Comme le montre l'analyse de cires d'abeilles réalisée par Marie-Pierre
Chauzat et Jean-Paul Faucon, de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments :
parmi les résidus toxiques présents dans les cires, ils ont en effet trouvé qu'une
bonne partie est due aussi aux traitements chimiques effectués dans les ruches par les
apiculteurs eux-mêmes (Pest Management Science, novembre 2007).
Les deux chercheurs ont mené leur étude en 2002 et en 2003 dans des ruchers de cinq
départements (Eure, Yonne, Indre, Gers et Gard), ce qui représente en tout 125 colonies
d'abeilles.
Le varroa, un acarien redoutable
Leur enquête révèle d'abord que les cires sont contaminées par des résidus de
nombreux autres pesticides agricoles que le Gaucho et le Régent comme l'endosulfan, la
deltaméthrine, le parathion-méthyl ou le lindane, un produit cancérigène aujourd'hui
interdit.
Mais elle relève également la présence d'insecticides que les apiculteurs ont déposés
dans la ruche pour traiter leurs abeilles contre le varroa, un redoutable parasite
introduit en Europe au début des années 1980 avec le commerce des reines. Cet acarien de
la taille d'un grain de sable s'accroche sur les larves ou les adultes et leur pompe la
lymphe, provoquant de nombreuses mortalités et une diminution de la production de miel.
Parmi les antivarroas, les deux chercheurs de l'Afssa ont surtout trouvé du fluvalinate
et du coumaphos. Les quantités sont plus importantes quand ces produits ont été
appliqués en poudre plutôt qu'en lanières imbibées.
La cire, unique matériau de construction des alvéoles, constitue l'environnement
permanent dans lequel évoluent les colonies d'abeilles. Elle est sécrétée au tout
début du printemps par des glandes situées au niveau de l'abdomen. À cette période de
l'année, les abeilles cireuses sont reconnaissables, car elles sont toutes blanches.
« Même si les concentrations de pesticides dans les cires ne sont pas létales, elles
peuvent suffire à rendre les abeilles plus sensibles à des changements dans leur
environnement, comme des maladies par exemple », note Freddie-Jeanne Richard, de
l'université de Caroline du Nord (États-Unis). La reine qui passe sa vie entière à
l'intérieur de la ruche pour pondre pourrait aussi être affectée, estime Yves Le Conte,
de l'Inra (Avignon). Il rappelle que la durée de vie moyenne des reines est aujourd'hui
de trois ans au lieu de cinq ans avant la venue du varroa.
En conclusion, Marie-Pierre Chauzat et Jean-Paul Faucon recommandent aux apiculteurs de
jeter les cires récupérées sur les anciens cadres de leurs ruches et de ne pas les
recycler. |
| (Yves Miserey. Le Figaro, 28/12/07) |