| Joli Grenelle, sacré Grenelle ! La France mytho ? « La mythomanie est une
tendance au mensonge pouvant aller jusqu'à altérer durablement la vie sociale. Il a
été observé que le mythomane ment souvent parce qu'il craint la réaction (de
dévalorisation, par exemple) qu'entraînerait l'aveu de la réalité. Cette pathologie
entraîne un handicap social important dans les cas où le malade procède à des
altérations mineures et crédibles de la réalité. L'aveu étant souvent ou presque
toujours accompagné de réactions négatives de l'entourage, la mythomanie tend à
s'auto-entretenir. Contrairement au menteur, le mythomane n'est pas totalement conscient
de son mensonge (Tartarin « ne ment pas ; il se trompe », écrit Daudet). » (Selon
Wikipédia) Le 25 octobre 2007, léléphant qui trompe énormément accouche
dune souris verte. Après quatre mois de réunions et de débats entre syndicats,
patronat, collectivités locales, écologistes et représentants des pouvoirs publics,
agitation doublée dune communication hyperbolique, le Landerneau de
lécologie annonce la couleur : rien ! Mais que sest-il passé pour quon
en parle autant ? Toujours rien, sinon la sempiternelle poudre aux yeux et aux lucarnes
médiatiques lancée à lécocitoyen par une bourgeoisie néoconservatrice qui
nest pas prête de raccrocher. Mais cest tout de même un cran au-dessus du
négationnisme écologique de certains autres : à force de se draper dans les habits de
la vertu environnementale, les imposteurs rendent à leur façon hommage à leurs
adversaires idéologiques.
À ceux dissidents quils invectivaient hier encore en les traitant
didéalistes, de demeurés, dexcités, dintégristes, de gauchistes, de
traîne-savates, de nostalgiques, dennemis du progrès, de faux-prophètes. Voici
ces derniers devenus de respectables interlocuteurs, légitimés, intégrés, honorés,
bien assis et admis sous les ors élyséens, avec un fil à la patte et linnocuité
inoculée. On ne pouvait meilleure action antalgique pour faire des gueux, objecteurs de
croissance qui encore hier hurlaient au viol de la planète, des sujets écologiquement
corrects et fédérés par un néolibéralisme repeint de vert novateur. Et les ONG sont
enfin caressées dans le sens du poil, leurs pontifes sont flattés.
Ce fut un beau tour de passe-passe pour plaire à une galerie angoissée par
lavenir planétaire, sans renoncer le moins du monde à la règle des intérêts de
bout en bout, sans lâcher les fidèles partenaires de limpérialisme énergétique,
semencier, phytosanitaire et agroalimentaire. Les écologistes ont été détroussés à
leur insu, le système dominant sest accaparé le discours sans y croire un instant.
Obtenir ce consensus dune société a priori peu portée au souci écologique est
une très bonne chose, mais faire croire à des solutions miracles qui de toute évidence
en resteront à leur effet dannonce, qui plus est désamorcer linquiétude en
installant dans les esprits citoyens loption grotesque dune garantie
déconomie désormais positive, est grave parce que mensonger. « Réparer la
planète » ?
Il faut vraiment vouloir désinformer pour faire un titre de cette assertion
hasardeuse. Quand on sait dans quel état elle se trouve, la planète. Bien sûr,
cest porteur, cest vendeur. Comme il est difficile davoir du succès
quand on nest pas démagogue ! Et puis la modeste France nest pas la planète.
Si tant est que de louables actions soient entreprises et il faut les entreprendre
elles ne seraient quà un cauter bleu-blanc-rouge sur une jambe de bois
planétaire. Réinvestir nos trois jachères de Lozère en cultures biologiques ne pèsera
pas lourd dans la balance face au Brésil qui défriche pour faire de lagrocarburant
(objectif national pour 2010 : 240 millions dhectolitres), nous ne nourrirons pas
ainsi ceux qui fuient le Sahel desséché, et une écopastille bien sympathique nest
pas un défi à une Chine qui séveille dans la plus faramineuse et mortifère des
pollutions.
Des réponses fausses et rassurantes ont été données à des questions vraies. À
partir de maintenant, lécologisme franchouillard, encadré et désinfecté de ses
agitateurs, accompagnera la destruction des restes.
Ce 25 octobre restera la date de lécologie biaisée. Jusquà plus ample
informé, le capitalisme (même le mot a pris un coup de vieux !), pourfendeur de la
Nature, est tenu par des intérêts plus forts que les propos et les envolées des
quelques hurluberlus et autres végétariens anti-nucléaires. Les fossoyeurs du Vivant
demeurent les gardiens cruels de tous les lobbies de la mort et de la prévarication.
Lorsque la société de la frime, des discours trompeurs et des mots trahis, disserte sur
la biodiversité et la sauvegarde de la planète, les lucides, les inquiets et les
victimes, roulés dans la farine, nont plus rien à espérer de concret.
Ce grand déballage qui promettait vingt mesures exemplaires a accouché de mesurettes
symboliques mais le succès est énorme : lopinion publique se souviendra que les
néoconservateurs parlent écologie. Définitivement. Grenelle naura pas été
quun confetti : il a désamorcé pour toujours en France toute velléité noble,
sincère et légitime, cette voix insoumise, insurgée, criée par les sans-culotte et
qui, quoi quon en pense et dise, faisait lopinion publique républicaine.
Lécologie humaine est muselée. Le roitelet est un tacticien de haut vol, merci à
ceux qui lont choisi. Forçant de tous ses vux électoraux à une liquidation
de lhéritage de Mai 68 qui, selon lui, mit à bas les valeurs, il puise à la
louche dans le dit héritage pour sen accaparer lidée dune verte
révolution. Il ny a pas davantage esprit 68 que les accords sociaux de Grenelle et
lidée dune planète écologiquement solidaire.
Simultanément, un transfuge du socialisme nommé Attali, prince du micro crédit à
taux usurier pour perdants du Sud, économiste aux pieds nus cautionnant sans pudeur ses
velléités bancaires de la marque de Gandhi que le saint homme aurait voué aux
hégémonies, a tenté de dénoncer le principe de précaution en laccusant de
handicap au développement. Se rendant compte quil ny a pas de durable sans
précaution, le banquier écrivain au grand cur fit volte-face. 2007 aura été un
bon cru pour lespoir vaincu.
Six groupes de travail (climat, biodiversité, gouvernance, santé environnement,
agriculture, promotion de modes de développement écologiques) ont planché sous la
houlette de Jean-Louis Borloo, exalté environnemental comme en atteste son parcours (!)
et de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire détat à lécologie, brillante
polytechnicienne issue d'une grande famille politique française descendant (avant le
Ministère de lidentité nationale) du patriote polonais Tadeusz Kosciusko et
mariée à un proche collaborateur du leader de laéronautique EADS du groupe
Lagardère (second sujet de lactualité parallèlement au Grenelle
). Un
millier de propositions ont été avancées au cours des discussions, lesquelles
suggestions, passées au crible, ont débouché sur quelques plans daction dont
lapplication sera mesurable dans le temps.
Cette OPA des affairistes sur lécologie et qui prétend avoir lancé un signal
était un évident marché de dupes aux ficelles flagrantes. Cest dès les années
1960 que le signal fut lancé, et étouffé par ces mêmes gens. La synthèse du Grenelle
ne fut que laconismes en veux-tu, en voilà. La taxe carbone reste à létude et en
discussions ; la fiscalité environnementale est renvoyée en touche puisquil faut
limposer à lEurope ; bras de fer sur les produits pesticidaires et un bémol
quant à en baisser de moitié lemploi dans les dix ans à venir ; gel temporaire et
bref moratoire sur les OGM, initiative française qui ne mange pas de pain puisque
contraire à la décision européenne, avec à la clé un non-renoncement aux « OGM de
lavenir » ; un plan Marshall au double langage pour les transports (énergies et
moteurs du futur) et une politique prioritaire des transports en commun avec basculement
du routier vers le ferroviaire et le ferroutage des camions (tous daccord pour des
livraisons en 2 semaines au lieu de 24 h chrono, même les hypermarchés ?!) ; une
écopastille, taxe sur les véhicules polluants, « est en bonne voie » pour substituer
à une réduction de 10 km/h sur routes, écartée par les Français finalement pressés
(den finir !) ; une rénovation du parc immobilier sur un modèle écologique (le
coût est estimé à 600 milliards deuros dont nous navons pas le premier) ;
et quid de la biodiversité : trois options gadgets ? Une loi sur les mesures annoncées
serait présentée au Parlement dans les mois qui suivent.
Ce qui na pas été mis au rancard, comme le nucléaire et pour cause puisque
nous sommes au lendemain davoir refourgué nos centrales à la Libye ennemie et au
Maroc ami, nest que trop insuffisamment contraignant pour oser espérer inverser les
tendances. Où est la révolution verte annoncée, où est le nouveau choix de société ?
Dans un coup fourré de consensus mous, de leurres, de volte-face, de mille reports aux
calendes grecques ? Des flous, des promesses, et après ? Le Grenelle de
lenvironnement fut surtout le grand couac de lécologie. Et le capitalisme pur
et dur sévertue à devenir durable, nen déplaise à la flagrante
contradiction des genres.
Tout le monde semble avoir salué laboutissement du Grenelle de
lenvironnement, victoire comme lon clamé les médias à la botte de
lillusoire. Victoire, cela en est une pour les adeptes des compromis mous, des
ambiguïtés, des reports, des moratoires flasques. Des débats constructifs, des
discussions satisfaisantes, des accords implicites et sans calendrier, un clin
dil de bio dans les cantines et pas mal de pirouettes, cest au mieux le
vrai bilan. Mais ce nest pas une victoire pour ceux qui pensent quil y a
urgence planétaire. « Pour sauver la planète, cest maintenant ou jamais » a
même proclamé le même jour lONU, organisme convenu et pourtant ici discordant.
Cest officiellement urgent depuis 1987 et le rapport Brundtland (Notre avenir à
tous). Mais vingt ans après, maintenant cest encore demain. Vingt ans déjà, que
cela passe vite vingt ans.
Fin du feu de paille. Le lendemain sortait le nouvel Harry Potter. On dit que ce sera
le dernier. Oiseau de mauvais augure, je prends date pour dans peu de temps, celui de se
réveiller de leffet cathartique, pour prédire quon se souviendra du Grenelle
de lenvironnement comme dun pathétique tintamarre.
Me suis-je mal expliqué ?
Je serais satisfait que mon pays, au moins mon pays, change de cap et commence à
comprendre la fragilité de la biosphère, ce que savaient et savent depuis la nuit des
temps les peuples premiers que nous avons massacrés et que nous massacrons encore. Si je
cherche à relativiser lactuelle euphorie ambiante, cest que de toute
évidence il faudra plus de 50 ans pour changer nos habitudes, notre culture, notre
politique, notre économie et que crier victoire est bien facile ; quen raison du
long chemin parcouru dans la cécité écologique le gros de la planète vis dans
lurgence alimentaire et sanitaire et ne risque pas dentendre un discours
incantatoire promus par les nantis dune écologie des beaux quartiers ; et
quenfin remenber - notre président est tout sauf sincère. Tout le monde
fait semblant doublier que la mue écologique de Nicolas Sarkozy (Prix Nobel de la
duplicité ) fut propulsée par la nécessité électorale, que dabord sceptique sur
les enjeux écologiques et peu spontané à signer le Pacte écologique juste cause
il en fit rapidement sa bouée verte.
Il était intéressant, hier 29 octobre, en zappant dune télé à une autre, de
passer de lengouement unanime (même de Greenpeace) pour festoyer lan 1 de la
nouvelle révolution verte et de ses contraintes, à un reportage sur tel hôtel de
Chamonix satisfait de recevoir enfin des touristes de
lInde. Que les
promoteurs du tourisme sachent bien que les Indiens favorisés par une élévation de leur
niveau de vie nauront plus à parcourir des milliers de kilomètres pollueurs pour
une semaine de détente entre Mont Blanc et Tour Eiffel. Personne nignore
quencore en 2050, le tourisme souhaité restera celui-là ! Et tout à
lavenant. Mais forçons-nous à loptimisme.
In extremis, à regrets et pas pour de vrai !
Ce nest pas une « actualité », mais une réflexion. Une réflexion pas vraiment
personnelle mais très partagée, sur le retournement forcé et opportuniste des
décideurs de notre société.
In extremis, comme ça, dun coup, au pied du mur « électoral », alors que cela
fait plus de 30 ans qu'ils niaient, reniaient, déniaient nos arguments écologiques.
Après nous avoir drapés damiante, nous avoir asphyxiés de biocides, avoir
défriché, remembré, déboisé, bétonné les paysages sous n'importe quel prétexte
vénal, on nous annonce subitement que lon ne va plus agir ainsi, que lon
pouvait faire autrement, que lon va faire autrement. On nous dit même que nourrir
jusquà 10 milliards de terriens sur un mode biologique serait possible
!
Donc jusqu'à maintennat il le faisiait exprès. Demain, ils diront que lélevage en
batterie nest pas incontournable, que cétait comme les cirques, les zoos, la
corrida ou la chasse, une mauvaise habitude ancrée, que nous ne sommes pas si carnivores
ou si cruels que ça, quil faut mieux privilégier les protéines végétales, du
moins face aux preuves cancérigènes de celles animales...
Maintenant, on sait que le système et les irréductibles maîtres du monde peuvent
tout dire et linverse, ce qui compte pour eux cest de ne pas
lâcher prise, c'est de continuer à oeuvrer pour une lobotomie démocratique, à tenir
sous leur joug la foule consumériste, quitte à recycler les reproches qui leurs sont
faits, à sen délecter, et ce, jusquau bord du gouffre. Le pouvoir ne se
mesure ni à la dignité, ni aux vertigineuses aliénations qu'il induit.
Regardez à la télé, la propagande des dominants vire sa cuti et la plupart des pubs
se repeignent soudainement de vert, se vantent de toutes les vertus écologiques qui
jusque hier étaient cyniquement foulées du pied.
"Grenelle, Grenelle, la belle saison, une sérénade m'a fait perdre la
raison..." Mise à part le nucléaire partout vendu à la criée, je ne vois rien
poindre à l'horizon. Ah oui, il faut un peu de patience, c'est ça !
Michel Tarrier |