Alors
que la Norvège a interdit le plombage au mercure à dater du premier janvier 2008,
imitant en cela d'autres pays, un article paru dans le journal professionnel* dentaire
projettent d'étranges remerciements "totalement assassins" dans lequel
l'auteur suggère d'élever une statue à l'effigie de madame Anne Beate Tangen
(directrice du ministère norvégien de l'Environnement), et de "la bêtise
triomphante".
L'auteur qui ne se contente pas de fustiger les autorités norvégiennes s'en prend aussi
aux malades du mercure dentaire à propos desquels il écrit: " Les groupes de
patients 'somatiques' incriminant le mercure dentaire figurent maintenant en bonne place
dans les revues psychiatriques". Ainsi les victimes du mercure dentaire serait
des fous relevant de la psychiatrie, et l'auteur de surenchérir : "ils sont fous,
ces vikings"... Comme quoi ne peuvent être que "fous" les opposants à
l'amalgame dentaire. On appréciera la qualité de l'argument.Folie mercurielle
Fous, n'est-ce pas une évidence ? Quel meilleur moyen de nier les symptômes des victimes
du plombage quand on affirme haut et fort que "l'innocuité de l'amalgame d'argent
est reconnue par l'ensemble du monde biomédical" ? Les nombreux patients dont on a
pu entendre le témoignage dans l'émission Les mercuriens** seront ravis d'apprendre que
leur cas relève de la psychiatrie.
C'est d'ailleurs systématiquement chez le psy qu'on envoie celles et ceux qui se
plaignent de troubles tels qu'angoisses, irritabilité, dépression, perte de mémoire,
hypersensibilité, bruxisme, acouphènes, maux de têtes, fatigue, allergies aux aliments,
aux odeurs, etc.
C'est évidemment oublier que le mercure est un toxique dont l'affinité spécifique
pour la cellule nerveuse explique les nombreux troubles neurologiques décrits par les
porteurs de plombages. À ce propos, rappelons que les premiers dentistes commencèrent
par rejeter en bloc l'amalgame d'argent après avoir observé les troubles nerveux,
moteurs et de démence, qu'entraînait leur pose. En 1852, le dentiste français Talma
décrit les "mouvements nerveux qui se prolongèrent toute la journée et ne
cessèrent que quand les dents furent déplombées". Il ne fut pas le seul. Dès
1848, l'American society of dental surgeon, association de dentistes qui fédère alors la
profession Outre-Atlantique, suspend onze de ses membres pour avoir utilisé
l'amalgame d'argent.
Paradoxes du progrès, alors que la composition du matériau a certes changé mais
contient encore 50% de mercure, les instances professionnelles, dentaires aussi bien que
médicales, défendent aujourd'hui becs et ongles l'innocuité de l'amalgame dentaire. La
neurotoxicité du mercure est pourtant connue de longue date. Ainsi les chapeliers,
exposés aux vapeurs de mercure utilisées dans la fabrication des feutres, étaient-ils
connus pour développer des troubles neurologiques. D'où le chapelier fou d'Alice au pays
des merveilles et l'expression tourner du chapeau.
Directement chez le psychiatre
Pourtant les témoignages des malades du mercure, sont systématiquement rejetés par
la médecine officielle qui se contente de les adresser chez le psychiatre, chargé de les
traiter par anti-dépresseurs. Les accusations de la toxicité du plombage au mercure
reposerait sur des dosages fantaisistes "dans le cadre restreint d'associations
militant contre le mercure et l'usage de métaux lourds pour des raisons qui ne concernent
qu'eux-mêmes". Ainsi sont balayés d'un revers de main les témoignages et les
souffrances des intoxiqués du mercure dentaire en même temps qu'est habilement
sous-entendu que leurs troubles psychiques sont la cause réelle de leurs maux. Tout est
dit. Malades somatiques, prenez vos anti-dépresseurs et taisez-vous. "À ce jour,
aucun dossier de malade n'a permis d'établir de relation entre le mercure et le
déclenchement de pathologie" affirme l'auteur de l'article. Et pour cause ! Une
patiente intoxiquée au mercure qui témoigne dans l'émission les mercuriens, explique
que les médecins ont tout simplement refusé d'examiner son dossier médical, la
remettant d'office aux bons soins du psychiatre de service.
Déni et hypocrisie
L'art du déni porté à ce sommet d'hypocrisie jette le discrédit sur le monde
médical, par ailleurs impliqué dans les scandales que l'on sait (vache folle, sang
contaminé, amiante, etc.). Cette négation du risque est d'autant plus paradoxale que les
dentistes sont eux-mêmes les premiers exposés aux vapeurs de mercure libérées lors de
la pose et de la dépose des plombages. Dans l'émission les mercuriens, une dentiste
témoigne, après quinze ans d'exercice, de troubles sensitifs à type de fourmillements
et de douleurs multiples et se dit profondément déçue de l'ignorance dans laquelle
l'ont tenue ses formateurs, une ignorance que des articles comme celui de ce journal bien
connu de la profession continue d'entretenir.
Nier en bloc est une stratégie de défense qui trouve tôt ou tard ses limites et ne
fonctionne qu'aussi longtemps que les plaignants sont minoritaires. Combien de temps le
déni pourra-t-il fonctionner face à la recrudescence de maladies dégénératives
incurables (cancer, Alzheimer, sclérose en plaque, etc.) ? Trop longtemps hélas pour les
patients malades du plombage au mercure mais sans doute pas aussi longtemps que les
représentants de la médecine officielle l'espèrent. Le déni prendra fin un jour
prochain mais il est à craindre qu'alors la facture soit de plomb. En attendant,
l'industrie des psychotropes et autres anti-dépresseurs a encore quelques beaux jours
devant elle.
* article "Interdiction du plombage en Norvège: les dentistes ripostent"
(publié sur le site des éditions Luigi castelli). ** Émission diffusée le 26 mars 2008
sur France culture
Note : la toxicité du plombage au mercure et l'intérêt de sa dépose sont exposés dans
le Pratikadent dont des extraits peuvent être consultés sur le site des éditions Luigi
Castelli : Plombage / Plombage-dangers / Plombage-dépose. |