Cette affaire est la suite de celle du document confidentiel défense issu
d'EDF, que le Réseau "Sortir du nucléaire" s'est procuré et a rendu public
(voir la chronologie de l'affaire sur le site : http://www.sortirdunucleaire.fr
). Ce document ultra-sensible reconnaît que le réacteur nucléaire EPR n'est pas conçu
pour résister à un crash d'avion de ligne.
Après s'être procuré ce document, le porte-parole du Réseau "Sortir du
nucléaire" a été mis en garde à vue par la DST, le 16 mai 2006 et le 25 mars
2008, sur réquisition du Parquet de Paris (section "antiterroriste") avec la
menace de 5 ans de prison pour "compromission du secret de la défense
nationale".
Pour protester contre cette mise en examen, le Réseau "Sortir du nucléaire" a
mis en ligne le document Confidentiel défense et l'a diffusé à de nombreuses
organisations et personnalités qui l'ont aussi mis en ligne en signe de soutien. (*)
EDF et la DST semblent à ce jour toujours en échec dans la recherche de la
"source" qui, de l'intérieur d'EDF, informe "Sortir du nucléaire".
D'où, certainement, la mise en oeuvre de méthodes illégales pour lesquelles une
question se pose : la DST a-t-elle aidé EDF pour espionner "Sortir du
nucléaire" ? Si c'est le cas, cette affaire est encore plus explosive.
Le Réseau "Sortir du nucléaire" va sous peu porter plainte devant le Parquet
de Nanterre contre EDF mais aussi contre la DST (désormais DCRI) dans cette affaire
d'espionnage et d'infiltration. Plus généralement, cette affaire montre, si cela était
encore nécessaire, que le nucléaire ne nuit pas seulement à l'environnement et à la
santé des êtres vivants, mais aussi à la démocratie.(*) Document confidentiel
défense : http://www.sortirdunucleaire.org/dossiers/confidentiel-defense.html
.........
Des atomes crochus pour traquer les antinucléaires
(Le canard enchaîné - 8 avril 2009)
"EDF et les RG de Bordeaux ont travaillé main dans la main à la surveillance de
Stéphane Lhomme". C'est la confidence faite par l'un des mis en examen aux
enquêteurs. Normal, si l'on ose dire, c'est en Gironde que ce militant bordelais a mené
l'essentiel de ses actions : contre le transport de déchets nucléaires, les dangers de
la centrale du Blayais, de l'EPR, etc.
Or, EDF, comme AREVA, compte dans ses effectifs des fonctionnaires de police détachés,
mais toujours en liaison avec le Ministère de l'Intérieur. Rien de plus facile, donc que
d'harmoniser leurs efforts contre des individus jugés dangereux pour la sûreté de
l'Etat. "Aux RG, se souvient un ancien, la section "Contestation et
violence" comprenait cinq personnes. Il y avait un collègue qui ne s'occupait que
des "antinucs".
La parano d'Etat atteint parfois des sommets quand, par exemple, Didier Anger
(ex-conseiller régional Vert dans la Manche) se voit épié dans ses moindres mouvements.
"Un jour, raconte-t-il, se sachant écoutés, on s'est donné un rendez-vous par
téléphone sur le site de la centrale de Flamanville. Les gendarmes y sont arrivé en
masse. Pendant ce temps, on a occupé la préfecture..."
EDF avait plus d'une opération d'espionnage au compteur Le
canard enchaîné - 8 avril 2009
Ses protestations indignées n'y feront rien : le groupe EDF est bien le héros de
l'affaire de piratage informatique de Greenpeace relatée le 18 mars dernier, par le
Canard et relancée par Médiapart. Mieux, de nouveaux éléments, découverts par les
enquêteurs viennent aggraver son cas.
Ils ont notamment trouvé, chez EDF, dans l'armoire du numéro 2 de la sécurité,
Pierre François, un CD-Rom contenant des captures d'écran et des copies de fichiers
provenant de l'ordinateur de Yannick Jadot, responsable des campagnes nucléaires de
Greenpeace. Et ils disposent de témoignages sur les rencontres de Pierre François avec
un représentant de Kargus Consultants, exécutant de cette opération de basse police.
Une officine très au courant
Difficile, dès lors, d'invoquer l'excès de zèle d'un sous traitant, agissant hors de
tout contrôle. D'autant que Kargus Consultats a signé, entre 2004 et 2006, des contrats
avec EDF, d'un montant total d'environ 50 000 euros. L'un des acteurs de l'affaire a aussi
évoqué d'autres opérations d'espionnage notamment sur le site breton de Couëron, où
Greenpeace entrepose du matériel "militant" et dispense des formations à ses
"activistes", comme ils les surnomment eux-mêmes.
Les enquêteurs viennent de découvrir un nouvel exploit à l'actif d'EDF. En 2006, le
géant de l'électricité avait placé sous surveillance le très remuant porte parole de
l'association Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme. C'est l'entreprise suisse Securewyse
qui, durant plusieurs mois, avait assuré cette mission. Patron de cette officine, Michel
Arditti jure toutefois au "Canard" qu'aucune action illégale n'a été menée.
Pourquoi cette insatiable curiosité ? Parce que Lhomme avait réussi à se procurer un
rapport classé "confidentiel défense" consacré à l'EPR, le réacteur
nucléaire de nouvelle génération que EDF et Areva espèrent vendre au monde entier.
Daté de février 2003 et rédigé par le patron de la branche Energie du groupe, ce
document émettait d'embarrassantes réserves - en contradiction avec le discours officiel
- sur la solidité du réacteur en cas d'attaque, type 11 septembre, par un avion gros
porteur. Parallèlement à l'enquête d'EDF, la DST a mené ses investigations et a placé
en garde à vue, à deux reprises (en 2006 puis en 2008), le militant écolo Stéphane
Lhomme. Apparemment sans arriver à découvrir le nom de son informateur.
Alerte aux extraterrestres
"Voilà des années qu'EDF est une maison de coups tordus", affirme au
"Canard" un cadre du groupe. "Cela tient peut être au nombre d'anciens
militaires, agents de renseignement et autres flics qui viennent y travailler après leur
retraite." Et de citer une affaire de lettres anonymes adressées, en 2005, au
parquet de Paris. Lesquelles mettaient en cause deux hauts dirigeants, accusés de
financements politiques occultes. Après deux ans d'enquêtes infructueuses - menée à
l'insu des intéressés - le dossier a été classé sans suite. Mais il a nourri une
solide parano au sein du groupe.
Autre ingrédient de la culture policière maison, le recours systématique à des
boîtes de sécurité extérieures. Comme le groupe Geos, spécialisé dans la protection
des salariés expatriés, avec l'aide occasionnelle de gentils mercenaires. En 2003, Geos
a réalisé un audit sur la tour EDF de la Défense. Y étaient signalées diverses
failles dans la sécurité interne des locaux. Ainsi, lors d'une inspection nocturne, les
enquêteurs avaient mis la main sur un rapport confidentiel de 260 pages consacré aux ...
extraterrestres. Encore des ennemis prêts à tout, dont il va falloir s'occuper
sérieusement.
Jérome Canard
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