| Télévision |
| La parution d'un nouveau brûlot met la
citadelle TF1 sous pression |
| Publié le 10 janvier aux éditions du Panama par cinq
journalistes "toujours en poste" dans la chaîne, le livre se veut l'expression
du ras-le-bol d'une rédaction muselée face aux trois stars de l'info que sont PPDA,
Pernaut et Chazal, présentés comme omnipotents dans une chaîne aux ordres du pouvoir en
place. Quels journalistes se cachent derrière le pseudonyme de Patrick Le Bel, auteur du
brûlot "Madame, Monsieur, Bonsoir...". Des listes de noms circulent dans Paris,
les journalistes maison sont plus méfiants que jamais, l'éditeur croise des barbouzes,
les RG s'en mêlent... |
"Pas d'enquête officielle", répète le patron de TF1, Nonce
Paolini. Dans les faits, la direction cherche toujours à savoir quels journalistes se
cachent derrière le pseudonyme de Patrick Le Bel, auteur du brûlot "Madame,
Monsieur, Bonsoir...". Des listes de noms circulent dans Paris, les journalistes
maison sont plus méfiants que jamais, l'éditeur croise des barbouzes, les RG s'en
mêlent...
Publié le 10 janvier aux éditions du Panama par cinq journalistes "toujours en
poste" dans la chaîne, le livre se veut l'expression du ras-le-bol d'une rédaction
muselée face aux trois stars de l'info que sont PPDA, Pernaut et Chazal, présentés
comme omnipotents dans une chaîne aux ordres du pouvoir en place. Poivre en prend
particulièrement pour son grade.
Officiellement, la direction fait preuve d'une grande mansuétude dans cette affaire, et
jure qu'aucune enquête n'est en cours. Cité par Le Point, Nonce Paolini inviterait ceux
des journalistes "qui ont le coeur gros" à venir lui parler, promettant qu'ils
seraient écoutés. Robert Namias, le directeur de l'information, se fâche tout rouge
quand une journaliste lui demande s'il mène une enquête, et jure le contraire.
Avocat et éditeur sous surveillance
En réalité, tout le monde ne vit pas dans une si belle concorde. Marc Grinsztajn,
l'éditeur du livre, raconte qu'il a reçu plusieurs coups de fils de journalistes lui
demandant de les dédouaner auprès de leur direction. "Dites-leur que ce n'est pas
moi", supplient-ils. Ces personnes dont les noms circulent voient des portes se
fermer, à TF1 et chez leurs contacts professionnels.
Grinsztajn, lui, subit en ce moment des "dérivations" sur son téléphone
portable: les personnes qui l'appellent tombent sur un répondeur en anglais, ou sur une
femme qui répond qu'il n'est pas là. Son avocat, Me Thibault de Montbrial, lui aussi
remercié par "Patrick Le Bel" au début du livre, décrit "un dispositif
de surveillance sans aucune finesse destiné à savoir si les auteurs du livre cherchent
à nous rencontrer, leur éditeur ou moi". Entrée de l'immeuble surveillée, voisins
un peu curieux dans un café...
"Ce sont des méthodes banales dans le monde des affaires un peu tendues, c'est pour
ça que j'avais envisagé que ça pourrait arriver. Mais ça reste anodin, ce n'est pas ce
que j'appelle des pressions."
L'éditeur ayant évoqué ces incidents dans la presse, la surveillance a apparemment
cessé. Même les Renseignements généraux s'immiscent dans l'affaire. La semaine
dernière, un article du Point racontait qu'ils "auraient" balancé un nom à la
direction de la rédaction. Selon nos informations, le service de police dit effectivement
à qui veut l'entendre qu'un tel est un des signataires du livre. Lequel se retrouve très
bien placé dans la liste des pronostics, avec les désagréments afférents.
Un service de renseignement maison
L'ambiance est plus que jamais tendue dans l'orgueilleuse tour TF1, qui borde le
périphérique parisien. En face-à-face ou au téléphone, la plupart des journalistes
refusent de s'exprimer. Ils renvoient sèchement vers leur direction. Laquelle n'a pas
donné suite à nos coups de fils. La version que Robert Namias répète à ses
interlocuteurs est claire: les auteurs sont des anciens, impossible qu'une personne
actuellement en poste crache ainsi dans la soupe.
La réticence des journalistes à parler s'explique facilement: la maison Bouygues, qui
possède l'opérateur des téléphones portables utilisés par la rédaction, est connue
pour son goût de la surveillance. Le dispositif de sécurité de TF1 a été conçu par
un ancien des services secrets français. Ainsi que l'écrivaient Pierre Péan et
Christophe Nick dans "TF1, un pouvoir" (Fayard, 1997):
"Le numéro un mondial du BTP possède ses propres services de renseignement, son
système d'écoutes, contrôlant aussi bien ses propres cadres au contact avec l'ennemi
(la concurrence) que ceux qui appellent des numéros sensibles."
Un soir de la semaine dernière, six ordinateurs du service économie sont embarqués par
la sécurité. En arrivant le matin, les journalistes trouvent sur leur bureau une note
leur demandant d'aller les récupérer au PC sécurité. Emoi chez certains. Les agents
leur expliquent simplement que ces portables n'étant pas vérouillés, ils les ont
emportés pour éviter qu'ils ne soient volés... "De toute façon, on n'imagine pas
les Patrick Le Bel assez débiles pour écrire sur leurs ordinateurs de TF1",
remarque un journaliste que cette histoire amuse. Un autre assure que ce genre de
précautions des vigiles est rare. Dans son livre, Le Bel annonçait bien cette
atmosphère un tantinet parano: "J'ignore combien de 'rondes' ces barbouzes
effectuent par jour, à la recherche dans les étages d'un ennemi non identifié qui nous
mettrait en péril".
La bataille contre Dailymotion se prépare en coulisses
L'éditeur continue d'affirmer que cinq journalistes toujours en poste se cachent
derrière le pseudonyme. Alors que les audiences de la chaîne -comme celles des autres
hertziennes- baissent, la chasse aux sorcières se poursuit à TF1. Le bouquin, lui,
approche des 80000 exemplaires imprimés, et est entré dans le top 10 des ventes.
Pendant que la direction joue l'apaisement sur ce dossier, elle fourbit ses armes sur une
autre affaire, beaucoup plus discrète: la bataille annoncée TF1/Dailymotion-Youtube.
Selon des révélations du Point, la première chaîne d'Europe réclame 39 millions
d'euros au site de partage de vidéos Dailymotion et 100 millions à Youtube, qui
diffusent ses programmes sans autorisation. Piquée par cette fuite, la direction demande
à ses salariés de se méfier. Et, implicitement, de se taire.
Voir cet article sur son site d'origine : Augustin Scalbert www.Rue89.fr
|
|
|
| 27 janvier 2008 |
|