| Les
produits miracles du Docteur Scott Reuben étaient aussi absolument authentiques que
linvisible tissu des tailleurs escrocs du célèbre conte dAndersen : Les
Habits neufs de lempereur. Ces publications scientifiques racontaient comment le
Dr Reuben avait testé ses molécules dignes de Merlin lenchanteur qui avaient
accéléré, à vitesse grand TGV, le rétablissement postopératoire de tous les patients
opérés à qui on les avait prescrites et administrées. Les tableaux statistiques
étaient impressionnants mais aussi faux et frauduleux que ceux dautres illustres
scientifiques qui avaient abusé toutes les revues scientifiques spécialisées et tous
les experts scientifiques qui avaient lu et validé leurs articles. Bien entendu, le Dr
Scott Reuben avait également grugé les gigantesques laboratoires qui avaient fabriqué
les boîtes de ses médicaments. Notamment le Laboratoire Pfizer, qui les avait
commercialisées.
Les «travaux» du Dr Reuben étaient en partie financés par Pfizer. Le laboratoire
avait fait de Reuben son porte-parole antidouleur, il rémunérait ses interventions dans
les conférences scientifiques. Reuben nhésitait pas à défendre ses médicaments
miracle devant les instances scientifiques officielles qui autorisent la mise des produits
pharmaceutiques sur le marché. Mais il nétait pas le premier scientifique à
rouler lindustrie médico-pharmaceutique et les revues scientifiques les plus
célèbres dans la farine.
Citons pour mémoire deux célèbres fraudeurs, dont les exploits ont fait les unes de
la presse mondiale, le Sud-Coréen Hwang Woo-suk, qui, en 2004, avait prétendu avoir
réussi le premier clonage humain en publiant le résultat dexpériences
entièrement truquées. Le physicien Hendrick Schön, des célèbres Laboratoires Bell,
qui avait, entre 1998 et 2001, publié seize articles scientifiques décrivant ses
expériences entièrement imaginaires. Il est vrai que lescroquerie de Scott Reuben
est dune telle dimension quelle relègue ses deux célèbres prédécesseurs
au niveau des gâte-sauce de la cuisine physico-médico-pharmaceutique. Reste que tous ces
fraudeurs ont trompé tous les prétendus experts. Un article sur la fraude scientifique a
été publié sur le site de pansémiotiquewww.pansemiotique.com.
On attend les suites judiciaires de ce scandale. Mais, compte tenu du nombre croissant
de sites qui font état des fraudes scientifiques sur internet, on ne peut que
sinterroger sur la fiabilité serait-elle également imaginaire ? des
revues scientifiques qui publient les travaux des chercheurs. Comment Reuben a-t-il pu
leurrer, douze ans durant, non seulement les experts scientifiques des laboratoires et des
revues médicales spécialisées ? On pense alors à John Le Carré qui a publié, il y a
trois ans, La Constance du jardinier, un ouvrage dans lequel il dénonçait, après une
enquête de trois ans, la manière dont étaient désormais conduites les études
scientifiques de médicaments et délivrées les autorisations de mise sur le marché,
notamment quand il sagissait de lAfrique.
Une étude des chercheurs de lUniversité du Texas, publiée par la revue
Science, le 5 mars 2009, indique que lon a identifié 212 paires darticles
scientifiques qui ont été dupliqués à 86,2% mais signés dauteurs différents.
Il sagissait donc de plagiats. Les plagiaires ont été interrogés : 28%
dentre eux ont nié les faits, 35% ont admis avoir « emprunté » et se sont
excusés, 22% ont prétendu êtres co-auteurs des articles mais navoir pas été
admis à signer larticle et 17% ont déclaré quils ignoraient que leur nom
figurait parmi les auteurs de larticle. Enfin, la moitié des éditeurs des revues
scientifiques, auxquels ont été signalés ces cas de plagiat, nont même pas
répondu au courrier qui les en informait.
Plus étonnant encore, le British Medical Journal a publié le 12 février 2009, une
étude qui montre que les revues scientifiques publient plus facilement les études qui
sont financées par les laboratoires les plus importants. Tom Jefferson, du Cochrane
Vaccine Field, Italie, a examiné minutieusement 274 publications sur les vaccins contre
la grippe. Ainsi a-t-il constaté que les études publiées dans les journaux
spécialisés réputés les meilleurs nétaient pas forcément les plus pertinentes
ni les mieux conçues. Mais elles étaient financées par les laboratoires les plus
importants ! Tom Jefferson, dévoilant le pot aux roses, a ajouté : « Les sponsors
industriels commandent un grand nombre de tirés à part des études qui valorisent leurs
produits, assurant eux-mêmes la traduction. Ils achètent aussi des espaces publicitaires
dans ces journaux. Il est temps que ceux-ci dévoilent leurs sources de financement. »
La Fondation européenne pour la science (ESF) estime, dans les recommandations
quelles a faites le 12 mars 2009, quil serait bien préférable pour les
patients que « les essais cliniques soient guidés par la curiosité des chercheurs
académiques plutôt que par les intérêts industriels ». Faut-il en conclure que les
publications scientifiques nauraient pas grand-chose à voir avec la science et
quelles sachèteraient, comme le suggèrent Tom Jefferson et la Fondation
européenne pour la science ? La question est posée.
Ce nest pas le tardif remords dune conscience torturée, comme celle de
Lady Macbeth, qui a poussé Scott Reuben à avouer la fraude et lescroquerie.
Cest le fait quil a été démasqué. Il était le chef du service des
produits antidouleur au Baystate Medical Center (Massachusetts, États-Unis). Deux
publications concernant ses essais avaient intrigué les responsables du service de santé
du centre, parce que le Dr Reuben nétait pas autorisé à les conduire. Cest
alors quils se sont aperçus que ces essais navaient pas pu être conduits.
Comme les travaux imaginaires du Dr Reuben duraient depuis 1996, soit depuis douze ans, on
imagine lampleur de limposture, qui est, pour linstant, la plus
stupéfiante de lhistoire de la science.
À une exception toutefois : celle de la publication scientifique qui établit que le
VIH est bien le virus rétrovirus qui est la cause du sida, comme le croient la plupart
des gens. Comme la rappelé le prix Nobel Kary Mullis, dans la préface quil a
faite pour louvrage de Peter Duesberg, Inventing the AIDS Virus et, au
contraire des publications fausses et frauduleuses quon vient de mentionner
cette publication
nexiste pas ! |