| Las de voir leurs arrêtés anti-transgéniques annulés en justice, des
maires sont de plus en plus inquiets d'une coexistence imposée entre une agriculture
vivrière et un marché spéculatif d'une agriculture de chimères génétiques. Et
la majorité des agriculteurs (en Pyrénnées Atlantique, par exemple, sur 3.000
paysans une trentaine seulement veut produire des OGM) craignent que leurs champs soient
contaminés. À ces raisons, les élus ajoutent un autre argument de poids pour
justifier leur position : la France, faute d'avoir réussi à mener à son terme un projet
de loi transcrivant la directive européenne de 2001 sur les OGM, a récemment décidé de
le faire de façon un peu précipitée, par décrets. Certes cela devrait lui éviter une
amende de Bruxelles, mais ne règle pas la question très sensible de la coexistence entre
champs conventionnels et champs OGM.
C'est que la cohabitation entre cultures conventionnelles et cultures OGM n'est pas
possible. Quand des agriculteurs craignent majoritairement que leurs champs soient
contaminés, d'autres redoutent de voir leur juteuse et dangereuse plantation arrachée.
Alors que ces dernières années, des centaines d'arrêtés anti-OGM ont été pris par
des maires, tous ou presque ont été annulés par les préfets avec un seul et même
motif : les élus locaux n'ont pas compétence en matière de police agricole, pouvoir
dévolu au ministre de l'Agriculture!
En outre, jusqu'à aujourd'hui personne ne savait où se trouvaient les parcelles. Les
agriculteurs cultivant des plantes transgéniques pour les commercialiser n'avaient aucune
obligation de les déclarer. À la différence des champs expérimentaux eux dûment
répertoriés.
Pour la campagne 2007, le ministère de l'Agriculture assure que les professionnels se
sont engagés à faire connaître à l'administration les emplacements des cultures OGM,
à prévenir les exploitants des parcelles voisines, et à laisser un espace de 50 mètres
entre deux champs. « C'est effectivement ce que préconisent les décrets mais c'est
totalement insuffisant, tempête Jacques Muller. Comment se fait-il que, pour les champs
expérimentaux, il faille un périmètre de 400 mètres ? » s'interroge encore l'élu.
Manque de clarté et complicité des gouvernements pro-ogm
« Je suis absolument révolté par ce qui se passe, explique Philippe Bedel, maire de
Bax (Haute-Garonne), si ça continue dans le Sud-Ouest, il va y avoir la guerre dans les
campagnes. » Dans son cas comme dans celui de Jacques Muller, maire de Wattwiller
(Alsace), ce sont des agriculteurs bio, implantés sur la commune, qui, les premiers, ont
tiré la sonnette d'alarme. « Leur cahier des charges exclut rigoureusement toute trace
d'OGM dans les produits. Du fait des risques de contamination, l'un d'entre eux m'a saisi
pour que j'agisse », explique l'élu alsacien. Même son de cloche à Latrape
(Haute-Garonne) : «C'était non seulement une préoccupation des producteurs bio de ma
commune, mais également des éleveurs dont le label de qualité est totalement
incompatible avec des aliments contaminés par les OGM », ajoute Christine Allenou, maire
de la commune. Sans compter les risques potentiels de manifestations ou d'actions
violentes, « qu'il s'agisse de faucheurs volontaires ou d'agriculteurs opposés aux OGM
», poursuit Philippe Bedel.
Ce manque de clarté qui dure depuis des années « est à mettre sur le compte de
l'incapacité des autorités françaises à se positionner sur cette question des OGM.
Défenseurs et opposants se trouvent en effet à droite comme à gauche », estime Arnaud
Gossement, l'un des juristes et porte-parole de France Nature Environnement. La Commission
européenne est en train d'examiner la validité des décrets. Si elle les jugeait
insuffisants, « ce qui est envisageable », poursuit le juriste, il faudra recommencer
toute la procédure de transcription. Quoi qu'il en soit, il faudra bien discuter des
questions de coexistence... Mais tout ceci n'interviendra qu'après les élections.
En attendant, la croissance des cultures OGM est galopante : entre 30 000 et 50 000
hectares sont prévus pour 2007, il n'y en avait qu'un petit millier en 2005.
Les anti-OGM reprennent leurs actions avec les semis 2007
Les anti-OGM ont repris leur mouvement de protestation en France, où les semis de
maïs transgénique pour 2007 ont débuté, et réclament un moratoire pour un
"printemps sans OGM".
A six jours du premier tour de l'élection présidentielle, six militants du Collectif
des faucheurs volontaires de la Haute-Garonne, mouvement auquel appartient José Bové,
ont commencé une grève de la faim. D'autres grévistes avaient lancé une première
vague de ce mouvement, en février dernier à Paris, avant de l'interrompre.
Leur action avait été ponctuée d'opérations médiatiques dont l'une devant le siège
national de l'UMP. Nicolas Sarkozy est le seul candidat à la présidentielle à ne
s'être pas prononcé en faveur d'un moratoire sur les OGM en plein champ.
Les six nouveaux grévistes, dont certains sont membres d'Attac, de Greenpeace et des Amis
de la Terre, ont entre 30 et 60 ans et sont basés à Toulouse. "Nous voulons un
printemps sans OGM", a dit l'un deux, Jacques Dandelot, enseignant.
Dans les Pyrénées-Atlantiques, uen centaine de militants d'un autre collectif anti-OGM
occupent pour leur part depuis vendredi une coopérative agricole, à Aïcirits. Leur
objectif est de contraindre l'entreprise à renoncer à vendre des semences OGM et à
collecter du maïs transgénique. Cette région, confrontée pour la première fois aux
OGM, compte 3.000 paysans qui se sont engagés dans une agriculture dite de qualité, en
particulier biologique. "Il y a seulement une trentaine d'agriculteurs qui veulent
faire des OGM. On ne va pas tout risquer pour eux!", a dit à Reuters par téléphone
l'un des manifestants.
Les anti-OGM ont reçu le soutien du candidat altermondialiste José Bové, de celui
d'Olivier Besancenot (LCR) et de Dominique Voynet.
Le collectif a appelé les agriculteurs et les consommateurs de la région à une
manifestation mardi, au moment où se tiendra le conseil d'administration de la
coopérative.
A Bordeaux, une dizaine de militants d'un autre collectif anti-OGM ont manifesté lundi à
la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt (DRAF) et ont réclamé des
moyens pour prévenir la contamination des OGM en plein champ. Soutenus par la
Confédération paysanne, les Verts et les Faucheurs volontaires, ils ont quitté les
lieux sans incident. |