Il y a trois ans, dans "La Tribune", Guillaume Sarkozy expliquait quil
fallait sattendre « à des bouleversements majeurs dans le domaine de la santé. La
réforme Douste-Blazy na pas eu le succès escompté en ce qui concerne les
équilibres financiers. Dautres réformes seront nécessaires. Elles donneront aux
assureurs complémentaires un rôle de plus en plus important.»Sans trahir de secrets
de famille (quest-ce que Nicolas a promis à Guillaume en coupant le gigot dominical
?), on voudrait en savoir plus : quels sont les bouleversements majeurs
auxquels il faut sattendre en matière de financement de la santé ? La
petite franchise que Nicolas Sarkozy a créée en début de mandat
nest-elle quun premier pas vers de gros déremboursements ?
Pour développer un business très profitable pour certains, le gouvernement va-t-il
diminuer les remboursements et le niveau des retraites, et inciter ceux qui le peuvent à
se tourner vers des assurances privées ?
Certains Sarkozystes fervents vont maccuser de faire à Nicolas et Guillaume un
procès dintention. Mais dans son édition du 4 juin 2008, Le Monde faisait état
dun document confidentiel qui permettait de bien comprendre les intentions de
Guillaume Sarkozy :
* « La Caisse des Dépôts, la CNP et le groupe de protection sociale mutualiste
Médéric, qui est dirigé par Guillaume Sarkozy, frère du chef de lEtat, veulent
créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites.
Les discussions autour de la Loi Fillon, prévues cet été, les incitent à aller
vite. Un document de travail daté du 16 mai et estampillé confidentiel,
relève que, en 2020, les non-cadres subiront une baisse de 5 % du taux de remplacement
pour une carrière complète et les cadres subiront une baisse de 20 %.
Les grandes lignes de ce projet de partenariat sont posées : la création dune
nouvelle entreprise dassurance, qui proposera un bilan retraite et
des services adaptés, en phase dépargne (
) et au moment de la retraite
aux salariés. Lobjectif est datteindre un chiffre daffaires de 7
milliards deuros en 2019. Les futurs partenaires se fixent des taux de
rentabilité raisonnables sur le long terme.
Un grand nombre de médecins, de professionnels de santé et dassociations de
malades disent aujourdhui leur inquiétude. Car les propos de Guillaume Sarkozy ne
sont pas les seuls à inquiéter : en septembre 2006, quand Les Echos demandaient à
François Fillon si les problèmes de dépendance des personnes âgées ne devraient pas
être mieux pris en charge par la Sécurité Sociale, François Fillon expliquait que
la bonne piste est de compléter le système actuel avec des dispositifs
dassurance privée.
Et tout récemment encore, Nicolas Sarkozy rappelait sa volonté de réformer les
retraites et sa volonté de développer dautres formes de protection :
* « Cest une révolution discrète mais profonde du système de santé qua
esquissée Nicolas Sarkozy, jeudi 4 juin. (
) M. Sarkozy a affirmé quà
lavenir les régimes de base ne pourront pas tout financer.
Je souhaite que soient confiées de nouvelles responsabilités aux organismes
complémentaires, a expliqué le chef de lEtat, qui confirme ainsi son
intention de parvenir à un désengagement progressif de lassurance-maladie
obligatoire (
).
La solidarité nationale continuera de remplir sa mission, a prédit le chef de
lEtat. Mais à ses côtés, dautres formes de protection sont appelées à se
développer.
Le Monde du 4 juin 2009
Aux Etats-Unis, le modèle de Nicolas Sarkozy, les dépenses de santé sont deux fois plus
importantes quen France (en proportion du PIB) mais lessentiel de ces
dépenses ne sont pas remboursées par lEtat. Cest aux individus de
sassurer. Du coup, malgré des dépenses de santé deux fois plus importantes que
les nôtres, lespérance de vie est plus faible aux Etats-Unis quen France car
des millions dAméricains nont pas de quoi se faire soigner et meurent
prématurément.
Le système est très profitable pour les dirigeants et les actionnaires des sociétés
dassurance mais «47 millions dAméricains nont aucune protection
sociale et les problèmes de santé sont la première cause de faillite personnelle »
expliquait le correspondant à New York du journal Les Echos le 6 novembre 2006. Quand ils
ont un gros problème de santé, tous ceux qui nont pas de couverture sociale
doivent vendre le peu quils ont et sendetter plus que de raison
Est-ce
vers ce modèle que veut nous amener Nicolas Sarkozy ? Tant pis pour ceux qui
nauront pas les moyens de sassurer !
Une question de dignité
Pour moi, ce point est fondamental. Il ne sagit pas seulement déconomie
dans le sens classique du terme. Avec les questions de santé, de retraite et de
dépendance, on touche à la dignité humaine dans ce quelle a de plus concret : mon
père est mort il y a quelques années après avoir vécu un mois dans une unité de soins
palliatifs où tout a été fait pour éviter quil ne souffre. Il y a été admis
sans quon lui pose aucune question sur son niveau de revenu.
Si Nicolas Sarkozy et ses alliés mettent en place un système de retraite et un système
de santé à laméricaine, seuls les plus riches pourront avoir une fin de vie
digne. Les autres, ceux et celles qui auront déjà galéré toute leur vie avec de
faibles revenus, seront relégués dans des mouroirs ou des hôpitaux de seconde classe.
En matière de retraites et de santé, quels sont vraiment les projets de Guillaume et de
Nicolas Sarkozy ? On a vu hier que, si lon sattaquait vraiment au chômage et
si lon rééquilibrait le partage salaires/bénéfices, on pourrait dégager de
nouvelles marges de manuvre pour financer la protection sociale. On aimerait que le
Parlement organise un débat transparent sur cette question fondamentale.
Par Pierre Larrouturou |