| Selon ces travaux, la consommation de maïs MON 863 perturbe plus ou moins
fortement, chez le rat, de nombreux paramètres biologiques : poids des reins, poids du
foie, taux de réticulocytes (jeunes globules rouges), de triglycérides, etc. La chimie
urinaire est également modifiée, avec des réductions de sodium et de phosphore
excrété pouvant aller jusqu'à 35 %. Les effets varient selon le sexe des animaux.
"Chez la femelle, on observe une augmentation des graisses et du sucre dans le sang,
une augmentation du poids du corps et du poids du foie par rapport au poids du corps, le
tout associé à une plus grande sensibilité hépatique, dit M. Séralini, principal
auteur de cette étude et par ailleurs président du Comité de recherche et d'information
indépendantes sur le génie génétique (Criigen). Chez le mâle, c'est le contraire,
avec une chute du poids du corps et des reins." Les auteurs de ces travaux ont
utilisé les données tirées d'une expérience commanditée par Monsanto, qui a porté
sur l'étude de 400 rats pendant 90 jours. Le traitement statistique appliqué à ces
données par les experts de la firme agrochimique avait été publié, en août 2005, par
Food and Chemical Toxicology. Ces travaux avaient bien mis en évidence des variations
significatives de paramètres biologiques entre les animaux nourris au maïs MON 863 et
ceux nourris avec son isogène - la même variété végétale, mais non modifiée
génétiquement. Les chercheurs de Monsanto avaient pour leur part conclu que ces écarts
entraient dans le cadre de la variabilité naturelle des paramètres mesurés. Les effets
produits par l'OGM n'avaient ainsi pas été considérés comme pathologiques. Quant à la
"variabilité naturelle", elle avait été établie en mesurant les mêmes
séries de données sur des rats nourris avec d'autres variétés de maïs non OGM, aux
vertus nutritives différentes du maïs MON 863 et de son isogène.
Les données expérimentales brutes - plus d'un millier de pages - ont été tenues
confidentielles par la firme agrochimique jusqu'à ce que Greenpeace en obtienne la
publicité au printemps 2005, devant la cour d'appel de Münster (Allemagne).
Le Criigen a ainsi pu les examiner en détail et leur appliquer un nouveau traitement
statistique. Celui-ci a notamment consisté, selon M. Séralini, à extraire des données
brutes les effets les plus significatifs spécifiquement imputables à l'absorption de
l'OGM. "Sur les 58 paramètres mesurés par Monsanto, précise le chercheur, tous
ceux qui sont altérés concernent le fonctionnement des reins ou du foie." "En
outre, Monsanto avait considéré que, puisque les mâles et les femelles réagissaient
différemment, il n'y avait pas matière à inquiétude, poursuit M. Séralini. Or le
foie, par exemple, est un organe qui réagit différemment en fonction du sexe."
De même, le fait que la réponse biologique mesurée ne soit pas toujours en
adéquation avec la dose d'OGM reçue avait été interprété par les experts du
semencier comme la preuve que le maïs transgénique testé n'était pas en cause. Un
principe que conteste M. Séralini : "Lorsque les perturbations sont hormonales, par
exemple, l'effet peut ne pas être proportionnel à la dose", dit-il.
Le toxicologue Gérard Pascal, membre, comme M. Séralini, de la Commission du génie
biomoléculaire, juge erronées certaines conclusions du Criigen. "Je récuse
l'analyse des courbes de poids des animaux, menée sans tenir compte de leur alimentation,
dit M. Pascal. Mais je suis d'accord sur le fait que les réponses biologiques peuvent
varier entre mâles et femelles et sur le principe qu'on ne doit comparer les effets d'un
maïs OGM qu'avec son isogène, sans tenir compte des effets produits par d'autres
variétés de maïs conventionnel." Selon M. Pascal, l'inadéquation entre dose d'OGM
reçue et effets constatés sur les paramètres hépatiques disqualifie les conclusions de
toxicité pour le foie. "Des différences significatives au niveau du poids des
reins" et "les variations de sodium, de phosphore et de potassium urinaire"
évoquent bien, elles, un effet rénal. "Mais, rappelle M. Pascal, la CGB avait
poussé, à ma demande, les investigations sur les reins et n'avait trouvé en définitive
aucune preuve de toxicité" (Le Monde du 15 décembre 2004).
"Reste les variations des taux de réticulocytes et d'éosinophiles (globules
blancs), ajoute M. Pascal. Cela, je ne sais pas l'interpréter, mais ce sont des
paramètres qui bougent beaucoup dans les expérimentations." Pour M. Pascal, les
éléments apportés par le Criigen ne sont pas de nature à remettre en cause les avis
favorables délivrés au MON 863. "Il ne s'agit là que d'une interprétation
personnelle", ajoute le toxicologue.
Les travaux du Criigen ont été financés par Carrefour et Greenpeace, mais, justifie
M. Séralini, "il n'existe aujourd'hui malheureusement pas de budgets publics pour
mener ce genre de travaux". Situation d'autant plus dommageable que, selon M.
Séralini, "il faudrait refaire toute l'étude toxicologique en tenant des dosages
hormonaux" et, surtout, poursuivre les tests bien au-delà de 90 jours, et sur
d'autres espèces que le rat, pour pouvoir trancher.
Stéphane Foucart |
| Plusieurs tonnes de
maïs transgénique « livrées » chez Nicolas Sarkozy, seul candidat à ne pas s'engager
en faveur d'un moratoire. Paris, le 16 mars 2007 - Une quinzaine d'activistes
de Greenpeace vient de déverser du maïs transgénique devant le QG de campagne de
Nicolas Sarkozy, rue d'Enghien, à Paris (Xe).
Vers 9 heures ce matin, un camion-benne s'est arrêté devant l'entrée du quartier
général du candidat de l'UMP. Des militants ont déployé en travers de la rue une large
banderole
affichant « OGM = MORATOIRE ! ». Le camion a alors déversé plusieurs tonnes de maïs
transgénique. « Cette "livraison" constitue une sorte de retour à l'envoyeur,
explique Arnaud Apoteker, responsable de la campagne OGM de Greenpeace France. En livrant
du maïs transgénique à Nicolas Sarkozy, nous lui disons : "Vous refusez de prendre
position pour un moratoire sur les OGM en plein champ ? C'est donc que vous voulez du
maïs transgénique. Et bien, en voilà !". »
Par cette interpellation, Greenpeace stigmatise le dernier candidat à l'élection
présidentielle qui reste sourd à ce que réclament les Français et tient un double
langage. « En public, Nicolas Sarkozy affirme avoir de la réticence, voire de la
méfiance à l'égard des cultures transgéniques, mais
en réalité, il ne traduit pas ces belles paroles en proposition concrète, reprend
Arnaud Apoteker. Nous voulons avertir les Français qu'en ce qui concerne les OGM, le
candidat de l'UMP se contente de communiquer pour ne pas se mettre à dos une opinion
publique massivement opposée aux OGM. » Interpellé à plusieurs reprises par Greenpeace
et d'autres associations (l'Alliance pour la planète,
Confédération paysanne.), par courrier, lors de réunions de travail ou encore lors du
Salon de l'agriculture, Nicolas Sarkozy a choisi, à chaque fois, de ne pas se prononcer
en faveur d'un moratoire sur les cultures d'OGM en plein champ. Ce dernier devrait d'abord
porter sur le maïs
MON810, cultivé en France depuis deux ans, dans le secret et hors de tout cadre légal.
Ce silence
laisse craindre que s'il est élu Nicolas Sarkozy ne laisse les cultures transgéniques se
développer alors que se multiplient les signes laissant penser que les OGM peuvent
s'avérer dangereux pour la santé. Le 13 mars, Greenpeace et le Criigen ont publié une
étude scientifique (voir ci-dessus) qui
démontre qu'un maïs transgénique autorisé à la consommation humaine présente des
signes de
toxicité1. « Personne ne peut plus garantir que les OGM sont sans risque pour la santé
», déclare Arnaud Apoteker. Dans ces conditions, à quinze jours des premiers semis et
à l'heure où le gouvernement UMP s'apprête à publier des décrets qui transposeraient
une partie de la directive européenne sur les cultures d'OGM à la va-vite et sans débat
parlementaire, Greenpeace demande à Nicolas Sarkozy, candidat UMP, de prendre position en
faveur d'un moratoire sur les OGM en milieu ouvert. 86 % des Français réclament une
interdiction temporaire ou définitive des
OGM et 62 % des agriculteurs attendent du futur président de la République qu'il
décrète un tel
moratoire2. Ce moratoire constitue l'une des 24 propositions au regard desquelles
L'Alliance pour la planète estime et note l'engagement écologique des candidats (voir www.lalliance-2007.fr). Il est également au coeur
de l'appel d'Orléans « pour un printemps sans OGM » (à lire et à signer sur www.moratoireogm.fr).
Position de chaque candidat à l'élection présidentielle sur
www.tes-sourd-ou-quoi.org. |