Avocate à la Cour d'Appel de Paris, elle est devenue ministre déléguée au
Commerce extérieure le 2 Juin 2005. La ligne politique de C. Lagarde se définie de sa
propre déclaration : « La lutte contre le chômage passe par la réforme du droit du
travail », qui « constitue souvent un frein à l'embauche et à un certain nombre de
décisions d'entreprendre » (4 juin 2005). En ce qui concerne l'agriculture, lors du 6e
sommet de l'OMC à Hong Kong, elle déclarait le 30 novembre 2005 dans son discours : «
nous pouvons compter sur la passion des paysans qui sont à l'origine d'initiatives
audacieuses. Je pense notamment à l'initiative toute récente du Mouvement pour une
Organisation Mondiale de l'Agriculture (MOMA), dont je me félicite. »
On a déjà pu apprécier les conséquences de l'offensive des lobbies agroalimentaires
des USA à travers la création d'une instance internationale non élue et dotée d'un
pouvoir exorbitant , l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Cet instrument de
dérégulation a été mis en place essentiellement par les grandes firmes
agroalimentaires états-uniennes à seule fin de conquérir des marchés et d'imposer
partout leur production, au détriment des économies et des agricultures locales. Des
industriels français de l'agroalimentaire, échaudés par les cycles de négociations
sans fin sans aucune concession des Etats-Unis, ont compris tout le parti qu'ils ne
pourraient pas comme ils l'avaient escompté- tirer de l'OMC. En toute discrétion,
ils ont donc créé le Mouvement pour une Organisation Mondiale de l'Agriculture (MOMA)
(voir http://www.momagri.org ), déclaré officiellement le 8 décembre 2005. Quel est
donc ce lobby qui ne dit pas son nom et tente de s'imposer de façon totalement
anti-démocratique comme interlocuteur privilégié sur les questions agricoles et
environnementales?
Initié et présidé par :Pierre Pagesse, président du leader français des OGM,
Limagrain (Biogemma, Meristem Therapeutics), le MOMA (initialement baptisé Nouvel Ordre
Mondial de l'Agriculture !!), comprend des gens comme
Christian Pèes (Président d'EURALIS, Vice Président de Coop de France, Trésorier de
l'AGPM),
Henri de Benoist (Président d'UNIGRAINS, Président de l'AGPB - l'Association
Générale des Producteurs de Blé et autres céréales-, Président d'INTERCEREALES,
Président d'AGRICEREALES, Président de la Compagnie Financière du Nord-Est , Président
d'UNIFIPAR, Président du Groupe Céréaliers de France, Président du Crédit Agricole du
Nord-Est, Président d'honneur d'ARVALIS, Président de la section des problèmes
économiques généraux et de la conjoncture du Conseil Economique et Social (CES),
Premier Vice-Président de la FNSEA, Représentant du CES à la délégation française
auprès de la FAO, Président de l'Association Pluriagri, Maire de Bouconville-Vauclair) ;
Bernard Delsuc (Président de la Fédération nationale de la production de semences de
maïs et de sorgho (FNPSMS). Membre du Comité Directeur de l'Unité Economique et Sociale
Maiz'Europe, aux côtés de Christian Pèes (Euralis) ;
Pierre Fabre (Président-directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, entreprise
nationale et multinationale implantée également aux USA. www.pierre-fabre-medicament.com;
Luc Guyau (Président de l'Assemblée permanente des Chambres d'Agriculture (APCA),
vice-président du Conseil économique et social (CES), Président de la Chambre
d'Agriculture de la Vendée ;
Bernard Layre (Président des Jeunes Agriculteurs de Juin 2004 à Juin 2006 (JA)) ;
Emmanuel Coste (Président-directeur général de Sica de Grillon, Ingénieur et membre
du CA d'ISARA-Lyon -Institut supérieur d'agriculture et d'agroalimentaire Rhône-Alpes-,
représentant FNSEA/FNO (Fédération Nationale Ovine) ;
Jacques Hubert (Directeur général de Coop de France) ;
Denis Manach (Président de Coopagri Bretagne [1], Président de la holding Socopa SA,
également président adjoint de la Confédération des coopératives de l'Ouest - CCAOF)
;
Gilbert Herpe (Président d'AGRIAL) ;
Pierre Mille (Président de NORIAP) ;
Michel Fosseprez (Président d'INVIVO, Président de 110 Bourgogne, Membre du Groupe de
la Coopération , Vice-Président de la Section des Relations extérieures du Conseil
Economique et Social.
René Carron, Président Directeur Général. du Crédit Agricole SA est également membre
du MOMA, et dans la sphère politique on trouve :
Pascal Chaigneau, Administrateur général du Centre d'études diplomatiques et
stratégiques (CEDS) ;
Jacques Carles, Associé gérant du cabinet Carles Rheims. (Le Groupe de prospective du
Sénat a confié au cabinet Carles-Rheims la mission de concevoir et d'organiser ses
différentes activités) ;
Jean Bizet, Sénateur de la Manche, responsable de la mission parlementaire sur les OGM
et co-auteur du rapport RAPPORT D'INFORMATION 440 (97-98) - COMMISSION DES AFFAIRES
ECONOMIQUES, truffé d'inexactitudes et de partis pris en faveur de l'industrie biotech,
et qui a servi de référence aux députés pour se forger une opinion sur l'utilisation
des organismes génétiquement modifiés en agriculture ;
François Leblond, Président de la Confédération française pour l'habitation,
l'urbanisme, l'aménagement du territoire et l'environnement (CFHUAT), ancien Préfet de
Région ;
Georges Fenech, Député UMP du Rhône, (Monsieur « Tolérance Zéro ») ; Jacques
Godfrain, Député maire UMP de Millau, ancien Ministre de la Coopération
Une concentration de pouvoir des agroindustriels, alliée au tout puissant Crédit
Agricole, à la FNSEA, aux Chambres d'agriculture, avec une entrée de plein pied dans le
Conseil Economique et Social et le CEDS qui modèle les stratégies politiques, un cabinet
de communication qui « gère » le Sénat, des députés UMP droite dure, et un pied dans
l'aménagement du territoire : un lobby en bon et due forme. Pour faire quoi ? Promouvoir
un « modèle agricole », celui tant prisé par Pierre Pagesse, qui insiste sur « la
nécessité de promouvoir des ruptures techniques et soutenues, en particulier,
l'utilisation judicieuse des plantes génétiquement modifiées. »
Le dernier communique du MOMA sur son site: www.moma.org
montre que sa pugnacité n'est pas à mettre en doute et qu'il progresse
dangereusement . Une délégation du MOMA, emmenée par Alain Catala
(vice président du MOMA et de Limagrain) et Jacques Carles (délégué
général) s'est rendue à Washington D.C. du 10 au 14 Avril 2007, afin de «prendre
contact avec des think tanks, des responsables du monde agricole, des journalistes, des
économistes et des staffers du Congrès, dans la perspective de tenir prochainement une
conférence de presse présentant le MOMA à la communauté internationale. » Un
partenariat étroit Europe/USA se dessine : « Lors de nos entretiens, il est apparu que
l'idée de cette coopération internationale pourrait reposer sur une association entre
les Etats-Unis et l'Europe pour la promouvoir » .
Le MOMA affirme se situer « dans la perspective d'une régulation destinée à améliorer
le fonctionnement des marchés plutôt qu'à les encadrer. Cette régulation doit être
comprise comme une régulation économico - stratégique par le pouvoir de l'information,
et non par la réglementation juridique ou la contrainte ». C'est-à-dire dans la
perspective d'une économie néo-libérale et selon les procédés chers aux
multinationales.
Les instigateurs du MOMA ont parfaitement bien compris comment on prend le pouvoir
aujourd'hui : en maîtrisant la communication sur les sujets sur lesquels on désire que
les politiques modifient la législation, en leur assénant des contre-vérités jusqu'à
ce qu'ils y croient suffisamment pour faire ce que l'on attend d'eux. L'idée est donc de
s'instituer comme interlocuteur unique sur les questions agricoles et de protection de
l'environnement, afin de contrôler et orienter les messages qui devront circuler sur ces
enjeux.
Une « délégation, qui sera cette fois emmenée par Pierre Pagesse (président du MOMA)
accompagné de plusieurs fondateurs, se rendra à nouveau à Washington D.C. du 21 au 28
Juin 2007. La conférence de presse du MOMA devrait se tenir au Carnegie Endowment for
International Peace le 25 Juin après midi, et des partenariats avec certains think tanks
devraient être noués à l'occasion de ce second voyage. Plusieurs économistes
américains de grand renom sont susceptibles de devenir des correspondants du MOMA. Enfin,
des entretiens sont prévus avec des élus qui, au Congrès, occupent des fonctions de
responsables en matière de Commerce International et d'Agriculture . »
Si cet espace institutionnel est laissé au MOMA sans contestation immédiate de sa
légitimité, la voix des syndicats, organisations et institutions agricoles européennes
qui défendent une autre conception de l'agriculture risque fort d'être étouffée comme
furent étouffées les conceptions de l'échange et du commerce autres que celles promues
par l'OMC.
Par ailleurs, les liens ténus qui unissent la nouvelle ministre de l'agriculture avec les
intérêts US, sa déclaration de soutien au MOMA, laissent présager d'une politique TRES
favorable aux OGM. La meilleure défense étant l'attaque, il semble nécessaire de
préparer l'offensive (communication) au plus vite face à cette nomination. |