Le
Réseau "Sortir du nucléaire" se réunit en Assemblée générale nationale
dès ce week-end à La Rochelle (17) et va à cette occasion organiser la résistance
citoyenne.
En attendant, le Réseau "Sortir du nucléaire" conteste les affirmations de M
Gadonneix (PDG d'EDF) qui prétend que la construction de ce réacteur serait "une
bonne nouvelle pour l'emploi". La réalité est en fait exactement inverse : des
études montrent que, pour un investissement égal, les économies d'énergie et les
énergies renouvelables créent jusqu'à 15 fois plus d'emplois que le nucléaire (*).
D'ailleurs, après avoir longtemps soutenu le nucléaire, le puissant syndicat allemand IG
Metall vient de fustiger une "technologie vieillissante et arriérée" par la
voix d'un de ses dirigeants, Hartmut Meine, qui a pris la parole dans le cadre d'une
manifestation contre les transports de déchets radioactifs le 9 novembre dernier. Cette
conversion s'explique sans peine : en quelques années, les énergies renouvelables ont
créé 250 000 emplois en Allemagne, chiffre en augmentation continuelle. A titre de
comparaison, après 50 ans d'investissements massifs, le nucléaire emploie moins de 100
000 personnes en France.
Le projet de construire de nouveaux EPR n'est donc pas seulement irresponsable sur le plan
environnemental, il est aussi absurde sur le plan économique. Plus que jamais, la
"France nucléaire" fait fausse route : il y a quelques jours à peine le 26
janvier, l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) a été
officiellement créée par cinquante pays, notamment l'Allemagne, l'Espagne et le
Danemark, qui se sont engagés de longue date en faveur des énergies vertes. La France,
elle, a tout tenté d'empêcher la naissance de cette organisation et n'y participe que du
bout des pieds.
Il faut dire que la construction d'un nouvel EPR empêchera la France de respecter son
engagement européen de 20% d'énergies renouvelables dans la consommation finale
d'énergie en 2020. Qui plus est, la vague de froid de cet hiver a démontré que la
France manquait de moyens de production "de pointe" : elle ne doit donc surtout
pas ajouter de nucléaire (qui produit "en base").
Face à ce nouveau coup de force, le Réseau "Sortir du nucléaire" annonce
d'ores et déjà qu'il attaquera en justice les autorisations de construction du nouvel
EPR annoncé à Penly (Seine-Maritime).
Les incroyables déboires rencontrés par EDF et Areva, respectivement sur les chantiers
des EPR de Finlande et de Flamanville, devraient suffire à écarter tout nouveau projet
d'EPR.
Le nucléaire est une industrie du siècle passé, dangereuse et archaïque, chère et
polluante. L'avenir est aux économies d'énergie et au développement des énergies
propres et renouvelables.
(*) Cf Etude "Un courant alternatif pour le Grand-Ouest", avril 2006. Voir ici.........
Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de Cap 21, vice-présidente du
Modem (La Tribune.fr - 27/01/2009 - Opinions) : La
mort programmée du Grenelle de l'environnement
La décision de relancer le nucléaire, sans concertation et sans évaluation, est
contraire à l'esprit et à la lettre du Grenelle de l'environnement. Elle risque de
privilégier une consommation électrique tous azimuts, au détriment des objectifs
communautaires en matière d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables. Et de
compromettre l'émergence d'une industrie "verte" en France, estime Corinne
Lepage, ancienne ministre, présidente de Cap 21, vice-présidente du Modem.
L'annonce de la réalisation d'un deuxième réacteur nucléaire EPR, puis, pour être
agréable à GDF-Suez, d'un troisième, constituerait de facto l'avis de décès du
Grenelle. Quelle est profondément la philosophie du Grenelle?? Faire entrer, tout
d'abord, la France dans l'économie de l'éco-efficacité en valorisant les bâtiments à
faible consommation énergétique et les procédés industriels fondés sur le cycle de
vie du produit permettant de réduire simultanément la consommation de matières
premières, l'énergie et les déchets. Permettre, ensuite, à notre pays de récupérer
un peu de son retard en matière d'énergies renouvelables pour se rapprocher des
objectifs communautaires en la matière et développer un secteur industriel dans le
domaine phare de l'économie du XXIème siècle. Changer, enfin, le mode de prise de
décision en associant les acteurs de la société civile autour d'un projet de société
qui s'inscrirait dans le développement durable.
Or, le retour au tout nucléaire et à une politique du passage en force qui a
caractérisé la mise en place du programme électronucléaire dans les années 70 tourne
en tout point le dos à cette politique et rend en réalité impossible la réalisation
effective de la loi Grenelle. En effet, construire trois réacteurs EPR aboutit à
augmenter considérablement l'offre d'électricité et à répéter le scénario
précédent?: pas de politique de maîtrise de l'énergie, des coûts astronomiques pour
les logements chauffés à l'électricité, pas d'industrie du renouvelable.
On pouvait espérer que nos dirigeants avaient compris que le monde avait changé et les
faux-semblants avec. La réalisation de trois EPR rend totalement virtuel l'objectif de
23% d'énergies renouvelables en 2020 et de 20% d'efficacité énergétique à cette date.
En effet, pour vendre son courant, qui ne se stocke pas, et amortir le coût faramineux de
réalisation des EPR (le prototype finlandais avoisine les 5 milliards d'euros et EDF a
dû lui-même reconnaître que le coût de revient du kilowattheure nucléaire serait
compris entre 55 et 60 centimes d'euro), les exploitants, aidés bien entendu par des
pouvoirs publics devenus schizophrènes, vont devoir favoriser la consommation
électrique, c'est-à-dire continuer à promouvoir le chauffage électrique et lutter
contre l'efficacité énergétique.
Ils ont d'ailleurs commencé très activement à le faire avec l'amendement Ollier, pour
éviter que les objectifs d'efficacité énergétique dans les bâtiments soient
applicables aux bâtiments chauffés à l'énergie électrique d'origine nucléaire. Ils
vont continuer en essayant de dissuader le législateur d'abord, les consommateurs
ensuite, de construire des bâtiments à énergie positive a fortiori à énergie passive
et d'investir dans l'isolation, politique qui aboutirait à réduire la demande
électrique. C'est le secteur du BTP, celui des matériaux intelligents qui est menacé.
Et pour que l'énergie nucléaire soit vendue, il faut évidemment qu'elle n'ait pas de
concurrents. Il est donc impératif de détruire le frémissement de développement de
l'énergie éolienne et de tuer dans l'uf l'essor d'une énergie solaire. D'où la
bronca orchestrée contre l'énergie éolienne et la baisse de tarif de rachat de
l'électricité solaire dans le tertiaire pour tuer la rentabilité des projets qui
étaient en cours.
L'étape suivante sera la contestation du prix du rachat de l'électricité verte par EDF
qui invoquera l'inutilité de cette électricité compte tenu de l'abondance
d'électricité nucléaire. Ainsi, les projets seront de moins en moins rentables,
aléatoires et les investisseurs les réaliseront partout, sauf en France. Nous n'aurons
donc aucune industrie susceptible de jouer un rôle majeur dans le secteur des énergies
renouvelables et aurons raté, de manière parfaitement volontariste, la chance de nous
inscrire dans l'économie de demain.
Devenus pourvoyeur de nucléaire dans toute l'Europe et poubelle nucléaire du même coup,
nous mettons en péril nos filières agricoles et agroalimentaires avec a minima un risque
d'image immense. Il suffit de demander aux agriculteurs de la région du Tricastin ce
qu'ils en pensent?! Dès lors, c'est exactement le contraire du mode de développement
économique que promeut le Grenelle qui est très clairement programmé.
Pour imposer ce passage en force, il va de soi qu'il n'est pas possible d'appliquer les
nouveaux modes de rationalité économique promus par le Grenelle, ni de suivre, dans
l'esprit et dans les textes, les procédures de concertation, de participation prévues au
niveau communautaire et transcrites dans les lois Grenelle. Une fois de plus, une
décision industrielle majeure ne repose sur aucune évaluation indépendante des coûts
comparés des différentes filières, des avantages et des inconvénients directs et
indirects qu'elles génèrent, et a fortiori, aucune prise en considération des
conséquences sanitaires et économiques des déchets n'est prévue. C'est le choix du
nucléaire parce que c'est le choix du prince.
Ainsi, le modèle économique que construit cette orientation tourne délibérément le
dos à tout l'effort mené dans le cadre du Grenelle et aux politiques suivies par les
autres pays du monde, à commencer par les Etats-Unis. Malheureusement, une fois encore,
pour des raisons idéologiques, la religion du nucléaire, notre pays se trompe d'époque,
se trompe de choix industriels et pour satisfaire nos champions hexagonaux des lobbies,
désormais tous rassemblés, condamne à mort les éco-industries du XXIème siècle qui
avaient cru que le Grenelle leur ouvrait une nouvelle voie.
....................
Vers un accroissement du coût dITER
(Enerpresse - 2 février 2009)
Si certains ne sont pas encore persuadés que les chercheurs du lobby nucléaire et
leurs complices politiques sont des gangsters : ils auraient malencontreusement
"oublié" de prendre en compte les mesures anti-sismiques. Dans la zone la plus
sismique de France ! Voilà comment on se retrouve avec une facture multipliée par
deux... en attendant pire.
Le prototype de réacteur à fusion devrait coûter bien plus cher que les 10 milliards
deuros initialement consentis, révèle The Guardian dans son édition de vendredi.
Selon le quotidien britannique, le budget initial na pas pris en compte le coût des
mesures anti-séismes que nécessite linstallation de la machine dans la zone
sismique de Cadarache.
Bien évidemment, lenvolée du prix des matières premières, qua connue le
monde ses dernières années, nétait pas non plus dans la tête des dirigeants
dEuratom, dans les années 1990. «Il y aura une inflation des coûts», a reconnu
Octavio Quintana Trias, le patron dEuratom, qui a dailleurs mandaté une
équipe pour établir le niveau de ces surcoûts.
Selon des scientifiques britanniques, la dérive pourrait osciller entre 30 et 100% du
montant initial de la facture. |