| « Conformément
à la volonté exprimée par le Directeur général et le Président, une série de
mesures seront prises pour faire en sorte que cette réunion soit plus écologique et plus
respectueuse de l'environnement. Différents facteurs sont réunis pour mettre fin à
l'utilisation massive de papier. En adoptant une approche plus écologique, les Membres de
l'OMC feront savoir au monde qu'ils sont conscients de leurs responsabilités
environnementales. »
(Annexe 5 des documents préparatoires au Sommet interministériel de l'OMC à Genève).
Alors que nous sommes à deux semaines de Copenhague s'ouvre le 30 novembre la 7ème
conférence interministérielle de l'OMC à Genève. Quatre ans ! Voilà quatre ans que
l'OMC n'avait pas réuni de conférence interministérielle. Officiellement, il s'agit de
travailler sur l'état du cycle des négociations de Doha et contribuer à la reprise, à
la croissance et au développement. Et voilà que celle-ci se terminera miraculeusement le
2 décembre, cinq jours avant le début des négociations sur le climat.
Pourquoi alors, personne ne parle-t-il de ce sommet de Genève quand celui-ci s'inscrit
dans l'agenda international comme étant une étape du processus de Copenhague et la
relance du cycle de Doha ?
Peut être pouvons nous trouver une première réponse à la discrétion de l'OMC dans le
fait que les Etats-Unis profiteront largement de ce sommet pour y négocier Copenhague
grâce à leur « Groupe des économies majeures sur le climat ». Soit le G8, plus
l'Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l'Inde, le Mexique (G5), ainsi que la Corée du
Sud, l'Australie et l'Indonésie. Autrement dit ? 80% de la consommation énergétique
mondiale réunie, en dehors du cadre de l'ONU, pour discuter du nucléaire, du stockage de
carbone, des technologies « propres » et de leur financement.
Doit on aussi voir un lien avec Copenhague dans le chapitre de l'OMC sur « la réduction
ou l'élimination des obstacles tarifaires et non tarifaires visant les biens et les
services environnementaux » tels que l'eau, la biodiversité et le brevetage du vivant ?
L'OMC et l'ONU n'ont-elles pas signé en juin dernier un rapport commun « Commerce et
changement climatique » ? Ce dernier exprime positivement le « soutien mutuel » entre
le climat et le commerce. Effectivement, même si la libéralisation des échanges va
doper les émissions de gaz à effet de serre par le transport de marchandise, le rapport
explique que celui-ci se fait majoritairement en bateau, moyen le moins émetteur de tous.
Pour convenir finalement que le marché permettra, de fait, l'optimum écologique par le
transfert des technologies propres. La stratégie est claire, après l'énergie, faire
passer tous les biens publics mondiaux dans le giron du marché.
Mais qui alors, si ce n'est pas la libéralisation des marchés, a bien pu être la cause
des crises écologiques et climatiques ? Le transport de marchandise n'est il pas passé
de 10 000 à 40 000 kilomètres en moyenne depuis les accords de l'OMC ?
Car nous le savons tous, c'est bien le capitalisme vert qui est à l'uvre dans les
négociations sur le climat. Le néolibéralisme et le capitalisme financier battent de
l'aile violemment. Ils doivent trouver des nouveaux relais de croissance dans ces
technologies qu'ils nous vendent comme propres, dans la financiarisation de l'écologie et
du climat et dans ces pratiques néocolonialistes que représentent les mécanismes de
compensation dans les pays du Sud (du type des MDP et autres REDD).
Pourquoi, alors que le libre échange est responsable en grande partie de l'explosion des
émissions de gaz à effet de serre par la délocalisation des activités économiques, le
dumping fiscal, social et maintenant environnemental, la mobilisation est elle aussi
faible ?
Certainement parce qu'il faut aussi tenir en respect les citoyens et toutes les voix qui
commencent à gronder. Il faut détourner notre attention et nous maintenir hors de leur
gouvernance. OTAN, FMI, OMC et Banque Mondiale sont les piliers politiques, économiques,
commerciaux et monétaires de ce capitalisme destructeur.
Tenir en respect le citoyen, c'est commencer par le mettre en concurrence à l'échelle
nationale et internationale. C'est nous expliquer que nous ne valons rien par rapport aux
autres ouvriers dans le monde, pendant qu'on maintient artificiellement les travailleurs
des pays appauvris dans des conditions abominables. C'est ensuite détruire
consciencieusement tous les services publics en les ouvrant aux marchés et en mettant en
concurrence nos systèmes sociaux. Au final, c'est pour mieux s'attaquer à l'Etat. Car se
sont bien nos systèmes politiques qui sont confrontés les uns aux autres. C'est ainsi
expliquer que cet état est impuissant, démobiliser et dépolitiser.
La situation sociale catastrophique en France et partout ailleurs révèle que tous les
compromis sociaux obtenus à force de combat tombent les uns après les autres.
L'isolement continue quand, dans le même temps, il faudrait lutter, encore, pour exister
socialement en achetant la voiture hybride, la dernière télé, ou le dernier cri de
téléphonie.
Cet isolement par la mise en concurrence, c'est la déconstruction systématique de toute
conscience de classe.
Productivisme, libéralisme et consumérisme sont trois bastions du nouvel ordre
globalitaire qui pille les ressources naturelles comme il tari nos possibilités
d'émancipation.
Bastions que nous devons continuer à prendre d'assaut, de front. De front pour empêcher
la droite et les écolo-libéraux de faire de l'écologie le nouveau levier de
discrimination et de destruction sociale.
C'est à ce prix que nous pourrons construire le rapport de force citoyen, renverser les
normes du droit international et ainsi remplacer la concurrence par la coopération
internationale, la profitabilité par les critères environnementaux et sociaux.
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