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Pharmacie

Y a-t-il un Docteur Madoff de la pharmacie ?
C'est la question que vient de poser le journal Le Monde après avoir listé Vingt et un articles scientifiques, rien que ça  écrit par le « docteur Madoff  (surnom que lui a donné la presse anglo-saxonne) de l’industrie médico-pharmaceutique" , le docteur Scott Reuben, de son vrai nom. Articles scientifiques qui vantaient les bienfaits miraculeux des molécules qu’il avait découvertes. Tout était faux ! Mais grâce à ces publications, dans des revues médicales scientifiques prestigieuses, faisant autorité dans le monde entier, les Laboratoires Pfizer, Merck et Wyeth, qui commercialisaient lesdites molécules, en ont vendu à des millions de patients, empochant des sommes pharamineuses pour un produit de valeur pharmaceutique nulle.
Les produits miracles du Docteur Scott Reuben étaient aussi absolument authentiques que l’invisible tissu des tailleurs escrocs du célèbre conte d’Andersen : Les Habits neufs de l’empereur.

Ces publications scientifiques racontaient comment le Dr Reuben avait testé ses molécules dignes de Merlin l’enchanteur qui avaient accéléré, à vitesse grand TGV, le rétablissement postopératoire de tous les patients opérés à qui on les avait prescrites et administrées. Les tableaux statistiques étaient impressionnants mais aussi faux et frauduleux que ceux d’autres illustres scientifiques qui avaient abusé toutes les revues scientifiques spécialisées et tous les experts scientifiques qui avaient lu et validé leurs articles. Bien entendu, le Dr Scott Reuben avait également grugé les gigantesques laboratoires qui avaient fabriqué les boîtes de ses médicaments. Notamment le Laboratoire Pfizer, qui les avait commercialisées.

Les «travaux» du Dr Reuben étaient en partie financés par Pfizer. Le laboratoire avait fait de Reuben son porte-parole antidouleur, il rémunérait ses interventions dans les conférences scientifiques. Reuben n’hésitait pas à défendre ses médicaments miracle devant les instances scientifiques officielles qui autorisent la mise des produits pharmaceutiques sur le marché. Mais il n’était pas le premier scientifique à rouler l’industrie médico-pharmaceutique et les revues scientifiques les plus célèbres dans la farine.

Citons pour mémoire deux célèbres fraudeurs, dont les exploits ont fait les unes de la presse mondiale, le Sud-Coréen Hwang Woo-suk, qui, en 2004, avait prétendu avoir réussi le premier clonage humain en publiant le résultat d’expériences entièrement truquées. Le physicien Hendrick Schön, des célèbres Laboratoires Bell, qui avait, entre 1998 et 2001, publié seize articles scientifiques décrivant ses expériences entièrement imaginaires. Il est vrai que l’escroquerie de Scott Reuben est d’une telle dimension qu’elle relègue ses deux célèbres prédécesseurs au niveau des gâte-sauce de la cuisine physico-médico-pharmaceutique. Reste que tous ces fraudeurs ont trompé tous les prétendus experts. Un article sur la fraude scientifique a été publié sur le site de pansémiotiquewww.pansemiotique.com.

On attend les suites judiciaires de ce scandale. Mais, compte tenu du nombre croissant de sites qui font état des fraudes scientifiques sur internet, on ne peut que s’interroger sur la fiabilité — serait-elle également imaginaire ? — des revues scientifiques qui publient les travaux des chercheurs. Comment Reuben a-t-il pu leurrer, douze ans durant, non seulement les experts scientifiques des laboratoires et des revues médicales spécialisées ? On pense alors à John Le Carré qui a publié, il y a trois ans, La Constance du jardinier, un ouvrage dans lequel il dénonçait, après une enquête de trois ans, la manière dont étaient désormais conduites les études scientifiques de médicaments et délivrées les autorisations de mise sur le marché, notamment quand il s’agissait de l’Afrique.

Une étude des chercheurs de l’Université du Texas, publiée par la revue Science, le 5 mars 2009, indique que l’on a identifié 212 paires d’articles scientifiques qui ont été dupliqués à 86,2% mais signés d’auteurs différents. Il s’agissait donc de plagiats. Les plagiaires ont été interrogés : 28% d’entre eux ont nié les faits, 35% ont admis avoir « emprunté » et se sont excusés, 22% ont prétendu êtres co-auteurs des articles mais n’avoir pas été admis à signer l’article et 17% ont déclaré qu’ils ignoraient que leur nom figurait parmi les auteurs de l’article. Enfin, la moitié des éditeurs des revues scientifiques, auxquels ont été signalés ces cas de plagiat, n’ont même pas répondu au courrier qui les en informait.

Plus étonnant encore, le British Medical Journal a publié le 12 février 2009, une étude qui montre que les revues scientifiques publient plus facilement les études qui sont financées par les laboratoires les plus importants. Tom Jefferson, du Cochrane Vaccine Field, Italie, a examiné minutieusement 274 publications sur les vaccins contre la grippe. Ainsi a-t-il constaté que les études publiées dans les journaux spécialisés réputés les meilleurs n’étaient pas forcément les plus pertinentes ni les mieux conçues. Mais elles étaient financées par les laboratoires les plus importants ! Tom Jefferson, dévoilant le pot aux roses, a ajouté : « Les sponsors industriels commandent un grand nombre de tirés à part des études qui valorisent leurs produits, assurant eux-mêmes la traduction. Ils achètent aussi des espaces publicitaires dans ces journaux. Il est temps que ceux-ci dévoilent leurs sources de financement. »

La Fondation européenne pour la science (ESF) estime, dans les recommandations qu’elles a faites le 12 mars 2009, qu’il serait bien préférable pour les patients que « les essais cliniques soient guidés par la curiosité des chercheurs académiques plutôt que par les intérêts industriels ». Faut-il en conclure que les publications scientifiques n’auraient pas grand-chose à voir avec la science et qu’elles s’achèteraient, comme le suggèrent Tom Jefferson et la Fondation européenne pour la science ? La question est posée.

Ce n’est pas le tardif remords d’une conscience torturée, comme celle de Lady Macbeth, qui a poussé Scott Reuben à avouer la fraude et l’escroquerie. C’est le fait qu’il a été démasqué. Il était le chef du service des produits antidouleur au Baystate Medical Center (Massachusetts, États-Unis). Deux publications concernant ses essais avaient intrigué les responsables du service de santé du centre, parce que le Dr Reuben n’était pas autorisé à les conduire. C’est alors qu’ils se sont aperçus que ces essais n’avaient pas pu être conduits. Comme les travaux imaginaires du Dr Reuben duraient depuis 1996, soit depuis douze ans, on imagine l’ampleur de l’imposture, qui est, pour l’instant, la plus stupéfiante de l’histoire de la science.

À une exception toutefois : celle de la publication scientifique qui établit que le VIH est bien le virus rétrovirus qui est la cause du sida, comme le croient la plupart des gens. Comme l’a rappelé le prix Nobel Kary Mullis, dans la préface qu’il a faite pour l’ouvrage de Peter Duesberg, Inventing the AIDS Virus — et, au contraire des publications fausses et frauduleuses qu’on vient de mentionner — cette publication… n’existe pas !

Léon Renard www.alasanteglobale.com / www.levoyagedeguerison.behttp://users.skynet.be/catharsis
7 avril 2009
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