Malgré des risques
sanitaires non négligeables liés à la consommation d'aliments irradiés, le contrôle
des denrées commercialisées en France est quasiment inexistant. Le Collectif français
contre l'irradiation des aliments dénonce cet état de fait et interpelle les candidats
aux élections sur ce laxisme dans l'application de la loi. Il questionne par ailleurs la
réglementation existante, en particulier les dérogations françaises et
l'absence de recherches quant aux risques sanitaires. L'irradiation des aliments
consiste à soumettre les produits à un rayonnement gamma de très haute énergie
(généralement issu du Cobalt
60) ou à un faisceau d'électrons de très haute énergie. Deux directives européennes
déterminent la liste de produits pour lesquels l'irradiation est autorisée (herbes
aromatiques, épices, condiments alimentaires) et l'obligation d'étiquetage. La France, a
obtenu des dérogations pour de nombreux produits supplémentaires : oignon, ail,
échalote, légumes et fruits secs, flocons et germes de céréales pour produits
laitiers, farine de riz, gomme arabique, volaille, cuisses de grenouilles congelées, sang
séché et plasma, crevettes, ovalbumine, caséine et caséinates (additifs alimentaires).
Sur le plan sanitaire, des risques non négligeables ont été démontrés : l'irradiation
provoque une perte de vitamines importante dans les aliments (notamment les vitamines A,
B1, C et E), ainsi que des risques de cancérogénèse et de mutagénèse dus à la
prolifération de radicaux libres et de molécules nouvelles au sein de l'aliment
irradié. Des scientifiques ont par ailleurs souligné le manque de données fiables pour
évaluer le risque réel lié à la consommation d'aliments irradiés (1).
Malgré ces risques patents pour la santé des consommateurs, il est aujourd'hui
impossible de connaître la quantité d'aliments irradiés commercialisés dans l'Union
européenne, et notamment en France. Selon le dernier rapport de la Commission
européenne, le pourcentage des produits irradiés non étiquetés a globalement
augmenté. Seuls 16 Etats membres sur 25 ont déclaré avoir réalisé des contrôles. La
France, en 2004, a effectué seulement 60 contrôles tandis que l'Allemagne avait analysé
plus de 4000 échantillons. En 2006, 105 échantillons ont été analysés en France, dont
10% étaient frauduleux (2).
A ce constat s'ajoute une véritable explosion du nombre d'unités d'irradiation au niveau
mondial, particulièrement dans des pays à forte capacité d'exportation. Par exemple, en
Chine, le nombre d'installations en capacité d'irradier les aliments est passé de 7 en
2003 à 50 en 2006. L'Inde a l'objectif de construire 25 unités d'ici 2012. Le Mexique en
2008 se dotera de la plus grande installation d'irradiation du monde pour exporter
goyaves, pamplemousses, mandarines.
L'usage de cette technologie a également des conséquences environnementales et
socio-économiques. Grâce à son efficacité multi-usages (conservation,
décontamination, ralentissement du mûrissement, inhibition de la germination) et parce
qu'elle permet un traitement de long terme de très nombreux produits, des déplacements
sur longue distance et des stockages de longue durée, l'irradiation des aliments favorise
les approvisionnements lointains, au détriment de l'économie locale (dumping,
délocalisations, pertes d'emplois) et de la souveraineté alimentaire, au Nord comme au
Sud. Par ailleurs, l'augmentation des transports due à la circulation inutile de produits
contribue de façon non négligeable à la pollution, au gaspillage de carburant et au
réchauffement climatique à travers la production de gaz à effet de serre. (3)
La négligence de l'administration française quant au contrôle des règles
d'autorisation et d'étiquetage est par conséquent incompréhensible. La Commission
européenne, pour sa part, " attend des États membres qu'ils augmentent le nombre de
contrôles effectués sur ces produits et qu'ils prennent les mesures appropriées "
(4).
Le Collectif français contre l'irradiation des aliments a interpellé les douze candidats
à l'élection présidentielle sur leurs engagements concernant la réglementation sur les
aliments irradiés et le contrôle de son application en France. Les positions des
candidats seront prochainement rendues publiques.
Nous nous adresserons également aux candidats aux élections législatives.
Nous attendrons avec intérêt et détermination que des mesures rigoureuses soient prises
par les prochaines équipes élues par les Français pour remédier à cette situation.
Nous demandons en particulier une application stricte de la loi en matière de contrôles
des aliments et des sanctions correspondantes ; une modification de la liste des aliments
autorisés en France de telle façon à être conforme à la liste de référence
européenne; la mise en place d'une enquête sur les fraudes (défauts d'étiquetage des
aliments irradiés et vente d'aliments irradiés non autorisés); le déblocage de fonds
pour une recherche indépendante sur les effets pour la santé et dans l'attente de
résultats, application du principe de précaution.
Nous appelons par ailleurs les parlementaires européens à agir pour que les pays de
l'Union européenne respectent leurs engagements.
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(1) Burnouf D., Delincée H., Hartwig A.,Marchioni E. Miesch M., Raul
F. et Werner D., Etude toxicologique transfrontalière destinée à
évaluer le risque encouru lors de la consommation d'aliments gras
ionisés, Rapport final 2001
(2) Contrôle des denrées alimentaires susceptibles d'être
décontaminées par traitement ionisant, DGCCRF, 28.03.2007
(3) Cf. analyses du Collectif français contre l'irradiation des
aliments : Risques sanitaires, environnementaux et économiques liés à
l'irradiation des aliments http://www.actionconsommation.org/publication/docs/risquesanitaire.pdf
Irradiation des aliments : une technologie de la mondialisation
http://www.actionconsommation.org/publication/docs/dossier_irradiation.pdf
http://terresacree.org/irradiation2.htm |