Le Collectif français contre l'irradiation des aliments
interpelle lAgence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments
Monsieur le Directeur de l'AFSSA (Agence Française de Sécurité
Sanitaire des Aliments)
Paris, le 13 juillet 2005
Objet : Avis concernant l'irradiation des denrées destinées à
l'alimentation humaine
Monsieur le Directeur,
Nous souhaitons attirer votre attention sur les données nouvelles
qui appellent à la révision de l'avis émis par l'AFSSA le 16 mars 2001 sur
l'irradiation des aliments.
L'Avis de l'AFSSA « Concernant le projet de décret relatif à
l'ionisation des denrées destinées à l'alimentation humaine ou animale et transposant
dans le droit national les directives 1999/2/CE et 1999/3/CE » nous semble ne pas prendre
suffisamment en compte de nombreuses études qui ont conclu à des risques liés à la
consommation d'aliments irradiés.
De plus, l'Avis de l'AFSSA s'appuie essentiellement sur les avis du
CSAH, qui lui-même s'appuie sur les conclusions du comité d'experts mixte FAO/AIEA/OMS.
Or, de nombreux éléments nous interrogent sur l'objectivité et le sérieux des
conclusions apportées par ce comité.
En effet, l'agenda de recherches proposé par le comité d'experts
mixte FAO/AIEA/OMS lors de la conférence internationale de Bruxelles en 1961 identifiait
neuf questions-clés à résoudre avant de pouvoir déclarer les aliments irradiés sains
pour la consommation humaine. Ces questions portaient sur la salubrité des aliments
irradiés, la radioactivité induite dans les aliments, l'effet de l'irradiation sur les
vitamines, les protéines, les graisses et les hydrates de carbone, sur la toxicité, les
risques de cancer et les effets indirects sur la santé. Parmi ces questions clés, seules
quelques unes ont été abordées de façon approfondie lors des conférences qui ont
suivi.
Dès 1964, lors de la seconde conférence internationale à Rome, la
priorité ne portait déjà plus essentiellement sur l'impact sur la santé de la
consommation d'aliments irradiés, mais sur les stratégies pour faciliter la
légalisation de l'irradiation des aliments[1]. Le rapport soulignait qu'il était
essentiel de définir une approche commune pour « faciliter le commerce international des
aliments irradiés ». Cette tendance s'est confirmée par la suite : au lieu de
promouvoir des recherches neutres pour connaître les effets sur la santé de la
consommation d'aliments irradiés, ce comité a agi comme un organe de promotion de
l'irradiation des aliments. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer que sur les douze
conférences internationales traitant de l'irradiation des aliments organisées par la
FAO, l'AIEA et l'OMS entre 1972 et 1988, huit avaient pour objet principal la
légalisation, la commercialisation et l'acceptation par les consommateurs des
aliments irradiés. La question de la santé a été un élément marginal pour ce comité
engagé dès les premières années dans un programme de promotion de l'irradiation des
aliments.
Les organisations du Collectif français contre l'irradiation des
aliments ne remettent pas en cause le sérieux des travaux de l'OMS de façon générale.
Cependant, sur le sujet précis de l'irradiation des aliments, il nous semble que l'AFSSA
ne peut se permettre d'admettre toutes les conclusions de l'OMS sans porter un regard
critique sur les conditions qui l'ont amenée à évaluer cette technologie.
Le rôle joué par l'AIEA dans le comité d'expert mixte nous paraît
particulièrement dommageable. En effet, l'AIEA a pour objet de « accélérer et étendre
la contribution de l'énergie atomique à la paix, à la santé et à la prospérité dans
le monde entier ». L'AIEA finance et soutient le développement des usines d'irradiation
des aliments dans de nombreux pays. Comment pourrait-elle porter un regard neutre sur
l'irradiation des aliments et ses effets sur la santé humaine quand sa mission est de
promouvoir l'utilisation du nucléaire dans le domaine civil ? Or, depuis 1959, l'OMS
laisse à l'AIEA la « première responsabilité pour encourager, assister et coordonner
la recherche sur les utilisations pacifiques de l'énergie atomique dans le monde[2] ».
La plupart des rapports concernant l'irradiation des aliment sont donc été rédigés et
publiés par l'AIEA et non par l'OMS.
Or, il apparaît que ces rapports n'ont pas tenu compte des
études attestant de problèmes de santé liés à la consommation d'aliments irradiés et
ont conclu à l'innocuité de l'irradiation des aliments sans que toutes les recherches
nécessaires aient été entreprises. Par exemple, dès 1969, le comité d'experts mixte
donne son accord à l'irradiation du blé et des pommes de terre, alors que six des neufs
questions de l'agenda proposé en 1961 ne sont même pas abordées dans le rapport et que
ce dernier cite de nombreuses études montrant que les animaux ayant consommé des
aliments irradiés souffrent de graves maladies : les souris nourries à la farine de blé
irradié ont subi des morts prématurées, avaient des taux de mortalité dans la
descendance plus élevés et développaient plus de tumeurs que les souris nourries de
farine de blé non irradiée[3] ; les poules nourries de blé irradié perdaient plus
d'embryons que les poules nourries de blé non irradié[4] (effets mutagènes et
toxicité pour les cellules démontrés dans une étude dont les résultats ont été
publiés en 1967 par le journal de l'OMS[5],...).
En 1976, les représentants de la FAO, de l'AIEA et de l'OMS
approuvent l'irradiation de huit catégories d'aliments (dont le poulet, le blé, les
oignons et le riz), alors qu'ils font face à des preuves de plus en plus claires que la
consommation d'aliments irradiés a des conséquences graves pour la santé[6]
(aberrations génétiques chez différents animaux nourris de blé irradiée, dommages
génétiques et modification de la taille des ovaires chez les rongeurs nourris de pommes
de terre irradiées,...). Tout au long des quatre pages du rapport qui traitent des
problèmes de toxicité et de pertes de nutriments, aucune étude n'est citée qui
permettrait d'écarter ces inquiétudes. Le discours général de ces rapports est de
regretter le manque d'information, mais dans le même temps de déclarer que l'irradiation
ne pose aucun problème.
En 1980, les « experts » concluent lors de la conférence
internationale de Genève que tous les aliments peuvent être irradiés sans risque pour
la santé humaine jusqu'à une dose de 10 kiloGray. Ils affirment que « Toutes les
études toxicologiques n'ont amené aucune preuve d'effets néfastes résultant de
l'irradiation[7] », se mettant en contradiction avec les rapports de 1969 et 1976 qui
citaient des études démontrant des aberrations chromosomales et des dommages
génétiques chez les animaux testés.
Dans les années 1990, la volonté de cacher ou de discréditer
toutes les études démontrant des problèmes de santé liés à l'irradiation des
aliments devient encore plus claire. Dans le rapport de l'OMS de 1995, 27 études sur 102
sont classées comme « ayant conclu à des effets néfastes » : affirmer que
l'irradiation est sans risques alors que le quart des études démontrent le contraire
devient dès lors une tâche complexe... Mais en 1999, 21 de ses 27 mêmes études avaient
été « reclassifiées » comme « ne concluant pas à des effets néfastes ». Ceci a de
quoi interroger... Surtout si on considère que c'est justement en 1999 que l'OMS adopte
une résolution affirmant que l'irradiation de tous les aliments, même à des doses
supérieures à 10 Kilo Gray, est sans danger.
Nous joignons, en annexe à ce courrier une liste d'études
ayant démontré des problèmes de santé graves liés à l'irradiation des aliments. Nous
espérons que vos équipes pourront analyser ces études de manière approfondie.
Il nous semble également important de porter à votre attention
l'Étude toxicologique transfrontalière destinée à évaluer le risque encouru lors de
la consommation d'aliments gras ionisés, réalisée récemment par une équipe de
chercheurs européens[8]. Cette étude porte sur les alkylcyclobutanones, une
substance qui n'existe pas dans la nature et qui est unique aux aliments gras ionisés.
Elle conclut que « les résultats présentés dans ce rapport font état, pour certaines
des 2-alkylcyclobutanones étudiées, de propriétés toxiques, géno et cytotoxiques et
même de promotion de tumeurs cancéreuses ». Les chercheurs concluent : « Aujourd'hui
il est simplement trop tôt pour pouvoir fournir une quelconque conclusion concernant le
risque encouru par l'Homme lors de la consommation d'aliments gras ionisés. »
Cette étude n'a pas été prise correctement en compte ni par le CSAH ni par l'OMS,
puisque ces deux organes refusent d'en admettre les conclusions.
Le dernier avis de l'AFSSA concernant l'irradiation des aliments nous
semble, au regard de toutes ces informations, très incomplet. De plus, nous y avons noté
quelques points problématiques sous le titre 4 « risques toxicologiques et
nutritionnels potentiels inhérents à l'application de l'ionisation »,
· « les composés de radiolyse formés lors de l'ionisation des
denrées alimentaires ne sont pas significativement différents des produits formés lors
de l'application d'un traitement thermique visant à obtenir un résultat équivalent » :
cette affirmation ne tient nullement compte de la formation des 2-ACB dans les aliments
gras ionisés, substances qui ne se retrouvent absolument pas lors de l'application d'un
traitement thermique.
· « considérant que les aliments ainsi traités ne constituent pas
la source principale de nutriment dans le régime français » : comment l'AFSA
s'assure-t-elle que les aliments ionisés ne sont pas ou ne deviennent pas la source
principale de nutriment dans le régime alimentaire français ? Selon le Rapport de la
Commission sur l'irradiation des aliments pour l'année 2002, il n'y aurait eu des
contrôles au stade de la commercialisation que sur 4 échantillons alimentaires en
France, contre plus de 3300 en Allemagne, et pour 2003, il n'y aurait eu aucun
échantillon testé. Par ailleurs, votre phrase laisse suspecter que si les aliments
irradiés devenaient la source principale de nutriment dans le régime alimentaire
français, des carences nutritionnelles seraient à redouter. En effet, des études
scientifiques attestent notamment de pertes importantes de vitamines[9]. Ce constat
ne devrait-il pas amener l'AFSSA à prendre position en faveur de mesures pour empêcher
la généralisation de l'irradiation des aliments ?
Le Collectif français contre l'irradiation des aliments souhaite que
l'AFSSA prenne pleinement en main ce dossier délicat. L'inquiétude dont nous font part
nombre de nos concitoyens appelle une réponse rapide de votre part.
Nous espérons, Monsieur le Directeur, que vous pourrez répondre à
nos interrogations et prendre les mesures nécessaires pour que l'AFSSA étudie en
profondeur ce dossier.
Veuillez recevoir, Monsieur le directeur, nos salutations
respectueuses.
Le Collectif français contre l'irradiation des aliments c/o Action
Consommation, 21 ter rue Voltaire 75011 Paris . Tel. : 01 34 13 38 13 . irradaliments@actionconsommation.org
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[1] The Technical Basis for Legalization on Irradiated
Food. Report of a joint FAO/IAEA/WHO Expert Committee, Rome, 21-28 April 1964. WHO
Technical Report Series N° 316, Geneva, 1966.
[2] Agreement between the International Atmoic Energy
Agency and the World Health Organization. Approved by the twelfth Health Assembly, Geneva,
28 May 1959. Resolution WHA 12.40.
[3] Bugyaki, Deschreider, Moutschen, Moutschen-Dahmen,
Thijs, Lafontaine. "Do irradiated foodstuff have a radiommetic effect? Trials with
mice fed what meal irradiated at 5 Mrad" Atompraxis 14:112-118, 1968.
[4] Ibid.
[5] Schubert J. « Mutagenic and cytotoxicity of
irradiated food and food components » Bulletin of World Health Organization, 41 :873-904,
1967.
[6] Wholesomeness of irradiated food. Report of a joint
FAO/IAEA/WHO Expert Committee, Geneva, 31 August-7 September 1976. World Health
Organization Technical Report Series N°604. Geneva, 1977.
[7] Wholesomeness of irradiated food. Report of a joint
FAO/IAEA/WHO Expert Committee, Geneva, 27 October- 3 November 1980. World Health
Organization Technical Report Series N°659. Geneva, 1981.
[8] Etude toxicologique transfrontalière destinée à
évaluer le risque encouru lors de la consommation d'aliments gras ionisés. Burnouf,
Delincée, Hartwig, Marhioni, Miesch, Raul, Werner. Rapport final Interreg II, Projet N°
3.171, Karsruhe, 2002.
[9] jusqu'à 50% de pertes pour la vitamine A, 95% pour la
vitamine B1, 90% pour la vitamine C, 91% pour la vitamine E. Voir le document « The great
vitamin robbery » ci-joint pour les références scientifiques. |