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d'abord aux Amis de la Terre, nous ne parlons ni de biocarburants, ni de carburants verts
car dans 99 cas sur 100, ces carburants ne sont ni bio, ni verts et ne contribuent
absolument pas à la protection de l'environnement, au contraire. Un exemple : en ce
moment, le gouvernement indonésien poursuit son projet de destruction de 16 millions
d'hectares de forêts tropicales, parmi les forêts les plus riches en biodiversité de la
planète ! Le but de cette destruction est de produire de l'huile de palme, dans le but
exclusif de fournir le marché européen. Dans quelque temps, vous pourrez rouler « bio
», alors que le carburant végétal brûlé dans votre voiture proviendra d'une des
destructions écologiques les plus graves de ces dernières années... Lorsqu'on parle de
biocarburants, il y a tromperie sur la marchandise ! Les Amis de la Terre, eux,
préfèrent donc parler d'agrocarburants ou de carburants végétaux.
La France partie-prenante de l'escroquerie aux carburants de susbtitution
Qu'en est-il de cet éthanol de maïs qui sera fabriqué dans l'usine de Lacq ? De plus en
plus d'études mettent en doute son utilité : L'université de Cornell est arrivée à la
conclusion qu'il fallait plus d'énergie pour fabriquer l'éthanol que l'énergie fournie
par l'éthanol (1,3 litre de pétrole pour fournir l'éthanol correspondant à 1 litre de
pétrole !). De plus, il faut 3 kg de maïs pour fabriquer un litre d'éthanol, ce qui
représente pour un petit véhicule qui consommerait 5 litres au cent, une consommation de
45 litres d'eau par km parcouru ! Est-il vraiment raisonnable de gaspiller autant d'eau
pour un carburant qui produit plus de gaz à effet de serre que le pétrole ? Mais face à
des résultats réels aussi pitoyables, comment expliquer cet engouement pour l'éthanol
de maïs ?
En fait, il y a trois raisons :
La spéculation : en détournant d'énormes quantités de maïs (ou de céréales
en général) l'offre ne peut pas suivre et les prix grimpent. A la bourse de Chicago, le
prix du maïs a doublé en 4 mois, en France le prix du blé a augmenté de 50% et le soja
commence à suivre. A tel point qu'il y a déjà eu des protestations au Mexique car les
populations pauvres ne peuvent plus se payer le maïs qui est la base de leur
alimentation. Pour quelqu'un qui veut nourrir la planète, monsieur Pèes semble bien
louper son coup.
Les subventions. A l'intérieur de l'Organisation Mondiale du Commerce, les pays du
Sud font pression pour que l'Union Européenne et les Etats-Unis respectent enfin leurs
engagements et arrêtent de subventionner leur agriculture. Les agrocarburants sont donc
un alibi bienvenu pour continuer à subventionner lourdement certaines activités
agricoles : céréales, oléagineux... Alors que les moyens pour lutter contre la
destruction des climats font cruellement défaut dans bien des secteurs, il y a de
l'argent pour de tels projets douteux...
Les OGM. Avec les agrocarburants, vous ne pourrez plus refuser les OGM dans votre
assiette, puisque ces OGM là ne sont pas destinés à l'alimentation. Syngenta vient
d'ailleurs de demander au ministère de l'Agriculture des Etats-Unis d'autoriser à la
culture, un maïs OGM sensé avoir un meilleur rendement en éthanol. Que se passera-t-il
lorsque ce maïs produisant un enzyme particulier viendra inévitablement contaminer le
maïs alimentaire ? La semaine dernière se tenait à Bruxelles une réunion appelée «
Marchés mondiaux des carburants végétaux » (World biofuel markets). Tout le gratin
mondial de la finance et de l'industrie y était. L'an dernier parmi les participants, on
comptait Abengoa, Monsanto et Syngenta. Le message est clair...Après l'échec des OGM
alimentaires, les agrocarburants doivent devenir le nouvel Eldorado des OGM...
Alors que Monsieur Pèes nous parle des OGM pour nourrir la planète, ce sont des millions
de tonnes de céréales qui sont gaspillées pour alimenter...nos voitures. La quantité
de céréales nécessaires pour faire le plein d'un 4X4 suffit à nourrir un humain
pendant un an ! Comme dit Nnimmo Bassey, un de nos collègues africains des Amis de la
Terre : « Jusqu'à maintenant des millions d'hectares étaient confisqués dans les pays
du Sud pour produire les OGM destinés à nourrir les animaux d'élevage des pays riches.
Aujourd'hui, ce sont, des millions d'hectares supplémentaires qui doivent produire les
agrocarburants des pays riches. Les agrocarburants sont devenus un moyen sophistiqué de
subventionner la combustion de NOTRE nourriture dans le moteur de VOS voitures. Que
va-t-il nous rester ?" |