La casse des services public se poursuit donc et après EDF, GDF, France Télécom, La
Poste se profile à son tour dans le collimateur. Le passage en Société Anonyme cotée
en bourse est le premier pas vers ce que « les privatiseurs » nomment pudiquement «
louverture de capital » ; entendons par là une simple passation de pouvoir et
lirruption de la nécessité de faire des bénéfices pour des actionnaires
rentiers. Comment en effet ne pas vouloir se partager ce gâteau, comment ne pas vouloir
le rendre « efficace », cest à dire concrètement « rentable » en terme
dargent (cest à dire capable dassurer une rente financière).
Logique du don et du lien contre logique de rente et de
pillage
Toute la logique du productivisme se retrouve dans la privatisation, et cest à
travers elle laffrontement de deux blocs. Pour lun, le service public est une
manière de tisser du lien social, de créer du patrimoine commun, de créer une
communauté de destin au sein du Pacte Républicain tel que des penseurs comme Épicure et
plus tard Rousseau ont pu nous le proposer. Pour ce bloc, le service public est
loccasion dune dépense, dun don, dune ouverture vers le futur et
vers le mieux être (bien entendu, à condition que le service public soit géré en ce
sens, et non pas comme une firme privée, ce qui est hélas le cas de La Poste depuis des
années
). Pour lautre camp, le paradigme bourgeois comprend la totalité du
réel. Ce paradigme, léconomisme, nest rien dautre que
limpossibilité de concevoir le monde autrement quen terme de production, de
rapport au travail, de gain dargent, dexploitation du monde vivant. Il
sagit donc de rationaliser en termes économiques : cest à dire en terme de
gain dargent qui est alors le but, la finalité, lobjectif éthique de cette
politique, nommée néolibérale. La dépense ne se conçoit que dans lobjectif
éthique du gain dargent, rien dautre. Une telle conception de la dépense est
la signature dune névrose.
Car de fait, léconomisme dirige bien plus que la seule sphère économique, il est
le fondement dune culture et dune éthique de vie dont lactivité
économique, mais également le rapport à autrui, les conceptions du monde, du corps, du
travail, du temps, et même les arts ou les sciences ne sont que des mises en pratique
concrètes de son orientation profonde, de sa conception du monde et de lexistence.
Dans le paradigme bourgeois, tout, absolument tout, ne peut être pensé en termes autres
que de rentabilité, de gain dargent, de possession, de production, de travail
Névrose caractérisée, le paradigme bourgeois sentête dans sa logique propre et
la crise actuelle crispe ses défenseurs et les renferme sur eux-même. La Poste,
lhôpital sont aujourdhui ses cibles. Mais à cela il convient dajouter
les prises de position de Laurence Pariso qui, à luniversité dété du
MEDEF, appelle à « être moderne en terme de retraite » en précisant que, déjà
partout en Europe, la capitalisation est une réalité, et quil convient de suivre
cela comme un exemple ! (à ce compte personne naurait jamais été le premier à
prendre position contre lesclavage
).
Être gros, pour être encore plus gros. Posséder pour posséder davantage. Produire pour
produire davantage. Accumuler pour accumuler davantage. Travailler pour travailler
davantage. Telle est la logique du paradigme bourgeois qui construit une société à sa
mesure. Léconomisme est une plaie de lHumanité. Il borne lhorizon des
individus à des finalités veines et fait payer sa logique dévastatrice à des millions
dêtres humains (quil pense en esclaves), et même à lécosystème tout
entier.
La crise actuelle est celle dun système qui
sautodévore
Car il est idiot de croire que la crise ne profite à personne. Nous sommes dans une crise
de lendettement, qui, faute de répartition des richesses, faute de réduction du
travail, faute de rompre avec lexploitation illimitée du monde vivant, se retrouve
dans une situation où des millions de personnes sont transformés en individus
producteurs-consommateurs pour simplement soutenir la machine de lère industrielle
: produire, gagner. Mais cette machine produit de linégalité (toutes les
sociétés basées sur la rente et le taux dintérêt en produisent
), et
cette inégalité, qui ne peut que croître dans un système rentier, finit par endetter
des millions de personnes alors que seuls quelques uns possèdent la quasi totalité de
largent (par quasi totalité, il faut comprendre quils ne possèdent que des
chiffres dans les ordinateurs des banques). La logique de « drainage » qui est celle du
paradigme bourgeois conduit les états à sendetter pour compenser leurs dépenses.
Mais auprès de qui empruntent-ils ? Auprès de ceux qui ont déjà drainer la totalité
des gains, car seuls ceux-là ont des fonds ! Et de fait, lendettement des individus
produit lendettement des états, qui endettent encore les individus en tant que
citoyens.
Dans cette logique, le sursaut actuel des bourses nest dû quaux prêts des
états consentis pour sauver les banques, et en réalité il ny a ni rebond, ni de
changement de logique économique : les banques recapitalisées sont reparties dans la «
titrisation », les produits dérivés, le trading et la spéculation (doù un
semblant de regain
qui nen est pas un). Pour preuve, les énormes provisions
constituées par BNP-Parisbas pour rémunérer ses traders, et pressurer les entreprises
en leur demandant des taux de rente de 15%, 20%, voire 30% ! Et cela se termine sur le dos
des millions dindividus tous « employés du libéralisme », quils soient
ouvriers, employés de bureau, cadres pressurés, salariés indépendants, etc.
La nécessité de revoir le logiciel de la gauche
Une des sources du problème est dans la nécessité de revoir les perspectives. Le MEDEF
appelle à lambition, la gauche doit en avoir aussi. Le gouvernement veut des
réformes, la gauche doit en proposer aussi. Car un projet de société nest pas une
question dimmédiateté dans les combats à mener, mais une question de
perspectives. Si le combat immédiat est impératif pour endiguer la misère et les
douleurs quotidiennes, la projection politique vers le futur est impérative pour montrer
la possibilité dun changement de société, et construire laction politique
en ce sens.
Sans perspectives vers le futur, sans horizon, le combat se résume à un baroud
dhonneur face à un rouleau compresseur. Inutile de préciser quune telle
option décourage les individus, leur fait perdre toute motivation (« à quoi bon se
battre si lespoir de bâtir un autre monde nest pas là ?! »). Et de fait, la
gauche doit proposer un projet réellement alternatif. Car il ny a plus de place
pour létat providence, et nous allons vers une logique daffrontement total.
Il convient donc darmer les individus, den faire des individus-citoyens
capables de défendre ce projet alternatif dans la perspective républicaine.
Vouloir bâtir un autre monde, cest proposer dautres rapports au travail,
aller vers la réduction du temps consacré à lactivité qui éloigne de soi, et
surtout rompre avec le salaire comme fruit du travail individuel au détriment des autres.
Il sagit de rompre avec les passe-temps de la société de consommation qui
entretiennent les individus dans lillusion du plaisir, alors quils ne font que
consommer et oublier leur travail (pour mieux y retourner
). Il sagit de
rompre avec la confusion du tout consommable : car il y a le nécessaire et ce superflu
qui ruine des millions dindividus et napporte rien dautre que de la
rente pour quelques uns. Il sagit de rompre avec la fabrication dindividus
consommateurs-producteurs, et de fait, il faut en finir avec le PIB comme indicateur
politique et avec la sacro-sainte « nécessité de croissance » comme horizon du bonheur
social. Léconomie au centre de la culture et de léthique de notre
civilisation : voilà ce quil convient denterrer. Le rêve des trente
glorieuse est en réalité un cauchemar car lère industrielle, qui est en crise, se
caractérise par la réduction de la totalité du réel à la sphère de léconomie,
et il ny aura donc aucune possibilité dalternative tant que le logiciel
programmatique de la gauche tournera dans ce giron. Travail, individu, temps pour soi,
santé, logement, lien social, lien avec lécosystème, la bonne mesure dun
grand projet politique alternatif est laudace !
Seons-nous audacieux?
Les gauches néolibérales en recul en Europe
(par Zohra Ramdane)
Alors que la crise du capitalisme bat son plein depuis lété 2007, renforcé par le
krach bancaire et financier de septembre 2008, les partis de gauche dominants auraient pu
se renforcer comme ce fut le cas après le déclenchement de la crise de 1929-1931. Il
nen est rien et cela permet aux droites néolibérales daccélérer le rythme
des contre-réformes. Ces droites néolibérales remplaçant petit à petit les anciennes
équipes néolibérales par des équipes ultra-libérales qui organisent lattaque
dans lattaque profitant du recul des gauches néolibérales.En Grande-Bretagne,
le parti travailliste de Gordon Brown vient davoir le plus mauvais résultat depuis
près de 100 ans avec une baisse de 5,9 points sur les dernières élections, arrivant
aujourdhui à être au pouvoir avec 15,7% des électeurs votants, soit 5,4% des
inscrits! Avec, en prime, une poussée des partis nationalistes et fascistes!
Au Portugal, le Parti socialiste subit une déroute avec 18 points de moins que son
score européen précédent. Il obtient 26,6% des votants et 9,7% des inscrits.
Contrairement à la Grande-Bretagne, cela profite à la gauche du non qui progresse de 6,9
points à 21,4%.
Même en Espagne, le Parti socialiste perd 5,2 points avec 38,5%.
En Bulgarie, le parti social-démocrate perd 2,9% pour terminer à 18,5% des votants et
6,9% des inscrits.
En Italie, la gauche sest volatilisée dans un magma
démocrate-christiano-libéral grâce aux primaires faisant passer les
candidats comme des marques de lessive avant les programmes et les analyses de ceux-ci! Et
dire que le Parti socialiste français va copier les Italiens!
En Hongrie, le gouvernement social-démocrate, champion de la privatisation (critiqué sur
ce point par la droite conservatrice, un comble!), sest effondré: de 34,3% en 2004,
il ne recueille aujourdhui que 17,4% des exprimés et 6,3% des inscrits! La poussée
de lextrême droite est de plus manifeste.
Quant aux partis socialistes ou social-démocrates qui gouvernent avec la droite
néolibérale, ce nest guère mieux.
Nous venons de voir aux élections partielles de fin août 2009, que leffondrement
du SPD est manifeste dans deux Länder sur trois avec une poussée de la gauche du non et
que le recul de la CDU profite aux libéraux qui veulent une politique encore plus
néolibérale que celle de la chancelière Merkel!
Donc pour linstant, on peut dire que malgré la crise du capitalisme, qui est un
impensé pour la gauche néolibérale, produit un recul des gauches libérales, avec une
poussée de la gauche du non, et un renforcement des droites ultra-libérales et des
extrêmes droites chrétiennes et nationalistes.
Jusquoù cela ira-t-il? »
Et en France, comment peut-on imaginer que lors des prochaines échéances électorales,
lalliance du PS avec un centre mou, même maquillé de républicanisme de façade,
puisse sauver les renonciateurs de lidéal socialiste et républicain et imposer une
alternative crédible ?
La parodie de démocratie avec un suffrage censitaire au PS (lachat dun
droit de vote pour désigner un candidat lors de primaires) pourra-t-elle abuser le peuple
et faire oublier labsence de programme ?
Les primaires du PS, sont tout sauf une preuve de démocratie : cest une prime à
lhomme (ou la femme) consensuel(le) quon tentera de le faire passer pour
lhomme (ou la femme) providentiel(le) sans discussion sur le programme.
Quand il faudrait de laudace, encore de laudace, toujours de laudace
pour tenir tête aux spoliateurs et faire respecter la volonté populaire, ils inventent
une machine à perdre encore plus le contact avec les terribles réalités quotidiennes
(le chômage, labsence davenir, les difficultés pour accéder aux soins et
pour se loger, la spoliation de notre patrimoine commun et de nos services publics
).
Militants socialistes refusez de servir une armée mexicaine de chefs qui simaginent
courageux pragmatiques alors quils ne sont que de tristes marionnettes manipulées
par la main invisible du marché.
.............
Alors que le PS français opte pour les primaires qui, en quelques années, ont
détruit la gauche italienne et que le PS chilien sapprête à voter pour un
candidat démocrate-chrétien Eduardo Frei (fils de lancien président qui avait
soutenu la dictature au début du coup dEtat), que de nombreux partis socialistes
gouvernent avec la droite, que le Parti socialiste européen cogère lUnion
européenne avec la droite néolibérale, voilà un résultat (provisoire) qui conforte la
stratégie du Front de gauche en Allemagne.
En Sarre, la CDU a obtenu 34,5 % des voix (contre 47,5 % en 2004) ; le SPD, 24,5 % (30,8
%) ; Die Linke, 21,3 % (PDS : 2,3 %) ; le FDP, 9,2 % (5,2 %) et les Verts, 5,9 % (5,6 %).
Dans la Saxe, la CDU a obtenu 40,2 % des voix (contre 41,1 % en 2004) ; Die Linke, 20,6 %
(PDS : 23,6 %) ; le SPD, 10,4 % (9,8 %) ; le FDP, 10 % (5,9 %) ; les Verts, 6,4 % (5,1 %)
et le NPD, 5,6 % (9,2 %).
Enfin, pour la Thuringe : la CDU a obtenu 31,2 % des voix (43 % en 2004) ; Die Linke, 27,4
% (PDS : 26,1 %) ; le SPD, 18,5 % (14,5 %) ; le FDP, 7,6 % (3,6 %) et les Verts, 6,2 %
(4,5 %).
Voilà qui pourrait faire basculer de droite à gauche le land de la Sarre si les
socialistes du SPD décident de revenir à gauche!
Voilà qui devrait pousser en France au renforcement du Front de la gauche alternative
et à son élargissement ! |