Contribution de lalimentation à lexposition des enfants des
villes aux pesticides : la preuve par le « bio » ? (Publié le 22/01/2008 Journal
dinformation médicale - Dr Claudine Goldgewicht)
Dosages des métabolites urinaires de pesticides à lappui, une étude menée aux
États-Unis, a évalué, au cours des quatre saisons, lexposition aux pesticides
organophosphorés via lalimentation conventionnelle chez des enfants habitant en
milieu urbain ou sub-urbain, à Seattle ou dans sa banlieue, en incluant une période de
passage à une alimentation « bio ».Cette étude, menée de 2003 à 2004, a porté
initialement sur 23 enfants âgés de 3 à 11 ans, vivant dans un environnement sans
utilisation domestique de pesticides avant et pendant létude. Ces enfants,
recrutés dans trois écoles, ont eu une alimentation conventionnelle au cours de
lannée détude, sauf cinq jours consécutifs durant, en été et en automne,
où ils ont consommé des fruits, jus de fruits et légumes « bio », correspondant à
ceux, « non-bio », consommés auparavant.
Au cours de lannée détude, les métabolites du malathion, du chlorpyrifos
et dautres pesticides organophosphorés ont été dosés sur des prélèvements
effectués deux fois par jour sur une période de 7 jours consécutifs en hiver et au
printemps, 12 jours consécutifs en automne, et 15 en été. Au total, 724 échantillons
urinaires ont été recueillis en été, 516 en automne, 260 en hiver et 257 au printemps,
et adressés pour dosages aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC), et
lanalyse finale a porté sur 19 enfants, pour lesquels le protocole de recueil
urinaire avait été suivi.
La fréquence de détection urinaire variait selon les métabolites ; le métabolite du
chlorpyrifos avait le taux de détection le plus élevé (91 %), venait ensuite celui du
malathion (66 %), les taux des autres métabolites organophosphorés se situant entre 9 et
25 %. Au bout des cinq jours de substitution des fruits et légumes conventionnels par des
fruits et légumes « bio », les résultats montrent, que lintervention ait eu lieu
en été ou en automne, une réduction des concentrations médianes des métabolites du
malathion et du chlorpyrifos, concentrations devenues alors non détectables ou quasi non
détectables.
Puis, dès que les enfants ont repris une alimentation conventionnelle, les
concentrations urinaires des métabolites sont revenues à leurs niveaux des jours
précédant lintroduction des aliments « bio ».Les résultats montrent aussi le
rôle de la saisonnalité, correspondant à la consommation de fruits et légumes frais,
seul facteur contributif aux niveaux urinaires des métabolites du malathion et du
chlorpyrifos mis en évidence dans cette étude.
Dans un contexte où la plupart des études publiées ont porté leur attention sur
lexposition aux pesticides des enfants vivant dans des environnements agricoles,
cette étude, longitudinale, qui a évalué lexposition aux pesticides
organophosphorés denfants dune ville, Seattle, en répétant les dosages
urinaires des métabolites spécifiques, montre que la principale source dexposition
des enfants de cette étude à ces polluants est lalimentation. Les auteurs
précisent que leur intention nest pas de prôner la limitation des produits frais,
et rappellent limportance des mesures diététiques, consommation de fruits et
légumes incluses, dans la prévention notamment de lobésité et du diabète dont
les prévalences vont croissant.
Ils soulignent que leur propos nest pas de promouvoir la consommation de produits
« bio », « bien que », disent-ils, « nos données démontrent clairement que les
aliments cultivés « bio » contiennent bien moins de résidus de pesticides ». Ils
sinterrogent, sans certitude, sur les effets délétères des niveaux
dexposition aux pesticides relevés dans cette étude et concluent sur la
nécessité defforts de recherche supplémentaires dédiés aux relations entre
expositions aux pesticides et effets sanitaires chez lenfant.
Vous pouvez trouver létude originale : Lu C et coll. : Dietary intake and its
contribution to longitudinal organophosphorus pesticide exposure in urban/suburban
children. Environ Health Perspect, 15 janvier 2008. A ladresse :
http://www.ehponline.org/members/2008/10912/10912.pdf
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