Depuis la remise en liberté de Julien Coupat, le 28 mai dernier, aucun des mis en examen
de l'affaire de Tarnac ne se trouve plus incarcéré. Mais la législation anti-terroriste
reste en place !Une pétition lancée par le CALAS - Comité pour l'Abrogation des Lois
Antiterroristes - demande que les lois antiterroristes soient purement et simplement
abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l'esprit de la Convention
européenne des droits de l'homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et
politiques.
Depuis 1986, date où la législation antiterroriste a été instaurée en France, un
empilement de lois successives a construit un système pénal d'exception qui renoue avec
les lois scélérates du XIXe siècle et rappelle les périodes les plus sombres de notre
histoire.
L'accusation d'« association de malfaiteurs en vue de commettre une infraction
terroriste », inscrite au Code pénal en 1996, est la clef de voûte du nouveau régime.
Or, ses contours sont particulièrement flous : il suffit de deux personnes pour
constituer un « groupe terroriste » et il suffit d'un acte préparatoire pour
que l'infraction soit caractérisée. Cet acte préparatoire n'est pas défini dans la
loi, il peut s'agir du simple fait d'entreposer des tracts chez soi. Surtout, n'importe
quel type de relation - même ténue ou lointaine, voire amoureuse ou amicale - avec l'un
des membres constituant le « groupe » suffit pour être impliqué à son tour. C'est
pourquoi, sur dix personnes incarcérées pour des infractions « en rapport avec le
terrorisme », neuf le sont sous cette qualification.
De l'aveu même de ses promoteurs, ce droit spécial répond à un objectif de
prévention. À la différence du droit commun qui incrimine des actes, la pratique
antiterroriste se satisfait d'intentions, voire de simples relations. Suivant le juge
Bruguière, cité par Human Rights Watch, "la particularité de la loi est qu'elle
nous permet de poursuivre des personnes impliquées dans une activité terroriste sans
avoir à établir un lien entre cette activité et un projet terroriste précis".
C'est dans cette perspective qu'on a vu la possession de certains livres devenir un
élément à charge, car ils constitueraient des indices sur des opinions ; et de
l'opinion à l'intention, il n'y a qu'un pas.
A ce flou de la loi pénale, s'associe une procédure d'une extrême brutalité. Il
suffit que le parquet choisisse de manière discrétionnaire d'ouvrir une enquête sur une
qualification terroriste pour que la police reçoive des pouvoirs d'investigation
exorbitants : perquisitions de nuit, « sonorisation » des domiciles, écoutes
téléphoniques et interception de courriers sur tous supports...
De son côté, le délai de garde à vue - période qui précède la présentation à
un juge - passe de quarante-huit heures en droit commun à quatre-vingt-seize heures,
voire cent-quarante-quatre, dans la procédure antiterroriste. La personne gardée à vue
doit attendre la 72e heure pour voir un avocat, l'entretien est limité à trente minutes
et l'avocat n'a pas eu accès au dossier ! A la suite de cette garde à vue, en attendant
un éventuel procès, le présumé innocent pourra passer jusqu'à quatre ans en
détention provisoire.
Par ailleurs, la loi centralise à Paris le traitement des affaires « terroristes »,
confiées à une section du parquet et à une équipe de juges d'instruction spécialisés
qui travaillent en relation étroite avec les services de renseignement. Des cours
d'assises spéciales ont également été instaurées, où les jurés populaires sont
remplacés par des magistrats professionnels. Un véritable système parallèle est ainsi
mis en place avec juges d'instruction, procureurs, juges des libertés et de la
détention, cours d'assises et bientôt présidents de cours d'assises, juges
d'application des peines, tous estampillés antiterroristes.
l'antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen de
contrôle des populations.
L'application de plus en plus large des procédures antiterroristes à des affaires
d'État montre que l'antiterrorisme est désormais une technique de gouvernement, un moyen
de contrôle des populations. En outre - et c'est peut-être le point le plus grave -
cette justice exorbitante contamine le droit commun : la législation antiterroriste a
servi de modèle dans d'autres domaines pour généraliser la notion de "bande
organisée", étendre les pouvoirs des services d'investigation et centraliser le
traitement de certaines instructions.
La Convention européenne des droits de l'homme et le Pacte des Nations Unies
sur les droits civils et politiques, tous deux ratifiés par la France, garantissent
qu'une sanction pénale soit fondée sur une incrimination intelligible la rendant
prévisible. En outre, ces textes donnent à chacun le droit d'organiser équitablement sa
défense - ce qui passe par la prompte intervention d'un avocat ayant accès au dossier.
La procédure, "sur jumelle de la liberté", doit être contrôlée par un
tiers impartial, ce qui est impossible avec une filière spécialisée fonctionnant en
vase clos, dans une logique de combat idéologique incompatible avec la sérénité de la
justice.
Il est illusoire de demander que ce régime procédural soit appliqué de façon moins
large et moins brutale : il est précisément conçu pour être appliqué comme il l'est.
C'est pourquoi nous demandons que les lois antiterroristes soient purement et simplement
abrogées et que la France respecte en la matière la lettre et l'esprit de la Convention
européenne des droits de l'homme et du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et
politiques. Nous invitons tous ceux qui se préoccupent de libertés à se joindre à
notre campagne en ce sens.
Pétition à signer sur le site http://calas-fr.net/
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