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Face à la crise

Vers un projet de la gauche alternative ? Logique du don et du lien contre la logique de rente et de pillage

Oui, il est possible de le dire : la crise a bon dos ! Elle est le prétexte à tout. Et en cette rentrée, il est même possible de dire qu’elle est opportune tant les décisions et les directions poursuivies par les tenants du néolibéralisme n’ont pas bougé d’un iota ! . La crise actuelle est celle d’un système qui s’autodévore. Alors que le PS français opte pour les primaires qui, en quelques années, ont détruit la gauche italienne et que le PS chilien s’apprête à voter pour un candidat démocrate-chrétien Eduardo Frei (fils de l’ancien président qui avait soutenu la dictature au début du coup d’Etat), que de nombreux partis socialistes gouvernent avec la droite, que le Parti socialiste européen cogère l’Union européenne avec la droite néolibérale, voilà un résultat (provisoire) qui conforte la stratégie du Front de gauche en Allemagne. Logique du don et du lien contre logique de rente et de pillage. (par Guillaume Desguerriers)


La casse des services public se poursuit donc et après EDF, GDF, France Télécom, La Poste se profile à son tour dans le collimateur. Le passage en Société Anonyme cotée en bourse est le premier pas vers ce que « les privatiseurs » nomment pudiquement « l’ouverture de capital » ; entendons par là une simple passation de pouvoir et l’irruption de la nécessité de faire des bénéfices pour des actionnaires rentiers. Comment en effet ne pas vouloir se partager ce gâteau, comment ne pas vouloir le rendre « efficace », c’est à dire concrètement « rentable » en terme d’argent (c’est à dire capable d’assurer une rente financière).

Logique du don et du lien contre logique de rente et de pillage

Toute la logique du productivisme se retrouve dans la privatisation, et c’est à travers elle l’affrontement de deux blocs. Pour l’un, le service public est une manière de tisser du lien social, de créer du patrimoine commun, de créer une communauté de destin au sein du Pacte Républicain tel que des penseurs comme Épicure et plus tard Rousseau ont pu nous le proposer. Pour ce bloc, le service public est l’occasion d’une dépense, d’un don, d’une ouverture vers le futur et vers le mieux être (bien entendu, à condition que le service public soit géré en ce sens, et non pas comme une firme privée, ce qui est hélas le cas de La Poste depuis des années… ). Pour l’autre camp, le paradigme bourgeois comprend la totalité du réel. Ce paradigme, l’économisme, n’est rien d’autre que l’impossibilité de concevoir le monde autrement qu’en terme de production, de rapport au travail, de gain d’argent, d’exploitation du monde vivant. Il s’agit donc de rationaliser en termes économiques : c’est à dire en terme de gain d’argent qui est alors le but, la finalité, l’objectif éthique de cette politique, nommée néolibérale. La dépense ne se conçoit que dans l’objectif éthique du gain d’argent, rien d’autre. Une telle conception de la dépense est la signature d’une névrose.

Car de fait, l’économisme dirige bien plus que la seule sphère économique, il est le fondement d’une culture et d’une éthique de vie dont l’activité économique, mais également le rapport à autrui, les conceptions du monde, du corps, du travail, du temps, et même les arts ou les sciences ne sont que des mises en pratique concrètes de son orientation profonde, de sa conception du monde et de l’existence. Dans le paradigme bourgeois, tout, absolument tout, ne peut être pensé en termes autres que de rentabilité, de gain d’argent, de possession, de production, de travail…

Névrose caractérisée, le paradigme bourgeois s’entête dans sa logique propre et la crise actuelle crispe ses défenseurs et les renferme sur eux-même. La Poste, l’hôpital sont aujourd’hui ses cibles. Mais à cela il convient d’ajouter les prises de position de Laurence Pariso qui, à l’université d’été du MEDEF, appelle à « être moderne en terme de retraite » en précisant que, déjà partout en Europe, la capitalisation est une réalité, et qu’il convient de suivre cela comme un exemple ! (à ce compte personne n’aurait jamais été le premier à prendre position contre l’esclavage… ).

Être gros, pour être encore plus gros. Posséder pour posséder davantage. Produire pour produire davantage. Accumuler pour accumuler davantage. Travailler pour travailler davantage. Telle est la logique du paradigme bourgeois qui construit une société à sa mesure. L’économisme est une plaie de l’Humanité. Il borne l’horizon des individus à des finalités veines et fait payer sa logique dévastatrice à des millions d’êtres humains (qu’il pense en esclaves), et même à l’écosystème tout entier.

La crise actuelle est celle d’un système qui s’autodévore

Car il est idiot de croire que la crise ne profite à personne. Nous sommes dans une crise de l’endettement, qui, faute de répartition des richesses, faute de réduction du travail, faute de rompre avec l’exploitation illimitée du monde vivant, se retrouve dans une situation où des millions de personnes sont transformés en individus producteurs-consommateurs pour simplement soutenir la machine de l’ère industrielle : produire, gagner. Mais cette machine produit de l’inégalité (toutes les sociétés basées sur la rente et le taux d’intérêt en produisent… ), et cette inégalité, qui ne peut que croître dans un système rentier, finit par endetter des millions de personnes alors que seuls quelques uns possèdent la quasi totalité de l’argent (par quasi totalité, il faut comprendre qu’ils ne possèdent que des chiffres dans les ordinateurs des banques). La logique de « drainage » qui est celle du paradigme bourgeois conduit les états à s’endetter pour compenser leurs dépenses. Mais auprès de qui empruntent-ils ? Auprès de ceux qui ont déjà drainer la totalité des gains, car seuls ceux-là ont des fonds ! Et de fait, l’endettement des individus produit l’endettement des états, qui endettent encore les individus en tant que citoyens.

Dans cette logique, le sursaut actuel des bourses n’est dû qu’aux prêts des états consentis pour sauver les banques, et en réalité il n’y a ni rebond, ni de changement de logique économique : les banques recapitalisées sont reparties dans la « titrisation », les produits dérivés, le trading et la spéculation (d’où un semblant de regain… qui n’en est pas un). Pour preuve, les énormes provisions constituées par BNP-Parisbas pour rémunérer ses traders, et pressurer les entreprises en leur demandant des taux de rente de 15%, 20%, voire 30% ! Et cela se termine sur le dos des millions d’individus tous « employés du libéralisme », qu’ils soient ouvriers, employés de bureau, cadres pressurés, salariés indépendants, etc.

La nécessité de revoir le logiciel de la gauche

Une des sources du problème est dans la nécessité de revoir les perspectives. Le MEDEF appelle à l’ambition, la gauche doit en avoir aussi. Le gouvernement veut des réformes, la gauche doit en proposer aussi. Car un projet de société n’est pas une question d’immédiateté dans les combats à mener, mais une question de perspectives. Si le combat immédiat est impératif pour endiguer la misère et les douleurs quotidiennes, la projection politique vers le futur est impérative pour montrer la possibilité d’un changement de société, et construire l’action politique en ce sens.

Sans perspectives vers le futur, sans horizon, le combat se résume à un baroud d’honneur face à un rouleau compresseur. Inutile de préciser qu’une telle option décourage les individus, leur fait perdre toute motivation (« à quoi bon se battre si l’espoir de bâtir un autre monde n’est pas là ?! »). Et de fait, la gauche doit proposer un projet réellement alternatif. Car il n’y a plus de place pour l’état providence, et nous allons vers une logique d’affrontement total. Il convient donc d’armer les individus, d’en faire des individus-citoyens capables de défendre ce projet alternatif dans la perspective républicaine.

Vouloir bâtir un autre monde, c’est proposer d’autres rapports au travail, aller vers la réduction du temps consacré à l’activité qui éloigne de soi, et surtout rompre avec le salaire comme fruit du travail individuel au détriment des autres. Il s’agit de rompre avec les passe-temps de la société de consommation qui entretiennent les individus dans l’illusion du plaisir, alors qu’ils ne font que consommer et oublier leur travail (pour mieux y retourner… ). Il s’agit de rompre avec la confusion du tout consommable : car il y a le nécessaire et ce superflu qui ruine des millions d’individus et n’apporte rien d’autre que de la rente pour quelques uns. Il s’agit de rompre avec la fabrication d’individus consommateurs-producteurs, et de fait, il faut en finir avec le PIB comme indicateur politique et avec la sacro-sainte « nécessité de croissance » comme horizon du bonheur social. L’économie au centre de la culture et de l’éthique de notre civilisation : voilà ce qu’il convient d’enterrer. Le rêve des trente glorieuse est en réalité un cauchemar car l’ère industrielle, qui est en crise, se caractérise par la réduction de la totalité du réel à la sphère de l’économie, et il n’y aura donc aucune possibilité d’alternative tant que le logiciel programmatique de la gauche tournera dans ce giron. Travail, individu, temps pour soi, santé, logement, lien social, lien avec l’écosystème, la bonne mesure d’un grand projet politique alternatif est l’audace !

Seons-nous audacieux?

Les gauches néolibérales en recul en Europe (par Zohra Ramdane)

Alors que la crise du capitalisme bat son plein depuis l’été 2007, renforcé par le krach bancaire et financier de septembre 2008, les partis de gauche dominants auraient pu se renforcer comme ce fut le cas après le déclenchement de la crise de 1929-1931. Il n’en est rien et cela permet aux droites néolibérales d’accélérer le rythme des contre-réformes. Ces droites néolibérales remplaçant petit à petit les anciennes équipes néolibérales par des équipes ultra-libérales qui organisent l’attaque dans l’attaque profitant du recul des gauches néolibérales.

En Grande-Bretagne, le parti travailliste de Gordon Brown vient d’avoir le plus mauvais résultat depuis près de 100 ans avec une baisse de 5,9 points sur les dernières élections, arrivant aujourd’hui à être au pouvoir avec 15,7% des électeurs votants, soit 5,4% des inscrits! Avec, en prime, une poussée des partis nationalistes et fascistes!

Au Portugal, le Parti socialiste subit une déroute avec 18 points de moins que son score européen précédent. Il obtient 26,6% des votants et 9,7% des inscrits. Contrairement à la Grande-Bretagne, cela profite à la gauche du non qui progresse de 6,9 points à 21,4%.

Même en Espagne, le Parti socialiste perd 5,2 points avec 38,5%.

En Bulgarie, le parti social-démocrate perd 2,9% pour terminer à 18,5% des votants et 6,9% des inscrits.

En Italie, la gauche s’est volatilisée dans un magma “démocrate-christiano-libéral” grâce aux primaires faisant passer les candidats comme des marques de lessive avant les programmes et les analyses de ceux-ci! Et dire que le Parti socialiste français va copier les Italiens!

En Hongrie, le gouvernement social-démocrate, champion de la privatisation (critiqué sur ce point par la droite conservatrice, un comble!), s’est effondré: de 34,3% en 2004, il ne recueille aujourd’hui que 17,4% des exprimés et 6,3% des inscrits! La poussée de l’extrême droite est de plus manifeste.
Quant aux partis socialistes ou social-démocrates qui gouvernent avec la droite néolibérale, ce n’est guère mieux.

Nous venons de voir aux élections partielles de fin août 2009, que l’effondrement du SPD est manifeste dans deux Länder sur trois avec une poussée de la gauche du non et que le recul de la CDU profite aux libéraux qui veulent une politique encore plus néolibérale que celle de la chancelière Merkel!

Donc pour l’instant, on peut dire que malgré la crise du capitalisme, qui est un impensé pour la gauche néolibérale, produit un recul des gauches libérales, avec une poussée de la gauche du non, et un renforcement des droites ultra-libérales et des extrêmes droites chrétiennes et nationalistes.
Jusqu’où cela ira-t-il? »

Et en France, comment peut-on imaginer que lors des prochaines échéances électorales, l’alliance du PS avec un centre mou, même maquillé de républicanisme de façade, puisse sauver les renonciateurs de l’idéal socialiste et républicain et imposer une alternative crédible ?

La parodie de démocratie avec un suffrage censitaire au PS (l’achat d’un droit de vote pour désigner un candidat lors de primaires) pourra-t-elle abuser le peuple et faire oublier l’absence de programme ?

Les primaires du PS, sont tout sauf une preuve de démocratie : c’est une prime à l’homme (ou la femme) consensuel(le) qu’on tentera de le faire passer pour l’homme (ou la femme) providentiel(le) sans discussion sur le programme.

Quand il faudrait de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace pour tenir tête aux spoliateurs et faire respecter la volonté populaire, ils inventent une machine à perdre encore plus le contact avec les terribles réalités quotidiennes (le chômage, l’absence d’avenir, les difficultés pour accéder aux soins et pour se loger, la spoliation de notre patrimoine commun et de nos services publics…).

Militants socialistes refusez de servir une armée mexicaine de chefs qui s’imaginent courageux pragmatiques alors qu’ils ne sont que de tristes marionnettes manipulées par la main invisible du marché.

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Alors que le PS français opte pour les primaires qui, en quelques années, ont détruit la gauche italienne et que le PS chilien s’apprête à voter pour un candidat démocrate-chrétien Eduardo Frei (fils de l’ancien président qui avait soutenu la dictature au début du coup d’Etat), que de nombreux partis socialistes gouvernent avec la droite, que le Parti socialiste européen cogère l’Union européenne avec la droite néolibérale, voilà un résultat (provisoire) qui conforte la stratégie du Front de gauche en Allemagne.

En Sarre, la CDU a obtenu 34,5 % des voix (contre 47,5 % en 2004) ; le SPD, 24,5 % (30,8 %) ; Die Linke, 21,3 % (PDS : 2,3 %) ; le FDP, 9,2 % (5,2 %) et les Verts, 5,9 % (5,6 %).

Dans la Saxe, la CDU a obtenu 40,2 % des voix (contre 41,1 % en 2004) ; Die Linke, 20,6 % (PDS : 23,6 %) ; le SPD, 10,4 % (9,8 %) ; le FDP, 10 % (5,9 %) ; les Verts, 6,4 % (5,1 %) et le NPD, 5,6 % (9,2 %).

Enfin, pour la Thuringe : la CDU a obtenu 31,2 % des voix (43 % en 2004) ; Die Linke, 27,4 % (PDS : 26,1 %) ; le SPD, 18,5 % (14,5 %) ; le FDP, 7,6 % (3,6 %) et les Verts, 6,2 % (4,5 %).

Voilà qui pourrait faire basculer de droite à gauche le land de la Sarre si les socialistes du SPD décident de revenir à gauche!

Voilà qui devrait pousser en France au renforcement du Front de la gauche alternative et à son élargissement !

1er septembre 2009
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