| Résistance |
| Le
paysagiste Gilles Clément,théoricien du «jardin planétaire», annule ses
engagements avec l'Etat pour cause d'élection de l'ultra-libéral Sarkozy |
| Le
paysagiste Gilles Clément (le théoricien du «jardin planétaire», créateur du parc
André-Citroën ou du jardin du musée du Quai-Branly), intervenant aux 46e Journées des
plantes de Courson (Essonne), a transformé sa conférence en manifeste politique. Il
explique qu'il annule ses engagements avec l'Etat. Décision dictée par l'élection de
Sarkozy, qu'il juge porteur d'un projet néfaste pour la planète. Sa radicalité détonne
dans le paysage français, où les frontières politiques s'amollissent jusqu'à faner. |
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Le
théoricien du «jardin planétaire», créateur du parc André-Citroën et du jardin du
musée du Quai-Branly, annonce qu'il annule «la totalité des engagements pris auprès
des services publics et privés sur le territoire français, à l'exception des instances
officielles ou non officielles où, de façon avérée, s'établit la résistance».
Explications du jardinier-écrivain, dont le dernier livre s'intitule "Une
écologie humaniste"(2).
Pourquoi cette prise de position publique ?
Je refuse de cautionner un projet qui va dans le sens d'une destruction de la planète et
n'est pas conforme à ce que j'estime humainement acceptable.
En quoi ce projet vous paraît-il destructeur ?
C'est un projet ultralibéral, qui favorise la santé des entreprises plutôt que la
santé humaine, où l'économie domine, où les fluctuations de la Bourse commandent, où
la pollution devient une monnaie d'échange avec les droits à polluer et le marché du
CO2. L'humanité est au bout d'une chaîne de fabrication et de prédation, et nous
dépendons d'une diversité biologique qui est aujourd'hui réduite par notre activité et
par l'arasement, à travers l'agriculture, des conditions nécessaires à cette
diversité. Nous vivons en accélérant des mécanismes dévastateurs pour l'eau, le sol,
l'air, les aliments, au service de la tyrannie boursière.
Mais cela n'a pas commencé le 6 mai...
Les choses étaient engagées très largement, mais il y avait encore une plasticité, des
possibilités de discussion. Même si depuis douze ans, nous étions dans une sorte de
laminoir nous engageant dans une voie unique. Avec Nicolas Sarkozy, on s'engage de façon
absolue dans ce système ultralibéral et cynique.
L'élection de Royal aurait-elle changé cela ?
Le choix du 6 mai nous fait descendre de plusieurs étages d'un coup ! Le programme de
Royal était un programme de société, et non de castes. Il y avait la perspective
qu'elle s'entoure de gens compétents.
Juppé est nommé ministre du Développement durable, concept que vous
dénoncez...
C'est un mauvais oxymore. Comme le dit un économiste américain, dans un système fini
comme celui de la planète, il faut être fou ou économiste pour imaginer un
développement infini. Sous des apparences de belles idées, le développement durable
sert de caution à des pratiques non
écologiques. L'exemple le plus frappant, ce sont les biocarburants, qu'on présente comme
«la» solution. Ce n'est que de la poudre aux yeux pour maintenir l'industrie automobile,
et éviter que le choix de la voiture soit débattu. Sur un plan environnemental, c'est
une aberration.
Ils polluent à peine moins l'atmosphère que les carburants traditionnels, et pour faire
un litre de biocarburant, il faut un litre de pétrole !
Vous avez déjà annulé des engagements ?
Oui, des interventions dans des organismes dépendants de l'Etat. Je préfère perdre des
chantiers, et aller en trouver ailleurs ou réduire mes dépenses. Le pouvoir, l'argent ne
m'intéressent pas. Au départ, je voulais tout annuler, mais, depuis mon communiqué,
j'ai eu beaucoup de réactions. Et je me suis aperçu qu'il y a des lieux de résistance
où il est possible de travailler : collectivités locales, associations...
Vous écornez votre image consensuelle.
Cela fait trente ans que je dis des choses que personne n'écoute. On dit : «Il est
gentil, il fait de beaux jardins. » La liberté, l'invention, la culture sont aujourd'hui
en danger.
(1) www.gillesclement.com (2) Ed. Aubanel.
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| (par
Eliane Papriarca, "Libération") |
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| juin 2007 |
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