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| Procès MDRGF / FNPRT :
Les producteurs de raisin réclament 500 000 euros à l'association écologiste |
LE MONDE 07.01.10 - Agathe Chaigne
Une association écologiste, le Mouvement pour les droits et le respect des générations
futures (MDRGF), assignée devant le tribunal de Paris pour dénigrement par une
organisation professionnelle, la Fédération nationale des producteurs de raisins de
table (FNPRT) : l'affaire, déjà médiatisée à l'époque des faits, a été examinée,
mercredi 6 janvier.
L'hostilité entre l'association présidée par François Veillerette et les agriculteurs
conventionnels est déjà ancienne, mais c'est la première fois qu'elle se manifeste
devant la justice.
En novembre 2008, le MDRGF, qui est la principale association spécialisée sur
l'utilisation des pesticides dans l'agriculture en France, publiait sur son site Internet
les résultats d'analyses effectuées par un laboratoire allemand sur du raisin acheté en
grande surface, en France. L'enquête, effectuée dans cinq pays européens par cinq
associations, concluait à des résidus de pesticides sur 99,2 % des raisins testés.
En février 2009, la FNPRT attaquait l'association, lui demandant notamment des dommages
et intérêts de 500 000 euros - soit cinq fois le budget annuel du MDRGF - au motif d'une
baisse des ventes de raisins.
"Propagande"
"On ne peut pas véhiculer sur le Net tout et n'importe quoi, et surtout interprété
n'importe comment !", s'est insurgé d'entrée Me Patrick Gontard, défenseur de la
FNPRT. Brandissant un tract distribué à l'entrée du tribunal, il affirmait que la
présence dans la salle d'audience de militants du MDRGF prouvait bien qu'il s'agit d'une
"association qui a une énorme capacité de mobilisation" pour faire de la
"propagande".
L'avocat a accusé le site de l'association de ne pas avoir montré clairement que les
résidus de pesticides étaient inférieurs, pour les raisins français, aux normes
nationales et européennes. "L'agriculture traditionnelle a toujours utilisé les
pesticides, a-t-il poursuivi. La question n'est pas de savoir s'il y a des résidus de
pesticides, mais si ces résidus dépassent les normes."
Quelques minutes plus tard, l'avocate du MDRGF, Corinne Lepage, lui répondait :
"Mais le problème ce n'est pas ça : le problème c'est que ça se sache !"
L'ancienne ministre de l'environnement, favorable à un statut pour les "lanceurs
d'alerte", n'a pas accepté par hasard de défendre le MDRGF. Selon elle, ce procès
relève de "l'intimidation à l'égard des associations qui disent des choses et,
derrière, à l'égard de la presse qui les reprend".
Pour Me Alexandre Faro, qui défendait également le MDRGF, l'étude, publiée fin
novembre 2009, ne peut pas être la cause réelle de la baisse des ventes de raisin, qui
s'effectuent majoritairement d'août à octobre. Les avocats de l'association ont
réclamé 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive.
La décision du tribunal a été mise en délibéré au 10 février. |
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| Liberation, 07 01 2010 - Eliane Patriarca |
| Les producteurs de raisins ne lâchent pas la
grappe aux écolos |
Pour les uns, il y a «dénigrement», pour les autres «information dans
lintérêt public». Hier, le Mouvement pour le droit et le respect des
générations futures (MDRGF), une association en faveur dune agriculture sans
pesticides, était assigné devant le tribunal de grande instance de Paris par la
Fédération des producteurs de raisins de table qui regroupe 3 000 petits exploitants.
Au cur du litige : la publication par le MDRGF, en novembre 2008, dune
enquête menée dans cinq pays européens avec quatre autres ONG révélant la présence
de résidus de pesticides, dont certains interdits par Bruxelles, dans la quasi-totalité
des raisins de table analysés. Pour le défenseur des producteurs de raisins de table, le
président du MDRGF, François Veillerette, qualifié d«ayatollah de
lécologie» , sest livré à un «commentaire tendancieux» de létude.
En disant que «99% des raisins analysés contiennent des résidus de pesticides, le MDRGF
jette lanathème sur tout» et omet de préciser qu«il ny avait aucun
pesticide interdit dans les raisins français et que ceux-ci ne dépassaient pas les
limites maximales de résidus autorisées par la législation européenne, contrairement
aux raisins italiens et grecs !»
Cette présentation dénigrante aurait porté préjudice aux producteurs de raisin en
provoquant une chute des ventes.Lavocat réclame 500 000 euros de dommages et
intérêts, soit cinq fois le budget annuel du MDRGF. Pour les défenseurs de
lassociation, celle-ci na fait que publier«une étude mettant en lumière des
faits avérés» que «personne ne conteste».«On vous demande des condamnations
punitives parce que les ventes de raisin de table ont chuté ? Cest de la
malhonnêteté intellectuelle ! affirment-ils. Le raisin produit en France a une période
de commercialisation qui va daoût à octobre. Or létude a été publiée par
le MDRGF le 24 novembre 2008 et ne peut donc être la cause de chute des ventes !»
Les avocats du MDRGF réclament 5 000 euros de dommages et intérêts pour procédure
abusive. Le tribunal rendra sa décision le 10 février. |
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| (AFP) 07 01 2010 |
| Pesticides: une association dans le collimateur
des producteurs de raisin |
PARIS Les producteurs de raisins se sont plaints mercredi, devant
le tribunal de Paris, du dénigrement que constitue à leurs yeux une étude sur les
résidus de pesticides dans les raisins, publiée en novembre 2008 par le MDRGF, une
association écologiste.
Dans cette action menée au civil, la Fédération nationale des producteurs de raisins de
table (FNRPT) réclame un demi-million d'euros de dommages et intérêts.
Les faits remontent au 24 novembre 2008. Le Mouvement pour les Droits et le Respect des
Générations Futures (MDRGF) avait alors publié les résultats d'une enquête menée
dans cinq pays européens avec quatre autres ONG et révélant la présence de résidus de
pesticides, dont certains interdits dans l'Union européenne, dans la quasi totalité des
raisins de table prélevés dans ces pays.
Si, pour les associations de défense de l'environnement, une telle situation est
inquiétante, les producteurs de raisins, eux, trouvent que la présentation qui en est
faite par le MDRGF est tout bonnement "malhonnête".
"Cette attaque scandaleuse vise tout simplement à nous faire taire car notre travail
dérange tous ceux qui voudraient que rien ne change dans les pratiques agricoles
polluantes actuelles", dénonce le MDRGF.
"C'est la liberté que tout contre-pouvoir a dans ce pays de pouvoir réaliser et
publier un travail d'information qui est mise en cause", poursuit-il, stigmatisant
des "poursuites bâillons" menaçant la liberté d'expression.
A l'issue de l'audience, la 17e chambre devait mettre sa décision en délibéré à
plusieurs semaines. |
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| d'autres articles à voir aussi : |
| - article
de Rue 89 avec des interviews . article
sur le site de l'Express . |
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| Santé |
| Grippe A :
limplacable réquisitoire du député Wodar, Président de la commission santé du
Conseil de lEurope |
| Entretien réalisé par
Bruno Odent |
| Président de la commission santé du Conseil de lEurope,
lallemand Wolfgang Wodarg a obtenu le lancement dune enquête de cette
instance sur le rôle joué par les laboratoires dans la campagne de panique autour du
virus. Ex-membre du SPD, Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il
a obtenu à lunanimité des membres de la commisionn santé du Conseil de
lEurope une commision denquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans
la gestion de la grippe A par lOMS et les états..
Quest ce qui a attiré vos soupçons dans la prise dinfluence des laboratoires sur les décisions prises à
légard de la grippe A ?
Wolfgang Wodarg. Nous sommes confrontés à un échec des grandes institutions nationales, chargées dalerter
sur les risques et dy répondre au cas où une pandémie survient. En avril quand la
première alarme est venue de Mexico jai été très surpris des chiffres
quavançait lOrganisation Mondiale de la Santé (OMS) pour justifier de la
proclamation dune pandémie. Jai eu tout de suite des soupçons : les chiffres
étaient très faibles et le niveau dalarme très élevé. On en était à même pas
mille malades que lon parlait déjà de pandémie du siècle. Et lalerte
extrême décrétée était fondée sur le fait que le virus était nouveau. Mais la
caractéristique des maladies grippales, cest de se développer très vite avec des
virus qui prennent à chaque fois de nouvelles formes, en sinstallant chez de
nouveaux hôtes, lanimal, lhomme etc. Il ny avait rien de nouveau en soi
à cela. Chaque année apparaît un nouveau virus de ce type « grippal ».En réalité
rien ne justifiait de sonner lalerte à ce niveau. Cela na été possible que
parce que lOMS a changé début mai sa définition de la pandémie. Avant cette date
il fallait non seulement que la maladie éclate dans plusieurs pays à la fois mais aussi
quelle ait des conséquences très graves avec un nombre de cas mortels au dessus
des moyennes habituelles. On a rayé cet aspect dans la nouvelle définition pour ne
retenir que le critère du rythme de diffusion de la maladie. Et on a prétendu que le
virus était dangereux car les populations navaient pas pu développer de défense
immunitaires contre lui. Ce qui était faux pour ce virus. Car on a pu observer que des
gens âgés de plus de 60 ans avaient déjà des anticorps. Cest-à-dire quils
avaient déjà été en contact avec des virus analogues. Cest la raison pour
laquelle dailleurs il ny a pratiquement pas eu de personnes âgées de plus de
60 ans qui aient développé la maladie. Cest pourtant à celles là quon a
recommandé de se faire vacciner rapidement. Dans les choses qui ont suscité mes
soupçons il y a donc eu dun côté cette volonté de sonner lalerte. Et de
lautre des faits très curieux. Comme par exemple la recommandation par lOMS
de procéder à deux injections pour les vaccins. Ça navait jamais été le cas
auparavant. Il ny avait aucune justification scientifique à cela. Il y a eu aussi
cette recommandation de nutiliser que des vaccins brevetés particuliers. Il
nexistait pourtant aucune raison à ce que lon najoute pas, comme on le
fait chaque années, des particules antivirales spécifiques de ce nouveau virus H1N1, «
complétant » les vaccins servant à la grippe saisonnière. On ne la pas fait car
on a préféré utiliser des matériaux vaccinales brevetés que les grands laboratoires
avaient élaborées et fabriqué pour se tenir prêts en cas de développement dune
pandémie. Et en procédant de cette façon on na pas hésité à mettre en danger
les personnes vaccinées
Quel danger ?
Wolfgang Wodarg. Pour aller vite dans la mise à disposition des produits on a
utilisé des adjuvants dans certains vaccins, dont les effets nont pas été
suffisamment testés. Autrement dit : on a voulu absolument utiliser ces produits
brevetés nouveaux au lieu de mettre au point des vaccins selon des méthodes de
fabrication traditionnelles bien plus simples, fiables et moins coûteuses. Il ny
avait aucune raison médicale à cela.Uniquement des raisons de marketing.
Comment a-t-on pu justifier de cela ?
Wolfgang Wodarg. Pour comprendre il faut en revenir à lépisode de la grippe aviaire de 2005 - 2006. Cest à cette
occasion là quont été définis les nouveaux plans internationaux destinés à
faire face à une alarme pandémique. Ces plans ont été élaborés officiellement pour
garantir une fabrication rapide de vaccins en cas dalerte. Cela a donné lieu à une
négociation entre les firmes pharmaceutiques et les Etats. Dun côté les labos
sengageaient à se ternir prêts à élaborer les préparations, de lautre les
Etats leur assuraient quils leur achèteraient bien tout cela. Au terme de ce drôle
de marché lindustrie pharmaceutique ne prenait aucun risque économique en
sengageant dans les nouvelles fabrications. Et elle était assurée de toucher le
jack pot en cas de déclenchement dune pandémie.
Vous contestez les diagnostics établis et la gravité, même potentielle, de la
grippe A ?
Wolfgang Wodarg. Oui, cest une grippe tout ce quil y a de plus
normal. Elle ne provoque quun dixième des décés occasionnés par la grippe
saisonnière classique. Tout ce qui importait et tout ce qui a conduit à la formidable
campagne de panique à laquelle on a assisté, cest quelle constituait une
occasion en or pour les représentants des labos qui savaient quils toucheraient le
gros lot en cas de proclamation de pandémie.
Ce sont de très graves accusations que vous portez là. Comment un tel processus
a-t-il été rendu possible au sein de lOMS ?
Wolfgang Wodarg. Un groupe de personnes à lOMS est associé de manière
très étroite à lindustrie pharmaceutique.
Lenquête du conseil de lEurope va travailler aussi dans cette
direction ?
Wolfgang Wodarg. Nous voulons faire la lumière sur tout ce qui a pu rendre
cette formidable opération dintox. Nous voulons savoir qui a décidé, sur la base
de quelles preuves scientifiques, et comment sest exercé précisément
linfluence de lindustrie pharmaceutique dans la prise de décision. Et nous
devons enfin présenter des revendications aux gouvernements. Lobjectif de la
commission denquête est quil ny ait plus à lavenir de fausses
alertes de ce genre. Que la population puisse se reposer sur lanalyse,
lexpertise des instituions publiques nationales et internationales. Celles ci sont
aujourdhui discréditées car des millions de personnes ont été vaccinés avec des
produits présentant déventuelles risques pour leur santé. Cela nétait pas
nécessaire. Tout cela a débouché aussi sur une gabegie dargent public
considérable.
Avez-vous des chiffres concrets sur lampleur de cette gabegie ?
Wolfgang Wodarg. En Allemagne ce sont 700 millions deuros. Mais il est
très difficile de connaître les chiffres précis car on parle maintenant dun
côté de reventes de vaccins à des pays étrangers et surtout les firmes ne communiquent
pas, au nom du principe du respect du « secret des affaires » les chiffres des contrats
passés avec les Etats et les éventuelles clauses de dédommagements qui y figurent.
Le travail de « lobying » des labos sur les instituts de santé nationaux sera-t-il aussi traité par
lenquête du conseil de lEurope ?
Wolfgang Wodarg. Oui nous nous pencherons sur lattitude des instituts comme
le Robert Koch en Allemagne ou Pasteur en France qui aurait dû en réalité conseiller
leurs gouvernements de façon critique. Dans certains pays des institutions lont
fait. En Finlande ou en Pologne, par exemple, des voix critiques se sont élevées pour
dire : « nous navons pas besoin de cela ».
La formidable opération dintox planétaire na-t-elle pas été
possible aussi parce que lindustrie pharmaceutique avait « ses représentants »
jusque dans les gouvernements des pays les plus puissants ?
Wolgang Wodarg. Dans les ministères cela me paraît évident. Je ne peux pas
mexpliquer comment des spécialistes , des gens très intelligents connaissent par
coeur la problématique des maladies grippales, naient pas remarqué ce qui était
en train de se produire.
Que sest-il passé alors ?
Wolfgang Wodarg. Sans aller jusquà la corruption directe qui jen
suis certain existe, il y a eu mille manières pour les labos dexercer leur
influence sur les décisions. Jai pu constater très concrètement par exemple
comment Klaus Stöhr qui était le chef du département épidémiologique de lOMS à
lépoque de la grippe aviaire, et qui donc a préparé les plans destinés à faire
face à une pandémie que jévoquais plus haut, était devenu entre temps un haut
cadre de la société Novartis. Et des liens semblables existent entre Glaxo ou Baxter
(etc) et des membres influents de lOMS. Ces grandes firmes ont « leurs gens » dans
les appareils et se débrouillent ensuite pour que les bonnes décisions politiques soient
prises. Cest à dire celles qui leur permettent de pomper le maximum dargent
des contribuables.
Mais si votre enquête aboutit, ne sera-t-elle pas un appui pour les citoyens
dexiger de leurs gouvernements quils demandent des comptes à ces grands
groupes ?
Wolfgang Wodarg. Oui, vous avez raison, cest lun des grands enjeux
lié à cette enquête. Les états pourraient en effet se saisir de cela pour contester
des contrats passés dans des conditions, disons, pas très propres. Sil peut être
prouvé que cest la prise dinfluence des firmes qui a conduit au
déclenchement du processus alors ils faudra les pousser à ce quils demandent à
être remboursés. Mais ça cest uniquement le côté financier, il y a aussi le
côté humain, celui des personnes qui ont été vaccinés avec des produits qui ont été
insuffisamment testés.
Quel type de risque ont donc pris, sans quils le sachent, ces gens en bonne
santé en se faisant vacciner ?
Wolfgang Wodarg. Je le répète les vaccins ont été élaborés trop rapidement,
certains adjuvants insuffisamment testés. Mais il y a plus grave. Le vaccin élaboré par
la société Novartis a été produit dans un bioréacteur à partir de cellules
cancéreuses. Une technique qui navait jamais été utilisée jusquà
aujourdhui.
Pourquoi, je ne suis évidemment pas un spécialiste, mais comment peut-on
prétendre faire un vaccin à partir de cellules malades ?
Wolfgang Wodarg. Normalement on utilise des ufs de poules sur lesquels les
virus sont cultivés. On a besoin en effet de travailler sur des cellules vivantes. Car
les virus ne peuvent se multiplier que de cette manière et donc, par définition, les
préparations antivirus qui vont avec. Mais ce procédé présente un gros défaut, il est
lent, il faut beaucoup dufs. Et il est long et complexe sur le plan technique.
Une autre technique au potentiel remarquable consiste à cultiver les virus sur des
cellules vivantes dans des bio-réacteurs. Pour cela il faut des cellules qui croissent et
se divisent très vite. Cest un peu le procédé que lon utilise pour la
culture du yaourt que lon réalise dailleurs aussi dans un bio-réacteur. mais
dans ce contexte la cellule a été tellement bouleversée dans son environnement et sa
croissance quelle croit comme une cellule cancéreuse. Et cest sur ces
cellules au rendement très élevé que lon cultive les virus. Seulement pour
fabriquer le vaccin il faut extraire à nouveau les virus de ces cellules sur lesquelles
ils ont été implantés. Et il peut donc se produire que durant le processus de
fabrication du vaccin des restes de cellule cancéreuse demeurent dans la préparation.
Comme cela se produit dans la fabrication classique avec les oeufs. On sait ainsi que dans
le cas dune vaccination de la grippe classique des effets secondaires peuvent
apparaître chez les personnes qui sont allergiques à lovalbumine que lon
trouve dans le blanc doeuf. Il ne peut donc pas être exclu que des protéïnes,
restes dune cellule cancéreuse présentes dans un vaccin fabriqué par
bio-réacteur, nengendre une tumeur sur la personne vaccinée. Selon un vrai
principe de précaution il faudrait donc, avant quun tel produit ne soit autorisé
sur le marché, avoir la certitude à 100% que de tels effets sont réellement exclus.
Et cela na pas été fait ?
Wolfgang Wodarg. On ne la pas fait. LAME ( Agence Européenne du
Médicament), une institution sous la responsabilité du commissaire européen à
léconomie, basée à Londres, qui donne les autorisations de mise sur le marché
des vaccins en Europe, a donné son feu vert à la commercialisation de ce produit en
arguant, en loccurrence, que ce mode de fabrication ne constituait pas un risque «
significatif ». Cela a été très différemment apprécié par de nombreux spécialistes
ici en Allemagne et une institution indépendante sur le médicament, qui ont au contraire
alerté et fait part de leurs objections. Jai pris ces avertissements au sérieux.
Jai étudié le dossier et suis intervenu dans le cadre de la commission santé du
Bundestag dont jétais alors membre pour que le vaccin ne soit pas utilisé en
Allemagne. Jai fait savoir que je nétais certainement pas opposé à
lélaboration de vaccins avec cette technique. Mais quil fallait dabord
avoir une garantie totale dinnocuité. Le produit na donc pas été utilisé
en Allemagne où le gouvernement a résilié le contrat avec novartis.
Quel est le nom de ce vaccin ?
Wolfgang Wogart. Obta flu.
Mais cela veut dire que dans dautres pays européens comme la France le
produit peut être commercialisé sans problème ?
Wolfgang Wogart. Oui , il a obtenu lautorisation de lAME et peut
donc être utilisé partout dans lUnion Européenne.
Quelle alternative entendez vous faire avancer pour que lon échappe à de
nouveaux scandales de ce type ?
Wolfgang Wogart. Il faudrait que lOMS soit plus transparente, que
lon sache clairement qui décide et quelle type de relation existe entre les
participants dans lorganisation. Il conviendrait aussi quelle soit au moins
flanquée dune chambre délue, capable de réagir de façon très critique où
chacun puisse sexprimer. Ce renforcement du contrôle par le public est
indispensable.
Nest ce pas la question dun autre système capable de traiter une
question qui relève en fait dun bien commun aux citoyens de toute la planète qui
affleure ?
Wolfgang Wodarg. Pouvons nous encore laisser la production de vaccins et la
conduite de ces productions à des organisations dont lobjectif est de gagner le
plus possible dargent ? Ou bien la production de vaccins nest-elle pas quelque
chose du domaine par excellence , que les Etats doivent contrôler et mettre en uvre
eux même ? Cest la raison pour laquelle je pense quil faut abandonner le
système des brevets sur les vaccins. Cest à dire la possibilité dune
monopolisation de la production de vaccin par un rand groupe. Car cette possibilité
suppose que lon sacrifie des milliers de vies humaines, simplement au nom du respect
de ces droits monopolistiques. Vous avez raison , cette revendication là a pris en tout
cas pour moi laspect de lévidence. |
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| Environnement |
| Retour sur Copenhague : un
fiasco, un désastre? |
| par Évariste |
Ça devait être lapothéose de la fin dune année 2009
marquée par le sceau de la crise, la conférence des Nations Unies sur les changements
climatiques de Copenhague, le plus grand rassemblement de chefs dÉtats et de
gouvernements de lhistoire de lONU (119), a été un flop retentissant.
Rappelons quil sagissait de permettre de limiter le réchauffement climatique
par une réduction des émissions anthropiques des gaz à effet de serre en trouvant un
accord contraignant de réduction démissions prenant le relais du protocole de
Kyoto, qui prend fin en 2012.
Depuis la conférence de Bali en 2007, qui avait fixé les objectifs pour Copenhague, tout
semblait avoir été minutieusement préparé, jusquau choix même de Copenhague,
capitale du Danemark aux jours courts et aux nuits glacées mais aux salons bien
chauffés, bref, lidéal pour espérer décourager tout mouvement social
denvergure.
Notre omniprésident a été pratiquement le seul chef dÉtat à crier victoire
après laccord minable concocté in-extrémis par les États-Unis-dAmérique
et les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Afrique du Sud). Mais ce fiasco en a réjoui
dautres, tels les lobbys énergétiques nord-américains et lOPEP.
Si le résultat de Copenhague est sans aucun doute un fiasco, est-ce pour autant un
désastre comme nous lentendons un peu partout ?
Certainement si on considère quil fallait un accord coûte que coûte, ce qui
était la position des ONG environnementalistes, sans faire de la remise en cause le
système des droits à polluer et de la finance carbone instaurés après Kyoto un
objectif.
Certainement pas si on considère quun mauvais accord risquait en fait de bloquer
tout espoir de pouvoir limiter le réchauffement climatique à 2° et naurait fait
que gonflé la bulle spéculative du carbone.
Dans la mesure où laccord obtenu nen est pas un puisquil est vide
(limitation à 2° de la hausse de la température moyenne du globe dici 2050 mais
sans sengager à réduire les émissions de GES, financement à hauteur de 21
milliards d en 3 ans pour limiter les émissions des pays en voie de
développement mais sans préciser doù viendra largent), quil na
été rédigé que par 5 pays, que la plénière finale de la Conférence sest
bornée à en « prendre note », et quil a mis fin au Protocole de Kyoto, les pays
devront remettre louvrage sur le métier, peut-être dès la prochaine Conférence
qui aura lieu à Mexico à la fin de lannée.
Par contre des leçons essentielles doivent être tirées :
* la défaite des environnentalistes pour qui lurgence écologique suffit à elle
seule à influencer les politiques ;
* la marginalisation de lUnion Européenne qui na pas réussi à peser dans la
conférence, insuffisamment soudée et trop sûr delle-même ;
* la suprématie des EUA alors quils nont pas ratifié le Protocole de Kyoto
et quils arrivaient les mains vides sans que le Congrès ne se soit prononcé ;
* la confirmation du de limportance croissante des pays émergents, tout
particulièrement la Chine, sur la scène internationale, qui au passage semblent avoir
renoncer à toute solidarité avec les pays en voie de développement ;
* la démonstration que tant que le G2, le G8, le FMI et surtout lOMC continueront
dimposer leur vision dune économie uniquement orientée pour le profit
dune minorité en entretenant lexploitation, la soumission et la misère,
aucune rupture, fut-elle au profit de lhumanité toute entière, ne sera possible ;
* échec pour lONU qui montre son incapacité à peser et à mener les débats pour
faire aboutir un accord à 194 parties parce que 2 dentre elles (Les EUA et la
Chine) ont décidé de ne rien céder ;
* affirmation de limportance (certes relative) et de la pertinence de la position de
certains pays en développement hors de tout esprit de compromission diplomatique ou de
renonciation quand à lobjectif et en répondant à lintérêt général de
leurs peuples, ce fut le cas des pays de lALBA.
Les ONG doivent revoir leur copie. Si laffaiblissement des environnementalistes pur
jus au profit des associations liants les questions écologiques et sociales fut une
avancée certaine, les propositions du Klimaforum amènent à tempérer
lenthousiasme : larrêt de lutilisation de toute énergie fossile dans
les 30 prochaines années est complètement irréaliste, la « les réparations et les
compensations de la dette des des crimes climatiques », cest à dire un flux
financier massif du Nord vers le Sud, ne pose pas la question de lutilisation
démocratique de ces fonds.
Il ressort de ces leçons que le cadre national est bien le plus pertinent pour mener le
combat , que ce combat est bien un combat éminemment politique, et que les mouvements
sociaux doivent lintégrer dans le cadre dune globalisation de leurs combats.
Lécologie est une affaire politique et cest aux peuples de faire savoir à
leurs représentants quils attendent deux beaucoup plus de courage,
dhumanisme et de solidarité quils nen ont eu à Copenhague.
Lutter contre le néo-libéralismePour réagir à cet article, écrire à evariste@gaucherepublicaine.org |
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| Une douzaine dONG internationales porte
la voix de plus de 50 000 citoyens du monde entier pour demander un accord climatique sans
nucléaire à Copenhague. |
| Réseau "Sortir du nucléaire" -
WECF - Greenpeace - Wise - Women against nuclear power - Umweltinstitut München e.V. -
Legambiente - Ecodefense - International forum on globalization . http://www.dont-nuke-the-climate.org/ |
Le 14 décembre 2009 à Copenhague, une délégation dune douzaine dONG a
interpellé les délégations gouvernementales en présentant une carte postale géante et
plus de 50 000 signatures pour un accord climatique sans nucléaire. Ces ONG impliquées
dans la campagne internationale « Dont nuke the climate ! », initiée par le
Réseau « Sortir du nucléaire », ont été rejointes par plusieurs élus de France,
Italie, Danemark et Luxembourgeois, dont les anciens ministres de lenvironnement
Yves Cochet et Corinne Lepage, les députés européens José Bové, Claude Turmes,
Margrete Auken et Yannick Jadot, ainsi que les députés et sénateurs italiens Angelo
Bonelli, Roberto della Seta et Francesco Ferrante.
Les ONG partenaires de la campagne « Dont nuke the climate ! » ont souligné les
attentes de la société civile, dont témoigne le nombre important de signatures
collectées dans plus de 100 pays en lespace de quelques mois : un accord ambitieux
sur le climat où lénergie nucléaire, dangereuse, sale et polluante, naurait
pas sa place.
Rappelant les dangers liés au nucléaire, les ONG ont souligné que le recours à cette
technologie détournerait des vraies solutions au changement climatique, et dénoncé les
tentatives de lindustrie nucléaire de tirer profit de la crise climatique pour
simposer dans le paysage énergétique mondial. Un investissement comparable dans
lénergie éolienne permettrait une réduction deux fois plus importante des
émissions de gaz à effet de serre, sans générer de risque daccident ni de
pollution.
Il est crucial de parvenir à un accord pour la période post-2012 qui permette une
réduction massive des émissions de gaz à effet de serre, et le nucléaire est
totalement incompatible avec cet objectif. Même un déploiement massif du nucléaire
napporterait quune contribution très marginale, alors que les émissions
mondiales doivent absolument baisser dès 2015 pour se rapprocher autant que possible de
zéro vers 2050. La « contribution » du nucléaire à la lutte contre le changement
climatique viendrait trop tard (bien après 2020), à un coût faramineux (plus de 10 000
milliards de dollars), et entraînerait une myriade de risques majeurs (accidents,
prolifération, déchets
). Ce coût et ces impacts négatifs font du nucléaire un
obstacle au développement des sources dénergie efficaces, propres et moins
chères, à la fois dans les pays industrialisés et en voie de développement.
Le Protocole de Kyoto et ses mécanismes financiers (Mécanisme de Développement Propre,
Mise en uvre Conjointe) excluent tout soutien financier au nucléaire pour la
première période dengagement. A Copenhague, les membres de la campagne «
Dont nuke the climate ! » appellent les chefs dEtats à investir dans des
technologies vraiment propres et à confirmer l'exclusion du nucléaire de tout accord sur
le climat.
Plus d'infos sur : http://www.dont-nuke-the-climate.org/
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| Copenhague/Climat - samedi
12 décembre 2009 : Des actions en France et au-delà sur le thème "Ni nucléaire,
ni effet de serre" |
| Communiqué du 11 décembre 2009 de Réseau
"Sortir du nucléaire" - Fédération de 850 associations |
186 actions dans 10 pays coordonnées par le Réseau "Sortir
du nucléaire" : http://www.dont-nuke-the-climate.org
Pendant la conférence de Copenhague, il faut rappeler que le nucléaire reste une
terrible menace pour la planète. "Sortir du nucléaire" dénonce les
manuvres des dirigeants français qui prétendent que le nucléaire est
"propre".
Lors de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui se tient du 7
au 18 décembre à Copenhague, les dirigeants de certains états, en particulier de la
France, tentent de faire passer le nucléaire pour une énergie "propre" alors
que c'est la plus dangereuse et l'une des plus polluantes qui soit. Qui plus est, le
nucléaire constitue une forte entrave à la lutte contre le changement climatique :
- construire des centrales nucléaires nécessite des sommes considérables qui ne sont
alors pas investies dans les solutions véritablement efficaces pour lutter contre
leffet de serre : pour un euro investi, l'efficacité énergétique et certaines
énergies renouvelables sont jusqu'à 11 fois plus performantes que le nucléaire.
- la filière nucléaire, de la mine d'uranium au démantèlement des installations,
génère elle aussi des émissions de gaz à effet de serre. En outre, le nucléaire ne
permet pas de récupérer la chaleur dégagée lors de la production délectricité,
ce qui oblige à produire de lénergie supplémentaire pour les besoins en chaleur
(à linverse, produire électricité et chaleur en co-génération permet d'émettre
7 fois moins de gaz à effet de serre qu'un système énergétique nucléarisé).
- l'option "nucléaire + chauffage électrique", imposée en France soi-disant
pour éviter la consommation de fuel et de charbon, a prouvé son absurdité : dès qu'il
fait froid, la consommation électrique est telle que le parc nucléaire français
(pourtant surdimensionné) est dépassé, et ce sont des centrales au charbon, fortement
émettrices de CO2, qui alimentent les chauffages électriques.
- en réalité, c'est la filière nucléaire qui est menacée par les effets mêmes du
changement climatique (sécheresses, tempêtes, inondations, montée du niveau de la mer).
Ainsi, de nombreux réacteurs ont dû être arrêtés en 2003 du fait de la canicule. Le
nucléaire, qui consomme 25 000 fois plus deau par kWh produit que les énergies
éolienne et solaire, est complètement inadaptée pour des régions qui risquent
dêtre de plus en plus frappées par des vagues de chaleur.
Pour faire entendre la voix des citoyens, des actions décentralisées auront lieu partout
en France et en Europe le 12 décembre. On note en particulier la participation
enthousiaste de l'Italie, dont les citoyens sont majoritairement opposés aux projets
nucléaires de Berlusconi.
Le Réseau "Sortir du nucléaire" coordonne actuellement la campagne
internationale "Dont nuke the climate !". Dans ce cadre, une délégation
antinucléaire est présente à Copenhague pour essayer d'empêcher l'inclusion du
nucléaire dans les mécanismes de réduction des émissions, et mener des actions sur
place. Enfin, les antinucléaires seront présents et visibles dans la grande
manifestation unitaire qui aura lieu le 12 décembre à Copenhague.
- Des informations précises concernant les actions du 12 décembre (en particulier heure
et lieu des rassemblements) sont consultables sur : http://www.dont-nuke-the-climate.org/spip.php?page=affichage-actions&lang=fr |
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| Action symbolique
"DON'T NUKE THE CLIMATE" à Copenhague sur la Petite Sirène |
Le nucléaire masque les vraies solutions à la crise climatique
Copenhague, le 10 décembre 2009 Le Réseau « Sortir du nucléaire » et ses
partenaires internationaux (italien, russe, américain, allemand, danois,
hollandais
) [1] de la campagne « Dont Nuke the Climate ! » ont mené une
action symbolique ce midi pour dénoncer la tentative du nucléaire dutiliser la
crise climatique pour assurer sa survie. Les représentants des associations ont «
masqué » la Petite Sirène, monument national danois, pour dénoncer le danger de cette
industrie, mais aussi pour rappeler quen réalité le nucléaire entrave la lutte
contre le changement climatique en masquant les vraies solutions. Recourir à latome
dans cette lutte serait donc parfaitement contreproductif en plus dêtre dangereux.Lors
du Sommet de Copenhague, les décideurs ont non seulement le devoir de parvenir à un
accord ambitieux sur le climat, mais aussi de refuser les « fausses bonnes solutions ».
Or, lors de la session de négociations à Bangkok au mois doctobre 2009, le
nucléaire, pourtant exclu à juste titre des mécanismes du Protocole de Kyoto, a refait
surface.
De nombreux pays, dont la France, souhaitent en effet que cette source dénergie
puisse être reconnue à Copenhague comme une solution au changement climatique. Si le
prochain accord climatique accorde une place au nucléaire, certains Etats pourraient «
s'acquitter » de leurs objectifs de réduction d'émission en vendant des réacteurs aux
pays en développement ; ils éviteraient ainsi la remise en question de leurs modes de
production et de consommation, pourtant à l'origine du problème climatique. Par
ailleurs, si le nucléaire devenait éligible aux financements par ce biais,
lindustrie nucléaire trouverait ainsi une source majeure de subventions publiques.
Laction de ce matin, quelques jours après le déploiement dune grande
banderole à 100 m du lieu du Sommet sur le climat, sinscrit dans le cadre de la
campagne citoyenne internationale « Dont Nuke the Climate ! » coordonnée par le
Réseau « Sortir du nucléaire ». Cette campagne rassemble aujourdhui plus de 350
organisations dans 45 pays, qui refusent le nucléaire comme « solution » au changement
climatique.
Le nucléaire est trop dangereux (déchets, accidents, prolifération
), trop lent
face à l'urgence climatique (10 ans pour construire un réacteur), trop coûteux et
inapproprié pour le développement du Sud. Si cette technologie était incluse dans le
nouvel accord climatique, elle priverait de financement les vraies solutions que sont
notamment lefficacité énergétique et les énergies renouvelables. Recourir au
nucléaire, cest donc condamner à léchec la lutte contre le changement
climatique.
Les citoyens de tous les pays sont appelés à signer la pétition « Dont Nuke the
Climate ! », traduite en dix langues. Déjà 50 000 personnes ont signé lappel.
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Pour plus dinformation : www.dont-nuke-the-climate.org
[1] Wise (Pays-Bas/International), Women in Europe for a Common Future (Europe),
Umweltinstitut München (Allemagne), Ecodefense (Russie), NOAH (Les Amis de la Terre
Danemark), Legambiente (Italie), Inforse (Europe), International Forum on Globalization
(Etats-Unis/International), NOAH (Friends of the Earth Danemark), EcoForum (Kazakhstan),
The Planet of Hopes (Russie), Open Asia (Tajikistan) et WILPF (Women's International
League for Peace and Freedom). |
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| Santé |
| L'émergence d'un marché
vraiment libre en matière dentaire? |
| par Raymond Mari |
La fin dun marché captif pour les soins dentaires ?
On peut sourire lorsquune théorie sapplique véritablement et quelle
prend de court ses promoteurs confrontés aux conséquences de ses applications pratiques,
surtout quand elles surgissent dans un contexte sécurisé et donc confortable pour les
ayatollahs. On la vu récemment sur le plan économique à propos des théories
financières ultra libérales, pour lesquelles devant leur débâcle, il a fallu
lintervention de « lÉtat providence » si décrié. Dans un périmètre
beaucoup plus réduit, celui de la dentisterie, on pourrait assister à lirruption
dun vrai marché dans lequel il nest pas certain que ni les consommateurs, ni
les producteurs y trouvent leur compte.
36 542 dentistes composaient loffre de soins en 2007 (derniers chiffres
disponibles). Un effectif dune remarquable et même étonnante stabilité,
puisquà 200 près, le nombre de praticiens était quasiment identique en 1995.
Dans cette population, il convient de distinguer les spécialistes en orthopédie
dento-faciale qui comptaient 1862 praticiens en 2007. Cette spécialité connaît en
revanche un regain dintérêt puisquelle a progressé de 35% depuis 1995.
La répartition des dentistes sur le territoire offre à peu près les mêmes
caractéristiques que celle des médecins : une densité beaucoup plus importante dans le
sud de la France, faible dans le centre et au nord, très forte à Paris (quatre fois plus
que dans lOrne ou dans la Seine Saint Denis).
Paris se signale également par le nombre de praticiens qui nont pas adhéré à la
convention. Sur les 112 qui ont décidé de ne pas exercer sous régime conventionnel au
plan national, 92 sont installés à Paris
La couverture dérisoire des frais dentaires
Huit milliard deuros, un peu plus, cest ce que les chirurgiens dentistes ont
facturé, en tout cas, reporté sur les feuilles de soins de leurs patients en 2007
(derniers chiffres disponibles selon la Caisse Nationale dAssurance Maladie).
Mais seuls un peu moins de quatre milliards ont été pris en compte pour le remboursement
des soins dentaires, la différence (49%) est, soit remboursée par les assurances
complémentaires (partiellement), soit reste à la charge des ménages.
Ces quatre milliards de dépassements par rapport aux tarifs de remboursement de la Sécu,
sont essentiellement constitués par les prothèses. Les soins sont assez bien couverts,
mais lappareillage prothétique ne semble pas avoir la considération dune
prestation sanitaire. Sa prise en charge est dérisoire et les prix, non encadrés, ont
évolués dans le contexte dun marché libre où le consommateur na guère la
possibilité dimposer une certaine mesure.
Phénomène bien connu chez les médecins, plus la densité des professionnels est forte,
plus les dépassements tarifaires sont importants. Il en est de même pour les dentistes
puisque la différence entre le prix payé par le malade et la base du remboursement de la
sécu est dun peu moins de 48% en France métropolitaine, mais de 61% à Paris. En
orthopédie dento faciale, le pourcentage de dépassement est de 60% en France, mais de
75% à Paris.
Le droit à la santé dentaire largement méprisé
A propos dune bonne couverture des soins, encore faut-il émettre des réserves, car
un certain nombre dentre eux ne bénéficient daucune prise en charge par la
Sécu. Pour ne prendre quun exemple, la parodontologie, chirurgie des tissus de
soutien qui relient la dent au maxillaire et qui est en mesure de traiter une affection
qui atteindrait la moitié de la population à partir dun certain âge, est
totalement méprisée alors quelle éviterait la perte des dents et les pathologies
consécutives (infections, etc
).
Le désintérêt de lÉtat pour la santé dentaire a de multiples et néfastes
incidences : confrontés à des tarifs prohibitifs, nos concitoyens renoncent aux soins
et, surtout, aux appareillages. Daprès lAssurance maladie qui procède à des
contrôles, la qualité des soins serait sujette à caution, le taux des anomalies pour
les traitements proprement dits et pour les prothèses atteindrait des proportions
inquiétantes.
En ce qui concerne le prix des prothèses, on dérive depuis longtemps dans
lirrationnel. Devant une clientèle « captive » (peu de patients sont en mesure de
résister aux exigences du praticien) et en labsence dun encadrement
tarifaire, les prix prothétiques ont perdu toute relation avec la valeur réelle
dun appareil.
En prenant lexemple dune couronne céramo-metallique que le prothésiste
facture au dentiste entre 100 et 150 Euros au grand maximum, la « douloureuse » pour le
patient peut aller jusquà 1000 Euros dans les cabinets parisiens huppés. Un
complet haut et bas fabriqué pour environ 500 euros chez le prothésiste peut entraîner
une dépense de 5000 Euros chez le dentiste.
Pour mémoire, on situera la base du remboursement de lAssurance maladie pour une
couronne à 75 euros !
Lapparition dune réelle concurrence dans un univers sécurisé
Mais cette différence entre le prix de fabrication par un prothésiste français et la
facture présentée au client par le dentiste peut savérer encore plus importante.
En effet, depuis quelques années, la « mondialisation » sévit dans le domaine
prothétique et tous les pays « émergents » sy mettent. Aujourdhui, environ
30% des appareils seraient importés de létranger. Pour une couronne fabriquée
dans les pays asiatiques, le prix dachat par le dentiste varierait entre 30 et 70
euros et cela ne semble avoir aucune incidence sur le coût facturé au patient (voir
ci-dessus).
Dans la mesure où le traitement des dents qui précède lappareillage est facturé
à part (et relativement bien remboursé), même sil faut compter les frais
dinvestissement du matériel et les coûts annexes de la gestion dun cabinet,
les bénéfices des chirurgiens dentistes sont conséquents.
Dailleurs le chiffre daffaire dun praticien dentaire est largement
supérieur à celui dun médecin omnipraticien et à peu près identique à celui de
lensemble des médecins spécialisés. Quant à celui des spécialistes en
orthopédie dento faciale, il dépasse de 82% les recettes du dentiste généraliste. Pour
neutraliser la charge des frais professionnels et en examinant les « performances » des
différentes professions libérales au niveau du revenu dactivité, on constate que
le revenu des dentistes est supérieur à celui de lensemble des médecins et
nest dépassé, assez largement dailleurs, que par les notaires.
Depuis longtemps, les relations entre les dentistes et les prothésistes sont tendues, ces
derniers organisés majoritairement en petites entreprises concurrentielles étant
fortement subordonnés à leurs donneurs dordre. Le titre récent (septembre 2009)
dune publication de lUNPD, syndicat des prothésistes est éloquent : «
Après 25 ans de lutte les sages ont tranchés ».
La transparence des prix, véritable révolution
La lutte dont il sagit concerne la transparence des tarifs pour laquelle les
prothésistes se battent contre la corporation des dentistes afin que les bénéfices des
appareils quils fabriquent avec des techniques et des matériels élaborés soient
mieux répartis.
Ce cri de victoire concerne une disposition de la loi HPST du 21 juillet 2009 qui provoque
une véritable révolution dans lunivers dentaire. Cette disposition qui concerne
tous les types de prothèses, impose aux praticiens de répondre à la demande du patient
en lui indiquant par écrit et ce, gratuitement, le coût de lacte et les conditions
de son remboursement en dissociant le prix dachat de chaque élément de
lappareillage proposé, le prix de toutes les prestations associées, ainsi
quune copie de la déclaration du dispositif médical.
En clair, cela entraîne une parfaire transparence des composants du coût final : le prix
de la fabrication par le prothésiste et celui que prétend faire payer le dentiste au
client. En outre, la traçabilité du produit est assurée ce qui permet didentifier
la provenance dune prothèse et déliminer éventuellement un appareil
inspirant quelques inquiétudes, justifiées ou non.
Révolution ! Le mot est faible. A bien des égards.
On est tout dabord extrêmement surpris de la survenance dune mesure de ce
type, dans le contexte historique de démission des pouvoirs publics en ce qui concerne la
santé dentaire. Encore plus aujourdhui avec un gouvernement qui na de cesse
de dégrader la protection sociale et alors que plusieurs déclarations de responsables
politiques nont pas caché la volonté de voir passer la totalité des soins
dentaires dans le giron des assurances complémentaires.
Le processus de constitution de la règle est ensuite pour le moins original. Cest
le Sénat qui a présenté lamendement et la adopté après une farouche
résistance de Mme Roselyne Bachelot qui a en vain tenté de remplacer le terme « prix
dachat » de la prothèse par « prix de revente », ce qui, évidemment, excluait
toute possibilité didentifier les bénéfices considérables que les dentistes
sarrogent.
Une remise en cause de tous les acteurs, consommateurs et producteurs
Révolution bien entendu chez les deux protagonistes de lart dentaire, « la fin du
chemin de croix des prothésistes » comme le titre dans son journal lUNPD,
véritable défi des prothésistes vis-à-vis des chirurgiens dentistes, mais également
au regard dune concurrence des prothèses à prix cassés venues de létranger
et jugée déloyale.
Une corporation des chirurgiens dentistes très influente et bardée dune
invincibilité historique qui usera de tous les moyens pour échapper à ce quelle
considère comme une agression. Leurs syndicats ont déjà annoncé quils mettraient
tout en uvre pour sopposer à cette obligation. Ils prétendaient par exemple
que la loi ne serait applicable quavec la parution des décrets dapplication.
Or, le ministère a affirmé aux prothésistes quil ny aurait pas de décret
et que la mesure entrait immédiatement en vigueur.
La superbe de cette profession, nest-elle pas déjà quelque peu archaïque, dans la
mesure où la migration des clients vers les ex pays de lEst par exemple semble
saccentuer ? On sait notamment quune véritable organisation permet
dêtre appareillé dans ces pays dimplants dentaires, totalement ignorés par
la Sécu et, de ce fait, financièrement inaccessibles pour le commun des mortels, à
moitié prix.
Mais pour les patients, ne sagit-il pas également dune véritable révolution
? Comment se libérer de la subordination qui sétablit entre un patient et celui
qui tient sa santé entre ses mains, quil soit médecin ou dentiste ? Il faudra
avoir le courage dexiger le document portant toutes les informations nécessaires au
choix, éventuellement vérifier la véracité des informations auprès du prothésiste et
décider de se confier au mieux disant.
Il paraît évident que les principaux acteurs de la protection sociale, pouvoirs publics,
Assurance maladie, régimes complémentaires, devront agir sur le plan de
linformation et des contrôles pour que la transparence souhaitée par les élus
devienne effective.
La transparence ne résoudra pas tout dans le domaine dentaire. Cest une totale
refonte qui est indispensable pour concevoir une réponse sanitaire et sociale prenant en
compte lensemble des thérapeutiques nécessaires à la santé des citoyens, leur
dentition devant être considérée comme étant aussi importante que les autres
fonctions. |
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| Société |
| Comment j'ai perdu mon
identité nationale. Vos parents sont nés à létranger ? Prouvez quils sont
français ! |
| par Michka Assayas |
| Nicolas Sarkozy écrit que « le sentiment de perdre son identité peut
être une cause de souffrance profonde »(1) . Il ne croit pas si bien dire.
Lhistoire que jai vécue na rien dexceptionnel. Depuis environ
quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme
est simple. Vous êtes français de naissance. Votre passeport délivré avant 2005 arrive
à échéance, vous lavez perdu, abîmé ou encore vous vous lêtes fait
dérober. Muni du titre didentité périmé ou de la déclaration de perte, vous
allez à la mairie ou à lantenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez
un formulaire. Il vous faut indiquer létat civil et le lieu de naissance de vos
deux parents. Un fonctionnaire vérifie quils sont bien nés en France. Si
cest le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après
vérifications, un nouveau passeport dit « sécurisé ». Dans le cas contraire, il la
bloque.
Il y est obligé par le décret n° 2005-1726 relatif aux passeports : vous avez beau
être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être
marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers didentité,
cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre « sécurisé ». Si lun
de vos deux parents au moins est né à létranger, une nouvelle contrainte vous
incombe : fournir la preuve quil est (ou était) bien français.
Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, quon leur y a
délivré un livret de famille et des cartes didentité, cela suffise. Selon les
nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison,
de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur
Il
vous appartient donc de produire un acte détat civil établissant la source de leur
nationalité. Sinon, vous nobtiendrez pas de « certificat de nationalité
française », le seul acte permettant la délivrance dun titre didentité «
sécurisé ».
Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à létranger : on
les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que ladministration
française ne sest pas trompée en conférant la nationalité française à ce
parent. Sinon, interdit de quitter le pays. Et ce, en vertu du décret dapplication
dune loi que le gouvernement Villepin, dont Nicolas Sarkozy était le ministre de
lintérieur, a fait voter en 2005 par lAssemblée nationale. Une loi grâce à
laquelle les responsables de ladministration ont enfin la possibilité de remettre
droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu.
Je ne vais pas métendre sur mon cas. Du côté de mon père, ma famille est
française depuis Bonaparte. Ma mère était une réfugiée hongroise originaire de
Szolnok, petite ville dont le grand-père paternel de Nicolas Sarkozy, fut ladjoint
au maire. On ma envoyé au « pôle de la nationalité française ». Une employée
ma demandé, sans rire : « Comment êtes-vous français, monsieur ? » Jai
failli répondre : « Comme vous. » Elle sous-entendait : « Par naissance ou par
acquisition ? », mais leffet est néanmoins étrange. Renvoyé à la préfecture de
police de Paris, jai produit mon acte de naissance établissant que jétais
né à Paris. Une employée la examiné et me la rendu en me disant : « Il y
a rien, là-dedans
»
Mon cas était urgent. France Musique, pour qui je produis une émission, avait prévu de
menvoyer à Berlin. Avec une carte didentité périmée et un passeport
égaré, impossible de partir. Jai prévenu ma direction. Le service de presse de la
radio a pris pour moi un rendez-vous durgence à la préfecture de police. Le jour
et lheure dits, jai apporté tous les papiers que jai pu. Le résultat
fut mitigé : on maccorda un passeport durgence, valable pour un an seulement.
Ce document provisoire ne peut me permettre, notamment, de me rendre aux Etats-Unis sans
visa. Le responsable de la préfecture minforma quon maccordait ce
document à titre exceptionnel, quon le ferait une fois, mais pas deux, et que
javais intérêt à réunir au plus vite les bons papiers pour récupérer un
passeport normal. Ce quà lheure actuelle je suis dans limpossibilité
dobtenir.
Mon cas est loin dêtre le pire. Des dizaines de milliers de Français ont été mis
en demeure de prouver quils étaient français. Des témoignages comme le mien
abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de
léducation nationale à qui lon interdit de rendre visite à des frères et
soeurs malades à létranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les
parents ont eu la mauvaise idée de naître en garnison à létranger, considérés
comme apatrides, employés dentreprise que lon empêche de partir pour
létranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à
des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment. A tous, tous les jours, on refuse des
papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les
Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an,
dautres jamais.
Face à une telle situation, on peut rire ou se mettre en rage. On peut sexclamer :
« Cest Gogol ! » (ou Courteline, ou Kafka), on peut hausser les épaules et dire :
voilà bien ladministration française et sa mécanique baroque, qui produit de
labsurdité au nom de lapplication scrupuleuse de règles strictes. Ce
nest pas mon point de vue. Une telle situation est inacceptable. Elle résulte de
lapplication neutre dune loi qui elle aussi se veut neutre. Cest bien le
pire. Car, en fait et en droit, cette loi na rien de neutre. Elle est moralement,
politiquement et juridiquement inadmissible.
Je ne suis pas juriste. Cela ne mempêche pas de savoir lire le code civil : selon
son article 2, « la loi ne dispose que pour lavenir ; elle na point
deffet rétroactif ». Or lapplication de cette loi, dont le décret n°
2005-1726 est lexpression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français,
vous lavez toujours été et, un jour, crac : un service administratif vous notifie
que vous ne lêtes plus, et que, donc, vous lavez été à tort, et vos
parents aussi. Alors que vous navez commis aucun crime ou délit. Ce nest
peut-être pas lesprit de la loi, mais cest un effet mécanique de son
application. Ce déni dun principe ancestral du droit français ne semble pas
troubler certains fonctionnaires. Jointe au téléphone par une juriste soccupant de
mon cas, une personne responsable au « pôle de la nationalité française » na
pas hésité à déclarer qu « on a accordé un peu trop facilement la nationalité
française ces dernières décennies ».
Quant à leffet politique de cette loi, comment ne pas voir quil est
destructeur ? Attendant mon tour à la préfecture, jai eu le loisir de parler avec
mon voisin, français comme moi. Cet homme dune trentaine dannées, né
dun père marocain, avait eu le malheur de renverser du café sur son passeport, qui
ne passait plus au scanner des contrôles aux aéroports. Il revenait pour la troisième
fois à la préfecture. Quand ce fut son tour, le ton monta vite entre lui et
lemployée : « Non, monsieur, ce nest pas à cause de votre nom, cest
la même chose pour tous les Français ! », se mit à crier celle-ci. Lhomme dut
repartir bredouille, abasourdi.
Comment ne pas voir que lapplication mécanique de cette loi, dans les faits, remet
en cause, chez certains, leur appartenance à la nation dans ce que celle-ci a de plus
viscéral ? Comment ne pas voir quelle a pour effet de créer une discrimination
artificielle entre des Français qui seraient de première catégorie, à deux parents
nés en France, et dautres de seconde catégorie, qui se trouvent frappés de
suspicion, et auxquels il appartient dapporter la preuve quils sont bien
français ? En droit pénal, il existe une présomption dinnocence. Pourquoi, en
droit civil, existe-t-il depuis 2005 une présomption dusurpation de nationalité
envers certains Français ? Si lEtat conteste votre nationalité, cest à lui
dapporter la preuve quil sest trompé en vous la décernant, et non
linverse.
Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. Cest ce quon
appelle « la preuve par la possession détat de Français ». En clair, sil
est avéré que votre père ou votre mère ont été français « de façon constante »,
la loi permet à ladministration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre
didentité « sécurisé ». Interrogé par des députés de lopposition comme
de la majorité sur cette question, le ministère de lintérieur semble encourager
ces exceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires quils peuvent user
dun droit dappréciation personnel et faire preuve de souplesse et de
compréhension. Dans les faits, les administrations nappliquent pas ces
recommandations. Elles se montrent dune rigidité inflexible. Cela mène à une
impasse injustifiable. Que cette impasse résulte de la répugnance de tout fonctionnaire
à prendre une décision qui le singularise et risque de créer des remous nest en
rien une circonstance atténuante. Je la trouve même aggravante.
Pourquoi ce double langage hypocrite ? Je nai pas la réponse. Mais je ne peux
tolérer de vivre dans un pays où lon pratique, vis-à-vis dune certaine
catégorie de citoyens, arbitrairement désignée, une forme de suspicion. Dans les faits,
cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc quune
solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire quun seul des députés et
sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une
situation aussi inique au seul nom de la « sécurisation » des passeports. Je ne doute
pas quils auront à cur de la corriger.
1. Le Monde du 9 décembre [?] |
|
| Identité nationale : une confusion et une
division du citoyen |
| par Yamina Benchenni, Présidente de
lassociation des Femmes Méditerranéennes en Action |
Faut-il participer au débat sur « lidentité nationale » ?
Certains mouvements ou partis politiques préfèrent ne pas rentrer dans ce sujet en
pensant que cela nest quune stratégie du gouvernement actuel pour faire
oublier aux français les vrais problèmes de lemploi, de la précarité, de
léducation, du logement et dautres problèmes que je rencontre également
dans le cadre de mon travail et de citoyenne. Je les comprends, tant il ne fait de doute
pour personne que linitiative de Sarkozy est cousue de fil blanc, doù les
appels à la boycotter. En même temps, nous français « dorigines diverses »
sommes nombreux à vouloir en profiter pour crier notre colère. Nous sommes tous
Français dans nos différences, mais certains ne sont pas respectés, pourquoi ?
Cest la seule bonne question et elle nest pas posée.
La peur, lignorance et la manipulation sont des armes dangereuses qui peuvent
renforcer le communautarisme. Or certains dentre nous en sommes, à la cinquième
génération issue de limmigration dAfrique du Nord et nous devons toujours
justifier notre appartenance à une même nation. De plus tout se mélange,
volontairement, bonnes et fausses questions pour former une bombe à retardement :
immigration clandestine ou pas, musulman et intégriste, port du foulard et niqab,
insécurité et jeunes des quartiers, violence conjugales et émancipations de la femme
issues de limmigration, etc.
Qui est Français ? Dans cette question se camoufle implicitement la question : qui
nest pas Français? Je suis moi-même marseillaise. Mon père ancien combattant de
1945 sest battu contre les Allemands pour libérer les Calanques de Marseille. Ma
mère a perdu quatre membres de sa famille des moudjahiddines durant la guerre
dAlgérie. Je suis née en France et je suis une enfant qui a une mémoire de la
colonisation et de la révolution algérienne. Mon père disait souvent des hommes qui ne
faisaient pas le bon choix pour défendre la nation (mère patrie) : « le sale boulot est
réservé au traître, une manière de le sanctionner pour se rappeler qui il est ». Je
pense inévitablement à un certain ministre
Celles et ceux qui veulent être rassurés par cette fausse question, par un faux
ministère et un ministre qui a changé de couleur savent au fond deux que le
problème est complexe.
Lidentité est une notion complexe et contradictoire. Claude Levi-Strauss écrivait
pour un séminaire au Collège de France en 1979 : « Lidentité est une sorte de
foyer virtuel auquel il nous est indispensable de se référer pour expliquer un certain
nombre de choses, mais sans quil nait jamais dexistence réelle ». La
notion se situe au carrefour de différents champs disciplinaires : droit, histoire,
anthropologie, sociologie, culture et psychanalyse.
Les théoriciens actuels de lidentité ont intégré cette vision dynamique et
dialectique en préférant évoquer des processus identitaires plutôt quune entité
qui évoque la stabilité et la permanence. Non, lidentité nest pas une
histoire de connaissance sur nos ancêtres les gaulois que jai appris à
lécole primaire il y a de cela 40 ans. Ce nest pas quune chanson
marseillaise, ou la coupe du monde, ou le port du drapeau national. Tous ces éléments
matériels font partie de lappartenance à une nation mais ne constituent pas
forcément lidentité.
Dans ma ville, la Préfecture traduit « lidentité nationale » comme une somme
dactions matérialisées et donc détachées de toute réflexion, ce qui signifie
que le fait dagir suffit à lui seul ! Lexclusion des militants issus du tissu
associatif et des habitants aurait pu contribuer à enrichir ce débat dans sa
complexité. Ce sujet ne peut se concevoir sans la participation des citoyens sous peine
de perdre tout sens. Une insulte à notre intelligence et à tout ce que nous avons appris
dans cette douce France, laquelle, jen conviens devient parfois amère.
Je suis française et pas fière de ce qui se passe. Je suis française, je rêve, je
pense en français et je traduis mes pensées à ma mère en arabe avec parfois des mots
français, cela nautorise personne à suspecter mon identité ou le fait que je sois
une menace pour lidentité nationale. A vouloir définir lidentité et à la
matérialiser jai limpression que nous faisons un bon en arrière de 60 ans.
Mes ancêtres étaient des indigènes français en Algérie.
Est-il si compliqué de marquer à la fois lappartenance à la France sans oublier
notre origine qui a permis de construire notre identité singulière ?
Nous étions français depuis 1832 et puis nous sommes devenus français par la
réintégration dans la nationalité française, par le droit du sol, par
lengagement dans larmée française. Mais nous nétions pas français
quand mon père combattait loccupation allemande et le nazisme. Il na jamais
eu le droit de vote, na jamais eu une indemnité juste comme ses collègues de
nationalité française. On est français quand les autres décident quon peut
lêtre, on nest pas français quand les autres décident quon ne doit
pas lêtre.
Aujourdhui, plus quhier, nous devons encore être « français par
justifications », mais jusquoù devons nous aller dans cette quête pour le montrer
? A qui et pourquoi ?
Je pense quil faut ainsi séparer la question de lidentité de la question de
la Nation : pour éviter les confusions permettant à lextrême droite de continuer
à faire peur aux français et de développer une haine qui est propagée comme un virus
des deux côtés. Je pense que ce ministère de la Confusion nationale devrait
disparaître au profit du ministère de la Cohésion sociale. En effet, les problèmes que
traverse notre société trouveront alors une solution politique dans une véritable
politique publique dans le respect des droits des minorités visibles. |
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| NUCLEAIRE |
| 25 bateaux de poubelles
radioctives coulés dans les eaux méditerraénnes |
| Cet article est issus
d'une enquête journalistique refusée par différent journaux français |
| Les bâteaux poisons : Francesco Fonti collaborateur de police (repenti)
depuis 1994, ancien membre de la Ndranghetta, la mafia calabraise, aurait fait
couler des bateaux de poubelles radioctives coulés dans les eaux méditerraénnes. Selon
les Llyods, compagnie d'assurance, en 30 ans 25 bateaux coulés dans les eaux italiennes (
soit la méditerranée principalement). Le substitut du procureur de la Reggio Calabria
Francesco Neri lance sur les traces des navires disparus un groupe denquêteurs de
la gendarmerie, de la police financière. La marine est aussi impliquée en la personne du
capitaine de corvette Natale de Grazia. Le pool étudie les trajectoires des navires,
estime la durée de leur voyage et la compare avec la réalité, compare encore les
cargaisons déclarées et les cargaisons assurées. Et quelque chose nest pas
claire. Le pool poursuit les recherches, conduit des interrogatoires et des entretiens.
Justement le 12 décembre 1995, léquipe fait route pour la Spézia afin
dentendre de nouveaux témoignages. Mais, Natale de Grazia narrivera jamais au
nord de lItalie. Cet homme de 38 ans, en pleine forme physique, meurt dun
arrêt cardiaque et circulatoire. Aucune contre-autopsie ne sera autorisée. La mort du
fer de lance de cette enquête sur le trafic des déchets toxiques et radioactifs donnera
un coup darrêt au processus. Lenquête sera ensuite ballottée de procureur
en procureur.
La Somalie, décharge toxique contre armes à feu.
Dautres morts jalonnent la route des « navires des poisons », loin des côtes
italiennes cette fois, en Afrique. Ilaria Alpi, journaliste de la Rai et son opérateur,
Miran Hrovatin, enquêtaient sur les trafics internationaux de déchets et darmes.
Le 20 mars 1994 ils sont tués à Mogadiscio, Somalie. Un coupable est trouvé et
condamné, mais les commanditaires du double meurtre restent dans lombre. Ilaria
Alpi venait de quitter Moussa Bogor, sultan de Bosaso, quelle avait interviewé
pendant plusieurs heures. Les films de cette interview arriveront tronqués à la
rédaction de la Rai à Rome. Arriveront aussi de longs plans de la route Garoe-Bosaso.
Bosaso, dont le port fait face au golfe dAden terrain dactions de pirates.
Pourquoi Miran Hrovatin a-t il filmé cette route ? Quels véhicules y circulaient? Que
transportaient-ils ? Les fragments de film gardent les mystères de cette route construite
grâce aux fonds italiens de la coopération. La coopération italienne a aussi offert de
nombreux bateaux. Des bateaux qui souvent transportaient des armes. Ilaria Alpi avait
interviewé des membres déquipage dun de ces bateaux. Un autre film morcelé.
Flash back. Fin des années 80, Somalie. Le régime de Siad Barre entre en crise et
lattention des trafiquants se pose sur ce pays, proie facile pour un échange de
mauvais procédés : la possibilité denterrer les déchets contre de largent
ou des armes.
Verra t'on apparaitre dans cette enquête Silvio Berlusconi, frère numéro 1?816 de la
loge antirépublicaine et putschiste |
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| nucleaire |
| Centrale nucléaire de
Cruas : réunion exceptionnelle de la CLI en janvier |
| Le Dauphiné Libéré -
10 décembre 2009 |
Dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 décembre, EDF a déclenché son
plan d'urgence interne à la centrale de Cruas-Meysse, indiquant comme cause l'obturation
de la prise d'eau alimentant le système de refroidissement d'un de ses quatre réacteurs.
Compte tenu de l'importance de cet événement, Pascal Terrasse a décidé d'organiser
dès janvier une réunion exceptionnelle de la CLI, Commission locale d'information de
Cruas-Meysse.
La CLI est composée de représentants des élus, d'associations de protection de
l'environnement, des organisations syndicales de salariés et de personnes qualifiées et
représentants du monde économique. Elle est présidée par le président du conseil
général. La CLI doit permettre que se tienne le débat et éventuellement apporter des
éléments d'information indépendants sur un événement aussi notable que celui que
vient de subir le CPNE de Cruas-Meysse. |
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| Inacceptable ! Jumelage du
lycée Val de Durance à Pertuis avec le CEA le 18 décembre |
Donc le directeur du CEA Cadracha viendra au lycée Val de Durance à
Pertuis pour signer la convention de jumelage et concrétiser ce partenariat,
pour la plus grande joie de Monsieur CAPION, proviseur de l'établissement. Le 7 décembre
d'ailleurs un ingénieur de Cadarache venait dans ce même lycée vanter ITER et la fusion
nucléaire. Il est totalement inacceptable qu'un lycée public soit estampillé "CEA
Cadarache" (ni d'aucune autre estampille de cet acabit d'ailleurs).Le budget
accordé à l'enseignement public étant de plus en plus réduit encourage ce type de
partenariat vers des lobbies et industriels qui se frottent les mains. Nous n'avons aucune
autre information sur l'heure de cette signature mais vous invitons à dénoncer cet
accord et vous tiendrons au courant de cette affaire. ( lire édito du bulletin des
personnels ci-dessous et en pièce jointe notre document sur Cadarache)
Edito
du "bulletin des personnels"
Le 18 décembre, jaurai le plaisir, avec le Directeur du Commissariat à
lEnergie Atomique de Cadarache, de signer la convention de jumelage entre le lycée
et le C.E.A. Cette cérémonie aura lieu en présence de Monsieur le Recteur de
lAcadémie dAix Marseille, de plusieurs IA-IPR et de plusieurs chercheurs,
tant du centre de Cadarache que des Universités Provence et Méditerranée.
Cette manifestation couronne un atelier scientifique « Allons vivre sur Mars »,
porté par une équipe enseignante avec les élèves de deux classes de seconde.
Cest un symbole fort de létat desprit de notre établissement, où, en
plus dun enseignement de qualité dispensé dans le cadre de
chaque discipline, les équipes proposent des projets et des dispositifs permettant un
épanouissement personnel et culturel : classes équipes,
bouillon de culture, valorisation filière STG, appariements linguistiques, un ballon
stratosphérique, défi solaire méditerranée
Bravo et merci à tous.
(Le Proviseur, A. Capion) |
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| EDF met 500 emplois
dAreva sur la sellette au tricastin |
| Usine nouvelle.com - 10
décembre 2009 - Ana Lutzky |
Lusine George Besse I dAreva risque de précipiter sa
fermeture et le reclassement de 500 salariés. Pour la période 2010-2012, EDF pourrait
préférer se fournir en uranium enrichi auprès de lusine russe de Seversk, dont
les prix sont plus compétitifs.
Areva risque davoir un problème social sur les bras au Tricastin : 500 emplois sont
dans la balance. A lorigine, une possible rupture de commande duranium enrichi
de la part dEDF, son plus gros client. Alors que les centrifugeuses de lusine
dernier cri denrichissement George Besse II ont été mises en branle hier par
Areva, elles ne tourneront à pleine puissance quen 2012. Pour l'instant, le
combustible d'EDF est fourni par la filiale dAreva Eurodif dans son usine George
Besse I, vieille de trente ans et à la technologie
Préparée depuis 2004, la transition de GBI à GBII devait se faire progressivement et
sans heurts. Or le contrat d'approvisionnement des centrales EDF ne court lui que
jusquen 2010. Objet de longues négociations, la commande pour 2010-2012 est bien
mal engagée : elle est pour ainsi dire aujourdhui au point mort. Des difficultés
qui apparaissent alors que les relations entre EDF et Areva ont récemment montré un
regain de tension, avec notamment les déclarations du nouveau patron dEDF Henri
Proglio sur son désir de réappropriation de la filière nucléaire.
En attendant 2012 voire 2014 que George Besse II tourne à plein régime, EDF est tenté
de se fournir en Russie, où le prix de luranium enrichi s'avère bien plus
compétitif. Si Eurodif s'arrête deux ans plus tôt faute daccord avec EDF, le plan
prévu pour le redéploiement des salariés, ou leur départ au chômage selon les
profils, sera remis en question. En effet, GB II emploiera 450 personnes, soit trois fois
moins de salariés que son aînée GB I, forte de 1130 employés : « un tiers des
effectifs ira sur GB II, un tiers démantèlera GB I et un tiers partira en retraite »
calculait en mai dernier Gerard Perrat, directeur de la Société d'enrichissement du
Tricastin (SET). Des calculs désormais bousculés. « Sans cet accord avec EDF, Areva
devrait prévoir le reclassement de 500 collaborateurs de l'usine Eurodif » a déclaré
un porte-parole dAreva interrogé par lUsine Nouvelle.com , confirmant les
informations de nos confrères du Dauphiné Libéré. EDF sest refusé à tout
commentaire.
2016 s'annonce pourtant radieux
Cette déconvenue advient alors quAreva démarre les tests dans la nouvelle usine
qui remplacera Eurodif. Georges Besse II n'utilisera pas le procédé de diffusion gazeuse
pour enrichir l'uranium, mais la centrifugation. Celle-ci améliorera considérablement le
bilan énergétique de l'énergie nucléaire, puisqu'elle consomme 50 fois moins
d'électricité que le procédé actuel. Le groupe nucléaire public a ainsi annoncé hier
la mise en rotation de la première cascade de centrifugeuses dans sa nouvelle-née, en
présence des équipes de SET (exploitant), de SGN (en charge de la maîtrise
doeuvre) et dETC (fournisseur de centri-fugeuses). Cette mise à rotation a
lieu « à vide », c'est-à-dire sans uranium, afin de tester le bon fonctionnement des
centrifugeuses. L'usine devrait commencer à produire de l'uranium enrichi en 2010.
Le site sera à terme constitué de deux unités denrichissement : le bâtiment sud
comptera 64 cascades et le nord 48. Une partie de lusine fournira la matière
première du combustible classique, tandis que lautre sera consacrée à la très
précieuse technique destinée à enrichir de luranium de retraitement. Dans
certains pays dont la France, l'uranium de retraitement (URT), issu du traitement des
combustibles irradiés, fait en effet l'objet d'un ré-enrichissement afin de fabriquer du
combustible neuf. Son enrichissement en uranium 235 est de l'ordre de 1% et sa composition
isotopique est plus complexe (présence notable d'uranium 234).
Cet URT n'est aujourdhui recyclé par EDF que dans les quatre réacteurs de la
centrale de Cruas (le parc français compte 58 réacteurs) après ré-enrichissement en
235U. Les usines d'enrichissement par ultracentrifugation d'Urenco en Allemagne, aux
Pays-Bas et au Royaume-Uni ont une capacité globale de 5,85 MUTS/an.Mais seules l'usine
russe de Seversk et celle dUrenco aux Pays-Bas ont la particularité de pouvoir
ré-enrichir l'uranium de retraitement. En 2012, GB II devrait être troisième sur la
liste. L'entreprosage d'uranium de retraitement en Russie, faute de techonologie
disponible en France, a d'ailleurs fait polémique.
Avec ses 3,2 milliards d'euros de budget, l'usine GBII constitue l'un des plus lourds
investissements industriels actuellement déployés en France. Elle doit atteindre sa
pleine capacité en 2016 avec une production située à près de 7,5 millions d'UTS
(unités de travail de séparation). Areva, qui contrôle déjà un quart du marché
mondial de l'enrichissement d'uranium en fournissant le combustible dune centaine de
réacteurs, mise sur cet outil d'avant-garde pour conforter sa position d'acteur majeur
sur le marché mondial. Un « GB III » est même évoqué à Eagle Rock aux Etats-Unis,
maintenant que le leader français a racheté la technologie à son concurrent Urenco.
Reste à assurer l'intérim social, dans la Drôme et le Vaucluse.
Chère diffusion gazeuse
Le procédé de diffusion gazeuse d'Eurodif a ses lubies : il ne fonctionne qu'à 130 °C,
tandis que GB II se contentera de la température ambiante. Cette exigence fait de lui un
procédé très énergivore et donc très coûteux. Défaut qui est à l'origine de son
abandon par Areva. Pour séparer lU238 et son isotope U235, Eurodif transforme le
mélange en gaz et le pousse dans une succession de barrières en céramique d'où ne
s'échappe que lU235. Cette opération mobilise tellement d'énergie : (3000 MW à
pleine capacité) que trois des quatre réacteurs nucléaires du Tricastin lui sont
dédiés !
Augmenter la proportion d'uranium 235
L'enrichissement d'uranium est une étape essentielle de la fabrication du combustible
nucléaire. Il permet de transformer le minerai naturel déjà concentré sous forme de «
yellow cake »(constitué à 99% dU238) en un combustible pouvant être utilisé
dans les réacteurs nucléaires : ce procédé fait passer la teneur en isotope U235 de
luranium 0,7 à 5 %.
coûteuse.
Ultracentrifugation
Ce procédé consiste à utiliser des centrifugeuses tournant à très grande vitesse. Les
molécules les plus lourdes (238UF6) se retrouvent projetées à la périphérie, alors
que les plus légères (235UF6) migrent vers le milieu de la centrifugeuse. Comme pour la
diffusion gazeuse, le traitement doit être appliqué de nombreuses fois pour obtenir un
enrichissement suffisant. Les centrifugeuses sont donc montées en cascades, le gaz
passant de l'une à la suivante en augmentant progressivement sa teneur
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| Convention
délimination des armes nucléaires |
| Cyber
@ction 335 : Pour participer un clic suffit |
Depuis lentrée en vigueur du Traité de Non-Prolifération
nucléaire en 1970, le désarmement nucléaire est une obligation internationale. Les
puissances nucléaires - dont la France sy sont engagées à uvrer de
bonne foi, à des mesures de désarmement, à une date rapprochée.
Depuis 10 ans les ONG ont travaillé à un modèle de convention délimination des
armes nucléaires permettant de compléter les insuffisances du TNP en termes de date et
de mesures concrètes. Cette convention déposée comme document officiel de lONU
par la Malaisie et le Costa Rica est soutenue aujourdhui par 127 pays, mais pas par
la France.
La Conférence dexamen du TNP de mai 2010 pourrait relancer un processus de
désarmement. Nous vous invitons à écrire au Président de la République, aux ministres
des Affaires Etrangères et de la Défense pour que la France sengage dans un
processus de désarmement et soutienne à lONU le modèle de Convention
délimination des armes nucléaires.
Une centaine de citoyens de France se rendront à lONU en mai 2010, porteurs de
cette exigence. Pour plus dinformations : http://www.icanfrance.org
Pour recevoir la lettre d'informations bimensuelle "Infos-Paix" : http://www.mvtpaix.org/liste/index.php
......
COMMENT AGIR ?
Sur le site : http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php?id=462
Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :
1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre choix : Convention délimination des armes nucléaires
5- Adressez votre message aux adresses suivantes :
claude.gueant@elysee.fr
jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr
courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr
cyberacteurs@wanadoo.fr
Ou bien Cliquer ici :
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;claude.gueant@elysee.fr;jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr;courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr>
ou ici(selon votre logiciel de messagerie)
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,claude.gueant@elysee.fr,courrier-ministre@sdbc.defense.gouv.fr,jean-pierre.pauly@diplomatie.gouv.fr>
Vérifiez que les 4 adresses apparaissent bien
6- Envoyez le message
Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Secrétaire Général de
l'Elysée, à l'Adjoint chargé des Affaires stratégiques, de sécurité et du
désarmement au ministère des Affaires étrangères, au Ministre de la Défense et à
Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.
==========
Prénom NOM
profession
adresse
code postal ville
Monsieur le Président de la République,
Messieurs les ministres des Affaires étrangères et de la Défense,
La prolifération des armes nucléaires est un danger.
Leur utilisation volontaire ou accidentelle menace la planète et lespèce humaine.
Il y a urgence à les éliminer.
Le désarmement nucléaire constitue une obligation juridique internationale prévue par
larticle 6 du traité de non prolifération nucléaire et rappelée par la cour
internationale de justice de la Haye.
Des modalités concrètes délimination sont envisagées dans le modèle de
Convention délimination des armes nucléaires déposée auprès de lOnu par
le Costa Rica et la Malaisie, sur lequel notre pays a voté contre en Assemblée
générale.
Nous vous demandons, au nom de la France, de soutenir à lOnu le projet de
Convention délimination des armes nucléaires et de faire des propositions en vue
de la conférence de révision du TNP en 2010 pour que soit décidé un calendrier
d'élimination visant leur abolition complète en 2020, avec les étapes successives et
les mesures de vérification appropriées.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, l'assurance de mes
meilleures salutations,
==========
Par courrier postal (dispensé de timbrage) : Monsieur le Président de la République
Palais de l'Elysée 75000 PARIS
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| OGM
ENVIRONNEMENT |
| stop GMO in Poland |
| Pour participer 1 simple CLIC ICI suffit |
Julian et Jadwiga - qui sont venus à l'AG des Faucheurs Volontaires
près de Lyon en 2008 - nous demandent un petit coup de main ... Le gouvernement polonais
a choisi ce 15 décembre 2009 pour un débat sur une nouvelle loi OGM qui, si elle est
votée, ouvrira la voie pour cultiver les plantes transgéniques sur sol polonais. Alors
que la ministre polonaise de la santé Dr Ewa Kopacz nous a montré le chemin en refusant
d'acheter la camelote de Baxter, Novartis et GSK .... Le démantèlement du système de
pharmacovigilance en Pologne attendra-t-il qu'on ait fait passer les OGM en plein champ ?
Pour leur témoigner de votre solidarité, écrivez au président du parlement polonais
COMMENT AGIR ?
Sur le site cette cyber @ction est signable en ligne
Par courrier électronique
C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :
1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous entre les ############
2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte
3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville
4- Rajouter l'objet de votre choix : stop GMO in Poland
5- Adressez votre message aux adresses suivantes :
biuro@bronislawkomorowski.pl
cyberacteurs@wanadoo.fr
Ou bien Cliquer ici :
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr;biuro@bronislawkomorowski.pl>
ou ici (selon votre logiciel de messagerie)
<mailto:cyberacteurs@wanadoo.fr,biuro@bronislawkomorowski.pl>
Vérifiez que les 2 adresses apparaissent bien
6- Envoyez le message
Par cette action, vous ferez connaître votre opinion au Président du Parlement polonais
et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action.
==========
Prénom NOM
profession
adresse
code postal ville
Cher Monsieur Komorowski,
Les pays européeens qui comprennent mieux l'enjeu sanitaire et environnemental des OGM en
milieu non-confiné les ont interdit comme culture en plein champ. 80% des citoyens
européens ont dit qu'ils n'en veulent pas, ni dans leurs champs, ni dans leurs assiettes.
La biodiversité naturelle de la Pologne sera polluée et détruite à jamais si les
cultures et semences OGM y sont autorisées. Suivez l'exemple du 'principe de
précaution'. Agissez avec sagesse. Ne soumettez pas votre beau pays à une expérience
qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur les générations futures.
Dans mon pays les OGM sont interdits pourquoi pas en Pologne ?
Je vous prie de croire, Monsieur Komorowski, à l'assurance de ma parfaite considération.
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| ENVIRONNEMENT
ECOLOGIE |
| Dérives d'Europe Ecologie |
| Par Benoist |
Dérives d'Europe Ecologie avec Dany Cohn Bendit son grand chef qui a
réinventé le centralisme démocratique (sans la démocratie) et les Amis dEurope
Ecologie avec Gaby Cohn Bendit (membre du PS il y a pas longtemps) son frère comme autre
grand chef. Il manque encore comme société écran les Amis des Amis dEurope
Ecologie qui aurait son siège aux îles Caïman.
Europe Ecologie a réussi à mettre Marie Bové (fille de José Bové) comme Sarko a mis
son fils Jean président des Hauts de Seine (sauf que là José ny est pour rien)
comme tête de fille, pardon tête de file de la région Aquitaine, que les Verts de cette
région nen ont pas voulu, alors ils lont mise tête de fil à retordre en
Gironde. (Encore une fille à Papa)
Marie Bové bosse actuellement comme «collaboratrice technique et administrative» au
groupe PS de la communauté urbaine de Bordeaux
sans commentaires
Et puis Europe Ecologie a voté au parlement européen: voir texte en rouge
Les députés d'Europe écologie, ainsi que les verts, ont tous voté pour cette
résolution, à l'exception de José Bové qui s'est abstenu, et des trois euro-députés
de GUE (Mélanchon, Hoarau, Hénin) qui ont voté contre (résultat
du vote ici ). José serait-il en train de se réveiller ?...
Résolution du Parlement européen du 25 novembre 2009 sur la stratégie de l'Union
européenne dans la perspective de la Conférence de Copenhague sur le changement
climatique (COP 15)
Énergie et efficacité énergétique35. estime que la transformation
globale en une économie efficace et durable n'est pas seulement une condition nécessaire
si l'on veut prévenir les dangers du changement climatique en réduisant les émissions
de gaz à effet de serre, mais qu'elle serait également susceptible de renforcer les
investissements, l'emploi, la croissance économique, la compétitivité, et d'améliorer
la qualité de la vie sans pour autant compromettre l'objectif consistant à garantir à
tous un accès à des services énergétiques modernes; souligne dès lors qu'il importe
de renforcer d'urgence l'efficacité énergétique à l'échelle mondiale ainsi que la
part des sources d'énergie renouvelable;
36. souligne que le passage, à l'échelle internationale, à une économie à faible
intensité de carbone conférera à l'énergie nucléaire un rôle important dans le
bouquet énergétique à moyen terme; souligne toutefois que les questions relatives à la
sûreté et à la sécurité du cycle du combustible nucléaire doivent être abordées de
façon adéquate à l'échelle internationale afin de garantir un niveau de sûreté aussi
élevé que possible;
37. invite instamment tous les gouvernements, y inclus ceux des États membres, et
l'Union à promouvoir l'efficacité énergétique; invite instamment les États membres de
l'Union à se montrer plus ambitieux quant au paquet "efficacité
énergétique", en ce qui concerne notamment la refonte de la directive sur la
performance énergétique des bâtiments, dont la discusssion est en cours
(COM(2008)0780), afin de permettre la conclusion d'un accord dynamique et cohérent avec
le Conseil, ce qui constituerait un message fort sur l'engagement de l'Union en vue de
l'accord de Copenhague et faciliterait le passage à un objectif d'une réduction de 30 %
des émissions de gaz à effet de serre;
38. souligne que l'utilisation à une vaste échelle de combustibles fossiles pour la
production d'énergie constitue la première source d'émissions de CO2 à l'échelle
mondiale; reconnaît que, à moyen terme, les combustibles fossiles continueront à jouer
un rôle important dans la fourniture d'énergie; demande aux parties aux négociations
d'attacher une grande importance au développement et à l'utilisation futurs de
technologies durables, économes en carburants et permettant de réduire les émissions,
dans le domaine des combustibles fossiles utilisés pour la production d'électricité;
39. considère que les objectifs en matière de réduction des émissions aussi bien
que les engagements en matière de financement doivent faire l'objet d'un régime de
contrôle renforcé, comprenant un mécanisme d'alerte précoce et un régime de sanctions
(retrait des futures unités de quantités attribuées, par exemple);
Alors Sarko est content, il va pouvoir dire à Copenhague (même si cest pas vrai)
que presque tous les écolos au niveau européen accepte le Nucléaire pour lutter contre
leffet de serre
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| SOCIETE |
| Un appel international
pour la laïcité, une coordination engagée contre tous les intégrismes |
| Par UFAL (Lundi 14
décembre 2009 - article publié dans la lettre 99) |
En ce cent-quatrième anniversaire de la loi de séparation des Eglises
et de l'Etat, en ce 9 décembre dont ils souhaitent faire une Journée nationale, les
laïques français peuvent se réjouir de voir des organisations et des militants de
plusieurs continents se fédérer dans la constitution d'un Bureau Laïque International
visant à promouvoir la laïcité dans leurs pays respectifs et à lutter contre les
intégrismes de tous bords.
L'appel lancé sur www.laicity.info en trois langues vise à élargir les bases de cette
initiative.
Soucieux de remonter aux causes, les signataires désignent les politiques
ultralibérales, complaisantes envers les communautarismes, comme premières responsables
d'une situation dont les femmes et les enfants sont les principales victimes, et
revendiquent la globalisation des luttes.
Il importe de ne pas décevoir la confiance des ressortissants de nombreux pays qui se
rallient à l'idée de la "laicité-à-la-française". Comment justifier les
reculs successifs de nos gouvernements depuis les acquis de 1905 ? Voici pourquoi,
également, l'UFAL invite les laïques à rejoindre cette initiative internationale qui,
élargissant les perspectives, est l'occasion de réaffirmer des principes aujourd'hui
ébranlés ici même.
NB : Fondatrice du BLI, l'Union des Familles Laïques a uvré depuis 2007 à des
"Rencontres Laïques Internationales" dont la 3e édition se tiendra en 2010. |
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| Jaurès et
lémancipation laïque |
| Par Jean-Paul Scot
(historien) |
En ces temps de confusion conceptuelle et politique, il est bon de
revenir à Jaurès en matière de laïcité. Dautant que beaucoup de jaurésiens de
la dernière heure, voire de la vingt-cinquième heure, caricaturent sciemment sa pensée
et son action, Na-t-on pas entendu le candidat Nicolas Sarkozy citer 23 fois Jaurès
dans un discours à Toulouse pour, une fois élu président de la République, dénoncer
tout comme le pape Benoît XVI le « laïcisme », cet « lintégrisme républicain
», et prétendre « moderniser la laïcité » afin de « mieux répondre aux attentes
des grandes religions » ! Ne voit-on pas également nombre de champions dune «
laïcité ouverte », « plurielle », « européenne » se référer à la tolérance
plutôt quà la laïcité, à léquité plutôt quà légalité
des droits, au pluralisme religieux plutôt quà légal traitement de toutes
les convictions religieuses, agnostiques ou athées !
La pensée de Jean Jaurès est encore mal connue car ses uvres et ses discours
nont été que partiellement publiées et inégalement étudiés au risque de
linstrumentalisation du tribun selon les circonstances[1]. Beaucoup en font
aujourdhui un simple réformiste[2], quelques-uns encore un révolutionnaire alors
quil préconisait lui-même une stratégie de réformes révolutionnaires. Il aimait
à dire quil avait été planté républicain centre-gauche et avait fleuri gauche
socialiste. Son assassinat nous a privé des dernières évolutions de sa pensée, une
pensée qui reste toujours vivante alors quest célébré son 150e anniversaire.
Jose affirmer, après avoir dépouillé systématiquement ses écrits, que son
combat pour la laïcité fut un des thèmes les plus constants et les plus réfléchis de
sa courte carrière dhomme public. Je me permets daffirmer que sa conception
de la laïcité peut se résumer en trois assertions fondamentales et complémentaires :
1. La laïcité ne se réduit pas à la tolérance car elle est fondée, non seulement sur
la liberté de conscience, mais aussi sur le respect égal et mutuel de toutes les
personnes puisquil ny a pas de liberté pour lhomme sans égalité de
droits.2. « Démocratie et laïcité sont deux termes identiques » car « la
démocratie nest autre chose que légalité des droits » et que « la
démocratie fonde en dehors de tout système religieux toutes ses institutions, tout son
droit politique et social,
» (LHumanité, 2 août 1904).
3. « Laïcité de lenseignement, progrès social, ce sont deux formules
indivisibles. Nous lutterons pour les deux » sexclamait encore Jaurès le 25
janvier 1910 à la fin de son célèbre discours Pour la laïque. Lémancipation
laïque participe aussi bien de lémancipation intellectuelle que de
lémancipation sociale.
Cette conception de la laïcité est au cur de la pensée jaurésienne en même
temps quelle en est le dénominateur commun et cette « dialectique des
émancipations », selon la belle formule de Henri Pena-Ruiz, ne peut se comprendre que
dans sa triple dimension philosophique, politique et sociale. Mais, par souci pédagogique
et par respect de la chronologie, je vais exposer les thèses de Jaurès en étudiant sa
pensée et son action en faveur de la laïcité scolaire, puis de la séparation des
Églises et de lÉtat et enfin des émancipations sociale, intellectuelle et
spirituelle.
Liberté, égalité et laïcité scolaire
Le jeune normalien philosophe Jean Jaurès naît à la vie intellectuelle par une
critique du christianisme et de lidéalisme de Victor Cousin que défend son
collègue Henri Bergson, mais il se démarque aussi du positivisme dAuguste Comte,
la pensée dominante de lépoque. Jaurès se veut héritier de la philosophie
rationaliste des Lumières, est un lecteur attentif de Quinet et de Renan, et
saffirme vite comme un des meilleurs connaisseurs de la philosophie allemande, de
Kant à Hegel et même Marx quil découvre dans le texte. Il affirme aussitôt une
pensée originale sur les rapports entre la pensée et laction.
Dès la rédaction de sa thèse secondaire en latin sur les origines du socialisme
allemand, Jaurès distingue la liberté en soi, de droit, et la liberté pour soi, de
fait, et pense leur dialectique. « En pénétrant le socialisme allemand, on y trouve
incluse (...) dans lhistoire et dans léconomie politique une certaine
dialectique (...) qui définit la liberté, non pas comme une absurde faculté de pouvoir
choisir entre des contraires, non comme une hypothétique indépendance de chaque
individu, mais comme la véritable base de légalité des hommes et de leur
communion.[3]»
Dans labsolu, chaque homme dispose de la liberté de conscience, la première des
libertés, celle qui lui reste quand il est dépouillé de tous ses droits et de tous ses
moyens. La liberté de conscience est dorigine divine, estiment Luther ou Locke,
mais Jaurès y voit plutôt le premier des droits naturels propres à tous les êtres
humains. Delle découlent toutes les autres libertés, de croire en Dieu ou de ne
pas y croire, de pensée en raison ou non, dagir ou de prier. Il ny a pas de
liberté sans égalité de droits entre tous les êtres humains. Tout individu nest
pas libre de faire tout ce quil veut, sa liberté est limitée par le respect de
celle des autres. Jaurès retrouve la démarche des rédacteurs de la déclaration des
droits de lhomme et du citoyen du 26 août 1789 : « les hommes naissent et
demeurent libres et égaux en droit ».
Encore faut-il que légalité des droits soit possible car, dans la réalité des
faits, il ny a que des libertés relatives. Jaurès reprend sur ce point les
remarques de Louis Blanc : « celui-là seul est libre qui, non seulement a le droit, mais
également la faculté et le pouvoir dagir. » Voila pourquoi il ne se satisfait pas
de la notion de tolérance. La Paix dAugsbourg de 1554, la première paix de
religion, repose sur le principe « Tel prince, telle religion » : seuls les princes ont
la pleine liberté de religion, leurs sujets doivent partager leur confession car,
sils nont pas la même religion que le prince, ils peuvent tout au plus
émigrer. Même lÉdit de Nantes nest quune concession du roi Henri IV
accordant certaines libertés à ses sujets protestants même si, pour la première fois,
le pluralisme religieux est admis dans le même royaume. La tolérance est donc une
concession du prince à des sujets, de lÉtat à des minorités, ce nest pas
la reconnaissance dun droit irrévocable pour tous les citoyens.
Jaurès ne cessera de critiquer les limites de la tolérance qui maintient une relation
de dominant à dominé. En 1910, il rappelle encore aux socialistes lors de leur Congrès
: « Nous ne sommes pas le parti de la tolérance cest un mot que Mirabeau
avait raison de dénoncer comme insuffisant, comme injurieux pour les doctrines des autres
-, nous navons pas de la tolérance, mais nous avons, à légard de toutes les
doctrines, le respect de la personnalité humaine et de lesprit qui sy
développe. ». Cest bien la déclaration des droits de lhomme et du citoyen
qui a jeté les fondements de la laïcité en proclamant la liberté et légalité
des droits en son article premier.
De ce principe découle la conception de la laïcité scolaire de Jaurès. Dès son
premier discours à la Chambre des députés, le 21 octobre 1886, au cours du débat sur
la laïcisation du personnel des écoles primaires, le jeune élu républicain quil
est encore déclare demblée : « Jaccepte pleinement, sans réserve aucune,
le principe quest la laïcité »[4]. Désormais « la société française ne
repose plus sur lidée religieuse discutable, mais sur lidée naturelle de
justice acceptée par tous. » La laïcité soppose aux prétentions du
cléricalisme qui divise la société en voulant imposer à tous les citoyens des normes
religieuses auxquelles les incroyants ne peuvent adhérer. La laïcité repose sur un
principe unificateur de justice et dégalité de droit pour tous.
Jaurès est parfaitement conscient de lenjeu que représente la scolarisation des
enfants par lécole publique et la sécularisation du personnel enseignant. « Deux
forces se disputent aujourdhui les consciences : la tradition qui maintient les
croyances religieuses et philosophiques du passé ; la critique, aidée de la science, qui
sattaque, non seulement aux dogmes religieux, mais aussi aux dogmes philosophiques,
non seulement du christianisme, mais aussi au spiritualisme.[5]» Ce nest pas sur le
simple anticléricalisme politique ou lhostilité à la religion que Jaurès fonde
la laïcité, mais sur le respect de la liberté de la conscience et de la science grâce
au libre exercice de la raison critique.
Quels doivent être les principes de la laïcité scolaire ? LÉcole laïque de la
République doit donc, disait Jaurès dès 1886, « assurer lentière et nécessaire
liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, mais elle ne fait
daucun dogme la règle de fonctionnement de la vie sociale. » La laïcité garantit
la liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances au nom du respect dû à
toutes les personnes, croyants comme incroyants, libres penseurs comme athées. Mais ce
respect est dû aux personnes, aux croyants, pas aux croyances qui peuvent être soumises
à la critique. Jaurès reprend ici les distinctions opérées par Condorcet entre foi et
raison, croyance et science, opinion et savoir.
En effet, lenseignement public ne peut respecter la conscience et la science
quen faisant appel à la raison. « Lenseignement public ne doit faire appel
quà la seule raison et toute doctrine qui ne se réclame pas de la seule raison
sexclut delle-même de lenseignement »[6]. Jaurès revient constamment
sur ce thème : ainsi au lycée de Castres, le 30 juillet 1904, il précise encore que la
laïcité est luvre de la raison et de la science, et non une idéologie
dÉtat. « Dans luvre déducation où la conscience
séveille, où la raison saffirme peu à peu, linstitution laïque,
libre de toute entrave, doit susciter dans les jeunes enfants, non pas un dogme nouveau,
non pas une doctrine nouvelle, mais lexigence même de la science et de la vérité
»[7]. Dans Pour la laïque, en janvier 1910, il ajoute que « le principe de vie qui est
dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes les institutions, cest
lacte de foi dans lefficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur
de la personne humaine raisonnable et éducable »[8]. Lécole laïque doit susciter
chez les enfants laspiration à la liberté par lexercice de la raison, sans
pour autant diffuser une doctrine, un dogme.
Jaurès a une conception originale de la laïcité scolaire car il affirme avec force les
droits de lenfance et les devoirs de lÉtat à son égard. Dès 1886, Il osait
affirmer à la Chambre que « lécole ne continue pas la vie de famille, car elle
inaugure et prépare la vie des sociétés. » Il reprend sans cesse ce thème comme en
juillet 1904 quelques jours après ladoption de la loi interdisant aux
congréganistes denseigner : « La démocratie a le devoir déduquer
lenfance, et lenfance a le droit dêtre éduquée selon les principes
mêmes qui assureront plus tard la liberté de lhomme. Il nappartient à
personne, ou particulier, ou famille, ou congrégation de sinterposer entre le
devoir de la nation et ce droit de lenfance.[9]» En affirmant les droits de
lenfance et le devoir de lÉtat, Jaurès sinscrit dans la lignée de
Victor Hugo qui disait que léducation de lenfant avait pour finalité la
conquête de sa liberté ; ce qui supposait lémancipation de ses trois maîtres, le
père de famille, le prêtre et le maître décole lui-même.
Jaurès soppose sur ce point explicitement à nombre de républicains et de
radicaux, en particulier à Clemenceau. Il réfute les thèses des droits des pères de
famille et de la liberté de lenseignement. Les pères de famille nont pas à
imposer leurs conceptions de linstruction et des programmes. Le droit de
lenfant à léducation prime sur le droit des pères de famille car le but de
tout enseignement est de faire que les élèves apprennent à penser par eux-mêmes en
pleine liberté de conscience afin de devenir des hommes libres et responsables. Mais
Jaurès nexclut pas les familles de lécole ; il veut même faire entendre
leur voix car il faut « mettre chaque jour les familles face aux problèmes de
lécole. » Les enseignants ont la mission de rappeler aux parents quels sont leurs
devoirs envers leurs enfants et de leur faire découvrir les devoirs de lÉtat
envers linstruction publique.
La séparation de lÉglise catholique et de lÉcole publique est donc pour
Jaurès la condition de la véritable liberté et de légalité de traitement des
enfants. La foi religieuse nengage que les croyants. Il est donc scandaleux que des
écoles confessionnelles prétendent scolariser tous les enfants, et en particulier les
jeunes filles, alors quelles donnent la primauté à léducation religieuse et
morale et subordonnent la raison à la foi. Aussi, en 1904, lors du conflit opposant le
gouvernement Combes aux congrégations non autorisées, Jaurès se fait le champion de la
fermeture des écoles confessionnelles et de linterdiction denseignement des
congrégations qui se sont reconstituées illégalement en France après avoir été
interdites sous la Révolution. « Seuls dans une démocratie républicaine ont le droit
denseigner ceux qui reconnaissent, non à titre relatif mais à titre absolu, non à
titre précaire mais à titre définitif, le droit à la liberté des personnes et des
croyances.[10]» Jaurès ne veut pas interdire aux catholiques denseigner, mais il
les met au défi dêtre respectueux de la liberté de conscience et les invite à
travailler dans les écoles publiques. Il ne se satisfait pas de la loi du 7 juillet 1904
qui exige une simple sécularisation des anciennes écoles confessionnelles transformées
en écoles privées à direction sécularisée. Il proteste contre le maintien en place de
lessentiel de lancien personnel enseignant prétendument sécularisé.
Jaurès prônait lintégration des anciennes écoles confessionnelles dans
lenseignement public et la laïcisation de tout le personnel enseignant. Son projet
dun « service public national de lenseignement », accepté un moment par la
Ligue de lenseignement et le parti radical, fut cependant vite dénoncé comme un «
monopole scolaire » dÉtat, comme un instrument de conditionnement des esprits,
comme un danger pour les libertés. Clemenceau nhésita pas à condamner ce «
projet collectiviste » au nom de la liberté de lenseignement. Et la majorité des
radicaux et des membres de la Ligue de lenseignement se rallièrent à cette
position et firent cause commune avec les républicains libéraux et la droite
conservatrice. Ainsi se perpétua le dualisme scolaire fondé sur la dite liberté de
lenseignement héritée de la loi Falloux de 1850 qui ne fut pas abrogée.
Mais Jaurès naccepta jamais le dualisme scolaire et le principe de la liberté
de lenseignement et resta partisan dun « service public national ». En 1904,
au plus fort de la tension en la France et le Vatican, il nhésitait à affirmer que
la laïcité serait tôt ou tard un principe commun à tous les citoyens de la République
par delà leurs croyances particulières : « Ainsi se dissiperaient les préjugés ;
ainsi sapaiseraient les fantasmes ; ainsi viendra le jour où tous les citoyens,
quelle que soit leur conception du monde, catholiques, protestants, libres penseurs,
reconnaîtront le principe supérieur de la laïcité »[11].
Jaurès resta en effet toujours le champion de l« État laïque enseignant ». Sa
pensée laïque présente une grande cohérence politique en ce sens quil ne sépare
jamais la question de la laïcité de lécole de celle de lÉtat. En mars
1904, il ose défendre contre Clemenceau et Albert de Mun lidée que la République
démocratique doit garantir les libertés. « Entre le principe révolutionnaire de
lÉtat et le principe révolutionnaire de la liberté individuelle, il y a harmonie
». Cette affirmation peut paraître bien naïve et faire sourire, mais Jaurès sen
explique. Depuis 1886 il affirme qu« en matière denseignement philosophique
et moral, lÉtat ne peut opposer son enseignement à la diversité de tous les
esprits et de tous les milieux. » Il récuse toute philosophie dÉtat, tout
enseignement officiel car les programmes scolaires ne pouvant être fondés que sur
linitiation à la science et à la raison. Pour lui, la laïcité républicaine
nest pas un dogme, nest pas une religion civile, comme laffirme encore
aujourdhui Jean Baubérot[12]. Elle nest pas un laïcisme, une idéologie
dÉtat comme continue à laffirmer lÉglise catholique et Nicolas
Sarkozy[13].
Pour comprendre cette position de Jaurès, il faut approfondir sa conception de
lÉtat démocratique. Pour lhistorien de la Révolution quil fut,
lÉtat nest pas un simple appareil doppression au service dune
classe dominante homogène. Renouant avec les analyses historiques les plus fines de Marx,
Jaurès écrit en 1909 dans LArmée nouvelle quil « ny a jamais eu
dÉtat qui ait été purement et simplement un État de classe, qui ait été aux
mains dune classe dominante un instrument à tout faire (...) LEtat
nexprime pas une classe, il exprime le rapport des classes, le rapport de leurs
forces. (...) Il a pour mission de maintenir et de protéger les garanties
dexistence, dordre, de civilisation communes aux deux classes (...)
LÉtat daujourdhui est lexpression dune démocratie
bourgeoise où la puissance du prolétariat grandit.[14]» Dans la société bourgeoise de
la Troisième République, lécole publique peut donc jouer un rôle émancipateur
en diffusant les principes de liberté et raison.
LÉtat républicain doit donc être laïque. Mais Jaurès nassimile pas la
laïcité de lÉtat à la neutralité. « Il ny a que le néant qui soit
neutre » répète-t-il sans cesse. LÉtat ne doit pas être neutre comme le
réclament dès 1909 les évêques de France. La République repose sur des valeurs qui
sont les principes universels de lhomme et du citoyen. LÉtat ne peut être
que neutre envers les religions en étant indépendant de toutes leurs croyances.
Cest seulement ainsi que Jaurès reprend la formule lancée par Ernest Renan en 1882
et que Ferdinand Buisson complète : « LÉtat laïque doit être neutre envers les
religions, tolérant pour tous les cultes, indépendant de toute Église ».
Laïcité, démocratie et Séparation des Églises et de lÉtat
La Séparation de lÉglise et de lÉtat était un article de programme de tout
candidat républicain depuis celui de Gambetta en 1869. Mais, après la fragile conquête
des pouvoirs par les républicains, Jules Ferry et Paul Bert ont ajourné cette réforme
institutionnelle qui aurait complété les grandes lois laïques de 1880 à 1886, afin
déviter laggravation du « conflit des deux France ». Il fallait
républicaniser au préalable la nouvelle génération de citoyens passée par les écoles
publiques et laïciser les administrations. Dans une logique dapaisement civil et au
nom de la neutralité de lÉtat, Jules Ferry concéda aux croyants que les «
devoirs envers Dieu » resteraient au programme de linstruction morale des enfants
des écoles laïques primaires.
Cependant, depuis lencyclique Quanta Cura et le Syllabus de 1864, le pape Pie IX
condamnait quatre-vingt « erreurs du monde moderne », dont la Séparation de
lÉglise et de lÉtat (n° 50) et le concile Vatican de 1870 avait proclamé
linfaillibilité du pape en matière de foi et de murs. Bien que le pape Léon
XIII ait préconisé à partir de 1890 le ralliement des catholiques français à la
République, un très puissant courant « intégraliste » continuait de refuser la
République. Ce courant intégriste, réactionnaire et monarchiste se compromit gravement
lors de lAffaire Dreyfus. Si le rôle décisif de Zola dans la défense de Dreyfus
est bien connu, il faut rappeler celui de Jaurès qui réussit à rallier les socialistes
après avoir fait comprendre à Jules Guesde que lAffaire nétait pas
quune « affaire de bourgeois »[15]
Après la formation du gouvernement Waldeck-Rousseau contre le triple danger «
nationaliste, antisémite et clérical », Jaurès devint le champion de la défense de la
République et linspirateur du Bloc des Gauches. Il fut même un an vice-président
de la Chambre des députés. Pour lui, République, démocratie et laïcité sont
consubstantielles.
Jaurès expose souvent comment laïcité et démocratie sont complémentaires. Son
raisonnement repose sur ce syllogisme :
1. La démocratie nest autres chose que légalité des droits.
2. La laïcité suppose légalité de droit de toutes les convictions.
3. La Laïcité est donc la condition naturelle de la démocratie.
On pourrait multiplier les citations où il explique en quoi « laïcité et démocratie
sont synonymes. (...) La démocratie fonde en dehors de tout dogme religieux toutes ses
institutions, tout son droit politique et social (...) si elle sappuie sur
légale dignité des personnes humaines appelées aux mêmes droits et invitées à
un respect réciproque. (...) La démocratie est foncièrement laïque, laïque dans son
essence comme dans ses formes, dans son principe comme dans ses institutions, dans sa
morale comme dans son économie.[16]»
Si les hommes veulent compléter par des cérémonies, des sacrements, des rites
religieux, les actes civiques de létat civil, les mariages et les funérailles, les
contrats, cest leur droit. Sils veulent donner à leurs enfants une
instruction religieuse au-delà de linstruction publique, ils en ont la pleine
possibilité. Mais cest sur des bases laïques que la démocratie doit organiser
toutes ses institutions publiques et sociales qui doivent régir la vie en commun de tous
les citoyens égaux en droits et en devoirs, sans considération de leurs opinions
privées et de leurs croyances. Voila pourquoi la séparation des Églises et de
lÉtat doit être « le terme logique de luvre de laïcité ».
Jaurès a été, on ne le sait pas assez, le stratège de la séparation[17]. Cest
son ami Francis de Préssensé, député socialiste du Rhône, qui dépose le 7 avril 1903
la proposition de loi très étudiée (89 articles) qui provoque lélection
dune commission parlementaire des 33 pour « réaliser radicalement la séparation
». 7 socialistes y participent aux côtés de 9 radicaux-socialistes face à 16 députés
hostiles au départ à la séparation. Jaurès poussa le jeune député socialiste de
Saint-Étienne, Aristide Briand à y participer et à en devenir le rapporteur. Il joua un
rôle indirect grâce au député de Paris, lhistorien Deville qui était son
collaborateur et fut le secrétaire de la commission. Son ami, le conseiller dÉtat
Grunebaum-Ballin, fut le premier juriste à légitimer la proposition de loi de
séparation.
Le 1er juin 1904, alors que la commission parlementaire va adopter le projet Briand et
avant même que les relations diplomatiques entre le Vatican et la France ne soient
rompues, Jaurès expose dans La Dépêche de Toulouse sa conception de la séparation : «
Ce nest pas par un coup de tête que nous voulons briser un régime suranné.
Cest par un large et calme débat où nous discuterons avec tous les républicains,
avec lopposition elle-même, les conditions les meilleures du régime nouveau (...).
Nous voudrions que la séparation des Églises et de lÉtat napparaisse pas
comme la victoire dun groupe sur dautres groupes, mais comme luvre
commune de tous les républicains (...) conforme au droit de lÉtat laïque mais
aussi acceptable par les catholiques ».
Le 15 août 1904, jour de la fête de la Vierge, Jaurès sadresse aux catholiques
en leur disant quils nont rien à perdre avec la séparation mais que
lÉglise y gagnera une liberté inédite. Il est plus confiant que jamais dans la
stratégie quil préconise dunion de toutes les forces républicaines par
delà leurs divergences de sensibilité anticléricale car il a lassurance que «
les groupes de lextrême-gauche sont résolus à faire aux modérés toutes les
concessions qui nattenteront pas au principe de laïcité. »
Jaurès a été également le tacticien du débat parlementaire. Après louverture
du débat à la Chambre le 21 mars 1905, pour dissiper les craintes des évêques de
France de voir la hiérarchie de lÉglise remise en cause par certaines associations
cultuelles paroissiales largement ouvertes aux laïcs, Francis de Préssensé et Jaurès
conçoivent un amendement à lArticle 4 dans le but de les rassurer. Les biens des
anciens établissements ecclésiastiques seraient attribués aux associations cultuelles
« conformément aux règles dorganisation générale du culte dont elles se
proposent dassurer lexercice ». LÉtat na pas à fixer un statut
type dassociation cultuelle, lÉtat na pas à modifier les formes
dorganisations des diverses Églises. Il na pas le droit de « démocratiser
lÉglise catholique malgré elle ». Seuls les catholiques pourraient modifier cette
institution de type monarchique. En dépit des vives critiques de lextrême gauche
antireligieuse, des inquiétudes des radicaux anticléricaux gallicans, et des insultes de
Clemenceau qualifiant Jaurès de « socialo-papalin » et de « laïque en peau de lapin
», larticle 4 amendé est adopté le 26 avril par 482 voix contre 52. La droite
elle-même a voté cet article décisif. Jaurès peut sexclamer « la Séparation
est faite ».
En dépit de manuvres ultérieures, la loi de séparation est finalement adoptée
le 3 juillet 1905 par 341 députés contre 233. Jaurès a su rassembler comme il
lavait prévu la cinquantaine de députés dextrême gauche socialiste et
radicaux qui voulaient « faire la guerre à la religion », les députés socialistes et
radicaux-socialistes anticléricaux mais laïques, les députés radicaux gallicans et les
républicains modérés attachés à la liberté de culte mais hostiles au cléricalisme.
Jaurès a su rassembler tous les laïques par delà leurs divergences de sensibilités
anticléricales. La loi du 9 décembre 1905 nest pas une loi hostile à la religion,
ni même aux Églises, mais une « loi de libération et dapaisement » comme il
lavait prévu. La séparation sera une « double émancipation » garantissant aux
croyants tous les droits et donnant aux Églises une liberté inédite.
Jaurès sera aussi le sauveur de la loi de 1905. Il a su mettre en échec la condamnation
de la Séparation par le pape Pie X et linterdiction faite aux catholiques de créer
des associations cultuelles. Le Vatican espérait quà loccasion des troubles
créés par les catholiques antirépublicains lors des inventaires, le gouvernement
tomberait et même que la République pourrait être renversée par un coup dÉtat.
Lapplication de la loi était en effet bloquée à la fin de lannée 1906.
Dun côté, le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau cherchait à créer
de pseudo-associations manipulées par la police et menaçait de sanctionner le « délit
de messe » en cas doffices non déclarés aux autorités, Son ministre des cultes,
Aristide Briand, qui avait rompu avec Jaurès et le parti socialiste unifié, proposait de
reporter au moins dun an, sinon deux, la mise séquestre des biens nationaux que
lÉtat avait accordé à lEglise en 1802 mais quelle refusait de confier
à des associations cultuelles. Lapplication de la loi risquait dêtre
compromise par cet ajournement.
Jaurès débloque la situation le 13 novembre 1906 en dénonçant les basses
manuvres de Clemenceau et en soutenant Briand, en dépit de ses atermoiements et son
« atonie habituelle ». Il serait illusoire de vouloir créer un schisme dans
lÉglise catholique pour faire appliquer la loi comme pouvaient lespérer
certains protestants. Il serait également dangereux daccorder un délai à
lEglise et de faire preuve de faiblesse ou de violence. Jaurès appelle à
lunité tous les républicains ayant voté la loi. « Toutes les libertés se
tiennent » démontre-t-il, Si les catholiques refusent la loi du 9 décembre, « le droit
commun peut leur être appliqué selon la loi de 1901 ». Ils y perdront les quelques
avantages concédés. De toute façon, il nest pas question de fermer les églises
et de suspendre les cultes, ce serait contraire à la loi de 1905 elle-même. Il suffit
dappliquer aux offices religieux, aux messes, le droit de réunion qui a été
proclamé par la République en 1881. Et ainsi, en dépit de son refus daccepter la
Séparation, lÉglise ne pourra pas « être mise hors la loi » et se présenter
comme « martyr de la République ». « Les catholiques ne veulent pas de la loi ; tant
pis pour eux, mais nous leur accordons la loi commune, la garantie de la liberté égale
pour tous ».
Pourquoi cet empressement de Jaurès à faire adopter la loi de Séparation ? Le 15 août
1904, dans la Dépêche de Toulouse, il expliquait déjà pourquoi il fallait se presser
de voter la loi de séparation, la dernière grande réforme du programme républicain. «
Il est temps que ce grand mais obsédant problème des rapports des Églises et de
lÉtat soit enfin résolu pour que la démocratie républicaine puisse se donner
toute entière à luvre immense et difficile de réforme sociale et de
solidarité humaine que le prolétariat exige, quil a le droit dexiger et que
la République doit mener à bien. Il faut dès la rentrée doctobre que soit
discuté et voté limpôt sur le revenu. Il faut que dès le mois de janvier soit
discutée et votée la loi sur les retraites ouvrières.»
Jaurès est conscient quil faut voter la séparation en sappuyant sur le
climat dunité que le Bloc des gauches a suscité au Parlement à partir de 1902 et
qui est porté par une réelle dynamique populaire. Les socialistes proposent
dailleurs que la suppression du budget des cultes permette la création du premier
fonds public pour les retraites ouvrières et paysannes. Jaurès est conscient que sur les
questions controversées des assurances sociales et des retraites, les républicains et
même les radicaux, peuvent se diviser. Les intérêts de classe risquent chez nombre de
députés de reprendre le dessus sur leurs positionnements laïques. Mais lunité
daction acquise dans le combat unitaire ne peut quêtre profitable au
prolétariat. La laïcité nest pas une affaire de bourgeois et
dintellectuels, elle est un levier démancipation pour les ouvriers
eux-mêmes.
Ces analyses de la conception jaurésienne de la laïcité scolaire et de la
séparation des Églises et de lÉtat illustrent bien la dialectique des
émancipations que Jaurès a exposé à la Chambre dès 1893 et quil na cessé
dapprofondir depuis. « Comment voulez-vous quà lémancipation
politique ne vienne pas sajouter pour les travailleurs lémancipation sociale
quand vous avez préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ?[18]»
La dialectique des émancipations
Comment Jaurès lie émancipation laïque et émancipation sociale ? Une émancipation
laïque qui se contenterait de proclamer la liberté et même légalité en droit de
toutes les religions sans condamner toutes les inégalités et toutes les injustices ne
saurait être pleinement émancipatrice. Comment lécole laïque peut-elle jouer son
rôle émancipateur ?
Déjà dans son premier discours de 1886, Jaurès pose la question des programmes et
des contenus denseignement. « Les programmes doivent être mieux adaptés aux
exigences, aux nécessités de la vie quotidienne. » Ils doivent être inspirés, « non
par la pensée captive et refroidie de quelques fonctionnaires enclins au repos, mais par
lâme ardente et libre du travail humain. » Jaurès propose déjà que « les
programmes soient contrôlés par lexpérience même des enfants du peuple ». Les
municipalités devraient établir des « écoles expérimentales » afin que des
initiatives pédagogiques audacieuses soient inspirées par lesprit
déducation populaire.
Le 30 juillet 1904, au lycée de Castres, il pose les questions de la promotion sociale
des enfants du peuple et des rapports entre les prolétaires et lécole laïque. Il
sinquiète de voir nombre douvriers envoyer leurs enfants dans les écoles
religieuses subventionnées par un patronat paternaliste. Les congréganistes y inculquent
la soumission à lordre établi et légitiment la hiérarchie sociale par la
volonté divine. Cette situation nest pas tolérable. Jaurès interpelle les
prolétaires : « Ouvriers de cette cité, ouvriers de la France républicaine, vous ne
préparerez lavenir, vous naffranchirez votre classe que par lécole
laïque, par lécole de la République et de la raison.[19]»
Mais pour que lécole laïque devienne celle de tous les enfants de France, encore
faudrait-il que lécole publique soit la priorité des priorités de tous les
républicains. Encore faudrait-il que les conditions denseignement y soient
meilleures que dans les écoles privées. Encore faudrait-il que la qualité de
lenseignement y soit garantie tant au plan matériel quau plan intellectuel.
Ainsi pourra être unifié le « service public national denseignement » que
Jaurès appellera toujours de ses vux.
Dès 1895, il soutient à la Chambre que le socialisme pourra donner tout son sens à
la haute mission denseignement de lécole publique. Les maîtres républicains
ne pourront plus longtemps enseigner des principes dégalité et de fraternité si
cruellement démentis par la dureté des rapports sociaux. Et cela « au nom du droit
égal pour toutes les consciences de résoudre par la seule raison tous les problèmes de
lunivers ». Sans être des « prédicateurs du socialisme », les enseignants
seront, de fait, les propagandistes de valeurs universelles et feront, à leur insu, une
uvre socialiste. Lécole républicaine éveillera des aspirations socialistes
tant quelle sera fidèle aux principes universels des droits de lhomme.
Voila pourquoi Jaurès proteste sans cesse contre les ministres de linstruction
publique qui voudront interdire la syndicalisation des instituteurs et qui sanctionneront
les syndicalistes adhérents à la CGT. Ne pas admettre la liberté politique des
enseignants, ne pas admettre louverture des programmes aux questions les plus
critiques, cest « déserter lesprit laïque et républicain ». La laïcité
na rien à voir avec une « neutralité morte », ni avec la réserve officielle.
Jaurès na cessé dentretenir des liens très étroits avec les instituteurs
et les institutrices, que Charles Péguy avait cru discréditer en les qualifiant de «
hussards noirs de la République ». Il collabora de 1905 à sa mort toutes les trois
semaines à la Revue de lenseignement primaire et primaire supérieur. Quel autre
homme politique a autant accordé dattention aux questions de lenseignement !
Il sen expliquait ainsi : « deux forces préparent lavenir, sont
lavenir, la force du travail et la force du savoir.[20]»
Comment Jaurès lie mancipation laïque et émancipation intellectuelle ? Une
émancipation sociale qui laisserait prévaloir la domination dune religion ou
dune idéologie reviendrait à nier le lien consubstantiel entre libertés,
démocratie et socialisme. Lémancipation intellectuelle promue par lécole
laïque républicaine permettra de faciliter les aspirations des classes populaires à
lémancipation sociale. Les prolétaires nont aucun intérêt à opposer la
justice sociale, aussi urgente soit-elle, à lémancipation laïque, aussi abstraite
et bourgeoise quelle puisse leur apparaître. Encore fau-il quils respectent
lémancipation intellectuelle !
Lémancipation laïque permet à la liberté de conscience de saffirmer
dans lautonomie de jugement. Elle affranchit la pensée et libère des forces
agissantes. Elle permet que lexploitation subie ne soit plus vécue comme une
fatalité. Elle rend crédible la conquête de droits sociaux comme aboutissement concret
des droits politiques. Dans son intervention à la Chambre, le 20 janvier 1910, Jaurès
profère une formule dune importance extrême : « On nenseigne pas ce
quon veut. (...) lon nenseigne pas ce que lon sait ou que
lont croit savoir ; on nenseigne et on ne peut enseigner que ce que lon
est. » Les maîtres décoles ne sont pas que des transmetteurs de savoirs, et
surtout pas dun savoir normatif et labellisé par les autorités. Sil y a des
programmes officiels, il ny a pas denseignement officiel ni
dinterprétation unique. La liberté pédagogique des enseignants est un droit
authentique qui les renvoie à leur responsabilité individuelle et collective. Cela
implique plusieurs exigences : tout enseignant doit être très bien formé car on
nenseigne bien que ce que lon connaît bien ; mais tout enseignant doit
connaître et confronter les thèses et les théories qui font le mouvement et la
diversité de la pensée et de la science. Lenseignement doit être une initiation
au dialogue, au débat, à la confrontation didées, à la découverte des autres,
avant que lon forme sa propre opinion. Lenseignement nest pas une école
de scepticisme et de relativisme pas plus quun moyen dendoctrinement.
Lenseignement doit être une entreprise de « génération », daffirmation de
sa pensée libre, de sa personnalité propre.
Voila pourquoi Jaurès sest toujours refusé à ce que lécole publique
devienne un instrument de propagation de la libre pensée elle-même, ni un foyer de
diffusion de cet « anticléricalisme subalterne et frivole » qui lui déplaisait tant.
Contre les scientistes, contre les anticléricaux antireligieux, il mène le même combat,
mais à front renversé, que contre les cléricaux et les intégristes catholiques. « Au
nom de laffirmation souveraine de lesprit. ». Et il en donne lexemple
lors de dialogues de grande qualité avec Edouard Vaillant, le socialiste matérialiste,
avec Albert de Mun, le leader catholique, et même avec Maurice Barrès, le champion du
nationalisme. Les débats publics au Parlement contribuent daprès lui à
léducation populaire et à la formation politique des citoyens.
Jaurès entend enfin lier émancipation laïque et émancipation spirituelle. Il na
jamais fait profession dathéisme, ni même de matérialisme philosophique, même
sil applique la méthode du matérialisme historique. Lui qui ne cessait de
répéter quil nétait pas de ceux que le mot « Dieu » effrayait, fut si
lon peut dire un panthéiste humaniste. Il nadmettait pas que lécole
laïque eut pour objectif de combattre les pratiques religieuses ; le sentiment religieux
pourra séteindre de lui-même avec les progrès de la raison ou de la science, ou
pourra muter et survivre sil se démarque des dogmes des Églises en rejoignant le
courant de la modernité.
Affranchi de toute croyance religieuse, Jaurès a développé audacieusement une
réflexion sur les rapports entre le socialisme et la question religieuse, dans un texte
fondamental quoique resté à létat de brouillon. Il y écrit quau regard de
lhistoire « le problème religieux est le plus grand problème de notre temps, de
tous les temps.[21]» Mais il affirme que les croyants ont beau affirmer lorigine
surnaturelle, divine, de leur foi, cest dans la société quils vivent et
agissent. » Quelque divine que soit que soit pour le croyant la religion quil
professe, cest dans la société naturelle et humaine quil évolue. Cette
force mystique ne sera quune force abstraite et vaine, sans prise et sans vertu, si
elle nest pas en prise et en communication avec la réalité sociale.»
Le succès historique du christianisme sexplique, dit-il encore, par sa nature
contradictoire : dun côté il fut à lorigine un « rêve divin » de
libération des hommes ; de lautre, il devint un système ecclésial de domination
dogmatique. Jaurès était particulièrement attentif à lévolution du courant
moderniste dans lÉglise catholique. Il connaissait bien les analyses de
lexégète des textes bibliques Alfred Loisy[22] qui avait écrit : « le Christ
avait annoncé le message, mais cest lEglise qui est survenue ». Dans cette
perspective, Jaurès nhésite pas à affirmer que lÉglise catholique romaine
est devenue le contraire même de ce que fut le christianisme primitif et quelle est
le parangon de lirréligion. «Aujourdhui, dit-il encore, « le christianisme
dans la société actuelle nest quune organisation théocratique au service de
linégalité sociale et quil sagit avant tout de le renverser.[23]»
LÉglise catholique est devant un dilemme crucial : ou elle simmobilise, se
fige dans ses dogmes et demeure une « puissance rétrograde » vouée à terme à
lextinction ; ou elle cherche à sadapter, à sortir de son immobilisme et
elle évoluera avec lesprit du siècle. « Et moi je vous le dis : quoi que vous
fassiez, ou vous périrez, ou vous ferez à la science, à la démocratie, à la liberté,
de nouvelles et fortes concessions. »
Cette évolution est inévitable car lÉglise catholique sera contrainte
dévoluer sous le triple effet : 1°) du mouvement général de sécularisation des
sociétés et des mentalités modernes, 2°) de laffirmation croissance du besoin
dautonomie des laïcs face aux clercs et 3°) des progrès de lexégèse des
théologiens. Voila pourquoi lintégrisme du Vatican est condamné à terme. Jaurès
espère que lhumanité sera capable de briser les derniers relents de la théocratie
en gardant vivant et agissant en elle lesprit du Christ. « Ainsi sera-t-il possible
de concilier la liberté et le message du Christ sil est démontré que sa mission a
été trahi par lÉglise.[24]»
Mettons cependant en garde aujourdhui ceux qui voudraient récupérer Jaurès
pour rétablir les religions comme des institutions dutilité publique en raison de
leur rôle social et moral. Jaurès affirme certes que « le socialisme en même temps
quil sera une révolution matérielle et morale sera une révolution religieuse.[25]
» Mais par « révolution religieuse », Jaurès entend révolution spirituelle. En
effet, il ajoute aussitôt : « Lhumanité comprendra et aimera dautant plus
le Christ quelle pourra se passer de lui (...) quand le socialisme pourra renouveler
et prolonger dans lhumanité la personne du Christ[26]». Toute religion devra
accepter la laïcité, la liberté de conscience et légal respect de toutes les
convictions. Quelle que soit donc la diversité des croyants et des incroyants, ils sont
égaux en droits. Aucune religion ne doit avoir de privilège, aucune idéologie ne doit
avoir un monopole. Pas plus le christianisme que lathéisme.
Lémancipation laïque repose pour Jaurès sur le renversement du primat des «
devoirs envers Dieu » et laffirmation de la prééminence des « droits de
lhomme » et des « devoirs envers lhumanité ».
Jaurès na donc cessé darticuler la laïcité, la démocratie et la question
sociale. Il ne le fait pas de façon abstraite et théorique. Il le fait toujours en
situation concrète en partant des questions dactualité et en sappuyant sur
le mouvement social. Il ne sépare jamais les questions les unes des autres. Il
sefforce toujours de penser la société dans sa globalité. Il ne privilégie
jamais une forme démancipation par rapport aux autres. Il ne sépare pas la
laïcité de lécole de celle de lÉtat, ni de la démocratie politique et de
la question sociale. Sa méthode est celle de la « pensée complexe » pourrait-on dire
selon la formule du sociologue Edgar Morin.
Jean-Pierre Rioux écrit que « la laïcité a été pour Jaurès le principe de
circulation sanguine de la République, de lÉtat et du socialisme ». Je préfère
voir en Jaurès un penseur rigoureux des principes de la laïcité et un militant
innovateur faisant de la laïcité le principe de la vie en société dans les États
démocratiques. Ainsi Jaurès sest affirmé comme le père putatif de la «
République laïque, démocratique et sociale » qui est la notre depuis la constitution
de 1946.
Mais où sont les héritiers de Jaurès ?
......
Bibliographie sélective :
Jean-RABAUT, Jean Jaurès, préface de Michel Rocard, Librairie Perrin, 1971, 1981
Madeleine RÉBÉRIOUX, Jean Jaurès, article du Dictionnaire biographique du mouvement
ouvrier publié sous la direction de Jean MAITRON, Éditions de lAtelier, 1974
Max GALLO, Le Grand Jaurès, Robert Laffont, 1984
Jean-Pierre RIOUX, Jean Jaurès, Librairie Perrin, 2005
Sélection de textes de Jaurès présentés par
Max BONNAFOUS, uvres de Jean Jaurès, Études socialistes, 6 tomes, Rieder, édition
inachevée
[27], Les Éditions de Minuit, 1959
Madeleine RÉBÉRIOUX, Jaurès et la classe ouvrière, Petite collection Maspéro, 1975
Louis BAILLOT, Lorganisation socialiste de la France. LArmée nouvelle,
Éditions sociales, 1977
Gille CANDAR, Jean Jaurès (1859-1914) « Lintolérable », Les Éditions
ouvrières, 1984
Jean-Denis BREDIN, Les preuves. LAffaire Dreyfus, La Découverte, 1998
Gilles CANDAR, Jean Jaurès. De léducation (Anthologie), Éditions Syllepse, 2005
Gilles CANDAR, Antoine CASANOVA, Jean Jaurès. Laïcité et République sociale, Le
cherche midi, 2005
Études spécialisées :
Bruno ANTONINI, Etat et socialisme chez Jean Jaurès, Préface dAndré TOSEL,
LHarmattan, 2004
Alain BOSCUS, Jean Jaurès, La CGT, le syndicalisme révolutionnaire et la question
sociale, Institut régional CGT dhistoire sociale, Toulouse, 2008
Les Cahiers Jaurès sont publiés par la Société détudes Jaurésiennes
Consulter aussi le Centre national et Musée Jean Jaurès, 2 place Pélisson, 81100
CASTRES
Notes
[1] En dépit des travaux de la regrettée Madeleine Rébérioux, aujourdhui
continués par Gilles Candar
[2] Par exemple Jean-Pierre Rioux, Jean Jaurès, Perrin, 2005
[3] Les origines du socialisme allemand, chapitre I, Luther, in uvres de Jean
Jaurès, tome 1, 1888-1897, Les Editions Rieder, 1931
[4] Jean Jaurès, De léducation (Anthologie), Edition établie par Madeleine
Rébérioux, Guy Dreux et Christian Laval, Introduction de Gilles Candar, Editions
Syllepse, 2005, p. 32
[5] Ibidem, p. 35
[6] Ibidem, p. 35
[7] Jean Jaurès, Laïcité et République sociale, Textes choisis par Gilles Candar,
Introduction dAntoine Casanova ? L'humanité, le Cherche Midi, 2005, p. 77
[8] Ibidem, p. 173-222
[9] Discours au lycée de Castres, 30 juillet 1904, Ibidem, p. 70
[10] J. O., Discours de Jaurès à la Chambre des députés, 3 mars 1904
[11] Ibidem, p. 77
[12] Jean Bauberot, Laïcité 1905-2005. Entre passion et raison, Seuil, 2006, p. 163 et
suivantes
[13] Nicolas Sarkozy, La République, les religions, lespérance, Cerf, 2004
[14] Jean Jaurès, Lorganisation socialiste de la France, Larmée nouvelle,
Editions sociales, 1977
[15] Jean Jaurès, Les Preuves. Affaire Dreyfus, Introduction de Madeleine Rébérioux, La
Découverte, 1998
[16] Jean Jaurès, Lenseignement laïque, LHumanité, 2 août 1904
[17] Jean-Paul Scot, « LEtat chez lui, lEglise chez elle ». Comprendre la
loi de 1905, Point Histoire, Seuil, 2005
[18] Jean Jaurès, discours à la Chambre des députés, le 21 novembre 1893
[19] Jean Jaurès, Laïcité et République sociale, op. cit., p. 77-78
[20] Jean Jaurès, Pour la laïque, 25 janvier 1910
[21] Jean Jaurès, le socialisme et la question religieuse, Editions de minuit, 1959
[22] A. Loisy prolongeait les critiques de Renan. Le tribunal de lInquisition
lexcommunia en 1908, mais la République lui attribua la chaire dhébreu du
Collège de France
[23] Ibidem. p. 49
[24] Ibidem. p. 39
[25] Ibidem. p. 35
[26] Ibidem. p. 39
[27] La Question religieuse et le socialisme |
|
| Laïcité : Quelle
alliance pour le combat laïque ? |
| Par Bernard Teper ,
Secrétaire national de l'UFAL (Lundi 14 décembre 2009) |
Face à lalliance du goupillon et de la salle des marchés, la
seule alliance crédible est celle du combat laïque et du combat social
Le concert des pleureuses n'en finit pas : la laïcité serait en recul partout. La
conséquence de ces jérémiades ? Il faut constituer un large front qui transcende la
droite, évidemment, mais aussi la gauche afin dêtre plus nombreux pour résister
et gagner la bataille laïque définitivement. Alors, bien sûr ! ces « belles âmes »
sen vont constituer sur le papier lassiette frontiste la plus large. Mais,
bien sûr ! ces « belles âmes » sont en désaccord entre elles sur le front à
constituer. Pourtant, toutes ces « belles âmes » ont un raisonnement commun : « les
ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Il faut dabord connaître ladversaire
et se liguer contre lui dans un front gauche-droite.
L'impasse des fronts sans fondementAlors, les unes déclarent comme
adversaire principal les politiques néolibérales, et donc le front gauche-droite doit
lier la gauche et toutes les forces communautaristes et intégristes qui ont un discours
antilibéral, y compris les forces dextrême droite islamistes.
Les autres ont comme adversaire principal lislamisme. Le front gauche-droite doit
lier tout larc politique, y compris les partis de la droite libérale qui ont un
discours contre lislamisme et y compris lintégrisme chrétien déclaré
fondamentalisme soft, et, pourquoi pas, ceux que lon classait encore hier
dextrême droite chrétienne ou païenne ?!
Toute personne réfléchissant un tant soit peu aux questions stratégiques peut
aisément faire le constat que ce type de raisonnement na jamais vaincu dans toute
lhistoire de lhumanité : ces méthodes frontistes gauche-droite sans
fondement sont des impasses, des machines à perdre mais aussi à créer, in fine, le
fatalisme et la démobilisation, ainsi que linstrumentalisation par des forces plus
puissantes.
Dans le premier cas, les militants de gauche et dextrême gauche sont manipulés
par les forces régressives communautaristes et/ou intégristes ; dans le deuxième cas,
par les dirigeants du monde eux-mêmes, sur le mode du Choc des civilisations de Samuel
Huntington entre loccident chrétien et lorient islamique, où les
ultra-laïcistes sont sommés de soutenir la politique pro-chrétienne.
Alors, bien sûr, il y a les frontistes gauche-droite tendance soft qui pratiquent le
même raisonnement
mais de façon plus modérée
allant jusquà
pratiquer lextrémisme de lextrême centre très en vogue chez les bobos des
« villes-centres » (voir la nouvelle géosociologie des territoires dont UFAL Flash a
rendu compte dans un texte du 27 octobre dernier: lien).
Tout cela ne peut, au mieux, que freiner les lignes stratégiques plus efficientes,
mais les mêmes causes produisant les mêmes effets : ces stratégies frontistes
gauche-droite nont plus aucune chance de vaincre.
Une analyse stratégique
Pourquoi ? Tout simplement parce quil faut travailler le débat stratégique hors
de la passion et de lenthousiasme (Friedrich Engels : « Quelle naïveté enfantine
de prendre son impatience comme argument politique ! »). Un cri peut être salutaire,
mais la lecture de Sun Tzu, de Clausewitz ou dautres maîtres en stratégie montre
bien que tout repose dabord sur une analyse juste des causes ; puis sur une analyse
des forces en présence ici et maintenant ainsi que des capacités de résistance des
forces qui en sont capables à un moment donné ; et enfin sur une vison claire des
alternatives à créer.
A certaines époques historiques, il y a eu alliance de la gauche avec la droite
républicaine (le Conseil national de la Résistance créé en 1943 par exemple).
Existait-t-il une droite républicaine à cette période ? Oui, incarnée par Charles de
Gaulle et ses compagnons qui sétaient constitués par lacte fondateur que fut
la déclaration du 18 juin 1940.
Première idée : un courant politique collectif doit se constituer par un acte
fondateur. Seconde idée : un courant politique collectif doit avoir un espace politique
à investir. Le gaullisme avait cet espace, largement constitué par la bourgeoisie
nationale (sopposant à la bourgeoisie internationale), par le petit commerce,
lartisanat, et une partie de la paysannerie.
Aujourdhui ? Aucune droite na produit un acte fondateur de la puissance du
18 juin 1940 et la base sociale de la droite républicaine nexiste plus. Il y a des
individus de droite sincèrement républicains et laïques mais il nest plus
possible que cela constitue un courant collectif étant donné quil ny a plus
la base sociale correspondante et quaucun groupuscule nose aujourdhui un
acte fondateur indépendant. Je pense à ce parlementaire français qui se fait élire une
fois tous les cinq ans avec le soutien de lUMP puis en dit pis que pendre pendant 4
ans ½. Tout cela ne fait pas une politique.
Pour comprendre, il faut replacer lensemble dans le contexte actuel de
léconomie politique. Bien que lexemple fonctionne avec tous les pays, prenons
celui de la France et de son compromis fordiste de la période improprement appelée les
« Trente Glorieuses » qui fonctionnait en France sur la construction du programme du
Conseil national de la Résistance de 1944, construction voulue par la gauche et la droite
républicaine. Ce compromis a volé en éclats avec larrivée de la mondialisation
néolibérale, du consensus de Washington en 1979, et pour la même année du soutien des
droites mondiales à Ben Laden et aux talibans, via la CIA contre le régime de
Najibullah, alors soutenu par les Soviétiques. Le calcul est simple. Pour déformer le
partage de la valeur ajoutée au détriment des revenus du travail et des cotisations
sociales, il faut engager le processus de marchandisation et de privatisation de toutes
les activités humaines dont la protection sociale et les services publics. Clairement :
détruire lapplication du principe de solidarité. Mais comme on ne détruit pas
sans remplacer, les néolibéraux ont décidé déchanger la solidarité des
services publics et de la protection sociale contre la charité, organisée par les
communautarismes et les intégrismes religieux. Doù leur alliance avec les
néolibéraux. Bien sûr, dans la corbeille du marié, il y avait labandon de la
laïcité au profit des communautaristes et autres intégristes. Soutenir lun contre
lautre na aucun sens !
Ah ! Et les « belles âmes » voudraient que ceux qui mènent le combat laïque
sassocient avec ses adversaires ! Mais non, mais non ! Face à lalliance du
goupillon et de la salle des marchés il ny a que lalliance du combat laïque
et du combat social !
Avec cette grille danalyse, on comprend mieux le paradoxe que nos « belles âmes
» ne peuvent pas expliquer : pourquoi le développement de la sécularisation dans le
monde entier va de pair avec la montée des politiques communautaristes et intégristes !?
Pourquoi les dirigeants du monde financent, forment, développent les communautarismes et
intégrismes sinon parce quils ont passé un accord politique et stratégique avec
eux !?
Et les « belles âmes » voudraient que lon soutienne soit les forces
régressives, en cédant sur le droit des femmes à lémancipation, soit ceux qui
les financent, les forment et les soutiennent !
Que lon ne compte pas sur les combattants de la laïque et de la sociale pour
cacher les véritables causes des attaques contre la laïcité. Dailleurs, où
étaient-elles, ces « belles âmes », quand lUFAL se battait pour la
reconnaissance légale du concubinage, pour légalité des enfants légitimes et
adultérins, pour la fin de la transmission du nom à lenfant uniquement du père,
pour la bataille contre les signes religieux à lécole, pour légalité en
droits des couples, pour le droit des homosexuels à adopter, etc. ? Au mieux on les
comptait aux abonnés absents, au pire dans le camp opposé !
On ne le dira jamais assez, on ne peut pas se battre sur la longue durée avec une
analyse fausse des causes, sans une stratégie claire des alliances, sans avoir un projet
alternatif pour mener la bataille de lhégémonie idéologique qui doit précéder
la victoire politique et sociale.
Pour cela, délaissez les « belles âmes » ! et venez pratiquer les campagnes
déducation populaire tournées vers laction que lUFAL mène avec ses
partenaires associatifs, syndicaux et mutualistes. |
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| finance |
| Affaire Swift : Un nouvel
abandon de la souveraineté européenne |
| par Jean-Claude Paye
(Sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de lÉtat de droit, La Dispute 2004
; Global War on Liberty, Telos Press 2007.) |
Une fois de plus lUnion européenne cède aux exigences de
Washington sans contrepartie : les États-Unis auront légalement accès aux informations
bancaires des Européens, dès que le Traité de Lisbonne sera entré en vigueur et que le
Parlement européen aura avalisé le nouvel accord. Au demeurant, avant même le vote
parlementaire, ces dispositions sont déjà appliquées. Jean-Claude Paye analyse cette
nouvelle concession.
Ces dernières années, lUnion européenne et les États-Unis ont signé un ensemble
daccords en matière de remise des données personnelles : informations PNR des
passagers aériens [1], données financières dans le cadre de laffaire Swift [2].
Un projet de transfert général est en préparation. Il sagit de remettre, en
permanence aux autorités américaines, une série dinformations privées, telles le
numéro de la carte de crédit, les détails des comptes bancaires, les investissements
réalisés, les connexions internet, la race, les opinions politiques, les moeurs, la
religion [3].
Progressivement, lUnion transforme sa propre légalité, afin de permettre au droit
états-unien de sappliquer directement sur son territoire. Chaque nouvel accord
constitue un nouvel abandon de souveraineté des pays membres de lUnion européenne.
Le texte qui vient dêtre signé entre lUE et les USA, en matière de saisie
des données financières, en est un exemple éclairant.
Laffaire Swift
Ce 30 novembre 2009, le Conseil des ministres de lIntérieur de lUnion
européenne a avalisé le projet daccord établi par la Commission, qui permet aux
autorités US de se saisir, sur les serveurs de la société Swift placés sur le sol
européen, des données personnelles financières des citoyens des pays membres de
lUnion. Cette ratification par le Conseil est la dernière étape du processus
destiné à mettre fin au scandale de laffaire Swift et à toute contestation du
droit que se sont octroyé les États-Unis de se saisir des informations financières
concernant les ressortissants européens.
Laffaire Swift avait éclaté lorsque, en 2006, la presse états-unienne avait
révélé que cette société avait, depuis les attentats du 11 septembre 2001, transmis
clandestinement, au Département du Trésor US, des dizaines de millions de données
confidentielles concernant les opérations de ses clients. Swift, société américaine de
droit belge, gère les échanges internationaux de quelques 8 000 institutions
financières situées dans 208 pays. Elle assure le transfert de données relatives aux
paiements, mais ne fait pas transiter dargent.
Malgré la violation flagrante des droits, européen et belge, de protection des données
personnelles, ce transfert na jamais été remis en cause. Au contraire, lUE
et les USA ont signé plusieurs accords destinés à légitimer cette capture.
Tous ont été justifiés par la lutte contre le terrorisme. La saisie par les autorités
US était rendue possible par la particularité du système Swift. En effet, toutes les
données contenues par le serveur européen, installé à La Haye, étaient également
placées sur un second serveur placé aux États-Unis. Ce qui permettait aux douanes
états-uniennes den prendre possession, le droit américain autorisant cette saisie.
Un nouvel accord UE-USA
Toutefois, depuis juin 2007, il a été prévu que les données Swift inter-européennes
ne soient plus transférées aux USA, mais sur un second serveur européen. Cette nouvelle
procédure savère formellement plus conforme au droit européen et supprimerait la
possibilité des autorités états-uniennes de se saisir de ces informations. Ce nouveau
serveur placé à Zurich est opérationnel depuis novembre de cette année.
Suite à cette réorganisation et contrairement à ce qui était affirmé lors des
précédents accords, le Commissaire européen à la Justice Jacques Barrot** a expliqué
que les Vingt-Sept souhaitent donner, aux enquêteurs du Trésor américain, accès aux
centres dopérations européens gérés par Swift. Il a déclaré que « ce serait
extrêmement dangereux à ce stade de cesser la surveillance et le contrôle de ces flux
dinformations » [4] et affirmé que les opérations américaines sur le serveur
américain de Swift sétaient révélées « un outil important et efficace ». Il a
simplement repris les déclarations du juge Brugière, la « personnalité éminente »
[5] désignée par la Commission pour « contrôler » lutilisation américaine des
dizaines de millions de données transférées chaque année. Ce dernier avait prétendu
que cette saisie avait « permis déviter un certain nombre dattentats ».
Aucun exemple, permettant de vérifier ces allégations, na été avancé.
Lénonciation du caractère indispensable de la capture des données financières
devient la preuve du succès de cette politique dans la lutte contre le terrorisme. Une
identité est établie entre le mot et la chose.
Des justifications en trompe lil
Lénonciation de la lutte contre le terrorisme suffit à justifier la capture des
données financières. Cependant, la réalité nous montre que les attentats sont
généralement sont peu coûteux et ne nécessitent aucun déplacement important
dargent. . La raison invoquée prend un caractère surréaliste quand on sait que la
commission officielle denquête sur les attentats du 11 septembre 2001 na pas
voulu investiguer sur les mouvements de capitaux suspects, enregistrés les jours
précédents les attentats. Pourtant, juste avant les attaques du 11 septembre, le 6, 7 et
8, il y a eu des options de vente exceptionnelles sur les actions des 2 compagnies
aériennes [Americain et United Airlines] qui furent détournées par les pirates, ainsi
que sur Merril Lynch, lun des plus grands locataires du World Trade Center. Ces
informations ont été révélées notamment par Ernst Welteke, président de la Deutsche
Bank à lépoque, qui a aussi déclaré quil y avait beaucoup de faits qui
prouvent que les personnes impliquées dans les attaques profitèrent dinformations
confidentielles afin de réaliser des opérations suspectes [6]. Tous ces éléments, le
fait quun attentat terroriste ne nécessite pas dimportants transferts de
fonds et la volonté politique de ne pas enquêter sur les transferts financiers suspects,
nous indiquent que la capture des données financières des citoyens est bien un objectif
en soi.Souveraineté états-unienne sur le sol européen
La Commission a voulu dabord signer un accord transitoire, qui a pris effet dès la
mise en route du serveur de Zurich. Le processus de décision a été confié à la
présidence suédoise et au Conseil, rejetant ainsi toute possibilité de décision
partagée avec le Parlement. Cela a toute son importance car le Conseil suit quasiment
toujours les positions des fonctionnaires permanents et ceux-ci, se révèlent, le plus
souvent, être de simples relais des négociateurs américains. Le commissaire Jacques
Barrot affirme réaliser un accord équilibré, mais il a dû reconnaître que le texte
actuel ninclut pas laccès des autorités européennes aux transactions
bancaires états-uniennes [7].
À cet accord transitoire doit succéder un texte définitif, tout aussi unilatéral. Il
sagirait, après 9 mois, de « renégocier » ce qui a été accepté dans
lurgence. Cet accord devrait être avalisé par le Parlement européen, quand le
Traité de Lisbonne, qui donne à cette assemblée plus de pouvoirs en matière de police
et de Justice, sera dapplication. La volonté affichée dattendre la
ratification du Traité indique quil sagit de faire reconnaître, par le
Parlement, un droit permanent des autorités américaines de se saisir, sur le sol
européen, des données personnelles des citoyens de lUnion. Les nouveaux «
pouvoirs » accordés au Parlement trouvent leur raison dêtre dans la légitimation
des transferts de souveraineté de lUE vers les USA.
Cette position a le mérite dêtre transparente, de présenter le Traité, non pas
comme un texte constitutionnel interne à lUnion, mais comme un acte
dintégration de lUE dans une entité supranationale sous souveraineté
états-unienne. Ce nouvel accord qui permet aux autorités US de capturer, sur le sol
européen et sans aucune réciprocité, des données personnelles des citoyens de
lUnion, représente un nouveau pas dans lexercice de la souveraineté directe
des institutions étasuniennes sur les populations européennes.
Une structure impériale asymétrique
La capture US des informations sur les citoyens européens, surtout celles relatives à
leur transactions financières, doit être replacée dans le cadre de la formation du
futur grand marché transatlantique à lhorizon 2015 [8]. Les accords, qui
autorisent ce transfert vers les USA, ne constituent quune étape préparatoire, la
condition préalable permettant linstallation dun grand marché
transatlantique [9], ainsi que la constitution dune entité politique commune. Ayant
pour base le droit états-unien, ce projet savérera être un grand marché des
données personnelles, à travers lequel, ces informations confidentielles seront livrées
au secteur privé. La transformation de la vie privée en marchandise va de pair avec sa
surveillance policière, cette dernière étant la condition dexistence de la
première. La capture des données par les autorités administratives étasuniennes
constitue une nouvelle accumulation primitive capitaliste ayant pour objet
linstallation de nouveaux rapports de propriété basé sur la fin de la propriété
de soi.
Le caractère asymétrique de la capture des données personnelles : les autorités
américaine ayant accès aux données européennes, sans quil soit question
dune quelconque réciprocité, nous révèle que au niveau du futur grand marché
transatlantique, toutes les entreprises seront égales, mais certaines, les firmes US, le
seront plus que dautres.
Lutilisation par les autorités états-uniennes des données financières
recueillies lors de « la lutte contre le terrorisme » a déjà commencé dans le cadre
de « la lutte contre la fraude fiscale », dont les attaques contre la banque suisse UBS
[10] et linstrumentalisation du G 20 du 1er et 2 avril 2009 [11] ont été les
épisodes les plus médiatisés.
____
** Jacques Barrot, commissaire européen chargé de la Justice et des Affaires
intérieures. Dobédience démocrate-chrétienne et partisan indéfectible de
lAlliance atlantique, il mena en France une brillante carrière de parlementaire, de
président du Conseil général de Haute Loire et de ministre. Il fut vice-président du
Cercle de lIndustrie de Dominique Strauss-Kahn. Son suppléant, Laurent Wauquiez,
est devenu secrétaire dÉtat à lEmploi.
[1] « Lespace aèrien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau
Voltaire, 13 octobre 2007.
[2] « Les transactions financières internationales sous contrôle états-unien »,
Réseau Voltaire, 28 avril 2008.
[3] Council of the European Union, « Note from Presidency to Coreper, Final Report by
EU-US Hight Level Contact Group on information sharing and privacy and personal protection
», 9831/08, Brussels 28 mai 2008. Téléchargement.
[4] « Partage de données bancaire : nouvelles négociations entre les 27 et les
États-Unis », Le Soir, 28 juillet 2009.
[5] « Jean-Louis Bruguière, un juge dexception », par Paul Labarique, Réseau
Voltaire, 29 avril 2004.
[6] « Insider trading by terrorists is suspected in Europe », par William Droziac,
Washington Post, 22 septembre 2001.
[7] « EU wants to share more bank details with the US authorities », Edri.org, le 29
juillet 2009.
[8] « Un nouvel ordre politique : le futur grand marché transatlantique », par
Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 4 février 2009. « Résolution du Parlement européen
sur létat des relations transatlantiques après les élections qui ont eu lieu aux
États-Unis », Réseau Voltaire, 23 mars 2009.
[9] « Un mercato transatlantico imperiale », par Jean-Claude Paye, Critica Marxista,
2009 n° 1
[10] « Lutte contre la fraude fiscale ou main mise sur le système financier
international ? », Réseau voltaire, 3 mars 2009.
[11] « À qui profite la fin du secret bancaire ? Le G 20 : une hiérarchisation des
marchés financiers », Réseau Voltaire, 9 avril 2009.
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| Nationalité |
| Nicolas Sarkozy et la
boite de Pandore |
| par Évariste (Pour
réagir à cet article, écrire à evariste@gaucherepublicaine.org
) |
Dans la mythologie grecque, Pandore fut créée par Zeus pour se venger
des hommes. Elle amena avec elle une jarre, qui renfermait tous les maux de
lhumanité, dont la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la
Folie, le Vice, la Tromperie et la Passion, ainsi que lEspérance.
Poussée par la curiosité, Pandore finit par ouvrir sa boite, libérant ainsi tous ces
maux. Nicolas Sarkozy, lui, en a fait un programme politique.
Ce programme est appliqué de façon méthodique, avec entre autres exemples : la
destruction de la protection sociale (la Vieillesse et la Maladie), la réintégration du
Haut Commandement de lOTAN et lenvoi de nouvelles troupes en Afghanistan (la
Guerre), la mise à sac de la vertu républicaine et de lintérêt général au
profit du népotisme, des intérêts des puissants et du bling-bling (le Vice),
laggravation des injustices sociales - bouclier fiscal, politique de
limmigration, du logement, des bas salaires - (la Famine et la Misère), la
laïcité « positive » dans laquelle le prêtre aura plus de place que
linstituteur (lEspérance), le tout mâtiné de beaux discours sur la
République, la Civilisation, lÉcologie, et la régulation du capitalisme (la
Tromperie). Restaient la Folie et la Passion : la création dun ministère de
lidentité nationale et le lancement dun débat sur ce thème dans une
perspective électoraliste viennent de libérer ces deux derniers maux.La Folie
et la Passion
Pure Folie, car Nicolas Sarkozy a demandé à Éric Besson de lancer ce débat à travers
toute la France pour reconquérir lélectorat dextrême-droite qui
naurait guère apprécié laffaire Frédéric Mitterrand et la tentative
avortée de mettre Jean Sarkozy à la tête de lEPAD. Mais cette stratégie est en
train de se retourner contre lui : elle risque bien de remettre le Front National en piste
pour les régionales : au petit jeu des thèses nauséabondes et des débats avec du «
gros rouge qui tâche »1, lélève Sarkozy ne dépasse pas encore le maître Le
Pen.
Pour ceux qui doutent que ce débat soit autre chose quune tactique
électoraliste, il suffit de regarder du côté de léducation nationale et des
universités : Luc Chatel décide de supprimer lHistoire-Géographie en Terminale S,
cependant que les Humanités et les sciences sociales continuent de disparaître des
enseignements
On voudrait un peuple ignorant de son histoire et de ses lettres,
dépourvu desprit critique, on souhaiterait la pure et simple négation dun
peuple de citoyens, quon ne sy prendrait pas autrement.
Cest précisément lHistoire qui nous apprend quil aura fallu une
révolution pour instaurer un modèle politique fondé sur des principes à la fois
rationnels et universels : la liberté, légalité, la fraternité, la laïcité et
la démocratie. Cest lHistoire qui nous apprend quun tel modèle ne peut
exister ni se maintenir sans linstruction publique qui permet de former des citoyens
libres et éclairés. Que le combat laïque et le combat social doivent être menés de
front pour que lidéal républicain se réalise pleinement. Que la France a eu ses
moments de grandeur quand elle a respecté les principes constitutifs du modèle
républicain, et ses moments de bassesse quand elle les a niés ou dévoyés (Empire,
restauration, colonisation, pétainisme, racisme et antisémitisme
). Que ce sont les
luttes, les grèves et laction politique qui ont permis aux citoyens darracher
des droits. Cest à laune de cette Histoire quil faut juger les actes
politiques daujourdhui. Ignorer cet héritage revient à nous livrer pieds et
poings liés aux puissants.
Au thème scabreux de lidentité nationale, nous préférons le combat en faveur
des principes républicains. Lidentité nationale renvoie à limaginaire que
chacun projette, à partir de son histoire singulière et de son ressenti particulier, sur
la France. Cest la raison pour laquelle un tel sujet de débat ne peut
qualimenter les Passions et les divisions. Il ne peut conduire quà la
discorde. Les principes républicains sont, au contraire, déductibles dun modèle
politique quil est possible de déployer de façon rigoureuse et cohérente. Le
modèle républicain a pour visée la volonté générale, sans laquelle il nest pas
de concorde possible.
Ce débat ne peut qualimenter la confusion. La tribune que Nicolas Sarkozy a
récemment publiée dans le Figaro est, à ce titre, éloquente.
« La France, tu laimes chrétienne ou tu la quittes »
Passons sur le fait quil estime avoir pris en compte le vote « Non » au
référendum de 2005 en plaçant la France à « la tête du combat pour changer
dEurope ». On lui fera remarquer que pour quelquun qui se targue de ne pas
avoir peur du peuple, il na pas osé faire un second référendum
Mais ce
nest pas le sujet.
Ce qui, en revanche, nous amène au coeur du sujet, cest la série
damalgames quil fait dans cette tribune.
Pour légitimer le débat sur lidentité nationale, Nicolas Sarkozy commence par
établir un bien étrange lien entre la votation sur les minarets en Suisse et le supposé
besoin didentité en Europe. Avec tant damis qui ont choisi de résider en
Suisse, Nicolas Sarkozy devrait pourtant savoir que ce pays nest ni républicain, ni
laïque. Le préambule de la constitution de la confédération helvétique commence ainsi
: « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, Conscients de leur
responsabilité envers la Création, [
] » Quoi de commun avec la France où un tel
référendum serait tout simplement non constitutionnel et dont lÉtat garantit la
liberté de conscience et de culte pourvu quelles sexercent dans les limites
du droit commun ? Ce nest pas la présence de minarets en tant que telle qui
pourrait poser problème en France : la seule question qui, dans un État laïque, est
susceptible de se poser est celle du financement des édifices religieux (qui ne saurait
se faire sur des fonds publics) et du respect des règles de lurbanisme.
On relèvera cet autre passage, qui ne peut quintroduire la confusion dans les
esprits : « Mais je veux leur dire aussi [aux musulmans, NDLR] que, dans notre pays, où
la civilisation chrétienne a laissé une trace profonde, où les valeurs de la
République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait
apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à
léchec linstauration si nécessaire dun islam de France [
] » Les
musulmans doivent-ils comprendre que « la France, tu laimes chrétienne ou tu la
quittes » ? Que la civilisation chrétienne est constitutive de la République ?
Quil y a continuité entre les valeurs chrétiennes et les valeurs républicaines ?
Ce serait oublier que la République sest construite en rupture avec la France
chrétienne, que cette rupture a été violente, quil aura fallu quun sang
impur abreuve nos sillons (que le sang bleu des forces monarchistes et cléricales soit
versé)2. Il aura fallu plus dun siècle de combat laïque pour que la séparation
entre lÉtat et les églises soit réalisée en 1905. Et là encore, le moins que
lon puisse dire, cest que cela ne sest pas fait sans violence.
Par ailleurs, laisser penser que limmigration (cest-à-dire les musulmans
ou lislam, termes qui, sous la plume de Nicolas Sarkozy deviennent des synonymes)
pose, en elle-même, un problème didentité nationale revient à nier notre
histoire politique : cest oublier en effet que la France révolutionnaire a
instauré le droit du sol et quà cette époque toute personne qui se reconnaissait
dans le projet politique républicain pouvait devenir française. Mais cest aussi
saveugler sur le véritable problème, qui nest pas limmigration
elle-même, mais les raisons et les conditions de cette immigration : populations fuyant
la misère engendrée par le néolibéralisme, la guerre et les dictatures, filières
maffieuses dimmigration clandestine qui se renforcent à la faveur du durcissement
des règles dimmigration, xénophobie et discriminations, tout cela produit une
main-duvre corvéable à merci et sous-payée, que certains patrons
nhésitent pas à utiliser pour casser les acquis des salariés.
Refuser de participer au débat sur lidentité nationale est une décision
légitime, mais insuffisante. Il faut aussi dénoncer cette stratégie de dupe qui
consiste à inviter les citoyens à débattre sur lidentité nationale alors même
quon en sape les fondements. Il faut dénoncer cette dérive dangereuse qui consiste
à substituer à la conception républicaine du peuple une représentation ethnique
ancrée dans des particularismes religieux et culturels. Il faut, enfin, lutter contre
cette politique néolibérale qui nie le principe de laïcité et qui substitue la
charité au principe de solidarité.
1. édifiante citation de Nicolas Sarkozy rapportée par le Canard Enchaîné du
9/12, qui montre quel mépris un Président peut avoir pour le peuple [?]
2. Sur ce point, on peut reconnaître à Christine Boutin une certaine cohérence avec les
idées quelle défend lorsquelle demande à changer les paroles de la
Marseillaise [?]
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| Plaidoyé pour une grande
vigilance sur les mots |
| par Marième Helie Lucas |
Pourquoi la rigueur dans lutilisation des concepts devient
un élément crucial de la lutte contre lintégrisme musulman en Europe.
Depuis deux décades, nous Algériens restés au pays et/ou exilés , avons
fait lexpérience, ô combien amère, de labandon par la gauche,
lextrême gauche, et les organisations de droits humains de la cause
anti-intégriste et laïque que nous défendons.
Or, cest au nom des droits religieux, des droits des minorités, des droits
culturels que les organisations de droits humains et dune partie de la gauche ont
soutenu les intégristes.
Car ils reprennent à leur compte, sciemment ou pas, plusieurs des prétentions des
intégristes: celle dêtre les représentants dun peuple opprimé, celle
dêtre les représentants, quasi exclusifs, de lIslam et des musulmans, celle
dêtre porteurs dune loi authentiquement islamique.
Cette démission de ceux qui auraient dû être nos alliés est sous tendue par une grande
confusion idéologique et conceptuelle, en particulier entre islam, musulmans (
quils utilisent de façon interchangeable), intégristes ; sans parler de leur usage
immodéré et erroné du terme sharia. Or, chaque fois que ces confusions sont
à luvre, elles apportent, de fait, de leau au moulin intégriste. Ces
confusions sont voulues et manipulées par les intégristes.
Par exemple, jappartiens à un réseau international qui sappelle Femmes
Sous Lois Musulmanes ( Women Living Under Muslim Laws). Notez bien les termes
utilisés et le pluriel. Vous ne pourriez imaginer le nombre de fois où cela se
transforme en Femmes Sous Loi Musulmane (au singulier) ou même Femmes
sous Loi Islamique (encore cette année dans lHumanité !).
Il apparaît immédiatement que pour bien des gens, y compris des journalistes, y compris
des intellectuels, y compris des militants qui nous soutiennent, dune part islam et
musulman sont des mots équivalents, et dautre part quil existe une loi divine
issue de lislam.
Islam
Lislam est une croyance, une idéologie, une philosophie, ce terme appartient donc
au domaine des idées, des débats philosophiques et théologiques.
Mais comme le dit le théologien Soheib Bencheikh1: je nai jamais vu un Coran
marcher dans la rue . Cest donc par la lecture quen font des gens bien
réels que nous approchons un texte quel quil soit. Ou bien la spécialiste du Fiq
Ziba Mir Husseini2 , quand quelquun ose dire devant elle: lislam dit
que
, rétorque: Lislam ne parle pas .
Lun comme lautre affirment ainsi avec humour que lislam est
nécessairement médiatisé au travers de gens réels et différents, en particulier de
croyants et pratiquants musulmans, qui prétendent le représenter et lincarner.
Il ne viendrait à lidée de personne de confondre christianisme (la doctrine) et
chrétiens (les gens), ni de prétendre que tout ce que dit et fait quelquun qui se
dit chrétien reflète nécessairement les idées ou les valeurs du Christ. Cette
confusion est pourtant constamment faite entre islam et musulmans. Il est donc
parfaitement indispensable de distinguer lidée de ce quen disent et font ses
interprètes et ses incarnations.
De plus, il ne viendrait non plus à lidée de personne de prétendre que les idées
ou les valeurs dites chrétiennes sont identiques, selon quelles sont présentées
par lOpus Dei ou bien par les tenants de la théologie de la libération en
Amérique latine. Pourtant cette homogénéité dans les interprétations est prêtée à
lislam.
Malgré lévidence, il y a encore beaucoup de gens qui feignent dignorer
quil y a des lectures de lislam progressistes et des lectures de lislam
extrêmement régressives. La comparaison avec lOpus Dei, dune part, et la
théologie de la libération dautre part, est parfaitement soutenable en ce qui
concerne les théologiens progressistes et ultra conservateurs dans lislam.
A moins que lon ne soit personnellement concerné en tant que croyant, en tant que
laïques, nous navons pas à nous occuper de lislam. Chaque fois que nous
utilisons le mot islam , alors que nous parlons en fait de gens bien vivants
qui se disent adeptes de cette idéologie, nous donnons de leau au moulin
intégriste : en effet, lui, veut entretenir la confusion, ce qui lui permet de prétendre
que cest lislam qui est attaqué chaque fois que lon critique ce que
disent et font des gens qui se disent musulmans et les intégristes en particulier
qui prétendent être lislam. Cest ainsi quils ont forgé
le concept dislamophobie qui fait florès partout en Europe (alors quil
sagit souvent dune fondamentalistophobie fort justifiée!) et réduit au silence
ceux tentés davoir une vue critique de leurs actions.
En ce sens, peu importe que lon dise: lislam est une religion de paix,
de tolérance, etc. , ou bien que lon dise linverse: lislam
est une religion de violence, de barbarie, etc. . Dans les deux cas, on essentialise
lislam. Je renvoie dos à dos les intégristes qui nous bassinent avec les qualités
de lislam et les racistes et ethnocentristes qui nous bassinent avec ses défauts.
Il est inutile de sinterroger sur sa nature : lislam est ce que
les gens qui sen réclament en font.
Il est donc loin dêtre homogène. Ce quon voit de lislam à travers ses
fidèles change selon les périodes de lhistoire, les lieux et les cultures où il
est pratiqué, et la politique dont il est lenjeu.
Amis, nutilisez plus le mot islam , à moins que vous ne soyez vous
même théologien ou philosophe en conversation avec dautres théologiens ou
philosophes. La plupart du temps, vous parlez de gens, pas didéologie.
Musulmans
Au contraire, ce que disent et font les musulmans appartient au domaine de la sociologie
et de la politique, et non pas au domaine des idées. Il se peut ou pas
quils agissent en conformité avec leur lecture de lislam. Mais en tant que
laïques, ce nest pas cet aspect qui nous intéresse. Que les musulmans agissent de
façon islamique ou pas nest pas notre propos. Devant tel ou tel comportement, il
est donc vain de débattre sur le thème : est ce que cest vraiment
islamique? . Cest ce quil font en tant que citoyens qui nous préoccupe.
Et pas plus que les chrétiens, ils ne forment un groupe homogène. Ni par leur
interprétation de leur religion, ni par leur culture.
On parle en Europe, de plus en plus, de culture musulmane , comme si des gens
qui vivent sur différents continents pouvaient avoir une culture identique. Cest
encore une tentative intégriste dhomogénéisation. Comment croire une seconde que
la femme soudanaise excisée, la Nigérienne recluse, lAfghane privée
décole, la Somalienne lapidée , la féministe marocaine, la footballeuse
palestinienne, la chef dÉtat bangladaise, la rockeuse algérienne, la danseuse
sénégalaise dans les petits bals-poussière, lIndonésienne à la
fleur dans les cheveux, le businessman singapourien, lentrepreneur sud africain, le
commerçant indien, lintellectuel bosniaque, le paysan malien, lingénieur
algérien et le chômeur ougandais aient une culture commune? Sans parler de tous ceux qui
vivent en Europe, en Australie, aux Amériques
Que vivent une même culture les pays
où il est rendu obligatoire par la loi de prier cinq fois par jours et ceux où, pendant
le ramadan, sasseyent ensemble au restaurant amis qui jeûnent et qui déjeunent ?
Que des différences de classe aussi tranchées que celles quincarnent la bourgeoise
pakistanaise et lintouchable indienne (et musulmane, hé oui ! ils ont aussi des
castes !) ne produisent pas des cultures différentes? Cest pourtant ce que veulent
nous faire croire les intégristes.
Qui croirait quune Philippine ou une latina de lAltiplano, chrétiennes,
mères de famille nombreuse à qui leurs lois non laïques interdisent la contraception,
partagent la même culture quune Française chrétienne qui ira à
léglise quinze fois dans sa vie pour quelques mariages et quelques enterrements, et
naura que deux enfants?
Amis, cessez donc de parler de culture musulmane : cela nexiste pas.
Cest une invention des intégristes. Cela ne peut tout simplement pas exister, vu
que des musulmans, il y en a partout dans le monde et dans toutes les cultures
. Mais cest au nom de notre supposée culture commune,
transcontinentale et a-historique quils réclament ségrégation sexuelle, codes de
la famille séparés, cursus scolaires différents, etc. en Europe aujourdhui.
Nul dailleurs naurait lidée de la désigner comme
chrétienne, cette femme qui ira à léglise une quinzaine de fois dans
sa vie; on parlera delle comme dune Française, dune Suisse, dune
Espagnole
Sa religion, si elle en a une, nest pas le marqueur essentiel de son
identité. Plus probablement on ne lui posera même pas la question
Mais dites donc à quelquun en France, et même à nos amis !, que vous êtes
algérienne, iranienne ou pakistanaise : vous entendrez neuf fois sur dix: ah, vous
êtes musulmane
!
Car voici lautre aspect de la question : qui est musulman? En tant que laïque, pour
moi, cest quelquun qui croit en lislam. Mais pour la plupart des gens
ici en France, cest quelquun qui vient, ou dont les parents ou les grands
parents sont venus dun pays musulman. On transforme une foi en un accident
géographique, de lieu de naissance. Cest faire insulte à la fois aux croyants dont
on nie ladhésion personnelle à une foi, et aux non croyants dont on nie la
liberté de penser. Cest là une grande victoire des intégristes : ils ont obtenu
quune identité religieuse nous soit supposée et donc imposée
automatiquement.
Amis, ne parlez plus de musulmans , sauf si vous faites référence à des
croyants déclarés. Et il ny en a pas beaucoup en France
(pas plus que parmi
les chrétiens). Bien que la France laïque nentretienne pas de statistiques à ce
sujet, des études de différents laboratoires du CNRS ou associés ont pratiqué des
sondages : parmi la population française originaire dAfrique ( principalement du
Maghreb) et de Turquie, 20% déclarent navoir aucune religion (pour 28% dans
lensemble de la population française) et ce pourcentage atteint 25% parmi les
citoyens français dorigine algérienne qui constituent la majorité parmi la
population française issue de migrants. Parmi les français dascendance africaine
et turque qui déclarent avoir une religion, 21% assistent rarement à des cérémonies
religieuses (pour 15% dans lensemble de la population française). Quant à ceux qui
se déclarent croyants musulmans, 21% seulement sont pratiquants3. On voit bien que les
pourcentages de la population française dite musulmane sont comparables à
la population dite catholique . Pas plus de croyants chez les uns que chez
les autres.
Comme vous le voyez, seule une petite proportion dentre nous peut légitimement
être appelée musulman .
En outre, de plus en plus de croyants musulmans veulent vivre leur foi sur le plan
exclusivement personnel et refusent den faire le marqueur de leur identité sociale.
Seulement 15% parmi les croyants musulmans déclarés seraient ennuyés que leurs fils
épousent une non musulmane
Par ailleurs, 54% de la population française totale,
56% des français dascendance africaine ou turque et 57% de ceux qui se déclarent
croyants musulmans estiment que la laïcité est pour eux une garantie de liberté de
croyance et de culte. Le concept de laïcité a une connotation très positive pour 82%
des citoyens français dorigine africaine et turque et 83% des croyants musulmans
qui se revendiquent tels estiment que la laïcité est la meilleure façon de faire vivre
ensemble des gens dopinions différentes. Une large majorité, 60% des français
dorigine africaine ou turque et 60% de ceux qui se déclarent croyants musulmans
espèrent que le foulard ne sera pas accepté dans les écoles en France, car
lécole cest fait pour étudier seulement .4Cest pourquoi nous
pouvons faire alliance pour défendre la laïcité avec des croyants musulmans laïques ou
chrétiens laïques, cest-à-dire des citoyens qui, dune part, gardent leurs
croyances pour la sphère privée, et, dautre part, soutiennent, en leur capacité
de citoyens, le projet politique de séparation entre les États et les religions.
Intégristes
Je ne ferais pas aux lecteurs de ResPublica linjure dexpliciter ici la
différence entre musulmans et intégristes !
Par contre, je vous donnerais ma définition de lintégrisme : ce nest pas un
mouvement religieux, cest un mouvement politique, qui rassemble des gens dont les
opinions politiques varient de lultra conservatisme à lextrême droite, qui
utilise la religion pour parvenir au pouvoir politique ou sy maintenir.
Il est donc bien inutile de débattre religion avec eux, ils nen ont cure
Ce
nest quun outil de mobilisation et de manipulation des masses entre leurs
mains.
Comme les nazis, les intégristes musulmans croient, non pas en une race supérieure
aryenne mais en une croyance supérieure, lislam leur version de
lislam. Comme les fascistes, ils croient en un passé mythique garant et témoin de
leur supériorité : ce nest plus le glorieux passé de Rome, cest lÂge
dor de lislam. Comme les nazis et les fascistes, ils en tirent la conclusion
quils ont le droit de supprimer physiquement les untermensch (sous
humains) ou les kofr et cest dailleurs ce
quils ont fait en Algérie pendant dix ans. Comme eux, ils sont capitalistes, comme
eux ils mettent les femmes à leur place: église, cuisine, berceau , selon
la célèbre formule des nazis.
Je ne voudrais pas contrarier les historiens en confondant des mouvements situés dans des
contextes économiques et historiques différents; mais il nest pas inutile de se
pencher sur certaines similitudes de leurs doctrines, avant den faire les martyrs
dune religion opprimée.
Les intégristes musulmans sont les membres dun mouvement politique. Ils exterminent
en premier lieu des populations musulmanes .
Le mythe dune loi divine, instrument de la politique intégriste
Les intégristes prétendent non seulement quils sont
lincarnation de lislam, le seul, le vrai, mais aussi que Dieu leur a donné
une règle à appliquer dans les sociétés humaines. Jai déjà donné des
exemples, dans un papier précédent5 de lextrême diversité des lois dans les pays
musulmans, qui vont des plus ouvertes aux plus répressives. Jai également exposé
comment ces lois trouvaient leurs sources, certes dans des interprétations religieuses,
mais également et tout autant dans des coutumes locales, voire même des lois coloniales,
et surtout quelles étaient modelées pour servir des intérêts politiques à un
moment donné de lhistoire.
Les intégristes nient cette diversité et choisissent parmi diverses traditions
religieuses hétérogènes, parmi diverses traditions culturelles, parmi diverses
utilisations politiques des lois, celles, les plus rétrogrades, qui aideront à installer
et assoir leur dictature politique, et à contrôler dune main de fer les citoyens,
leur vie privée, leur expression politique.
A la réalité historique des lois faites de main humaine, les intégristes opposent le
mythe dune loi divine, quils nomment la sharia .
Cest un mot que je nemploie pas et que je vous invite à ne plus employer,
car, tout autant que certains des concepts discutés ci-dessus, il donne réalité à
quelque chose qui nexiste pas. Tous les théologiens musulmans saccordent à
dire que le mot sharia veut dire la voie, le sentier, vers Dieu, un chemin
éminemment personnel. Et quà aucun moment ce mot ne peut désigner une loi
temporelle. Pourtant journalistes et intellectuels en Europe, y compris ceux qui nous
soutiennent, se gargarisent de: selon la sharia, la sharia dit que
etc.
en faisant suivre ce préalable des diktats les plus farfelus des intégristes.
Cest ainsi quils donnent crédit non seulement aux versions des lois dites
islamiques les plus dévastatrices pour la liberté des individus, mais également au
mythe quil existe une loi divine qui serait appliquée dans les authentiques pays
musulmans et qui devrait être respectée au nom des droits humains.
Pourtant ces mêmes gens trouveraient ridicule de parler de LA loi chrétienne, sachant
bien que les pays chrétiens ont des lois différentes; par exemple que la France a
instauré le divorce quelque cinquante ans avant lItalie et lEspagne, bien que
tous trois soient des pays catholiques.
Chaque fois, amis, que vous prononcez le mot sharia , dans le sens de
loi islamique et non dans son sens théologique, non seulement vous énoncez une
contre vérité aisément démentie par le simple examen des lois dans les pays musulmans,
mais vous aidez considérablement les intégristes dans leur entreprise de monopolisation,
dhomogénéisation, de captation. La sharia , cela nexiste pas
ou alors dites moi laquelle de toutes ces lois hétérogènes et contradictoires
dites musulmanes ( cest-à-dire faites par des humains qui se disent musulmans) est
la seule, la vrai, la divine? si toutefois vous croyez que ça existe.
Mais à force den parler, les intégristes sont arrivés à faire, que par
conformisme, par paresse intellectuelle, par ignorance, par peur, le terme est repris par
tout le monde. Ensuite, il ne leur reste plus quà dire: la sharia dit
que
, cest-à-dire lislam dit que
pour réduire au silence
tous ceux qui craignent dêtre pris pour des racistes islamophobes
Je plaide pour une très grande vigilance: les mots sont dangereux. Refusons
dutiliser le vocabulaire intégriste, si nous ne voulons pas véhiculer leur
idéologie.
Les musulmans ne sont pas lislam et vice versa; les intégristes ne sont ni
lislam ni les musulmans, ce sont des forces politiques dextrême droite; les
citoyens descendants démigrés de pays dits musulmans peuvent être ou ne pas être
des musulmans, ce nest ni leur nom ni le pays dorigine de leurs ancêtres qui
vous renseigneront sur leur religion; et la sharia nest pas une loi. Il ny a
pas Une loi islamique dessence divine, il y a des lois dites musulmanes, variées,
manifestement de facture humaine.
Cest Kant qui a dit : Tout concept renvoie à une métaphysique . Je
dirais bien que tout concept renvoie à une analyse politique
Jy ajouterais
les mots dAudrey Lorde qui, femme noire, poètesse et lesbienne vivant aux États
Unis, en savait un bout sur loppression: On ne combat pas loppression
avec les outils du Maître.
Amis, rayez de votre vocabulaire ces mots qui font gagner aux intégristes la bataille
idéologique.
1. Soheib Bencheikh, ancien Grand Mufti de la Mosquée de Marseille, Directeur de
lISSI, Institut Supérieur des Sciences Islamiques à Marseille. [?]
2. Ziba Mir Husseini, iranienne, universitaire, chercheuse, anthropologue et spécialiste
de droit musulman, a enseigné à Téhéran et à New York, vit actuellement à Londres.
[?]
3. Brouard et Tiberj, CEVIPOF et Sciences Politiques, Juin 2005, Rapport au politique des
français issus de lémigration [?]
4. Brouard et Tiberj, CEVIPOF et Sciences Politiques, Juin 2005, Rapport au politique des
français issus de lémigration [?]
5. ResPublica n° 628 du 12.11.09 [?]
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| Démocratie |
| Réforme des
collectivités territoriales : appel à résister ! |
| par les Citoyens de la
modernité |
Décembre 1789 : création des départements et des municipalités pour
casser les provinces et donner le pouvoir aux citoyens.1
Décembre 2009 : casse des départements et des communes pour retirer le pouvoir aux
citoyens.
Face au pouvoir personnel dun seul, aujourdhui être moderne cest tout
faire pour redonner le pouvoir aux citoyens et non pas les éloigner des centres de
décisions. Avec notamment la réforme des collectivités locales de Nicolas Sarkozy,
cest la destruction de la République et de ses valeurs qui est organisée. Une
volonté qui sinscrit dans un processus plus global avec par exemple le bouclier
fiscal pour les riches et le couvre-feu pour les enfants, la négation de la laïcité et
les discours identitaires et sécuritaires, linstrumentalisation du Parlement et les
libertés élémentaires bafouées, la marchandisation de la culture et la libéralisation
des services publics de proximité, le recul de lIVG, la suppression du juge
dinstruction
Comme une revanche du pétainisme. Mais, 221 ans après
lAssemblée des Trois ordres du Dauphiné à Vizille en Isère, qui leva le vent
révolutionnaire en réclamant la convocation des Etats généraux, le Dauphiné montre
une nouvelle fois la voie de la résistance face à ce coup dEtat. Car oui ! « la
réforme Sarkozy ne se discute pas, elle se combat ! » (Claude Bertrand, vice président
du Conseil général de lIsère).
Cest pourquoi, de manière pluraliste, un comité de citoyens de la modernité
sorganise pour dénoncer et contrer ce train de réformes antidémocratiques et
dangereuses. Des personnalités locales et nationales, scientifiques, politiques,
associatives, syndicales, des artistes, des historiens, des écrivains, des
philosophes
se rassemblent ainsi pour refuser cette trahison des valeurs de
liberté, dégalité, de laïcité et de solidarité, qui ont façonnées notre pays
depuis 1789, en passant par toutes les grandes avancées jusquau Conseil national de
la Résistance.
Le 9 décembre 2009 (date anniversaire de la création des départements il y 220 ans le 9
décembre 1789) aura lieu une prise de parole sous forme de conférence de presse à
lemplacement même de la salle du Jeu de paume devant le château de Vizille. Et le
14 décembre 2009 (date anniversaire de la création des communes le 14 décembre 1789) au
cur même du Grenoble historique qui vit les grenoblois se révolter contre le
pouvoir royal lors de la journée des tuiles le 7 juin 1788, une manifestation de
résistance festive sera proposée avec tous ceux, citoyens, organisations politiques,
syndicales et associatives qui souhaiteront sassocier au Comité des citoyens de la
modernité pour défendre, au-delà de la démocratie, toutes les valeurs républicaines
de liberté, de laïcité, mais aussi les services publics
Car oui ! La modernité est bien dans la réappropriation des valeurs et institutions
républicaines, en redonnant le pouvoir aux citoyens, depuis la commune jusquà la
nation en passant par les départements comme niveaux structurants de laménagement
du territoire et de la décentralisation, en phase avec les agglomérations communales,
les régions et lEurope. Cest tout linverse que veut imposer la réforme
Sarkozy. A ce véritable coup dEtat où il est projeté un véritable hold-up
démocratique en remplaçant le système électoral actuel par des élections uninominales
à un tour, il nous faut opposer une alternative fondamentale, globale et cohérente, par
limplication citoyenne au soutien dune démocratie proche des réalités et
des besoins ; un service public au service du bien commun et de lintérêt
collectif, partout et sur lensemble du territoire ; la solidarité et la recherche
incessante de légalité par des institutions qui organisent les coopérations et
les projets partagés ; lambition dune nouvelle République ouverte au monde ;
enfin, une alternative capable dinscrire les destins individuels dans des projets
collectifs porteurs de sens.
Cest tout le sens de lappel à résister du Comité de citoyens de la
modernité : « pour se souvenir de lavenir » (Aragon).
Le Comité des citoyens de la modernité (premiers signataires) : José Arias,
vice-président du Conseil général de lIsère Ariane Ascaride, comédienne
Clémentine Autain Claude Bardoux Michel Barrionuevo, conseiller
municipal de Sassenage - Gérard Beck, militant associatif Djemila Benhabib,
auteure de « ma vie à contre-coran » Michel Belletante, metteur en scène
Claude Bertrand, vice-président du conseil général de lIsère en charge de la
culture et du patrimoine Henri Biron, militant écologiste Alain Buf,
journaliste Christian Borg, militant antifasciste Saïd Bouamama, sociologue
Katia Boutchoueva (dit Boutchou), poétesse, animatrice de la scène slam
Roger Briot, ingénieur chercheur CNRS, retraité Robert Chambrial, médecin
Astrig Chouteau, ingénieur chimiste Gérard Chouteau, universitaire
La Compagnie Jolie môme Chantal Cornier, directrice dInstitut de formation
de travailleurs sociaux Jean-Claude Coux, conseiller général de lIsère
Didier Daeninckx, écrivain Brigitte Daïan, militante associative
Annie David, sénatrice Michel Dibilio, metteur en scène Bérénice
Doncque, comédienne Pascal Dupas, éducateur Michel Etiévent, écrivain
Bernard Floris, enseignant-chercheur Denise Foucard, présidente de Culture
et Entreprises 94, Officier des Arts et des Lettres, Chevalier de la Légion
dhonneur Michel Fugain Jacques Gaillot, ancien évêque
Françoise Gerbier, maire de Venon, conseillère régionale Paul Hickin, artiste
graveur, scénographe de théâtre Jean-Christophe Le Duigou, dirigeant syndical
Jacqueline Madrennes, enseignante Roger Martelli, historien Bastien
Maupomé, poète Claude Mazauric, historien Bernard Merlino Bernard
Miège, universitaire Paul Muzard Antoine Porcu, chevalier de la Légion
dhonneur, ancien député et conseiller général Joëlle Prévost,
ingénieur CNRS Luc Quinton, plasticien colleur dhistoires Jack
Ralite, sénateur, animateur des Etats généraux de la culture Daniel Rigaud,
conseiller général de lIsère Claude Roussilhe, militant associatif
Guy Rouveyre, conseiller général de lIsère Georges Séguy, président
dhonneur de lInstitut dhistoire sociale Lucien Sève, philosophe
François Sikirdji, médecin Odette Sikirdji, militante associative
culturelle Armand Soler, militant de la cause des sans-papiers Guy Stoll,
militant associatif Marcel Trillat, réalisateur Anne Tuaillon, syndicaliste
Patrick Varela, syndicaliste Robert Veyret, conseiller général de
lIsère Myriam Zerkaoui, militante antifasciste
La manifestation du 14 décembre 2009 à Grenoble a dores et déjà reçu le soutien
de : lUnion départementale CGT Isère le Collectif des Fonctions publiques
de lIsère - le Comité Ras lfront du voironnais la Fédération pour
une alternative sociale et écologiste (FASE 38)
signatures à : luc.quinton@laposte.net ____
1. 9 décembre 1789, création des départements et 14 décembre 1789, création des
municipalités. |
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| Pouvoir |
| Quand Sarkozy ment... |
| par Jean-Paul Beauquier |
Deux gros mensonges en peu de temps
Largent prêté aux banques au nom des Français (sic) a rapporté plus de 2
milliards d dintérêts à lÉtat
Mais la plus
value-réalisée, entre la valeur des actions en 2008 et en 2009 et inscrite dans la
comptabilité des banques, signifie que le paiement de cet intérêt na rien coûté
aux banques et que lÉtat a perdu loccasion dun bénéfice qui
naurait pu être réalisé sans son aide
Cette perte aussi réelle pour les
comptes publics que le gain pour les comptes privés, à moins quon nous explique
que la virtualité de certains écrits comptables ne jouent que dans un sens, ne saurait
être la preuve dune bonne gestion des finances publiques.
LÉtat, nous dit-on, emprunte tous les jours sur les marchés financiers
mondiaux
y compris à des banques françaises
à des taux supérieurs à ceux
quil a demandés pour son aide à ces mêmes banques et supérieurs à ceux que les
banques centrales consentent à ces mêmes banques en recherche de liquidités
LÉtat va placer un emprunt
qui va toucher des commission? Les
banques
Elles paieront un impôt lan prochain? Certes, mais sur un montant allégé par
toutes les commodités offertes par une fiscalité qui ne taxe le capital quaprès
moult déductions, sans compter ce qui aura passé dans les paradis fiscaux et que nul
nira rechercher
Le crime daccaparement est donc avéré
Robespierre, au secours!
Pas plus de vérité sur les collectivités territoriales: lUMP, cornaquée
par loccupant de lÉlysée, compte mener campagne sur « la folie fiscale des
régions ».
Outre quil est naturel que les collectivités territoriales disposent des
personnels en nombre suffisant pour assurer les missions que le gouvernement lui a
déléguées sans transférer les moyens susceptibles dy faire face dans des
conditions satisfaisantes, il est bon de rappeler, comme le fait Laurent Fabius dans La
Gazette des communes (30.11.2009) que sur 100 dimpôts, le gouvernement en
prélève 78 et 2 seulement vont aux régions ; que laugmentation moyenne de
limpôt régional a été de 3 par habitant et par an dans les 5 années
précédentes et que la région qui a procédé à la plus forte augmentation est
précisément lAlsace, gérée par lUMP!
Au demeurant, la libre administration des collectivités territoriales ne joue que pour
les compétences que la loi autorise, y compris par conséquent dans la faculté de
moduler telle ou telle taxe pour abonder son budget.
La suppression de la taxe professionnelle pose la question du financement de son
remplacement : ce qui est prévu montre un transfert vers les ménages et nul ne croit, et
ne peut décemment croire, à un État vertueux qui compenserait durablement le manque à
gagner : ni les modes de calcul imaginés par des technocrates bien rodés à ce genre de
manipulation, ni la situation dendettement public (100 fois supérieur à celui
cumulé des régions) ne laissent sur ce point le moindre doute.
Les libéraux que le président représente ont la phobie de lemploi public : ce ne
peut pas être pour des raisons de meilleur fonctionnement ou de diminution des coûts.
Et ce nest assurément pas pour cela quil voulait mettre un de ses fils à
la tête dun établissement public appelé à superviser la plus grande opération
financière des décennies à venir dans notre pays avec le Grand Paris
Que de
marchés
En termes macro-économiques la nature de la propriété ne joue pas sur la
rentabilité, mais elle pèse sur la répartition de la plus-value : le transfert massif
de la richesse créée par le travail collectif du travail vers le capital à moins
que ce soit par la spéculation, mais dans ce cas il faudrait réviser quelques
«valeurs» fondamentales, depuis une vingtaine dannées, dans le même temps que le
PIB mondial saccroissait dans des proportions considérables a non seulement
creusé des écarts insupportables entre nations riches ou émergentes et nations pauvres
mais à lintérieur de chaque pays entre les classes sociales en déstabilisant les
classes moyennes, là où il en existe, et en précarisant encore davantage les classes
pauvres.
Pauvreté et paupérisme sont des mots du XIXème siècle pour les néo-libéraux et leurs
laquais politiques
mais ils sont bien contraints de manier le concept de seuil de
pauvreté sils ne veulent pas instaurer partout létat de barbarie et de
violence sociale !
Une campagne électorale souvre ? Sarko la «nationalisée» ? Tant mieux.
Utilisons ce temps comme un temps de lutte, car il faut mettre fin au vampirisme de
léquipe qui pille et pollue la France. |
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| Janvier 2010 |
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