Quand, dans une
démocratie, un parti politique, a le monopole législatif, il arrive que des lois soient
rédigées plus sous la pression de lobbies plutôt que dans le sens de lintérêt
général ou du service public. Dès lors, il ne reste plus quun seul
contre-pouvoir, les médias. Doù cet article amer, écrit comme un appel dans une
« bouteille à la mer ».
Très récemment,
en catimini, Monsieur le député Accoyer (UMP) a fait adopter en première lecture par le
Parlement, dans le cadre du Projet de Loi de Politique de santé publique, un amendement
qui prévoit sous linfluence du lobby psychiatrique de médicaliser la
psychothérapie, et donc de ne la réserver quaux psychiatres et à quelques autres
« auxiliaires de soins psychiques », comme les psychologues.
Ainsi, si ce texte était définitivement voté en létat, il
aurait pour effet de restreindre la psychothérapie aux seuls soins des troubles mentaux,
et de faire régresser du même coup le niveau de la santé mentale en France.
Ainsi, toute personne en souffrance du fait de difficultés
relationnelles ou psychiques qui ne souhaiterait pas voir qualifier sa problématique de
deuil, ses difficultés conjugales, ou les difficultés scolaires de ses enfants de :
« trouble mental », elle naurait plus quà faire sienne le
vieil adage : « je ne suis pas fou donc je ne consulte pas ». En
conséquence, vont inévitablement surgir deux effets pervers prévisibles :
dune part, par le fait quelle ne souhaitera pas faire une psychothérapie dans
ces conditions, elle sera amenée dune part à augmenter sa consommation de
psychotropes pour tenir faute dautres soins, et dautre part à un renforcement
du clivage des gens sains et des gens malades.
Ainsi après la fracture sociale, la fracture du travail, voici que
vient dêtre inventé une nouvelle fracture entre les bien portants et les
souffrants : la fracture sanitaire.
Dès lors, parmi
ces victimes de la « fracture sanitaire », tous ceux qui en revanche ne
voudront ni prendre de psychotropes ni dépendre du champ des troubles mentaux,
nauront alors plus quà essayer de se retrouver dans la nébuleuse du
développement personnel, laquelle génère plus que tout autre, une prolifération
conséquente de charlatans et de gourous. Sachant que ces praticiens se verront un jour,
traduits devant des tribunaux pour exercice illégal de la psychothérapie. Ainsi
dune manière bien française, le problème des sectes ne sera pas traité, mais
déplacé dans le sens du pire.
Pour sortir de
cette logique absurde, du « remède qui empoisonne », il est indispensable de
préserver un champ spécifique de la psychothérapie, réservé à des psychothérapeutes
dûment formés à une praxis qui permet à la population dêtre aidée par des
professionnels non-médicaux formés par des écoles spécifiques, et répertoriés dans
un Registre des psychothérapeutes professionnels. Préserver cette spécificité
du champ de la psychothérapie à des professionnels non médicaux, favorisera non
seulement un effet de tiers qui protègera des effets pervers de ce texte pour
lusager, ainsi que de ses conséquences financières pour la collectivité, tout en
responsabilisant les citoyens.
Pour toutes ces raisons, lAffop (Association fédérative
française des organismes de psychothérapie) à lancé en 1er Novembre, jour
symbolique sil en est, lors du Colloque de lEAIP à Paris (Association
Européenne de Psychothérapie Intégrative) deux opérations dimportance :
o
lannonce de la rédaction dun Livre Blanc
sur la profession de psychothérapeute, (voir le site web : www.affop.org)
o
une grande campagne : « Touche pas à
mon psy », à laquelle tous les psychothérapeutes français des plus illustres
aux plus modestes des professionnels reconnus par leurs pairs, peuvent apporter leur
soutien, pour quon en finisse avec ce vide juridique concernant la profession de
psychothérapeute, de façon à ce quau lieu de « vider » celle-ci du
paysage de la santé mentale français, on lui donne la place quelle mérite après
de bons et loyaux services. Cest à ce prix que lon pourra mieux gérer les
dérives sectaires, les psychothérapeutes professionnels étant souvent en premières
lignes pour panser les blessures de ceux qui en font les frais.
Bruno Dal-Palu.
Psychothérapeute & psychologue.Président de lAffop. |