Le nucléaire est inefficace en terme de réduction démissions
de CO2. Admettons quon relance massivement le nucléaire à léchelle
mondiale dici 2030. Selon léconomiste Benjamin Dessus et lancien expert
du Comité à lénergie atomique Philippe Girard (1), multiplier par trois le
nombre de centrales dans le monde ne réduirait les émissions de CO2 que de 9 %.. Un
résultat très faible en termes de lutte contre les changements climatiques, qui
impliquerait un investissement astronomique 780 milliards deuros, un tiers de
laide publique au développement !, et qui entraînerait lépuisement
des réserves mondiales duranium dès 2030
Le nucléaire nalimente pas les secteurs les plus émetteurs de CO2.
Contrairement au pétrole ou au charbon, le nucléaire émet certes peu de gaz à effet de
serre. Mais il représente moins de 3 % de la consommation finale dénergie au
niveau mondial seulement 17 % en France, où il est pourtant omniprésent. Les
besoins couverts par le nucléaire ne concernent que lélectricité, soit au maximum
un quart de nos besoins énergétiques. Il est totalement inopérant dans dautres
secteurs fortement émetteurs de CO2, comme les transports. Ainsi, les 440 réacteurs
actuellement en activité dans le monde ne permettent déconomiser que 4 à 6 % des
émissions de CO2.
Le nucléaire est hors délais face à lurgence climatique. Pour
lutter contre leffet de serre, cest aujourdhui quil faut
transformer les modèles énergétiques des pays développés et aider les pays en
développement à sengager dans une bonne maîtrise de lénergie. Dans 20 ou
30 ans, il sera trop tard. Impossible, donc, de miser sur des débouchés hypothétiques
comme le nucléaire de 4e génération, qui ne sera pas opérationnel avant 2040, ou
encore la fusion nucléaire, qui ne serait disponible quaprès 2050 ! Il sera trop
tard pour agir.
Le nucléaire nest pas une énergie renouvelable. Les ressources en
combustibles nucléaires sont limitées dans le temps. Les réserves duranium, qui
alimentent les réacteurs, sont estimées à 60 ans au rythme de consommation actuelle. Un
délais très court, quil faudrait encore revoir à la baisse si le secteur devait
se développer. Un tel constat exclut une relance massive sur la base de réacteurs
classiques à uranium enrichi. Quant à aux réacteurs de 4e génération, qui
fonctionneraient à partir de plutonium, ils ne seront pas disponibles avant 2040 et
fonctionnent à partir de plutonium, un combustible qui multiplie les risques de
prolifération et de détournement des matières fissiles.Le nucléaire est
incompatible avec une politique defficacité énergétique. Le constat est
unanime : prendre des mesures defficacité et de sobriété énergétiques est une
priorité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elles recèlent un
potentiel supérieur, elles sont plus rentables et leurs effets sont plus rapides que le
nucléaire. Le dispositif français, caractérisé par sa surcapacité, entraîne à
linverse un phénomène de gaspillage énergétique considérable :
- les centrales ont besoin de fonctionner jour et nuit pour être amorties, quelle que
soit la demande dénergie ;
- la surcapacité induit des réflexes de gaspillage considérables et maintient
lidée selon laquelle plus de consommation équivaut à plus de confort ;
- cette surcapacité crée des excédents qui sont revendus à un coût marginal et qui
sapent le développement des alternatives ;
- le système électrique ultra-centralisé imposé par le nucléaire provoque un
gaspillage (autoconsommation des centrales et pertes en ligne sur le réseau électrique)
qui représente léquivalent de la production de 7 réacteurs.
Le développement du nucléaire se fait aux dépends des renouvelables. Le
nucléaire cannibalise environ 80 % des budgets de recherche et développement dans le
secteur de lénergie et freine ainsi lexpansion des énergies renouvelables.
Le nucléaire est très sensible aux changements climatiques. En
été, le rendement dune centrale se dégrade. Les réacteurs doivent même être
arrêtés si la température devient excessive
Ainsi, en 2003, durant la canicule,
alors que le pays entier les agriculteurs notamment manquait deau, il
a fallu arroser le toit de la centrale de Fessenheim pour la maintenir en fonctionnement.
Au regard des conséquences prévisibles des changements climatiques, des épisodes comme
celui de Fessenheim ne manqueront pas de se reproduire. Lalimentation en eau des
centrales, se fera au détriment de la biodiversité des cours deau, ou au prix de
la création de circuits fermés complexes et coûteux
Tandis que les risques
dinondations ne manqueront pas de menacer ces installations une majorité de
centrales situées à proximité de rivières ou de la mer.
Le nucléaire est réservé aux pays riches. « Les sommes colossales
englouties dans le nucléaire mondial ne serviront jamais à la moitié pauvre de
lhumanité », écrivait le chancelier Willy Brandt dans son testament (2). La lutte
contre les changements climatiques est laffaire de tous, y compris des pays en voie
de développement qui utilisent principalement des sources dénergie fortement
émettrices en carbone. Or pour ces pays, pas question pour eux de geler les lourds
investissements exigés par le nucléaire pendant des périodes excessivement longues au
regard des délais de construction
De plus, la construction de centrales nucléaires
nécessite un important réseau électrique de lignes très haute tension pour absorber la
grosse quantité délectricité produite en un lieu. Un tel réseau, très cher et
fragile, nexiste pas dans la plupart des pays émergents. Sans compter le
développement dune industrie lourde et des personnels hautement qualifiés à
former, payer
Le nucléaire est donc une solution qui nest pas universelle
contrairement aux énergies renouvelables.
Le nucléaire est exclu des mécanismes de Kyoto. Les pays membres de la
Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques ont exclu le nucléaire
des mécanismes de flexibilité du protocole de Kyoto, cest-à-dire des mécanismes
qui permettent à un pays de faire autre chose que diminuer ces propres émissions
(marché de CO2, développement dinfrastructures dans un pays du sud, etc.).
Pourquoi ?
- parce quil est impossible de sengager sur des délais de construction et
donc de donner une valeur aux émissions, qui restent toujours incertaines ;
- parce quun mécanisme économique dincitation comme le prévoit Kyoto a
peu dinfluence sur des choix avant tout politiques et dépendant des autorités
publiques, comme cest le cas du nucléaire ;
- enfin parce que les questions de la prolifération, de la surcapacité des
réacteurs, des déchets etc. se posent avec encore plus dacuité dans les pays en
développement.
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(1) Voir le scénario « Su Sunburn » de Be Benjamin Dessus et Ph Philippe Girard,
dans les Cahiers de Global Chance, n° 21, mai 2006, www.agora21.org/global-chance/GC-N-21.pdf
(2) « Nord-Su Sud un programme de survie », testament du Chancelier Willy Br
Brandt. |