"Devoir de Résistance" organise un débat (1) autour
de la question européenne. A cette occasion Denis Collin, philosophe et animateur du
réseau "La Sociale", membre du club "Devoir de Résistance" fera le
point des actions engagées pour le respect de la souveraineté populaire et notamment des
réponses des parlementaires à la lettre ci-dessous :
..........
Madame, Monsieur le Député,
Madame, Monsieur le Sénateur,
Paris, le 21 novembre 2007
Nous nous permettons de vous interpeller sur une question cruciale à laquelle nous sommes
tous confrontés. Il sagit de démocratie, de respect de la souveraineté populaire,
de lavenir de la République et de la Nation.A Lisbonne, les chefs détat
ont arrêté le principe dun nouveau traité européen « afin de relancer la
construction européenne » après le vote de rejet par les peuples néerlandais et
français du projet de constitution européenne durant lannée 2005.
Ce nouveau traité dit « simplifié » nest en réalité quune
copie du « traité constitutionnel » que notre peuple a déjà rejeté.
Pour sen convaincre, sans rentrer ici dans le détail du texte, permettez-nous de
vous indiquer ce que déclarent quelques personnalités de premier plan dont la bonne foi
en la matière ne saurait être mise en doute.
Madame Angela Merkel, chancelière dAllemagne, tenait les propos
suivants dans « The Daily Telegraph » du 29 juin 2007: « La substance de la
Constitution est maintenue. Cest un fait. »
Jose Luis Zapatero, Premier ministre du Royaume dEspagne, dans
son discours du 27 juin 2007 confirmait : « Nous navons pas abandonné un seul
point essentiel de la Constitution... Cest sans aucun doute bien plus quun
traité. Cest un projet de caractère fondateur, un traité pour une nouvelle
Europe. »
Bertie Ahern, Premier ministre de la République dIrlande, dans
« Irish Independent » du 24 juin 2007, confiait pour sa part : « 90% [de la
Constitution] sont toujours là... ces changements nont apporté aucune modification
spectaculaire à laccord de 2004 »
Vaclav Klaus, président de la République tchèque, disait dans «
The Guardian » du 13 juin 2007 : « Seuls des changements cosmétiques ont été opérés
et le document de base reste le même. »
Sur le Site du gouvernement de la République dAutriche, on
pouvait lire le 25 juin 2007: « Le traité pour une Constitution a été conservé en
substance. » Au même moment, le Bureau du président de la République de Lituanie,
annonçait dans un communiqué de presse que « La Lituanie a rempli 100% des objectifs
quelle sétait fixés avant la réunion, y compris celui essentiel du maintien
de la substance du Traité constitutionnel. ».
Enfin, dans notre propre pays, Jean-Louis Bourlanges, ancien membre de
« la Convention sur lAvenir de lEurope », député européen (UDF),
déclarait sur les ondes de France Culture le 24 juin 2007 : « Toute la Constitution est
là ! Il ny manque rien! »
Il ne servirait à rien dajouter à la liste les propos de Monsieur le
Président Giscard dEstaing ou ceux dautres personnalités
politiques. De tous les pays européens, la même voix sélève pour annoncer sans
détour que le « mini traité » ou encore « traité simplifié » reprend
lessentiel - pour ne pas dire la totalité - du traité constitutionnel qui a été
rejeté.
Dans ce contexte, nest-il pas clair que nous allons tout droit vers une remise en
cause de la souveraineté populaire puisque que le peuple sest déjà prononcé à
une écrasante majorité pour dire quil ne voulait pas dun tel traité ?
Mais il y a plus grave.
Il semblerait que la volonté politique du président de la République conduise à un
vote du congrès pour défaire ce que le peuple a déjà exprimé. Nous ne pouvons croire
ce dont la presse se fait lécho, prêtant à monsieur le Président Sarkozy
lintention de ne pas consulter le peuple par crainte de le voir dire non une
nouvelle fois ! Pire, ce serait pour éviter un vote qui lui déplairait quil
pourrait décider de ne pas le consulter. Selon The Telegraph en effet, devant un groupe
de parlementaires européens, notre président aurait admis que « des référendums sur
le nouveau traité européen étaient dangereux et perdants en France, en
Angleterre et dans dautres pays. Il y a un gouffre entre les peuples et les
gouvernements ». Evoquant le référendum du 29 mai, le président Sarkozy aurait
indiqué que « La France nétait quen avance sur les autres pays dans son
vote pour le NON. ». « La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un
référendum y était organisé », a-t-il ajouté. « Un référendum aujourdhui
mettrait lEurope en danger. Il ny aura pas de traité si un référendum a
lieu en France, et il en va de même pour un référendum au Royaume-Uni. »
Serait-ce donc parce que lavis du peuple déplairait quà défaut
de pouvoir changer le peuple, il serait proposé à nos parlementaires de le museler ?
A la remise en cause de notre souveraineté serait alors ajouté un déni de
démocratie dune extrême gravité et dune grande violence dans notre propre
pays. Cela serait dautant plus grave quune telle décision serait contraire à
tous les engagements pris, de tout bord.
Lors de la campagne présidentielle en effet, tous les candidats, dont Monsieur
Sarkozy, se sont engagés à ce que rien ne se fasse en la matière sans le peuple. Tous
ont insisté sur la nécessité de consulter à nouveau le suffrage populaire si la
décision de remettre en cause le vote du 29 mai devait être prise. Tous enfin se sont
engagés à ce quun référendum soit organisé dans le cas où un nouveau texte
européen devait être adopté.
Madame, Monsieur le Député,
Madame, Monsieur le Sénateur,
Vous comprendrez aisément notre inquiétude. La remise en cause du suffrage populaire
nannonce jamais des lendemains radieux. La prise de décision en lieu et place du
peuple, au congrès, serait lexpression dun déni de démocratie que nous ne
pouvons envisager et que vous ne pourriez cautionner.
Voila pourquoi, Madame, Monsieur, nous nous permettons de vous interpeller pour nous
assurer que vous naccepterez pas que le congrès se substitue au suffrage populaire
et que si le vote du 29 Mai 2005 devait être remis en cause, vous vous prononceriez pour
que cela se fasse à travers un nouveau référendum et non autrement.
Nous exprimons ici lattente de la grande majorité de nos concitoyens.
Vous priant de croire à nos sentiments républicains attachés profondément à la
Liberté, lEgalité et la Fraternité, dans lattente de votre réponse que
nous ferons connaître aux signataires de lappel ci-joint. |