Nucléaire: A deux doigts de la catastrophe en Europe |
| Une
étincelle suffit pour déclencher lapocalypse nucléaire ! |
LEurope est passée à deux doigts de la catastrophe nucléaire le 25
juillet 2006 à cause dun court-circuit qui a provoqué le black-out dun
réacteur à Forsmark en Suède. Selon lancien responsable de cette centrale, «
Cest lévénement le plus dangereux depuis Harrisburg et Tchernobyl ».
Alors que la panne gravissime du réacteur suédois fait la UNE de la presse en Europe, on
en a très peu entendu parler en France. Le Réseau « Sortir du nucléaire » apporte
donc la lumière sur le plus grave événement lié à un réacteur nucléaire depuis
lexplosion de Tchernobyl, il y a exactement 20 ans. |
Réseau Sortir du
nucléaire Fédération de 743 associations www.sortirdunucleaire.fr - Tel. 04 78
28 29 22 |
Le 25 juillet dernier à la
centrale nucléaire de Forsmark (Suède) un court-circuit dans le réseau électrique
extérieur de la centrale a provoqué la perte dalimentation électrique du
réacteur n°1. Le réacteur a alors été stoppé dun seul coup en raison de la
coupure de courant. Tous les écrans de la salle de contrôle se sont éteints
simultanément : les opérateurs se sont retrouvés sans les commandes face à un
réacteur incontrôlé et incontrôlable. Une seule solution pour éviter la fusion du
coeur : mettre en route les quatre générateurs pour alimenter en électricité les
pompes de refroidissement du réacteur. Mais aucun na démarré spontanément comme
il aurait dû le faire dès quune panne de lalimentation extérieure survient.
Il semblerait que les batteries des générateurs aient été affectées par le
court-circuit. Le cur ne pouvant plus désormais évacuer sa chaleur, sest
échauffé [1], le niveau de leau dans le circuit primaire a baissé de deux mètres
et la pression a dégringolé à 12 bars alors quelle doit se maintenir à 70 bars.
Dans ces conditions laccident majeur nest plus quune question de
minutes. Or il faudra 23 minutes à léquipe en place pour finalement arriver à
démarrer manuellement deux générateurs de secours. 23 minutes pendant lesquelles les
opérateurs nont pas su si le réacteur était vraiment à larrêt et si leurs
actions avaient les conséquences voulues [2]. Pourquoi seulement deux générateurs sur
quatre ont-ils finalement démarré alors que les quatre générateurs étaient de même
conception ?
On lignore toujours.
Que se serait-il passé si aucun des générateurs de secours navait fonctionné à
Forsmark le 25 juillet ?
La première phase de la destruction du cur, selon les Suédois, se serait produite
7 minutes plus tard et la fusion, dans lheure qui aurait suivi, produisant un
dégagement colossal de radioactivité qui se serait disséminée dans toute
lEurope. Une fois le processus de fusion du cur entamé, lexplosion du
réacteur risquait de se produire à nimporte quel moment [3]. Le réacteur de
Forsmark est bien passé très très près de la catastrophe nucléaire.
Un ancien responsable et constructeur du réacteur n°1 de Forsmark, Lars-Olov Höglund,
confirme quil sagissait bien dun événement gravissime : « Cest
un pur hasard si la fusion du cur na pas eu lieu » a-t-il déclaré au
journal suédois Svenska Dagablet [4].
Faut-il rappeler que lorganisme de contrôle nucléaire américain, la NRC [5],
estime que 50 % des scénarios menant à la fusion du cur ont une seule et même
cause : la coupure de courant du réacteur [6] ?
Comme un défaut générique est très vraisemblablement à lorigine de la panne
gravissime, lorganisme de contrôle nucléaire suédois a fermé préventivement
trois réacteurs.
Si lon tient compte des réacteurs fermés pour maintenance, la Suède a
aujourdhui la moitié de ses réacteurs en berne. LAllemagne et la Finlande
examinent de près chacun de leurs réacteurs nucléaires et la France, bien évidemment,
ne fait rien, persuadée quelle est de son infaillibilité. On pourra toujours nous
raconter que cela ne peut pas arriver aux réacteurs français parce que leur conception
est différente mais cest un court-circuit hors du réacteur qui a mis à genoux le
réacteur suédois. EDF et la DGSNR [7] doivent impérativement démontrer que ce
risque nexiste pas en France. Jusquà preuve du contraire, laccident
majeur nucléaire est possible en France en raison dun court-circuit sur le réseau
électrique. En attendant, les 58 réacteurs nucléaires français doivent être arrêtés
et inspectés minutieusement pour déterminer sil y a ou non un tel défaut
générique.
Oui, on peut perdre le contrôle dun réacteur occidental récent pendant plus de 20
minutes. Oui, on risque laccident nucléaire à cause dun simple
court-circuit. Non, les tenants de latome nont pas tout prévu. Preuve en
est la déclaration de lAIEA [8] rapportée lannée dernière par
lexploitant du réacteur suédois : « La centrale nucléaire de Forsmark est une
des plus sûres au monde et il devrait être possible de la faire fonctionner pendant
encore 50 ans » [9].
Belle clairvoyance !
La technologie nucléaire est extrêmement fragile par essence parce quelle met en
uvre une infinité de procédés plus complexes les uns que les autres, rendant les
sources daccidents multiples et imprévisibles. Le nucléaire est par nature
périlleux et ingérable. Forsmarks Kraftgrupp, propriétaire de la centrale de
Forsmark, lavait probablement oublié en affirmant en 2005 qu« un
réacteur nucléaire nest en réalité quune bouilloire géante » [10].
La crise nucléaire de Forsmark montre clairement que les réacteurs russes RBMK ne sont
pas les seuls à être dangereux mais que, bien au contraire, tous les réacteurs
nucléaires sont menaçants même sils sont construits par une des nations les plus
développées au monde, la Suède. Le nucléaire nous fait prendre des risques ahurissants
sans pouvoir assurer notre sécurité.
Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?
Pour quon arrête de jouer nos vies à la roulette russe, exprimons notre refus de
lénergie nucléaire à nos gouvernants en rejoignant le samedi 17 mars 2007 les
manifestations du Réseau « Sortir du nucléaire » contre la relance du nucléaire à
Lyon, Toulouse, Rennes, Strasbourg et Lille.
Martin Leers, chargé de campagne au Réseau « Sortir du nucléaire »
Mail : martin.leers (at) sortirdunucleaire.fr
Notes :
[1] Même lorsque un réacteur nucléaire ne produit pas délectricité, il faut
continuer à le refroidir car des fissions nucléaires se poursuivent. A titre
dexemple, un réacteur de 1300 MW un mois après son arrêt produit encore 6 MW de
puissance résiduelle.
[2] Rapport préliminaire de lorganisme de sûreté nucléaire suédois concernant
Forsmark 1
http://www.ski.se/dynamaster/file_archive/060803/33cd15dfe7e3739372aa77bbc24f96b0/RASK%2dreport%20english.pdf
[3] Notamment due à lémission dhydrogène produit par loxydation du
zirconium des gaines abritant le combustible quand le cur fond (cf. rapport
scientifique d'activité 2002 de l'IRSN p.28).
[4] http://www.svd.se/dynamiskt/inrikes/did_13348422.asp
[5] Nuclear Regulatory Commission
[6] HIRSCH, Helmut, Nuclear Reactor Hazards Report. p.121.
<http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards>
http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards
<http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards>
[7] Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection
[8] Agence Internationale de lEnergie Atomique
[9] http://www.forsmark.com/upload/277/eng_broschyr.pdf
[10] Id.
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Aout 2006 |
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