Nous avions donc raison de dire lors du contre-Grenelle de l'écologie le 6
octobre à Lyon que si le Grenelle sera sarko-compatible, le sarkozysme n'est pas, lui,
écolo-compatible. Nicolas Hulot a finalement bien mérité de TF1 et du sarkozysme.
Ce Grenelle de lenvironnement est un véritable Munich de lécologie
politique. Munich de lécologie politique car l'idée qu'une « Union sacrée »
soit possible autour du
sarkozysme sous le prétexte de la défense de lenvironnement a finalement
triomphé. Comme si lécologie nétait pas une affaire de choix de société
avec nécessairement des perdants et des gagnants : la grande question étant de savoir
qui des pauvres ou des riches paiera la crise écologique.
Munich de lécologie politique car l'idée s'impose qu'on pourrait obtenir des
avancées
sans constuire d'abord un rapport de force face à la puissance des lobbies économiques
et nucléocrâtes.
Ce Grenelle de l'environnement est une défaite de l'écologie que nous paierons très
cher. Il retarde le moment où il faudra bien apprendre à vivre mieux avec beaucoup moins
ce qui suppose d'abord un autre partage des ressources entre les riches et les pauvres.
Dans l'attente du grand soir promis par Sarkozy au nom de sa « révolution verte » et de
l'extinction durant cinq minutes de nos ampoules électriques, souvenons-nous que le 22
avril 1970, vingt millions daméricains avaient
participé au « premier jour de la Terre », quà cette occasion la 5e avenue de
New York avait même été fermée à la circulation. Nous avons vu combien cette
écologie des bons sentiments est un marché de dupes.
Trente ans plus tard, les crises environnementales et sociales sont encore plus
dramatiques.
Que penser des mesures prises par le Grenelle officiel ?
On nous parle de geler les constructions dautoroute et d'aéroports.
Cette promesse est un marché de dupes puisque si l'Etat s'est engagé à ne plus
augmenter
significativement les investissements dédiés au développement de nouvelles capacités
routières et aéroportuaires, il a immédiatement ajouté sauf en cas de contournement
d'une agglomération, sauf en cas de nécessité liée à un problème de sécurité, sauf
en cas d'intérêt local, etc. Que restera-t-il finalement des belles paroles aux nom du
réalisme économique ? On fera un peu moins d'autoroutes mais on continuera à
développer en priorité le TGV au détriment des TER et de la nécessaire
relocalisation de nos activités économiques et de loisirs.
On nous promet une fiscalité verte. Cette promesse est un marché de
dupes car le transfert d'une partie de la fiscalité des entreprises sur le carbone
aboutira à pénaliser davantage encore ceux qui ont le moins : elle videra les routes des
voitures des plus pauvres pour que les riches puissent rouler plus vite. Ce projet d'un
bonus/malus a
été accepté comme une divine surprise comme si la crise écologique tenait avant tout
aux vieilles voitures polluantes des plus pauvres et non à la surconsommation des plus
riches et à un modèle de vie écologiquement insoutenable
On nous promet une loi sur les OGM. Cette promesse est un marché de
dupes car le gel annoncé n'est en rien le moratoire exigé par les associations
environnementales. Ce gel des cultures de maïs Mon 810 durant l'hiver est une campagne de
communication pas gênante pour les bio-technologies puisqu'on ne sème pas durant
cette période. La loi annoncée est un véritable piège car sous prétexte de liberté
de faire ou de ne pas faire des OGM, elle ne répond pas à la question posée par une
majorité de français sur la dangerosité des OGM mais aussi de choix d'une agriculture
paysanne. Elle entérine les solutions libérales sous forme de dommages et intérêts en
cas de pollution. Sarkozy le dit clairement : cette suspension de la culture commerciale
des OGM « ne signifie pas que nous devons condamner tous les OGM, et notamment les OGM
d'avenir ». Le chef de l'Etat a même exprimé sa volonté d'accélérer encore plus la
recherche sur les OGM.
On nous promet plus de bio dans les écoles. Cette promesse est un
marché de dupes puisque la réglementation européenne généralise la bioindustrie
contre la véritable agriculture biologique : on n'avancera pas d'un pouce si les aliments
bio parcourent la planète avant d'arriver dans les assiettes de nos enfants. Une vraie
alternative est de
revenir à une cuisine faite sur place, avec des produits locaux, de saison et si possible
« bio ».
On nous promet de moraliser la publicité. Cette promesse est un
marché de dupes dès lors que l'Etat n'abroge pas la circulaire Lang qui permet à la
publicité de pénétrer dans les écoles par les fenêtres tout en demeurant interdite
par la porte, tant que l'Etat ne respectera pas la loi en faisant démonter les panneaux
illégaux, tant que la
publicité ne sera pas interdite à la télévision aux heures où tant d'enfants sont
devant le poste, tant qu'on n'inversera pas la hiérarchie des normes juridiques en
faisant primer le droit des usagers sur celui des marchands en généralisant, par
exemple, des zones sans publicité.
On nous promet de diviser par deux les pesticides. Cette promesse est
un marché de dupes car sitôt l'annonce faite que cet objectif devrait être atteint en
dix ans, on apprend que sous la pression de la FNSEA la date butoir disparaît.
Sarkozy a annoncé la convocation d'un autre Grenelle l'an prochain. Chiche à la même
date : nous organiserons de nouveau un contre-Grenelle. En attendant nous ne laisserons
pas Sarkozy profiter de la présidence française de l'Union européenne en juillet 2008
pour imposer à l'Europe le retour au tout-nucléaire.
Face à une droite naturellement sarko-compatible et à une gauche toujours plus
sarko-compatible nous disons que l'on ne peut vouloir à la fois plus de croissance et
plus d'écologie. Face au Front National de Libération de la Croissance canal Attali,
nous rejetons l'objectif de 5 % de croissance par an car comme le disait Attali en 1973
croire que la croissance puisse réduire les inégalités sociales est une escroquerie
intellectuelle.
Face à Florence Parisot et à Christine Lagarde qui veulent aller chercher les
derniers points de croissance avec les dents, nous lançons un appel à boycotter la
grande distribution notamment lors des nocturnes commerciales et les dimanches.
Face à ceux qui choisissent de nourrir leurs voitures plutôt que six milliards
d'humains, nous exigerons le moratoire immédiat sur les agro-carburants présenté hier
à l'ONU par Jean Ziegler. |