| Tandis
que le Gouvernement canadien envisage d'interdire l'importation, la vente et la publicité
pour les biberons en polycarbonate contenant du bisphénol A (BPA), l'Agence européenne
de sécurité alimentaire (EFSA) semble vouloir profiter de la torpeur de l'été pour
clore en douce la polémique avec des arguments pour le moins surprenants. Antidote
Europe, dont les chercheurs ont évalué la toxicité du bisphénol A sur des cellules
humaines révélant ses activités cancérigène et de perturbateur endocrinien, dénonce
la désinvolture de l'EFSA qui néglige de prendre en considération ces données pour
réviser son avis. Déjà le 29 janvier 2007, se basant sur une étude effectuée sur
des rats, l'EFSA avait recommandé une dose journalière admissible (DJA) de 0,05
milligrammes par kilo de poids corporel. Dans son communiqué du 23 juillet 2008, bien que
reconnaissant qu'il existe des "différences significatives entre humains et
rongeurs", l'EFSA maintient cette DJA, ignorant visiblement les données de
toxicogénomique (méthode mesurant la toxicité d'une substance d'après les
perturbations imposées aux gènes) sur des cellules humaines et transmises à l'EFSA par
Antidote Europe le 15 mai 2008. Ces données auraient pu permettre à l'EFSA de
réévaluer la DJA à partir de données pertinentes pour l'homme.
Pour justifier son maintient de la DJA du BPA, l'EFSA remarque que "les personnes
métabolisent et excrètent le BPA plus rapidement que les rongeurs" et conclut que
"l'exposition du foetus humain au BPA serait négligeable car la mère métabolise et
élimine rapidement le BPA". L'EFSA considère donc que métabolisation et
élimination rapides protègent des effets toxiques. Ceci est pour le moins surprenant et
en tout cas en contradiction flagrante avec les connaissances fondamentales de
pharmacodynamique, puisque la plupart des médicaments sont métabolisés et éliminés
dans les heures qui suivent la prise, ce qui ne les empêche pas d'avoir les effets
thérapeutique recherchés. ou indésirables.
Antidote Europe demande que les autorités sanitaires évaluent très sérieusement les
risques pour l'homme posés par son exposition massive au BPA (production annuelle : 3
millions de tonnes !), notamment sur des cellules humaines en culture, par des
méthodes scientifiquement éprouvées et disponibles aujourd'hui, plutôt que de s'en
remettre à des tests sur des animaux sans pertinence pour l'homme.
Antidote Europe est une association à but non lucratif créée par des chercheurs
oeuvrant pour une meilleure prévention en matière de santé humaine. |