| Outre les organisations de défense de l'environnement et de consommateurs,
la coalition Italie-Europe libres d'OGM comprend les principaux syndicats d'agriculteurs,
des confédérations d'artisans et de commerçants, mais aussi des représentants de la
grande distribution. D'ici au 15 novembre, les promoteurs de l'initiative comptent
recueillir "au moins trois millions d'adhésions" à l'occasion de plus de 1 600
manifestations et événements dans tout le pays. Les "sagre", ces fêtes de
villages qui prolifèrent en automne dans la péninsule et sont généralement consacrées
à un produit du terroir, seront l'occasion d'opérations de sensibilisation et de
débats. "Les gens ne se contentent pas de signer, ils posent des questions, donnent
leur opinion, c'est un exemple extraordinaire de démocratie participative", s'est
félicité Mario Capanna, l'instigateur de la coalition, mercredi 3 octobre à Rome, au
cours d'une conférence de presse.
UN PRÉCÉDENT BRITANNIQUE
Cet ancien leader du mouvement étudiant de 1968, aujourd'hui président du Conseil des
droits génétiques, un organisme de recherche sur les biotechnologies, estime que la
"consultation nationale" organisée en Italie aura encore plus de valeur que le
précédent britannique de 2001. En Grande-Bretagne, le débat avait donné lieu à 500
réunions et événements en deux mois, et quelque 37 000 questionnaires avaient été
récoltés. "Il avait été organisé par le gouvernement, et non par la société
civile", précise Mario Capanna, ajoutant que toute l'opération italienne est
autofinancée à parts égales par les 29 associations participantes.
Le refus des OGM est largement répandu dans l'opinion italienne. La culture en est
interdite, de même que les recherches en plein champ. Lorsqu'une directive européenne a
fait passer le seuil tolérable d'OGM dans les produits alimentaires de 0,1 à 0,9 %, le
gouvernement a accompli un geste politique fort en maintenant par un décret le taux de
0,1 % en Italie. Forte de ses millions de signatures, la coalition compte demander aux
autorités italiennes d'adopter "un moratoire pour une durée indéterminée".
"Nous ne sommes pas technophobes, s'est défendu Mario Capanna. Mais avant de sortir
un transgène des labos, il faut bien en étudier toutes les conséquences."
Le but de la coalition n'est donc pas tant de convaincre le gouvernement que d'en recevoir
le soutien au niveau européen. "L'Italie ne peut pas risquer de voir disparaître
son patrimoine d'excellents produits du terroir, mais cela vaut pour les autres pays
européens", déclare M. Capanna, se félicitant de l'évolution "vers plus de
prudence" des gouvernements français et polonais. Le Conseil des droits génétiques
qu'il préside a par ailleurs dénoncé "la pression illégitime" exercée par
les Etats-Unis à travers un récent rapport du ministère américain de l'agriculture.
Celui-ci évoque un changement de politique de Rome vis-à-vis des biotechnologies :
"Après des années de votes négatifs à Bruxelles, l'Italie a récemment commencé
à voter pour ou à s'abstenir sur des sujets de biotechnologie, est-il écrit. Une
évolution due à un plus grand pragmatisme des ministères de la santé et de
l'agriculture." Mario Capanna a demandé à l'ambassadeur américain à Rome
"une rectification urgente". Le ministère de l'agriculture s'est contenté
d'annoncer, mercredi, son "soutien total" à la consultation nationale anti-OGM.
Jean-Jacques Bozonnet |