pas un dogme nouveau, non pas une doctrine nouvelle, mais l’exigence même de la science et de la vérité »[7]. Dans Pour la laïque, en janvier 1910, il ajoute que « le principe de vie qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes les institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable »[8]. L’école laïque doit susciter chez les enfants l’aspiration à la liberté par l’exercice de la raison, sans pour autant diffuser une doctrine, un dogme.

Jaurès a une conception originale de la laïcité scolaire car il affirme avec force les droits de l’enfance et les devoirs de l’État à son égard. Dès 1886, Il osait affirmer à la Chambre que « l’école ne continue pas la vie de famille, car elle inaugure et prépare la vie des sociétés. » Il reprend sans cesse ce thème comme en juillet 1904 quelques jours après l’adoption de la loi interdisant aux congréganistes d’enseigner : « La démocratie a le devoir d’éduquer l’enfance, et l’enfance a le droit d’être éduquée selon les principes mêmes qui assureront plus tard la liberté de l’homme. Il n’appartient à personne, ou particulier, ou famille, ou congrégation de s’interposer entre le devoir de la nation et ce droit de l’enfance.[9]» En affirmant les droits de l’enfance et le devoir de l’État, Jaurès s’inscrit dans la lignée de Victor Hugo qui disait que l’éducation de l’enfant avait pour finalité la conquête de sa liberté ; ce qui supposait l’émancipation de ses trois maîtres, le père de famille, le prêtre et le maître d’école lui-même.

Jaurès s’oppose sur ce point explicitement à nombre de républicains et de radicaux, en particulier à Clemenceau. Il réfute les thèses des droits des pères de famille et de la liberté de l’enseignement. Les pères de famille n’ont pas à imposer leurs conceptions de l’instruction et des programmes. Le droit de l’enfant à l’éducation prime sur le droit des pères de famille car le but de tout enseignement est de faire que les élèves apprennent à penser par eux-mêmes en pleine liberté de conscience afin de devenir des hommes libres et responsables. Mais Jaurès n’exclut pas les familles de l’école ; il veut même faire entendre leur voix car il faut « mettre chaque jour les familles face aux problèmes de l’école. » Les enseignants ont la mission de rappeler aux parents quels sont leurs devoirs envers leurs enfants et de leur faire découvrir les devoirs de l’État envers l’instruction publique.

La séparation de l’Église catholique et de l’École publique est donc pour Jaurès la condition de la véritable liberté et de l’égalité de traitement des enfants. La foi religieuse n’engage que les croyants. Il est donc scandaleux que des écoles confessionnelles prétendent scolariser tous les enfants, et en particulier les jeunes filles, alors qu’elles donnent la primauté à l’éducation religieuse et morale et subordonnent la raison à la foi. Aussi, en 1904, lors du conflit opposant le gouvernement Combes aux congrégations non autorisées, Jaurès se fait le champion de la fermeture des écoles confessionnelles et de l’interdiction d’enseignement des congrégations qui se sont reconstituées illégalement en France après avoir été interdites sous la Révolution. « Seuls dans une démocratie républicaine ont le droit d’enseigner ceux qui reconnaissent, non à titre relatif mais à titre absolu, non à titre précaire mais à titre définitif, le droit à la liberté des personnes et des croyances.[10]» Jaurès ne veut pas interdire aux catholiques d’enseigner, mais il les met au défi d’être respectueux de la liberté de conscience et les invite à travailler dans les écoles publiques. Il ne se satisfait pas de la loi du 7 juillet 1904 qui exige une simple sécularisation des anciennes écoles confessionnelles transformées en écoles privées à direction sécularisée. Il proteste contre le maintien en place de l’essentiel de l’ancien personnel enseignant prétendument sécularisé.

Jaurès prônait l’intégration des anciennes écoles confessionnelles dans l’enseignement public et la laïcisation de tout le personnel enseignant. Son projet d’un « service public national de l’enseignement », accepté un moment par la Ligue de l’enseignement et le parti radical, fut cependant vite dénoncé comme un « monopole scolaire » d’État, comme un instrument de conditionnement des esprits, comme un danger pour les libertés. Clemenceau n’hésita pas à condamner ce « projet collectiviste » au nom de la liberté de l’enseignement. Et la majorité des radicaux et des membres de la Ligue de l’enseignement se rallièrent à cette position et firent cause commune avec les républicains libéraux et la droite conservatrice. Ainsi se perpétua le dualisme scolaire fondé sur la dite liberté de l’enseignement héritée de la loi Falloux de 1850 qui ne fut pas abrogée.

Mais Jaurès n’accepta jamais le dualisme scolaire et le principe de la liberté de l’enseignement et resta partisan d’un « service public national ». En 1904, au plus fort de la tension en la France et le Vatican, il n’hésitait à affirmer que la laïcité serait tôt ou tard un principe commun à tous les citoyens de la République par delà leurs croyances particulières : « Ainsi se dissiperaient les préjugés ; ainsi s’apaiseraient les fantasmes ; ainsi viendra le jour où tous les citoyens, quelle que soit leur conception du monde, catholiques, protestants, libres penseurs, reconnaîtront le principe supérieur de la laïcité »[11].

Jaurès resta en effet toujours le champion de l’« État laïque enseignant ». Sa pensée laïque présente une grande cohérence politique en ce sens qu’il ne sépare jamais la question de la laïcité de l’école de celle de l’État. En mars 1904, il ose défendre contre Clemenceau et Albert de Mun l’idée que la République démocratique doit garantir les libertés. « Entre le principe révolutionnaire de l’État et le principe révolutionnaire de la liberté individuelle, il y a harmonie ». Cette affirmation peut paraître bien naïve et faire sourire, mais Jaurès s’en explique. Depuis 1886 il affirme qu’« en matière d’enseignement philosophique et moral, l’État ne peut opposer son enseignement à la diversité de tous les esprits et de tous les milieux. » Il récuse toute philosophie d’État, tout enseignement officiel car les programmes scolaires ne pouvant être fondés que sur l’initiation à la science et à la raison. Pour lui, la laïcité républicaine n’est pas un dogme, n’est pas une religion civile, comme l’affirme encore aujourd’hui Jean Baubérot[12]. Elle n’est pas un laïcisme, une idéologie d’État comme continue à l’affirmer l’Église catholique et Nicolas Sarkozy[13].

Pour comprendre cette position de Jaurès, il faut approfondir sa conception de l’État démocratique. Pour l’historien de la Révolution qu’il fut, l’État n’est pas un simple appareil d’oppression au service d’une classe dominante homogène. Renouant avec les analyses historiques les plus fines de Marx, Jaurès écrit en 1909 dans L’Armée nouvelle qu’il « n’y a jamais eu d’État qui ait été purement et simplement un État de classe, qui ait été aux mains d’une classe dominante un instrument à tout faire (...) L’Etat n’exprime pas une classe, il exprime le rapport des classes, le rapport de leurs forces. (...) Il a pour mission de maintenir et de protéger les garanties d’existence, d‘ordre, de civilisation communes aux deux classes (...) L’État d’aujourd’hui est l’expression d’une démocratie bourgeoise où la puissance du prolétariat grandit.[14]» Dans la société bourgeoise de la Troisième République, l’école publique peut donc jouer un rôle émancipateur en diffusant les principes de liberté et raison.

L’État républicain doit donc être laïque. Mais Jaurès n’assimile pas la laïcité de l’État à la neutralité. « Il n’y a que le néant qui soit neutre » répète-t-il sans cesse. L’État ne doit pas être neutre comme le réclament dès 1909 les évêques de France. La République repose sur des valeurs qui sont les principes universels de l’homme et du citoyen. L’État ne peut être que neutre envers les religions en étant indépendant de toutes leurs croyances. C’est seulement ainsi que Jaurès reprend la formule lancée par Ernest Renan en 1882 et que Ferdinand Buisson complète : « L’État laïque doit être neutre envers les religions, tolérant pour tous les cultes, indépendant de toute Église ».

Laïcité, démocratie et Séparation des Églises et de l’État

La Séparation de l’Église et de l’État était un article de programme de tout candidat républicain depuis celui de Gambetta en 1869. Mais, après la fragile conquête des pouvoirs par les républicains, Jules Ferry et Paul Bert ont ajourné cette réforme institutionnelle qui aurait complété les grandes lois laïques de 1880 à 1886, afin d’éviter l’aggravation du « conflit des deux France ». Il fallait républicaniser au préalable la nouvelle génération de citoyens passée par les écoles publiques et laïciser les administrations. Dans une logique d’apaisement civil et au nom de la neutralité de l’État, Jules Ferry concéda aux croyants que les « devoirs envers Dieu » resteraient au programme de l’instruction morale des enfants des écoles laïques primaires.

Cependant, depuis l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus de 1864, le pape Pie IX condamnait quatre-vingt « erreurs du monde moderne », dont la Séparation de l’Église et de l’État (n° 50) et le concile Vatican de 1870 avait proclamé l’infaillibilité du pape en matière de foi et de mœurs. Bien que le pape Léon XIII ait préconisé à partir de 1890 le ralliement des catholiques français à la République, un très puissant courant « intégraliste » continuait de refuser la République. Ce courant intégriste, réactionnaire et monarchiste se compromit gravement lors de l’Affaire Dreyfus. Si le rôle décisif de Zola dans la défense de Dreyfus est bien connu, il faut rappeler celui de Jaurès qui réussit à rallier les socialistes après avoir fait comprendre à Jules Guesde que l’Affaire n’était pas qu’une « affaire de bourgeois »[15]

Après la formation du gouvernement Waldeck-Rousseau contre le triple danger « nationaliste, antisémite et clérical », Jaurès devint le champion de la défense de la République et l’inspirateur du Bloc des Gauches. Il fut même un an vice-président de la Chambre des députés. Pour lui, République, démocratie et laïcité sont consubstantielles.

Jaurès expose souvent comment laïcité et démocratie sont complémentaires. Son raisonnement repose sur ce syllogisme :

1. La démocratie n’est autres chose que l’égalité des droits.
2. La laïcité suppose l’égalité de droit de toutes les convictions.
3. La Laïcité est donc la condition naturelle de la démocratie.

On pourrait multiplier les citations où il explique en quoi « laïcité et démocratie sont synonymes. (...) La démocratie fonde en dehors de tout dogme religieux toutes ses institutions, tout son droit politique et social (...) si elle s’appuie sur l’égale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées à un respect réciproque. (...) La démocratie est foncièrement laïque, laïque dans son essence comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions, dans sa morale comme dans son économie.[16]»
Si les hommes veulent compléter par des cérémonies, des sacrements, des rites religieux, les actes civiques de l’état civil, les mariages et les funérailles, les contrats, c’est leur droit. S’ils veulent donner à leurs enfants une instruction religieuse au-delà de l’instruction publique, ils en ont la pleine possibilité. Mais c’est sur des bases laïques que la démocratie doit organiser toutes ses institutions publiques et sociales qui doivent régir la vie en commun de tous les citoyens égaux en droits et en devoirs, sans considération de leurs opinions privées et de leurs croyances. Voila pourquoi la séparation des Églises et de l’État doit être « le terme logique de l’œuvre de laïcité ».

Jaurès a été, on ne le sait pas assez, le stratège de la séparation[17]. C’est son ami Francis de Préssensé, député socialiste du Rhône, qui dépose le 7 avril 1903 la proposition de loi très étudiée (89 articles) qui provoque l’élection d’une commission parlementaire des 33 pour « réaliser radicalement la séparation ». 7 socialistes y participent aux côtés de 9 radicaux-socialistes face à 16 députés hostiles au départ à la séparation. Jaurès poussa le jeune député socialiste de Saint-Étienne, Aristide Briand à y participer et à en devenir le rapporteur. Il joua un rôle indirect grâce au député de Paris, l’historien Deville qui était son collaborateur et fut le secrétaire de la commission. Son ami, le conseiller d’État Grunebaum-Ballin, fut le premier juriste à légitimer la proposition de loi de séparation.

Le 1er juin 1904, alors que la commission parlementaire va adopter le projet Briand et avant même que les relations diplomatiques entre le Vatican et la France ne soient rompues, Jaurès expose dans La Dépêche de Toulouse sa conception de la séparation : « Ce n’est pas par un coup de tête que nous voulons briser un régime suranné. C’est par un large et calme débat où nous discuterons avec tous les républicains, avec l’opposition elle-même, les conditions les meilleures du régime nouveau (...). Nous voudrions que la séparation des Églises et de l’État n’apparaisse pas comme la victoire d’un groupe sur d’autres groupes, mais comme l’œuvre commune de tous les républicains (...) conforme au droit de l’État laïque mais aussi acceptable par les catholiques ».

Le 15 août 1904, jour de la fête de la Vierge, Jaurès s’adresse aux catholiques en leur disant qu’ils n’ont rien à perdre avec la séparation mais que l’Église y gagnera une liberté inédite. Il est plus confiant que jamais dans la stratégie qu’il préconise d’union de toutes les forces républicaines par delà leurs divergences de sensibilité anticléricale car il a l’assurance que « les groupes de l’extrême-gauche sont résolus à faire aux modérés toutes les concessions qui n’attenteront pas au principe de laïcité. »

Jaurès a été également le tacticien du débat parlementaire. Après l’ouverture du débat à la Chambre le 21 mars 1905, pour dissiper les craintes des évêques de France de voir la hiérarchie de l’Église remise en cause par certaines associations cultuelles paroissiales largement ouvertes aux laïcs, Francis de Préssensé et Jaurès conçoivent un amendement à l’Article 4 dans le but de les rassurer. Les biens des anciens établissements ecclésiastiques seraient attribués aux associations cultuelles « conformément aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice ». L’État n’a pas à fixer un statut type d’association cultuelle, l’État n’a pas à modifier les formes d’organisations des diverses Églises. Il n’a pas le droit de « démocratiser l’Église catholique malgré elle ». Seuls les catholiques pourraient modifier cette institution de type monarchique. En dépit des vives critiques de l’extrême gauche antireligieuse, des inquiétudes des radicaux anticléricaux gallicans, et des insultes de Clemenceau qualifiant Jaurès de « socialo-papalin » et de « laïque en peau de lapin », l’article 4 amendé est adopté le 26 avril par 482 voix contre 52. La droite elle-même a voté cet article décisif. Jaurès peut s’exclamer « la Séparation est faite ».

En dépit de manœuvres ultérieures, la loi de séparation est finalement adoptée le 3 juillet 1905 par 341 députés contre 233. Jaurès a su rassembler comme il l’avait prévu la cinquantaine de députés d’extrême gauche socialiste et radicaux qui voulaient « faire la guerre à la religion », les députés socialistes et radicaux-socialistes anticléricaux mais laïques, les députés radicaux gallicans et les républicains modérés attachés à la liberté de culte mais hostiles au cléricalisme. Jaurès a su rassembler tous les laïques par delà leurs divergences de sensibilités anticléricales. La loi du 9 décembre 1905 n’est pas une loi hostile à la religion, ni même aux Églises, mais une « loi de libération et d’apaisement » comme il l’avait prévu. La séparation sera une « double émancipation » garantissant aux croyants tous les droits et donnant aux Églises une liberté inédite.

Jaurès sera aussi le sauveur de la loi de 1905. Il a su mettre en échec la condamnation de la Séparation par le pape Pie X et l’interdiction faite aux catholiques de créer des associations cultuelles. Le Vatican espérait qu’à l’occasion des troubles créés par les catholiques antirépublicains lors des inventaires, le gouvernement tomberait et même que la République pourrait être renversée par un coup d’État. L’application de la loi était en effet bloquée à la fin de l’année 1906. D’un côté, le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau cherchait à créer de pseudo-associations manipulées par la police et menaçait de sanctionner le « délit de messe » en cas d’offices non déclarés aux autorités, Son ministre des cultes, Aristide Briand, qui avait rompu avec Jaurès et le parti socialiste unifié, proposait de reporter au moins d’un an, sinon deux, la mise séquestre des biens nationaux que l’État avait accordé à l’Eglise en 1802 mais qu’elle refusait de confier à des associations cultuelles. L’application de la loi risquait d’être compromise par cet ajournement.

Jaurès débloque la situation le 13 novembre 1906 en dénonçant les basses manœuvres de Clemenceau et en soutenant Briand, en dépit de ses atermoiements et son « atonie habituelle ». Il serait illusoire de vouloir créer un schisme dans l’Église catholique pour faire appliquer la loi comme pouvaient l’espérer certains protestants. Il serait également dangereux d’accorder un délai à l’Eglise et de faire preuve de faiblesse ou de violence. Jaurès appelle à l’unité tous les républicains ayant voté la loi. « Toutes les libertés se tiennent » démontre-t-il, Si les catholiques refusent la loi du 9 décembre, « le droit commun peut leur être appliqué selon la loi de 1901 ». Ils y perdront les quelques avantages concédés. De toute façon, il n’est pas question de fermer les églises et de suspendre les cultes, ce serait contraire à la loi de 1905 elle-même. Il suffit d’appliquer aux offices religieux, aux messes, le droit de réunion qui a été proclamé par la République en 1881. Et ainsi, en dépit de son refus d’accepter la Séparation, l’Église ne pourra pas « être mise hors la loi » et se présenter comme « martyr de la République ». « Les catholiques ne veulent pas de la loi ; tant pis pour eux, mais nous leur accordons la loi commune, la garantie de la liberté égale pour tous ».

Pourquoi cet empressement de Jaurès à faire adopter la loi de Séparation ? Le 15 août 1904, dans la Dépêche de Toulouse, il expliquait déjà pourquoi il fallait se presser de voter la loi de séparation, la dernière grande réforme du programme républicain. « Il est temps que ce grand mais obsédant problème des rapports des Églises et de l’État soit enfin résolu pour que la démocratie républicaine puisse se donner toute entière à l’œuvre immense et difficile de réforme sociale et de solidarité humaine que le prolétariat exige, qu’il a le droit d’exiger et que la République doit mener à bien. Il faut dès la rentrée d’octobre que soit discuté et voté l’impôt sur le revenu. Il faut que dès le mois de janvier soit discutée et votée la loi sur les retraites ouvrières.»

Jaurès est conscient qu’il faut voter la séparation en s’appuyant sur le climat d’unité que le Bloc des gauches a suscité au Parlement à partir de 1902 et qui est porté par une réelle dynamique populaire. Les socialistes proposent d’ailleurs que la suppression du budget des cultes permette la création du premier fonds public pour les retraites ouvrières et paysannes. Jaurès est conscient que sur les questions controversées des assurances sociales et des retraites, les républicains et même les radicaux, peuvent se diviser. Les intérêts de classe risquent chez nombre de députés de reprendre le dessus sur leurs positionnements laïques. Mais l’unité d’action acquise dans le combat unitaire ne peut qu’être profitable au prolétariat. La laïcité n’est pas une affaire de bourgeois et d’intellectuels, elle est un levier d’émancipation pour les ouvriers eux-mêmes.

Ces analyses de la conception jaurésienne de la laïcité scolaire et de la séparation des Églises et de l’État illustrent bien la dialectique des émancipations que Jaurès a exposé à la Chambre dès 1893 et qu’il n’a cessé d’approfondir depuis. « Comment voulez-vous qu’à l’émancipation politique ne vienne pas s’ajouter pour les travailleurs l’émancipation sociale quand vous avez préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ?[18]»

La dialectique des émancipations

Comment Jaurès lie émancipation laïque et émancipation sociale ? Une émancipation laïque qui se contenterait de proclamer la liberté et même l’égalité en droit de toutes les religions sans condamner toutes les inégalités et toutes les injustices ne saurait être pleinement émancipatrice. Comment l’école laïque peut-elle jouer son rôle émancipateur ?

Déjà dans son premier discours de 1886, Jaurès pose la question des programmes et des contenus d’enseignement. « Les programmes doivent être mieux adaptés aux exigences, aux nécessités de la vie quotidienne. » Ils doivent être inspirés, « non par la pensée captive et refroidie de quelques fonctionnaires enclins au repos, mais par l’âme ardente et libre du travail humain. » Jaurès propose déjà que « les programmes soient contrôlés par l’expérience même des enfants du peuple ». Les municipalités devraient établir des « écoles expérimentales » afin que des initiatives pédagogiques audacieuses soient inspirées par l’esprit d’éducation populaire.

Le 30 juillet 1904, au lycée de Castres, il pose les questions de la promotion sociale des enfants du peuple et des rapports entre les prolétaires et l’école laïque. Il s’inquiète de voir nombre d’ouvriers envoyer leurs enfants dans les écoles religieuses subventionnées par un patronat paternaliste. Les congréganistes y inculquent la soumission à l’ordre établi et légitiment la hiérarchie sociale par la volonté divine. Cette situation n’est pas tolérable. Jaurès interpelle les prolétaires : « Ouvriers de cette cité, ouvriers de la France républicaine, vous ne préparerez l’avenir, vous n’affranchirez votre classe que par l’école laïque, par l’école de la République et de la raison.[19]»
Mais pour que l’école laïque devienne celle de tous les enfants de France, encore faudrait-il que l’école publique soit la priorité des priorités de tous les républicains. Encore faudrait-il que les conditions d’enseignement y soient meilleures que dans les écoles privées. Encore faudrait-il que la qualité de l’enseignement y soit garantie tant au plan matériel qu’au plan intellectuel. Ainsi pourra être unifié le « service public national d’enseignement » que Jaurès appellera toujours de ses vœux.

Dès 1895, il soutient à la Chambre que le socialisme pourra donner tout son sens à la haute mission d’enseignement de l’école publique. Les maîtres républicains ne pourront plus longtemps enseigner des principes d’égalité et de fraternité si cruellement démentis par la dureté des rapports sociaux. Et cela « au nom du droit égal pour toutes les consciences de résoudre par la seule raison tous les problèmes de l’univers ». Sans être des « prédicateurs du socialisme », les enseignants seront, de fait, les propagandistes de valeurs universelles et feront, à leur insu, une œuvre socialiste. L’école républicaine éveillera des aspirations socialistes tant qu’elle sera fidèle aux principes universels des droits de l’homme.

Voila pourquoi Jaurès proteste sans cesse contre les ministres de l’instruction publique qui voudront interdire la syndicalisation des instituteurs et qui sanctionneront les syndicalistes adhérents à la CGT. Ne pas admettre la liberté politique des enseignants, ne pas admettre l’ouverture des programmes aux questions les plus critiques, c’est « déserter l’esprit laïque et républicain ». La laïcité n’a rien à voir avec une « neutralité morte », ni avec la réserve officielle. Jaurès n’a cessé d’entretenir des liens très étroits avec les instituteurs et les institutrices, que Charles Péguy avait cru discréditer en les qualifiant de « hussards noirs de la République ». Il collabora de 1905 à sa mort toutes les trois semaines à la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur. Quel autre homme politique a autant accordé d’attention aux questions de l’enseignement ! Il s’en expliquait ainsi : « deux forces préparent l’avenir, sont l’avenir, la force du travail et la force du savoir.[20]»

Comment Jaurès lie mancipation laïque et émancipation intellectuelle ? Une émancipation sociale qui laisserait prévaloir la domination d’une religion ou d’une idéologie reviendrait à nier le lien consubstantiel entre libertés, démocratie et socialisme. L’émancipation intellectuelle promue par l’école laïque républicaine permettra de faciliter les aspirations des classes populaires à l’émancipation sociale. Les prolétaires n’ont aucun intérêt à opposer la justice sociale, aussi urgente soit-elle, à l’émancipation laïque, aussi abstraite et bourgeoise qu’elle puisse leur apparaître. Encore fau-il qu’ils respectent l’émancipation intellectuelle !

L’émancipation laïque permet à la liberté de conscience de s’affirmer dans l’autonomie de jugement. Elle affranchit la pensée et libère des forces agissantes. Elle permet que l’exploitation subie ne soit plus vécue comme une fatalité. Elle rend crédible la conquête de droits sociaux comme aboutissement concret des droits politiques. Dans son intervention à la Chambre, le 20 janvier 1910, Jaurès profère une formule d’une importance extrême : « On n’enseigne pas ce qu’on veut. (...) l’on n’enseigne pas ce que l’on sait ou que l’ont croit savoir ; on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est. » Les maîtres d’écoles ne sont pas que des transmetteurs de savoirs, et surtout pas d’un savoir normatif et labellisé par les autorités. S’il y a des programmes officiels, il n’y a pas d’enseignement officiel ni d’interprétation unique. La liberté pédagogique des enseignants est un droit authentique qui les renvoie à leur responsabilité individuelle et collective. Cela implique plusieurs exigences : tout enseignant doit être très bien formé car on n’enseigne bien que ce que l’on connaît bien ; mais tout enseignant doit connaître et confronter les thèses et les théories qui font le mouvement et la diversité de la pensée et de la science. L’enseignement doit être une initiation au dialogue, au débat, à la confrontation d’idées, à la découverte des autres, avant que l’on forme sa propre opinion. L’enseignement n’est pas une école de scepticisme et de relativisme pas plus qu’un moyen d’endoctrinement. L’enseignement doit être une entreprise de « génération », d’affirmation de sa pensée libre, de sa personnalité propre.

Voila pourquoi Jaurès s’est toujours refusé à ce que l’école publique devienne un instrument de propagation de la libre pensée elle-même, ni un foyer de diffusion de cet « anticléricalisme subalterne et frivole » qui lui déplaisait tant. Contre les scientistes, contre les anticléricaux antireligieux, il mène le même combat, mais à front renversé, que contre les cléricaux et les intégristes catholiques. « Au nom de l’affirmation souveraine de l’esprit. ». Et il en donne l’exemple lors de dialogues de grande qualité avec Edouard Vaillant, le socialiste matérialiste, avec Albert de Mun, le leader catholique, et même avec Maurice Barrès, le champion du nationalisme. Les débats publics au Parlement contribuent d’après lui à l’éducation populaire et à la formation politique des citoyens.

Jaurès entend enfin lier émancipation laïque et émancipation spirituelle. Il n’a jamais fait profession d’athéisme, ni même de matérialisme philosophique, même s’il applique la méthode du matérialisme historique. Lui qui ne cessait de répéter qu’il n’était pas de ceux que le mot « Dieu » effrayait, fut si l’on peut dire un panthéiste humaniste. Il n’admettait pas que l’école laïque eut pour objectif de combattre les pratiques religieuses ; le sentiment religieux pourra s’éteindre de lui-même avec les progrès de la raison ou de la science, ou pourra muter et survivre s’il se démarque des dogmes des Églises en rejoignant le courant de la modernité.

Affranchi de toute croyance religieuse, Jaurès a développé audacieusement une réflexion sur les rapports entre le socialisme et la question religieuse, dans un texte fondamental quoique resté à l’état de brouillon. Il y écrit qu’au regard de l’histoire « le problème religieux est le plus grand problème de notre temps, de tous les temps.[21]» Mais il affirme que les croyants ont beau affirmer l’origine surnaturelle, divine, de leur foi, c’est dans la société qu’ils vivent et agissent. » Quelque divine que soit que soit pour le croyant la religion qu’il professe, c’est dans la société naturelle et humaine qu’il évolue. Cette force mystique ne sera qu’une force abstraite et vaine, sans prise et sans vertu, si elle n’est pas en prise et en communication avec la réalité sociale.»

Le succès historique du christianisme s’explique, dit-il encore, par sa nature contradictoire : d’un côté il fut à l’origine un « rêve divin » de libération des hommes ; de l’autre, il devint un système ecclésial de domination dogmatique. Jaurès était particulièrement attentif à l’évolution du courant moderniste dans l’Église catholique. Il connaissait bien les analyses de l’exégète des textes bibliques Alfred Loisy[22] qui avait écrit : « le Christ avait annoncé le message, mais c’est l’Eglise qui est survenue ». Dans cette perspective, Jaurès n’hésite pas à affirmer que l’Église catholique romaine est devenue le contraire même de ce que fut le christianisme primitif et qu’elle est le parangon de l’irréligion. «Aujourd’hui, dit-il encore, « le christianisme dans la société actuelle n’est qu’une organisation théocratique au service de l’inégalité sociale et qu’il s’agit avant tout de le renverser.[23]» L’Église catholique est devant un dilemme crucial : ou elle s’immobilise, se fige dans ses dogmes et demeure une « puissance rétrograde » vouée à terme à l’extinction ; ou elle cherche à s’adapter, à sortir de son immobilisme et elle évoluera avec l’esprit du siècle. « Et moi je vous le dis : quoi que vous fassiez, ou vous périrez, ou vous ferez à la science, à la démocratie, à la liberté, de nouvelles et fortes concessions. »

Cette évolution est inévitable car l’Église catholique sera contrainte d’évoluer sous le triple effet : 1°) du mouvement général de sécularisation des sociétés et des mentalités modernes, 2°) de l’affirmation croissance du besoin d’autonomie des laïcs face aux clercs et 3°) des progrès de l’exégèse des théologiens. Voila pourquoi l’intégrisme du Vatican est condamné à terme. Jaurès espère que l’humanité sera capable de briser les derniers relents de la théocratie en gardant vivant et agissant en elle l’esprit du Christ. « Ainsi sera-t-il possible de concilier la liberté et le message du Christ s’il est démontré que sa mission a été trahi par l’Église.[24]»

Mettons cependant en garde aujourd’hui ceux qui voudraient récupérer Jaurès pour rétablir les religions comme des institutions d’utilité publique en raison de leur rôle social et moral. Jaurès affirme certes que « le socialisme en même temps qu’il sera une révolution matérielle et morale sera une révolution religieuse.[25] » Mais par « révolution religieuse », Jaurès entend révolution spirituelle. En effet, il ajoute aussitôt : « L’humanité comprendra et aimera d’autant plus le Christ qu’elle pourra se passer de lui (...) quand le socialisme pourra renouveler et prolonger dans l’humanité la personne du Christ[26]». Toute religion devra accepter la laïcité, la liberté de conscience et l’égal respect de toutes les convictions. Quelle que soit donc la diversité des croyants et des incroyants, ils sont égaux en droits. Aucune religion ne doit avoir de privilège, aucune idéologie ne doit avoir un monopole. Pas plus le christianisme que l’athéisme.

L’émancipation laïque repose pour Jaurès sur le renversement du primat des « devoirs envers Dieu » et l’affirmation de la prééminence des « droits de l’homme » et des « devoirs envers l’humanité ».

Jaurès n’a donc cessé d’articuler la laïcité, la démocratie et la question sociale. Il ne le fait pas de façon abstraite et théorique. Il le fait toujours en situation concrète en partant des questions d’actualité et en s’appuyant sur le mouvement social. Il ne sépare jamais les questions les unes des autres. Il s’efforce toujours de penser la société dans sa globalité. Il ne privilégie jamais une forme d’émancipation par rapport aux autres. Il ne sépare pas la laïcité de l’école de celle de l’État, ni de la démocratie politique et de la question sociale. Sa méthode est celle de la « pensée complexe » pourrait-on dire selon la formule du sociologue Edgar Morin.

Jean-Pierre Rioux écrit que « la laïcité a été pour Jaurès le principe de circulation sanguine de la République, de l’État et du socialisme ». Je préfère voir en Jaurès un penseur rigoureux des principes de la laïcité et un militant innovateur faisant de la laïcité le principe de la vie en société dans les États démocratiques. Ainsi Jaurès s’est affirmé comme le père putatif de la « République laïque, démocratique et sociale » qui est la notre depuis la constitution de 1946.

Mais où sont les héritiers de Jaurès ?

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Bibliographie sélective :

Jean-RABAUT, Jean Jaurès, préface de Michel Rocard, Librairie Perrin, 1971, 1981
Madeleine RÉBÉRIOUX, Jean Jaurès, article du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier publié sous la direction de Jean MAITRON, Éditions de l’Atelier, 1974
Max GALLO, Le Grand Jaurès, Robert Laffont, 1984
Jean-Pierre RIOUX, Jean Jaurès, Librairie Perrin, 2005

Sélection de textes de Jaurès présentés par
Max BONNAFOUS, Œuvres de Jean Jaurès, Études socialistes, 6 tomes, Rieder, édition inachevée
[27], Les Éditions de Minuit, 1959
Madeleine RÉBÉRIOUX, Jaurès et la classe ouvrière, Petite collection Maspéro, 1975
Louis BAILLOT, L’organisation socialiste de la France. L’Armée nouvelle, Éditions sociales, 1977
Gille CANDAR, Jean Jaurès (1859-1914) « L’intolérable », Les Éditions ouvrières, 1984
Jean-Denis BREDIN, Les preuves. L’Affaire Dreyfus, La Découverte, 1998
Gilles CANDAR, Jean Jaurès. De l’éducation (Anthologie), Éditions Syllepse, 2005
Gilles CANDAR, Antoine CASANOVA, Jean Jaurès. Laïcité et République sociale, Le cherche midi, 2005

Études spécialisées :
Bruno ANTONINI, Etat et socialisme chez Jean Jaurès, Préface d’André TOSEL, L’Harmattan, 2004
Alain BOSCUS, Jean Jaurès, La CGT, le syndicalisme révolutionnaire et la question sociale, Institut régional CGT d’histoire sociale, Toulouse, 2008

Les Cahiers Jaurès sont publiés par la Société d’études Jaurésiennes
Consulter aussi le Centre national et Musée Jean Jaurès, 2 place Pélisson, 81100 CASTRES
Notes

[1] En dépit des travaux de la regrettée Madeleine Rébérioux, aujourd’hui continués par Gilles Candar

[2] Par exemple Jean-Pierre Rioux, Jean Jaurès, Perrin, 2005

[3] Les origines du socialisme allemand, chapitre I, Luther, in Œuvres de Jean Jaurès, tome 1, 1888-1897, Les Editions Rieder, 1931

[4] Jean Jaurès, De l’éducation (Anthologie), Edition établie par Madeleine Rébérioux, Guy Dreux et Christian Laval, Introduction de Gilles Candar, Editions Syllepse, 2005, p. 32

[5] Ibidem, p. 35

[6] Ibidem, p. 35

[7] Jean Jaurès, Laïcité et République sociale, Textes choisis par Gilles Candar, Introduction d’Antoine Casanova ? L'humanité, le Cherche Midi, 2005, p. 77

[8] Ibidem, p. 173-222

[9] Discours au lycée de Castres, 30 juillet 1904, Ibidem, p. 70

[10] J. O., Discours de Jaurès à la Chambre des députés, 3 mars 1904

[11] Ibidem, p. 77

[12] Jean Bauberot, Laïcité 1905-2005. Entre passion et raison, Seuil, 2006, p. 163 et suivantes

[13] Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance, Cerf, 2004

[14] Jean Jaurès, L’organisation socialiste de la France, L’armée nouvelle, Editions sociales, 1977

[15] Jean Jaurès, Les Preuves. Affaire Dreyfus, Introduction de Madeleine Rébérioux, La Découverte, 1998

[16] Jean Jaurès, L’enseignement laïque, L’Humanité, 2 août 1904

[17] Jean-Paul Scot, « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ». Comprendre la loi de 1905, Point Histoire, Seuil, 2005

[18] Jean Jaurès, discours à la Chambre des députés, le 21 novembre 1893

[19] Jean Jaurès, Laïcité et République sociale, op. cit., p. 77-78

[20] Jean Jaurès, Pour la laïque, 25 janvier 1910

[21] Jean Jaurès, le socialisme et la question religieuse, Editions de minuit, 1959

[22] A. Loisy prolongeait les critiques de Renan. Le tribunal de l’Inquisition l’excommunia en 1908, mais la République lui attribua la chaire d’hébreu du Collège de France

[23] Ibidem. p. 49

[24] Ibidem. p. 39

[25] Ibidem. p. 35

[26] Ibidem. p. 39

[27] La Question religieuse et le socialisme


Laïcité : Quelle alliance pour le combat laïque ?
Par Bernard Teper , Secrétaire national de l'UFAL (Lundi 14 décembre 2009)
Face à l’alliance du goupillon et de la salle des marchés, la seule alliance crédible est celle du combat laïque et du combat social

Le concert des pleureuses n'en finit pas : la laïcité serait en recul partout. La conséquence de ces jérémiades ? Il faut constituer un large front qui transcende la droite, évidemment, mais aussi la gauche afin d’être plus nombreux pour résister et gagner la bataille laïque définitivement. Alors, bien sûr ! ces « belles âmes » s’en vont constituer sur le papier l’assiette frontiste la plus large. Mais, bien sûr ! ces « belles âmes » sont en désaccord entre elles sur le front à constituer. Pourtant, toutes ces « belles âmes » ont un raisonnement commun : « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Il faut d’abord connaître l’adversaire et se liguer contre lui dans un front gauche-droite.

L'impasse des fronts sans fondement

Alors, les unes déclarent comme adversaire principal les politiques néolibérales, et donc le front gauche-droite doit lier la gauche et toutes les forces communautaristes et intégristes qui ont un discours antilibéral, y compris les forces d’extrême droite islamistes.
Les autres ont comme adversaire principal l’islamisme. Le front gauche-droite doit lier tout l’arc politique, y compris les partis de la droite libérale qui ont un discours contre l’islamisme et y compris l’intégrisme chrétien déclaré fondamentalisme soft, et, pourquoi pas, ceux que l’on classait encore hier d’extrême droite chrétienne ou païenne ?!

Toute personne réfléchissant un tant soit peu aux questions stratégiques peut aisément faire le constat que ce type de raisonnement n’a jamais vaincu dans toute l’histoire de l’humanité : ces méthodes frontistes gauche-droite sans fondement sont des impasses, des machines à perdre mais aussi à créer, in fine, le fatalisme et la démobilisation, ainsi que l’instrumentalisation par des forces plus puissantes.

Dans le premier cas, les militants de gauche et d’extrême gauche sont manipulés par les forces régressives communautaristes et/ou intégristes ; dans le deuxième cas, par les dirigeants du monde eux-mêmes, sur le mode du Choc des civilisations de Samuel Huntington entre l’occident chrétien et l’orient islamique, où les ultra-laïcistes sont sommés de soutenir la politique pro-chrétienne.

Alors, bien sûr, il y a les frontistes gauche-droite tendance soft qui pratiquent le même raisonnement… mais de façon plus modérée… allant jusqu’à pratiquer l’extrémisme de l’extrême centre très en vogue chez les bobos des « villes-centres » (voir la nouvelle géosociologie des territoires dont UFAL Flash a rendu compte dans un texte du 27 octobre dernier: lien).

Tout cela ne peut, au mieux, que freiner les lignes stratégiques plus efficientes, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets : ces stratégies frontistes gauche-droite n’ont plus aucune chance de vaincre.

Une analyse stratégique

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il faut travailler le débat stratégique hors de la passion et de l’enthousiasme (Friedrich Engels : « Quelle naïveté enfantine de prendre son impatience comme argument politique ! »). Un cri peut être salutaire, mais la lecture de Sun Tzu, de Clausewitz ou d’autres maîtres en stratégie montre bien que tout repose d’abord sur une analyse juste des causes ; puis sur une analyse des forces en présence ici et maintenant ainsi que des capacités de résistance des forces qui en sont capables à un moment donné ; et enfin sur une vison claire des alternatives à créer.

A certaines époques historiques, il y a eu alliance de la gauche avec la droite républicaine (le Conseil national de la Résistance créé en 1943 par exemple). Existait-t-il une droite républicaine à cette période ? Oui, incarnée par Charles de Gaulle et ses compagnons qui s’étaient constitués par l’acte fondateur que fut la déclaration du 18 juin 1940.

Première idée : un courant politique collectif doit se constituer par un acte fondateur. Seconde idée : un courant politique collectif doit avoir un espace politique à investir. Le gaullisme avait cet espace, largement constitué par la bourgeoisie nationale (s’opposant à la bourgeoisie internationale), par le petit commerce, l’artisanat, et une partie de la paysannerie.

Aujourd’hui ? Aucune droite n’a produit un acte fondateur de la puissance du 18 juin 1940 et la base sociale de la droite républicaine n’existe plus. Il y a des individus de droite sincèrement républicains et laïques mais il n’est plus possible que cela constitue un courant collectif étant donné qu’il n’y a plus la base sociale correspondante et qu’aucun groupuscule n’ose aujourd’hui un acte fondateur indépendant. Je pense à ce parlementaire français qui se fait élire une fois tous les cinq ans avec le soutien de l’UMP puis en dit pis que pendre pendant 4 ans ½. Tout cela ne fait pas une politique.

Pour comprendre, il faut replacer l’ensemble dans le contexte actuel de l’économie politique. Bien que l’exemple fonctionne avec tous les pays, prenons celui de la France et de son compromis fordiste de la période improprement appelée les « Trente Glorieuses » qui fonctionnait en France sur la construction du programme du Conseil national de la Résistance de 1944, construction voulue par la gauche et la droite républicaine. Ce compromis a volé en éclats avec l’arrivée de la mondialisation néolibérale, du consensus de Washington en 1979, et pour la même année du soutien des droites mondiales à Ben Laden et aux talibans, via la CIA contre le régime de Najibullah, alors soutenu par les Soviétiques. Le calcul est simple. Pour déformer le partage de la valeur ajoutée au détriment des revenus du travail et des cotisations sociales, il faut engager le processus de marchandisation et de privatisation de toutes les activités humaines dont la protection sociale et les services publics. Clairement : détruire l’application du principe de solidarité. Mais comme on ne détruit pas sans remplacer, les néolibéraux ont décidé d’échanger la solidarité des services publics et de la protection sociale contre la charité, organisée par les communautarismes et les intégrismes religieux. D’où leur alliance avec les néolibéraux. Bien sûr, dans la corbeille du marié, il y avait l’abandon de la laïcité au profit des communautaristes et autres intégristes. Soutenir l’un contre l’autre n’a aucun sens !

Ah ! Et les « belles âmes » voudraient que ceux qui mènent le combat laïque s’associent avec ses adversaires ! Mais non, mais non ! Face à l’alliance du goupillon et de la salle des marchés il n’y a que l’alliance du combat laïque et du combat social !

Avec cette grille d’analyse, on comprend mieux le paradoxe que nos « belles âmes » ne peuvent pas expliquer : pourquoi le développement de la sécularisation dans le monde entier va de pair avec la montée des politiques communautaristes et intégristes !? Pourquoi les dirigeants du monde financent, forment, développent les communautarismes et intégrismes sinon parce qu’ils ont passé un accord politique et stratégique avec eux !?

Et les « belles âmes » voudraient que l’on soutienne soit les forces régressives, en cédant sur le droit des femmes à l’émancipation, soit ceux qui les financent, les forment et les soutiennent !

Que l’on ne compte pas sur les combattants de la laïque et de la sociale pour cacher les véritables causes des attaques contre la laïcité. D’ailleurs, où étaient-elles, ces « belles âmes », quand l’UFAL se battait pour la reconnaissance légale du concubinage, pour l’égalité des enfants légitimes et adultérins, pour la fin de la transmission du nom à l’enfant uniquement du père, pour la bataille contre les signes religieux à l’école, pour l’égalité en droits des couples, pour le droit des homosexuels à adopter, etc. ? Au mieux on les comptait aux abonnés absents, au pire dans le camp opposé !

On ne le dira jamais assez, on ne peut pas se battre sur la longue durée avec une analyse fausse des causes, sans une stratégie claire des alliances, sans avoir un projet alternatif pour mener la bataille de l’hégémonie idéologique qui doit précéder la victoire politique et sociale.
Pour cela, délaissez les « belles âmes » ! et venez pratiquer les campagnes d’éducation populaire tournées vers l’action que l’UFAL mène avec ses partenaires associatifs, syndicaux et mutualistes.


 
finance
Affaire Swift : Un nouvel abandon de la souveraineté européenne
par Jean-Claude Paye (Sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007.)
Une fois de plus l’Union européenne cède aux exigences de Washington sans contrepartie : les États-Unis auront légalement accès aux informations bancaires des Européens, dès que le Traité de Lisbonne sera entré en vigueur et que le Parlement européen aura avalisé le nouvel accord. Au demeurant, avant même le vote parlementaire, ces dispositions sont déjà appliquées. Jean-Claude Paye analyse cette nouvelle concession.

Ces dernières années, l’Union européenne et les États-Unis ont signé un ensemble d’accords en matière de remise des données personnelles : informations PNR des passagers aériens [1], données financières dans le cadre de l’affaire Swift [2]. Un projet de transfert général est en préparation. Il s’agit de remettre, en permanence aux autorités américaines, une série d’informations privées, telles le numéro de la carte de crédit, les détails des comptes bancaires, les investissements réalisés, les connexions internet, la race, les opinions politiques, les moeurs, la religion [3].

Progressivement, l’Union transforme sa propre légalité, afin de permettre au droit états-unien de s’appliquer directement sur son territoire. Chaque nouvel accord constitue un nouvel abandon de souveraineté des pays membres de l’Union européenne. Le texte qui vient d’être signé entre l’UE et les USA, en matière de saisie des données financières, en est un exemple éclairant.
L’affaire Swift

Ce 30 novembre 2009, le Conseil des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne a avalisé le projet d’accord établi par la Commission, qui permet aux autorités US de se saisir, sur les serveurs de la société Swift placés sur le sol européen, des données personnelles financières des citoyens des pays membres de l’Union. Cette ratification par le Conseil est la dernière étape du processus destiné à mettre fin au scandale de l’affaire Swift et à toute contestation du droit que se sont octroyé les États-Unis de se saisir des informations financières concernant les ressortissants européens.

L’affaire Swift avait éclaté lorsque, en 2006, la presse états-unienne avait révélé que cette société avait, depuis les attentats du 11 septembre 2001, transmis clandestinement, au Département du Trésor US, des dizaines de millions de données confidentielles concernant les opérations de ses clients. Swift, société américaine de droit belge, gère les échanges internationaux de quelques 8 000 institutions financières situées dans 208 pays. Elle assure le transfert de données relatives aux paiements, mais ne fait pas transiter d’argent.

Malgré la violation flagrante des droits, européen et belge, de protection des données personnelles, ce transfert n’a jamais été remis en cause. Au contraire, l’UE et les USA ont signé plusieurs accords destinés à légitimer cette capture.

Tous ont été justifiés par la lutte contre le terrorisme. La saisie par les autorités US était rendue possible par la particularité du système Swift. En effet, toutes les données contenues par le serveur européen, installé à La Haye, étaient également placées sur un second serveur placé aux États-Unis. Ce qui permettait aux douanes états-uniennes d’en prendre possession, le droit américain autorisant cette saisie.
Un nouvel accord UE-USA

Toutefois, depuis juin 2007, il a été prévu que les données Swift inter-européennes ne soient plus transférées aux USA, mais sur un second serveur européen. Cette nouvelle procédure s’avère formellement plus conforme au droit européen et supprimerait la possibilité des autorités états-uniennes de se saisir de ces informations. Ce nouveau serveur placé à Zurich est opérationnel depuis novembre de cette année.

Suite à cette réorganisation et contrairement à ce qui était affirmé lors des précédents accords, le Commissaire européen à la Justice Jacques Barrot** a expliqué que les Vingt-Sept souhaitent donner, aux enquêteurs du Trésor américain, accès aux centres d’opérations européens gérés par Swift. Il a déclaré que « ce serait extrêmement dangereux à ce stade de cesser la surveillance et le contrôle de ces flux d’informations » [4] et affirmé que les opérations américaines sur le serveur américain de Swift s’étaient révélées « un outil important et efficace ». Il a simplement repris les déclarations du juge Brugière, la « personnalité éminente » [5] désignée par la Commission pour « contrôler » l’utilisation américaine des dizaines de millions de données transférées chaque année. Ce dernier avait prétendu que cette saisie avait « permis d’éviter un certain nombre d’attentats ». Aucun exemple, permettant de vérifier ces allégations, n’a été avancé. L’énonciation du caractère indispensable de la capture des données financières devient la preuve du succès de cette politique dans la lutte contre le terrorisme. Une identité est établie entre le mot et la chose.
Des justifications en trompe l’œil

L’énonciation de la lutte contre le terrorisme suffit à justifier la capture des données financières. Cependant, la réalité nous montre que les attentats sont généralement sont peu coûteux et ne nécessitent aucun déplacement important d’argent. . La raison invoquée prend un caractère surréaliste quand on sait que la commission officielle d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 n’a pas voulu investiguer sur les mouvements de capitaux suspects, enregistrés les jours précédents les attentats. Pourtant, juste avant les attaques du 11 septembre, le 6, 7 et 8, il y a eu des options de vente exceptionnelles sur les actions des 2 compagnies aériennes [Americain et United Airlines] qui furent détournées par les pirates, ainsi que sur Merril Lynch, l’un des plus grands locataires du World Trade Center. Ces informations ont été révélées notamment par Ernst Welteke, président de la Deutsche Bank à l’époque, qui a aussi déclaré qu’il y avait beaucoup de faits qui prouvent que les personnes impliquées dans les attaques profitèrent d’informations confidentielles afin de réaliser des opérations suspectes [6]. Tous ces éléments, le fait qu’un attentat terroriste ne nécessite pas d’importants transferts de fonds et la volonté politique de ne pas enquêter sur les transferts financiers suspects, nous indiquent que la capture des données financières des citoyens est bien un objectif en soi.

Souveraineté états-unienne sur le sol européen

La Commission a voulu d’abord signer un accord transitoire, qui a pris effet dès la mise en route du serveur de Zurich. Le processus de décision a été confié à la présidence suédoise et au Conseil, rejetant ainsi toute possibilité de décision partagée avec le Parlement. Cela a toute son importance car le Conseil suit quasiment toujours les positions des fonctionnaires permanents et ceux-ci, se révèlent, le plus souvent, être de simples relais des négociateurs américains. Le commissaire Jacques Barrot affirme réaliser un accord équilibré, mais il a dû reconnaître que le texte actuel n’inclut pas l’accès des autorités européennes aux transactions bancaires états-uniennes [7].

À cet accord transitoire doit succéder un texte définitif, tout aussi unilatéral. Il s’agirait, après 9 mois, de « renégocier » ce qui a été accepté dans l’urgence. Cet accord devrait être avalisé par le Parlement européen, quand le Traité de Lisbonne, qui donne à cette assemblée plus de pouvoirs en matière de police et de Justice, sera d’application. La volonté affichée d’attendre la ratification du Traité indique qu’il s’agit de faire reconnaître, par le Parlement, un droit permanent des autorités américaines de se saisir, sur le sol européen, des données personnelles des citoyens de l’Union. Les nouveaux « pouvoirs » accordés au Parlement trouvent leur raison d’être dans la légitimation des transferts de souveraineté de l’UE vers les USA.

Cette position a le mérite d’être transparente, de présenter le Traité, non pas comme un texte constitutionnel interne à l’Union, mais comme un acte d’intégration de l’UE dans une entité supranationale sous souveraineté états-unienne. Ce nouvel accord qui permet aux autorités US de capturer, sur le sol européen et sans aucune réciprocité, des données personnelles des citoyens de l’Union, représente un nouveau pas dans l’exercice de la souveraineté directe des institutions étasuniennes sur les populations européennes.
Une structure impériale asymétrique

La capture US des informations sur les citoyens européens, surtout celles relatives à leur transactions financières, doit être replacée dans le cadre de la formation du futur grand marché transatlantique à l’horizon 2015 [8]. Les accords, qui autorisent ce transfert vers les USA, ne constituent qu’une étape préparatoire, la condition préalable permettant l’installation d’un grand marché transatlantique [9], ainsi que la constitution d’une entité politique commune. Ayant pour base le droit états-unien, ce projet s’avérera être un grand marché des données personnelles, à travers lequel, ces informations confidentielles seront livrées au secteur privé. La transformation de la vie privée en marchandise va de pair avec sa surveillance policière, cette dernière étant la condition d’existence de la première. La capture des données par les autorités administratives étasuniennes constitue une nouvelle accumulation primitive capitaliste ayant pour objet l’installation de nouveaux rapports de propriété basé sur la fin de la propriété de soi.

Le caractère asymétrique de la capture des données personnelles : les autorités américaine ayant accès aux données européennes, sans qu’il soit question d’une quelconque réciprocité, nous révèle que au niveau du futur grand marché transatlantique, toutes les entreprises seront égales, mais certaines, les firmes US, le seront plus que d’autres.

L’utilisation par les autorités états-uniennes des données financières recueillies lors de « la lutte contre le terrorisme » a déjà commencé dans le cadre de « la lutte contre la fraude fiscale », dont les attaques contre la banque suisse UBS [10] et l’instrumentalisation du G 20 du 1er et 2 avril 2009 [11] ont été les épisodes les plus médiatisés.
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** Jacques Barrot, commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires intérieures. D’obédience démocrate-chrétienne et partisan indéfectible de l’Alliance atlantique, il mena en France une brillante carrière de parlementaire, de président du Conseil général de Haute Loire et de ministre. Il fut vice-président du Cercle de l’Industrie de Dominique Strauss-Kahn. Son suppléant, Laurent Wauquiez, est devenu secrétaire d’État à l’Emploi.

[1] « L’espace aèrien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 13 octobre 2007.

[2] « Les transactions financières internationales sous contrôle états-unien », Réseau Voltaire, 28 avril 2008.

[3] Council of the European Union, « Note from Presidency to Coreper, Final Report by EU-US Hight Level Contact Group on information sharing and privacy and personal protection », 9831/08, Brussels 28 mai 2008. Téléchargement.

[4] « Partage de données bancaire : nouvelles négociations entre les 27 et les États-Unis », Le Soir, 28 juillet 2009.

[5] « Jean-Louis Bruguière, un juge d’exception », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 29 avril 2004.

[6] « Insider trading’ by terrorists is suspected in Europe », par William Droziac, Washington Post, 22 septembre 2001.

[7] « EU wants to share more bank details with the US authorities », Edri.org, le 29 juillet 2009.

[8] « Un nouvel ordre politique : le futur grand marché transatlantique », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 4 février 2009. « Résolution du Parlement européen sur l’état des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux États-Unis », Réseau Voltaire, 23 mars 2009.

[9] « Un mercato transatlantico imperiale », par Jean-Claude Paye, Critica Marxista, 2009 n° 1

[10] « Lutte contre la fraude fiscale ou main mise sur le système financier international ? », Réseau voltaire, 3 mars 2009.

[11] « À qui profite la fin du secret bancaire ? Le G 20 : une hiérarchisation des marchés financiers », Réseau Voltaire, 9 avril 2009.


 
Nationalité
Nicolas Sarkozy et la boite de Pandore
par Évariste (Pour réagir à cet article, écrire à evariste@gaucherepublicaine.org )
Dans la mythologie grecque, Pandore fut créée par Zeus pour se venger des hommes. Elle amena avec elle une jarre, qui renfermait tous les maux de l’humanité, dont la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie et la Passion, ainsi que l’Espérance.

Poussée par la curiosité, Pandore finit par ouvrir sa boite, libérant ainsi tous ces maux. Nicolas Sarkozy, lui, en a fait un programme politique.

Ce programme est appliqué de façon méthodique, avec entre autres exemples : la destruction de la protection sociale (la Vieillesse et la Maladie), la réintégration du Haut Commandement de l’OTAN et l’envoi de nouvelles troupes en Afghanistan (la Guerre), la mise à sac de la vertu républicaine et de l’intérêt général au profit du népotisme, des intérêts des puissants et du bling-bling (le Vice), l’aggravation des injustices sociales - bouclier fiscal, politique de l’immigration, du logement, des bas salaires - (la Famine et la Misère), la laïcité « positive » dans laquelle le prêtre aura plus de place que l’instituteur (l’Espérance), le tout mâtiné de beaux discours sur la République, la Civilisation, l’Écologie, et la régulation du capitalisme (la Tromperie). Restaient la Folie et la Passion : la création d’un ministère de l’identité nationale et le lancement d’un débat sur ce thème dans une perspective électoraliste viennent de libérer ces deux derniers maux.

La Folie et la Passion

Pure Folie, car Nicolas Sarkozy a demandé à Éric Besson de lancer ce débat à travers toute la France pour reconquérir l’électorat d’extrême-droite qui n’aurait guère apprécié l’affaire Frédéric Mitterrand et la tentative avortée de mettre Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD. Mais cette stratégie est en train de se retourner contre lui : elle risque bien de remettre le Front National en piste pour les régionales : au petit jeu des thèses nauséabondes et des débats avec du « gros rouge qui tâche »1, l’élève Sarkozy ne dépasse pas encore le maître Le Pen.

Pour ceux qui doutent que ce débat soit autre chose qu’une tactique électoraliste, il suffit de regarder du côté de l’éducation nationale et des universités : Luc Chatel décide de supprimer l’Histoire-Géographie en Terminale S, cependant que les Humanités et les sciences sociales continuent de disparaître des enseignements… On voudrait un peuple ignorant de son histoire et de ses lettres, dépourvu d’esprit critique, on souhaiterait la pure et simple négation d’un peuple de citoyens, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

C’est précisément l’Histoire qui nous apprend qu’il aura fallu une révolution pour instaurer un modèle politique fondé sur des principes à la fois rationnels et universels : la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité et la démocratie. C’est l’Histoire qui nous apprend qu’un tel modèle ne peut exister ni se maintenir sans l’instruction publique qui permet de former des citoyens libres et éclairés. Que le combat laïque et le combat social doivent être menés de front pour que l’idéal républicain se réalise pleinement. Que la France a eu ses moments de grandeur quand elle a respecté les principes constitutifs du modèle républicain, et ses moments de bassesse quand elle les a niés ou dévoyés (Empire, restauration, colonisation, pétainisme, racisme et antisémitisme…). Que ce sont les luttes, les grèves et l’action politique qui ont permis aux citoyens d’arracher des droits. C’est à l’aune de cette Histoire qu’il faut juger les actes politiques d’aujourd’hui. Ignorer cet héritage revient à nous livrer pieds et poings liés aux puissants.

Au thème scabreux de l’identité nationale, nous préférons le combat en faveur des principes républicains. L’identité nationale renvoie à l’imaginaire que chacun projette, à partir de son histoire singulière et de son ressenti particulier, sur la France. C’est la raison pour laquelle un tel sujet de débat ne peut qu’alimenter les Passions et les divisions. Il ne peut conduire qu’à la discorde. Les principes républicains sont, au contraire, déductibles d’un modèle politique qu’il est possible de déployer de façon rigoureuse et cohérente. Le modèle républicain a pour visée la volonté générale, sans laquelle il n’est pas de concorde possible.

Ce débat ne peut qu’alimenter la confusion. La tribune que Nicolas Sarkozy a récemment publiée dans le Figaro est, à ce titre, éloquente.
« La France, tu l’aimes chrétienne ou tu la quittes »

Passons sur le fait qu’il estime avoir pris en compte le vote « Non » au référendum de 2005 en plaçant la France à « la tête du combat pour changer d’Europe ». On lui fera remarquer que pour quelqu’un qui se targue de ne pas avoir peur du peuple, il n’a pas osé faire un second référendum… Mais ce n’est pas le sujet.

Ce qui, en revanche, nous amène au coeur du sujet, c’est la série d’amalgames qu’il fait dans cette tribune.

Pour légitimer le débat sur l’identité nationale, Nicolas Sarkozy commence par établir un bien étrange lien entre la votation sur les minarets en Suisse et le supposé besoin d’identité en Europe. Avec tant d’amis qui ont choisi de résider en Suisse, Nicolas Sarkozy devrait pourtant savoir que ce pays n’est ni républicain, ni laïque. Le préambule de la constitution de la confédération helvétique commence ainsi : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, Conscients de leur responsabilité envers la Création, […] » Quoi de commun avec la France où un tel référendum serait tout simplement non constitutionnel et dont l’État garantit la liberté de conscience et de culte pourvu qu’elles s’exercent dans les limites du droit commun ? Ce n’est pas la présence de minarets en tant que telle qui pourrait poser problème en France : la seule question qui, dans un État laïque, est susceptible de se poser est celle du financement des édifices religieux (qui ne saurait se faire sur des fonds publics) et du respect des règles de l’urbanisme.

On relèvera cet autre passage, qui ne peut qu’introduire la confusion dans les esprits : « Mais je veux leur dire aussi [aux musulmans, NDLR] que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France […] » Les musulmans doivent-ils comprendre que « la France, tu l’aimes chrétienne ou tu la quittes » ? Que la civilisation chrétienne est constitutive de la République ? Qu’il y a continuité entre les valeurs chrétiennes et les valeurs républicaines ? Ce serait oublier que la République s’est construite en rupture avec la France chrétienne, que cette rupture a été violente, qu’il aura fallu qu’un sang impur abreuve nos sillons (que le sang bleu des forces monarchistes et cléricales soit versé)2. Il aura fallu plus d’un siècle de combat laïque pour que la séparation entre l’État et les églises soit réalisée en 1905. Et là encore, le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne s’est pas fait sans violence.

Par ailleurs, laisser penser que l’immigration (c’est-à-dire les musulmans ou l’islam, termes qui, sous la plume de Nicolas Sarkozy deviennent des synonymes) pose, en elle-même, un problème d’identité nationale revient à nier notre histoire politique : c’est oublier en effet que la France révolutionnaire a instauré le droit du sol et qu’à cette époque toute personne qui se reconnaissait dans le projet politique républicain pouvait devenir française. Mais c’est aussi s’aveugler sur le véritable problème, qui n’est pas l’immigration elle-même, mais les raisons et les conditions de cette immigration : populations fuyant la misère engendrée par le néolibéralisme, la guerre et les dictatures, filières maffieuses d’immigration clandestine qui se renforcent à la faveur du durcissement des règles d’immigration, xénophobie et discriminations, tout cela produit une main-d’œuvre corvéable à merci et sous-payée, que certains patrons n’hésitent pas à utiliser pour casser les acquis des salariés.

Refuser de participer au débat sur l’identité nationale est une décision légitime, mais insuffisante. Il faut aussi dénoncer cette stratégie de dupe qui consiste à inviter les citoyens à débattre sur l’identité nationale alors même qu’on en sape les fondements. Il faut dénoncer cette dérive dangereuse qui consiste à substituer à la conception républicaine du peuple une représentation ethnique ancrée dans des particularismes religieux et culturels. Il faut, enfin, lutter contre cette politique néolibérale qui nie le principe de laïcité et qui substitue la charité au principe de solidarité.

1. édifiante citation de Nicolas Sarkozy rapportée par le Canard Enchaîné du 9/12”, qui montre quel mépris un Président peut avoir pour le peuple [?]
2. Sur ce point, on peut reconnaître à Christine Boutin une certaine cohérence avec les idées qu’elle défend lorsqu’elle demande à changer les paroles de la Marseillaise [?]


Plaidoyé pour une grande vigilance sur les mots
par Marième Helie Lucas
Pourquoi la rigueur dans l’utilisation des concepts devient un élément crucial de la lutte contre l’intégrisme musulman en Europe.

Depuis deux décades, nous Algériens — restés au pays et/ou exilés —, avons fait l’expérience, ô combien amère, de l’abandon par la gauche, l’extrême gauche, et les organisations de droits humains de la cause anti-intégriste et laïque que nous défendons.

Or, c’est au nom des droits religieux, des droits des minorités, des droits culturels que les organisations de droits humains et d’une partie de la gauche ont soutenu les intégristes.

Car ils reprennent à leur compte, sciemment ou pas, plusieurs des prétentions des intégristes: celle d’être les représentants d’un peuple opprimé, celle d’être les représentants, quasi exclusifs, de l’Islam et des musulmans, celle d’être porteurs d’une loi authentiquement islamique.

Cette démission de ceux qui auraient dû être nos alliés est sous tendue par une grande confusion idéologique et conceptuelle, en particulier entre islam, musulmans ( qu’ils utilisent de façon interchangeable), intégristes ; sans parler de leur usage immodéré et erroné du terme “sharia”. Or, chaque fois que ces confusions sont à l’œuvre, elles apportent, de fait, de l’eau au moulin intégriste. Ces confusions sont voulues et manipulées par les intégristes.

Par exemple, j’appartiens à un réseau international qui s’appelle “Femmes Sous Lois Musulmanes” ( Women Living Under Muslim Laws). Notez bien les termes utilisés et le pluriel. Vous ne pourriez imaginer le nombre de fois où cela se transforme en “Femmes Sous Loi Musulmane” (au singulier) ou même “Femmes sous Loi Islamique” (encore cette année dans l’Humanité !).

Il apparaît immédiatement que pour bien des gens, y compris des journalistes, y compris des intellectuels, y compris des militants qui nous soutiennent, d’une part islam et musulman sont des mots équivalents, et d’autre part qu’il existe une loi divine issue de l’islam.

Islam

L’islam est une croyance, une idéologie, une philosophie, ce terme appartient donc au domaine des idées, des débats philosophiques et théologiques.

Mais comme le dit le théologien Soheib Bencheikh1: ” je n’ai jamais vu un Coran marcher dans la rue “. C’est donc par la lecture qu’en font des gens bien réels que nous approchons un texte quel qu’il soit. Ou bien la spécialiste du Fiq Ziba Mir Husseini2 , quand quelqu’un ose dire devant elle: ” l’islam dit que… “, rétorque: ” L’islam ne parle pas ”.

L’un comme l’autre affirment ainsi avec humour que l’islam est nécessairement médiatisé au travers de gens réels et différents, en particulier de croyants et pratiquants musulmans, qui prétendent le représenter et l’incarner.

Il ne viendrait à l’idée de personne de confondre christianisme (la doctrine) et chrétiens (les gens), ni de prétendre que tout ce que dit et fait quelqu’un qui se dit chrétien reflète nécessairement les idées ou les valeurs du Christ. Cette confusion est pourtant constamment faite entre islam et musulmans. Il est donc parfaitement indispensable de distinguer l’idée de ce qu’en disent et font ses interprètes et ses incarnations.

De plus, il ne viendrait non plus à l’idée de personne de prétendre que les idées ou les valeurs dites chrétiennes sont identiques, selon qu’elles sont présentées par l’Opus Dei ou bien par les tenants de la théologie de la libération en Amérique latine. Pourtant cette homogénéité dans les interprétations est prêtée à l’islam.

Malgré l’évidence, il y a encore beaucoup de gens qui feignent d’ignorer qu’il y a des lectures de l’islam progressistes et des lectures de l’islam extrêmement régressives. La comparaison avec l’Opus Dei, d’une part, et la théologie de la libération d’autre part, est parfaitement soutenable en ce qui concerne les théologiens progressistes et ultra conservateurs dans l’islam.

A moins que l’on ne soit personnellement concerné en tant que croyant, en tant que laïques, nous n’avons pas à nous occuper de l’islam. Chaque fois que nous utilisons le mot ” islam “, alors que nous parlons en fait de gens bien vivants qui se disent adeptes de cette idéologie, nous donnons de l’eau au moulin intégriste : en effet, lui, veut entretenir la confusion, ce qui lui permet de prétendre que c’est l’islam qui est attaqué chaque fois que l’on critique ce que disent et font des gens qui se disent musulmans — et les intégristes en particulier qui prétendent ” être ” l’islam. C’est ainsi qu’ils ont forgé le concept d’islamophobie qui fait florès partout en Europe (alors qu’il s’agit souvent dune fondamentalistophobie fort justifiée!) et réduit au silence ceux tentés d’avoir une vue critique de leurs actions.

En ce sens, peu importe que l’on dise: ” l’islam est une religion de paix, de tolérance, etc. “, ou bien que l’on dise l’inverse: ” l’islam est une religion de violence, de barbarie, etc. “. Dans les deux cas, on essentialise l’islam. Je renvoie dos à dos les intégristes qui nous bassinent avec les qualités de l’islam et les racistes et ethnocentristes qui nous bassinent avec ses défauts. Il est inutile de s’interroger sur sa ” nature ” : l’islam est ce que les gens qui s’en réclament en font.

Il est donc loin d’être homogène. Ce qu’on voit de l’islam à travers ses fidèles change selon les périodes de l’histoire, les lieux et les cultures où il est pratiqué, et la politique dont il est l’enjeu.

Amis, n’utilisez plus le mot ” islam “, à moins que vous ne soyez vous même théologien ou philosophe en conversation avec d’autres théologiens ou philosophes. La plupart du temps, vous parlez de gens, pas d’idéologie.
Musulmans

Au contraire, ce que disent et font les musulmans appartient au domaine de la sociologie et de la politique, et non pas au domaine des idées. Il se peut — ou pas — qu’ils agissent en conformité avec leur lecture de l’islam. Mais en tant que laïques, ce n’est pas cet aspect qui nous intéresse. Que les musulmans agissent de façon islamique ou pas n’est pas notre propos. Devant tel ou tel comportement, il est donc vain de débattre sur le thème : ” est ce que c’est vraiment islamique? “. C’est ce qu’il font en tant que citoyens qui nous préoccupe.

Et pas plus que les chrétiens, ils ne forment un groupe homogène. Ni par leur interprétation de leur religion, ni par leur culture.

On parle en Europe, de plus en plus, de ” culture musulmane “, comme si des gens qui vivent sur différents continents pouvaient avoir une culture identique. C’est encore une tentative intégriste d’homogénéisation. Comment croire une seconde que la femme soudanaise excisée, la Nigérienne recluse, l’Afghane privée d’école, la Somalienne lapidée , la féministe marocaine, la footballeuse palestinienne, la chef d’État bangladaise, la rockeuse algérienne, la danseuse sénégalaise dans les petits “bals-poussière”, l’Indonésienne à la fleur dans les cheveux, le businessman singapourien, l’entrepreneur sud africain, le commerçant indien, l’intellectuel bosniaque, le paysan malien, l’ingénieur algérien et le chômeur ougandais aient une culture commune? Sans parler de tous ceux qui vivent en Europe, en Australie, aux Amériques… Que vivent une même culture les pays où il est rendu obligatoire par la loi de prier cinq fois par jours et ceux où, pendant le ramadan, s’asseyent ensemble au restaurant amis qui jeûnent et qui déjeunent ? Que des différences de classe aussi tranchées que celles qu’incarnent la bourgeoise pakistanaise et l’intouchable indienne (et musulmane, hé oui ! ils ont aussi des castes !) ne produisent pas des cultures différentes? C’est pourtant ce que veulent nous faire croire les intégristes.

Qui croirait qu’une Philippine ou une latina de l’Altiplano, chrétiennes, mères de famille nombreuse à qui leurs lois non laïques interdisent la contraception, partagent la même culture qu’une Française “chrétienne” qui ira à l’église quinze fois dans sa vie pour quelques mariages et quelques enterrements, et n’aura que deux enfants?

Amis, cessez donc de parler de ” culture musulmane “: cela n’existe pas. C’est une invention des intégristes. Cela ne peut tout simplement pas exister, vu que des musulmans, il y en a partout dans le monde et dans toutes les ” cultures “. Mais c’est au nom de ” notre ” supposée culture commune, transcontinentale et a-historique qu’ils réclament ségrégation sexuelle, codes de la famille séparés, cursus scolaires différents, etc. en Europe aujourd’hui.

Nul d’ailleurs n’aurait l’idée de la désigner comme “chrétienne”, cette femme qui ira à l’église une quinzaine de fois dans sa vie; on parlera d’elle comme d’une Française, d’une Suisse, d’une Espagnole… Sa religion, si elle en a une, n’est pas le marqueur essentiel de son identité. Plus probablement on ne lui posera même pas la question…

Mais dites donc à quelqu’un en France, et même à nos amis !, que vous êtes algérienne, iranienne ou pakistanaise : vous entendrez neuf fois sur dix: “ah, vous êtes musulmane… !”

Car voici l’autre aspect de la question : qui est musulman? En tant que laïque, pour moi, c’est quelqu’un qui croit en l’islam. Mais pour la plupart des gens ici en France, c’est quelqu’un qui vient, ou dont les parents ou les grands parents sont venus d’un pays musulman. On transforme une foi en un accident géographique, de lieu de naissance. C’est faire insulte à la fois aux croyants dont on nie l’adhésion personnelle à une foi, et aux non croyants dont on nie la liberté de penser. C’est là une grande victoire des intégristes : ils ont obtenu qu’une identité religieuse nous soit supposée et donc imposée — automatiquement.

Amis, ne parlez plus de ” musulmans “, sauf si vous faites référence à des croyants déclarés. Et il n’y en a pas beaucoup en France… (pas plus que parmi les chrétiens). Bien que la France laïque n’entretienne pas de statistiques à ce sujet, des études de différents laboratoires du CNRS ou associés ont pratiqué des sondages : parmi la population française originaire d’Afrique ( principalement du Maghreb) et de Turquie, 20% déclarent n’avoir aucune religion (pour 28% dans l’ensemble de la population française) et ce pourcentage atteint 25% parmi les citoyens français d’origine algérienne qui constituent la majorité parmi la population française issue de migrants. Parmi les français d’ascendance africaine et turque qui déclarent avoir une religion, 21% assistent rarement à des cérémonies religieuses (pour 15% dans l’ensemble de la population française). Quant à ceux qui se déclarent croyants musulmans, 21% seulement sont pratiquants3. On voit bien que les pourcentages de la population française dite ” musulmane ” sont comparables à la population dite ” catholique ” . Pas plus de croyants chez les uns que chez les autres.

Comme vous le voyez, seule une petite proportion d’entre nous peut légitimement être appelée ” musulman ”.

En outre, de plus en plus de croyants musulmans veulent vivre leur foi sur le plan exclusivement personnel et refusent d’en faire le marqueur de leur identité sociale. Seulement 15% parmi les croyants musulmans déclarés seraient ennuyés que leurs fils épousent une non musulmane… Par ailleurs, 54% de la population française totale, 56% des français d’ascendance africaine ou turque et 57% de ceux qui se déclarent croyants musulmans estiment que la laïcité est pour eux une garantie de liberté de croyance et de culte. Le concept de laïcité a une connotation très positive pour 82% des citoyens français d’origine africaine et turque et 83% des croyants musulmans qui se revendiquent tels estiment que la laïcité est la meilleure façon de faire vivre ensemble des gens d’opinions différentes. Une large majorité, 60% des français d’origine africaine ou turque et 60% de ceux qui se déclarent croyants musulmans espèrent que le foulard ne sera pas accepté dans les écoles en France, car ” l’école c’est fait pour étudier seulement “.4

C’est pourquoi nous pouvons faire alliance pour défendre la laïcité avec des croyants musulmans laïques ou chrétiens laïques, c’est-à-dire des citoyens qui, d’une part, gardent leurs croyances pour la sphère privée, et, d’autre part, soutiennent, en leur capacité de citoyens, le projet politique de séparation entre les États et les religions.

Intégristes

Je ne ferais pas aux lecteurs de ResPublica l’injure d’expliciter ici la différence entre musulmans et intégristes !

Par contre, je vous donnerais ma définition de l’intégrisme : ce n’est pas un mouvement religieux, c’est un mouvement politique, qui rassemble des gens dont les opinions politiques varient de l’ultra conservatisme à l’extrême droite, qui utilise la religion pour parvenir au pouvoir politique ou s’y maintenir.
Il est donc bien inutile de débattre religion avec eux, ils n’en ont cure… Ce n’est qu’un outil de mobilisation et de manipulation des masses entre leurs mains.

Comme les nazis, les intégristes musulmans croient, non pas en une race supérieure aryenne — mais en une croyance supérieure, l’islam — leur version de l’islam. Comme les fascistes, ils croient en un passé mythique garant et témoin de leur supériorité : ce n’est plus le glorieux passé de Rome, c’est l’Âge d’or de l’islam. Comme les nazis et les fascistes, ils en tirent la conclusion qu’ils ont le droit de supprimer physiquement les ” untermensch ” (sous humains) — ou les “kofr” — et c’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait en Algérie pendant dix ans. Comme eux, ils sont capitalistes, comme eux ils mettent les femmes à leur place: ” église, cuisine, berceau “, selon la célèbre formule des nazis.

Je ne voudrais pas contrarier les historiens en confondant des mouvements situés dans des contextes économiques et historiques différents; mais il n’est pas inutile de se pencher sur certaines similitudes de leurs doctrines, avant d’en faire les martyrs d’une religion opprimée.

Les intégristes musulmans sont les membres d’un mouvement politique. Ils exterminent en premier lieu des populations ” musulmanes ”.
Le mythe d’une loi divine, instrument de la politique intégriste

Les intégristes prétendent non seulement qu’ils ” sont ” l’incarnation de l’islam, le seul, le vrai, mais aussi que Dieu leur a donné une règle à appliquer dans les sociétés humaines. J’ai déjà donné des exemples, dans un papier précédent5 de l’extrême diversité des lois dans les pays musulmans, qui vont des plus ouvertes aux plus répressives. J’ai également exposé comment ces lois trouvaient leurs sources, certes dans des interprétations religieuses, mais également et tout autant dans des coutumes locales, voire même des lois coloniales, et surtout qu’elles étaient modelées pour servir des intérêts politiques à un moment donné de l’histoire.

Les intégristes nient cette diversité et choisissent parmi diverses traditions religieuses hétérogènes, parmi diverses traditions culturelles, parmi diverses utilisations politiques des lois, celles, les plus rétrogrades, qui aideront à installer et assoir leur dictature politique, et à contrôler d’une main de fer les citoyens, leur vie privée, leur expression politique.

A la réalité historique des lois faites de main humaine, les intégristes opposent le mythe d’une loi divine, qu’ils nomment la ” sharia ”.

C’est un mot que je n’emploie pas et que je vous invite à ne plus employer, car, tout autant que certains des concepts discutés ci-dessus, il donne réalité à quelque chose qui n’existe pas. Tous les théologiens musulmans s’accordent à dire que le mot ” sharia ” veut dire la voie, le sentier, vers Dieu, un chemin éminemment personnel. Et qu’à aucun moment ce mot ne peut désigner une loi temporelle. Pourtant journalistes et intellectuels en Europe, y compris ceux qui nous soutiennent, se gargarisent de: ” selon la sharia, la sharia dit que… etc. ” en faisant suivre ce préalable des diktats les plus farfelus des intégristes. C’est ainsi qu’ils donnent crédit non seulement aux versions des lois dites islamiques les plus dévastatrices pour la liberté des individus, mais également au mythe qu’il existe une loi divine qui serait appliquée dans les authentiques pays musulmans et qui devrait être respectée au nom des droits humains.

Pourtant ces mêmes gens trouveraient ridicule de parler de LA loi chrétienne, sachant bien que les pays chrétiens ont des lois différentes; par exemple que la France a instauré le divorce quelque cinquante ans avant l’Italie et l’Espagne, bien que tous trois soient des pays catholiques.

Chaque fois, amis, que vous prononcez le mot ” sharia “, dans le sens de ” loi islamique ” et non dans son sens théologique, non seulement vous énoncez une contre vérité aisément démentie par le simple examen des lois dans les pays musulmans, mais vous aidez considérablement les intégristes dans leur entreprise de monopolisation, d’homogénéisation, de captation. La ” sharia “, cela n’existe pas — ou alors dites moi laquelle de toutes ces lois hétérogènes et contradictoires dites musulmanes ( c’est-à-dire faites par des humains qui se disent musulmans) est la seule, la vrai, la divine? — si toutefois vous croyez que ça existe.

Mais à force d’en parler, les intégristes sont arrivés à faire, que par conformisme, par paresse intellectuelle, par ignorance, par peur, le terme est repris par tout le monde. Ensuite, il ne leur reste plus qu’à dire: ” la sharia dit que…, c’est-à-dire l’islam dit que… ” pour réduire au silence tous ceux qui craignent d’être pris pour des racistes ” islamophobes “ …

Je plaide pour une très grande vigilance: les mots sont dangereux. Refusons d’utiliser le vocabulaire intégriste, si nous ne voulons pas véhiculer leur idéologie.

Les musulmans ne sont pas l’islam et vice versa; les intégristes ne sont ni l’islam ni les musulmans, ce sont des forces politiques d’extrême droite; les citoyens descendants d’émigrés de pays dits musulmans peuvent être ou ne pas être des musulmans, ce n’est ni leur nom ni le pays d’origine de leurs ancêtres qui vous renseigneront sur leur religion; et la sharia n’est pas une loi. Il n’y a pas Une loi islamique d’essence divine, il y a des lois dites musulmanes, variées, manifestement de facture humaine.

C’est Kant qui a dit : ” Tout concept renvoie à une métaphysique “. Je dirais bien que tout concept renvoie à une analyse politique… J’y ajouterais les mots d’Audrey Lorde qui, femme noire, poètesse et lesbienne vivant aux États Unis, en savait un bout sur l’oppression: “On ne combat pas l’oppression avec les outils du Maître”.

Amis, rayez de votre vocabulaire ces mots qui font gagner aux intégristes la bataille idéologique.

1. Soheib Bencheikh, ancien Grand Mufti de la Mosquée de Marseille, Directeur de l’ISSI, Institut Supérieur des Sciences Islamiques à Marseille. [?]
2. Ziba Mir Husseini, iranienne, universitaire, chercheuse, anthropologue et spécialiste de droit musulman, a enseigné à Téhéran et à New York, vit actuellement à Londres. [?]
3. Brouard et Tiberj, CEVIPOF et Sciences Politiques, Juin 2005, Rapport au politique des français issus de l’émigration [?]
4. Brouard et Tiberj, CEVIPOF et Sciences Politiques, Juin 2005, Rapport au politique des français issus de l’émigration [?]
5. ResPublica n° 628 du 12.11.09 [?]


 
Démocratie
Réforme des collectivités territoriales : appel à résister !
par les Citoyens de la modernité
Décembre 1789 : création des départements et des municipalités pour casser les provinces et donner le pouvoir aux citoyens.1

Décembre 2009 : casse des départements et des communes pour retirer le pouvoir aux citoyens.

Face au pouvoir personnel d’un seul, aujourd’hui être moderne c’est tout faire pour redonner le pouvoir aux citoyens et non pas les éloigner des centres de décisions. Avec notamment la réforme des collectivités locales de Nicolas Sarkozy, c’est la destruction de la République et de ses valeurs qui est organisée. Une volonté qui s’inscrit dans un processus plus global avec par exemple le bouclier fiscal pour les riches et le couvre-feu pour les enfants, la négation de la laïcité et les discours identitaires et sécuritaires, l’instrumentalisation du Parlement et les libertés élémentaires bafouées, la marchandisation de la culture et la libéralisation des services publics de proximité, le recul de l’IVG, la suppression du juge d’instruction… Comme une revanche du pétainisme. Mais, 221 ans après l’Assemblée des Trois ordres du Dauphiné à Vizille en Isère, qui leva le vent révolutionnaire en réclamant la convocation des Etats généraux, le Dauphiné montre une nouvelle fois la voie de la résistance face à ce coup d’Etat. Car oui ! « la réforme Sarkozy ne se discute pas, elle se combat ! » (Claude Bertrand, vice président du Conseil général de l’Isère).

C’est pourquoi, de manière pluraliste, un comité de citoyens de la modernité s’organise pour dénoncer et contrer ce train de réformes antidémocratiques et dangereuses. Des personnalités locales et nationales, scientifiques, politiques, associatives, syndicales, des artistes, des historiens, des écrivains, des philosophes… se rassemblent ainsi pour refuser cette trahison des valeurs de liberté, d’égalité, de laïcité et de solidarité, qui ont façonnées notre pays depuis 1789, en passant par toutes les grandes avancées jusqu’au Conseil national de la Résistance.

Le 9 décembre 2009 (date anniversaire de la création des départements il y 220 ans le 9 décembre 1789) aura lieu une prise de parole sous forme de conférence de presse à l’emplacement même de la salle du Jeu de paume devant le château de Vizille. Et le 14 décembre 2009 (date anniversaire de la création des communes le 14 décembre 1789) au cœur même du Grenoble historique qui vit les grenoblois se révolter contre le pouvoir royal lors de la journée des tuiles le 7 juin 1788, une manifestation de résistance festive sera proposée avec tous ceux, citoyens, organisations politiques, syndicales et associatives qui souhaiteront s’associer au Comité des citoyens de la modernité pour défendre, au-delà de la démocratie, toutes les valeurs républicaines de liberté, de laïcité, mais aussi les services publics…

Car oui ! La modernité est bien dans la réappropriation des valeurs et institutions républicaines, en redonnant le pouvoir aux citoyens, depuis la commune jusqu’à la nation en passant par les départements comme niveaux structurants de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, en phase avec les agglomérations communales, les régions et l’Europe. C’est tout l’inverse que veut imposer la réforme Sarkozy. A ce véritable coup d’Etat où il est projeté un véritable hold-up démocratique en remplaçant le système électoral actuel par des élections uninominales à un tour, il nous faut opposer une alternative fondamentale, globale et cohérente, par l’implication citoyenne au soutien d’une démocratie proche des réalités et des besoins ; un service public au service du bien commun et de l’intérêt collectif, partout et sur l’ensemble du territoire ; la solidarité et la recherche incessante de l’égalité par des institutions qui organisent les coopérations et les projets partagés ; l’ambition d’une nouvelle République ouverte au monde ; enfin, une alternative capable d’inscrire les destins individuels dans des projets collectifs porteurs de sens.

C’est tout le sens de l’appel à résister du Comité de citoyens de la modernité : « pour se souvenir de l’avenir » (Aragon).

Le Comité des citoyens de la modernité (premiers signataires) : José Arias, vice-président du Conseil général de l’Isère – Ariane Ascaride, comédienne – Clémentine Autain – Claude Bardoux – Michel Barrionuevo, conseiller municipal de Sassenage - Gérard Beck, militant associatif – Djemila Benhabib, auteure de « ma vie à contre-coran » – Michel Belletante, metteur en scène – Claude Bertrand, vice-président du conseil général de l’Isère en charge de la culture et du patrimoine – Henri Biron, militant écologiste – Alain Bœuf, journaliste – Christian Borg, militant antifasciste – Saïd Bouamama, sociologue – Katia Boutchoueva (dit Bout’chou), poétesse, animatrice de la scène slam – Roger Briot, ingénieur chercheur CNRS, retraité – Robert Chambrial, médecin – Astrig Chouteau, ingénieur chimiste – Gérard Chouteau, universitaire – La Compagnie Jolie môme – Chantal Cornier, directrice d’Institut de formation de travailleurs sociaux – Jean-Claude Coux, conseiller général de l’Isère – Didier Daeninckx, écrivain – Brigitte Daïan, militante associative – Annie David, sénatrice – Michel Dibilio, metteur en scène – Bérénice Doncque, comédienne – Pascal Dupas, éducateur – Michel Etiévent, écrivain – Bernard Floris, enseignant-chercheur – Denise Foucard, présidente de Culture et Entreprises 94, Officier des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion d’honneur – Michel Fugain – Jacques Gaillot, ancien évêque – Françoise Gerbier, maire de Venon, conseillère régionale – Paul Hickin, artiste graveur, scénographe de théâtre – Jean-Christophe Le Duigou, dirigeant syndical – Jacqueline Madrennes, enseignante – Roger Martelli, historien – Bastien Maupomé, poète – Claude Mazauric, historien – Bernard Merlino – Bernard Miège, universitaire – Paul Muzard – Antoine Porcu, chevalier de la Légion d’honneur, ancien député et conseiller général – Joëlle Prévost, ingénieur CNRS – Luc Quinton, plasticien colleur d’histoires – Jack Ralite, sénateur, animateur des Etats généraux de la culture – Daniel Rigaud, conseiller général de l’Isère – Claude Roussilhe, militant associatif – Guy Rouveyre, conseiller général de l’Isère – Georges Séguy, président d’honneur de l’Institut d’histoire sociale – Lucien Sève, philosophe – François Sikirdji, médecin – Odette Sikirdji, militante associative culturelle – Armand Soler, militant de la cause des sans-papiers – Guy Stoll, militant associatif – Marcel Trillat, réalisateur – Anne Tuaillon, syndicaliste – Patrick Varela, syndicaliste – Robert Veyret, conseiller général de l’Isère – Myriam Zerkaoui, militante antifasciste…

La manifestation du 14 décembre 2009 à Grenoble a d’ores et déjà reçu le soutien de : l’Union départementale CGT Isère – le Collectif des Fonctions publiques de l’Isère - le Comité Ras l’front du voironnais – la Fédération pour une alternative sociale et écologiste (FASE 38)… signatures à : luc.quinton@laposte.net

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1. 9 décembre 1789, création des départements et 14 décembre 1789, création des municipalités.


 
Pouvoir
Quand Sarkozy ment...
par Jean-Paul Beauquier
Deux gros mensonges en peu de temps…

L’argent prêté aux banques au nom des Français (sic) a rapporté plus de 2 milliards d’€ d’intérêts à l’État… Mais la plus value-réalisée, entre la valeur des actions en 2008 et en 2009 et inscrite dans la comptabilité des banques, signifie que le paiement de cet intérêt n’a rien coûté aux banques et que l’État a perdu l’occasion d’un bénéfice qui n’aurait pu être réalisé sans son aide…

Cette perte aussi réelle pour les comptes publics que le gain pour les comptes privés, à moins qu’on nous explique que la virtualité de certains écrits comptables ne jouent que dans un sens, ne saurait être la preuve d’une bonne gestion des finances publiques.

L’État, nous dit-on, emprunte tous les jours sur les marchés financiers mondiaux… y compris à des banques françaises… à des taux supérieurs à ceux qu’il a demandés pour son aide à ces mêmes banques et supérieurs à ceux que les banques centrales consentent à ces mêmes banques en recherche de liquidités…

L’État va placer un emprunt… qui va toucher des commission? Les banques…
Elles paieront un impôt l’an prochain? Certes, mais sur un montant allégé par toutes les commodités offertes par une fiscalité qui ne taxe le capital qu’après moult déductions, sans compter ce qui aura passé dans les paradis fiscaux et que nul n’ira rechercher… Le crime d’accaparement est donc avéré… Robespierre, au secours!

Pas plus de vérité sur les collectivités territoriales: l’UMP, cornaquée par l’occupant de l’Élysée, compte mener campagne sur « la folie fiscale des régions ».

Outre qu’il est naturel que les collectivités territoriales disposent des personnels en nombre suffisant pour assurer les missions que le gouvernement lui a déléguées sans transférer les moyens susceptibles d’y faire face dans des conditions satisfaisantes, il est bon de rappeler, comme le fait Laurent Fabius dans La Gazette des communes (30.11.2009) que sur 100 € d’impôts, le gouvernement en prélève 78 et 2 seulement vont aux régions ; que l’augmentation moyenne de l’impôt régional a été de 3 € par habitant et par an dans les 5 années précédentes et que la région qui a procédé à la plus forte augmentation est précisément l’Alsace, gérée par l’UMP!

Au demeurant, la libre administration des collectivités territoriales ne joue que pour les compétences que la loi autorise, y compris par conséquent dans la faculté de moduler telle ou telle taxe pour abonder son budget.

La suppression de la taxe professionnelle pose la question du financement de son remplacement : ce qui est prévu montre un transfert vers les ménages et nul ne croit, et ne peut décemment croire, à un État vertueux qui compenserait durablement le manque à gagner : ni les modes de calcul imaginés par des technocrates bien rodés à ce genre de manipulation, ni la situation d’endettement public (100 fois supérieur à celui cumulé des régions) ne laissent sur ce point le moindre doute.

Les libéraux que le président représente ont la phobie de l’emploi public : ce ne peut pas être pour des raisons de meilleur fonctionnement ou de diminution des coûts.

Et ce n’est assurément pas pour cela qu’il voulait mettre un de ses fils à la tête d’un établissement public appelé à superviser la plus grande opération financière des décennies à venir dans notre pays avec le Grand Paris… Que de marchés…

En termes macro-économiques la nature de la propriété ne joue pas sur la rentabilité, mais elle pèse sur la répartition de la plus-value : le transfert massif de la richesse créée par le travail collectif du travail vers le capital — à moins que ce soit par la spéculation, mais dans ce cas il faudrait réviser quelques «valeurs» fondamentales, depuis une vingtaine d’années, dans le même temps que le PIB mondial s’accroissait dans des proportions considérables — a non seulement creusé des écarts insupportables entre nations riches ou émergentes et nations pauvres mais à l’intérieur de chaque pays entre les classes sociales en déstabilisant les classes moyennes, là où il en existe, et en précarisant encore davantage les classes pauvres.
Pauvreté et paupérisme sont des mots du XIXème siècle pour les néo-libéraux et leurs laquais politiques… mais ils sont bien contraints de manier le concept de seuil de pauvreté s’ils ne veulent pas instaurer partout l’état de barbarie et de violence sociale !

Une campagne électorale s’ouvre ? Sarko l’a «nationalisée» ? Tant mieux. Utilisons ce temps comme un temps de lutte, car il faut mettre fin au vampirisme de l’équipe qui pille et pollue la France.



Janvier 2010
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