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Derrière "l'Arche de Zoé" : un centre de recherche médicale et la famille... Sarkozy
Des citoyens français intoxiqués par la propagande ont été convaincus  qu’ils pouvaient sauver des enfants d’une mort certaine au Darfour. Ils ont financé l’équipée de «l’Arche de Zoé» qui a tenté d’enlever des enfants au Tchad. Étrangement, le président Sarközy n’est pas venu au secours des enfants victimes, ni des familles d’accueil abusées, mais des "voleurs d’enfants". Pour protéger qui ? Liée à la recherche médicale, la finalité ultime de l’Arche de Zoé serait de tester des programmes sanitaires sur des enfants en difficulté dans le tiers-monde, en vue de leur développement commercial. Au comité d'évaluation de la société-mère : un certain François Sarkozy, frère du Président.

Scandale de l'Arche de Zoé : que faisaient Nicolas, Cécilia et François dans cette galère? par Thierry Meyssan*

La presse française ne manque pas un éditorial pour brocarder le président tchadien Idriss Déby qui a accusé sans retenue l’association humanitaire l’Arche de Zoé d’avoir tenté d’enlever des enfants pour satisfaire des pédophiles et se livrer à un trafic d’organes. Simultanément, elle loue le président français Nicolas Sarközy, qui s’est immédiatement déplacé au Tchad pour faire baisser la tension et rapatrier plusieurs prévenus.

L’ombre de Cécilia

Le Figaro s’est fait l’écho de la colère de la nièce d’un des bénévoles de l’Arche de Zoé incarcéré au Tchad : ce sapeur-pompier aurait été abusé par les dirigeants de l’association qui lui aurait fait croire que l’opération de sauvetage des enfants était patronnée par Cécilia Sarközy [1].

Mais le quotidien n’indique pas de quelle manière les dirigeants de l’Arche de Zoé avaient pu convaincre les bénévoles d’un tel patronage s’il n’existait pas.

Et si ce patronage était imaginaire, pourquoi le président Sarközy s’est-il cru obligé de monter immédiatement en première ligne ? [2]
Un Sarközy peut en cacher un autre

L’objet social de l’association l’Arche de Zoé est d’« intervenir en faveur des enfants victimes du tsunami du 26 décembre 2004, à Banda Aceh (Sumatra, Indonésie) pour leur permettre de retrouver des conditions de vie décentes par des programmes sanitaires, sociaux et éducatifs ; développer, mettre en œuvre et coordonner des programmes de réhabilitation de l’environnement familial et social de ces enfants ; développer tout programme en adéquation avec les besoins des enfants et de leur environnement de manière à favoriser le retour à l’autonomie, de façon plus générale ; mettre en œuvre toute action permettant de venir en aide aux enfants en difficulté, en détresse ou victimes de catastrophes naturelles ».

l’association est une initiative d’un organisme semi-public français

Comme ne le laisse pas deviner cet énoncé humanitaire, l’association est une initiative d’un organisme semi-public français, Paris Biotech Santé. Celui-ci a été fondé conjointement par l’Université Paris-V Descartes, l’INSERM, l’École centrale de Paris, et l’ESSEC, et dispose de tous les agréments officiels nécessaires. Son objet est de soutenir des projets de création d’entreprises dans le domaine du médicament, des dispositifs médicaux et des services aux malades [3]. Paris Biotech Santé gère un immeuble de 3 200 m², dont 2 500 m² de laboratoires, à l’hôpital Cochin. Ces installations ont été inaugurées en grande pompe, il y a trois semaines par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le président de la région Île-de-France, Jean-Paul Huchon, et le président de l’université Paris-V Descartes, Jean-François Dhainaut [4].

Il résulte de ce montage que la finalité ultime de l’Arche de Zoé est de tester des programmes sanitaires sur des enfants en difficulté dans le tiers-monde en vue de leur développement commercial.

Les liens organiques de l’Arche de Zoé et de Paris Biotech Santé sont attestés par l’avis de création de l’association publiée au Journal officiel de la République française du 2 juillet 2005. Il précise : « Siège social : 23, rue Hallé, 75014 Paris. Courriel : lefebvre.s@parisbiotech.org ».

Au demeurant, Stéphanie Dhainaut-Lefèbvre, contact légal de l’Arche de Zoé est aussi la directrice adjointe de Paris Biotech Santé et l’épouse du président de l’université. En outre, l’Arche de Zoé est la déclinaison française de la Zoe’s Ark Foundation Inc. (154 A’Becket Street, Melbourne 3000, Victoria, Australie). Malgré le communiqué de la Fondation assurant n’avoir aucun lien avec l’association homonyme française, tous les responsables français sont membres de l’organisation-mère australienne, y compris Paris Biotech Santé qui figure parmi la liste fiscale en notre possession.

un Comité d’évaluation où siège le docteur François Sarközy, frère du Président

Contacté par téléphone, Paris Biotech Santé indique que seul son directeur, le professeur Olivier Amedée-Manesme, est habilité à répondre à la presse et que celui-ci n’est pas joignable. C’est dommage car il aurait été en mesure d’indiquer quel avis le Comité d’évaluation de Paris Biotech Santé a émis sur le programme Arche de Zoé ; un Comité d’évaluation où siège le docteur François Sarközy, médecin pédiatre. Contacté à son tour par téléphone, le secrétariat de François Sarközy nous assure qu’il transmet notre question et nous rappelera.

François Sarközy est politiquement proche de son frère aîné, le président Nicolas Sarközy, au point que celui-ci, lorsqu’il était maire de Neuilly et ministre de l’Intérieur, l’avait fait nommer médiateur dans le conflit social de l’hôpital américain de Neuilly [5].

"Le Figaro" le présentait au lendemain de l’élection présidentielle comme l’une des 100 personnalités qui compteraient désormais « au coeur de la future équipe de France » [6]. Le média sarközyste (excusez le pléonasme) précisait : « Ce pédiatre de 48 ans, vice-président du Conseil de surveillance d’une société de biopharmaceutique, s’est beaucoup rapproché de son grand frère Nicolas lors de la campagne, notamment à l’occasion de séjours brefs mais studieux dans la maison de François, en Provence. »

De son côté, "Le Nouvel Observateur" indique : « Autant Nicolas Sarkozy entretient des relations orageuses avec son frère aîné Guillaume, un temps vice-président du Medef, autant il se sent proche de François, un pédiatre devenu manager. C’est chez lui que Sarkozy a reçu ses amis, le soir de son discours “fondateur” du 14 janvier, et c’est dans sa maison du Midi qu’il s’est parfois réfugié pendant la campagne » [7]. Le Monde note : « Le frère cadet de M. Sarkozy a été beaucoup vu au cours de la campagne. C’est chez lui, dans sa maison des Alpilles, que l’ex-ministre a passé de nombreux week-ends ces derniers mois. En l’absence de Mme Sarkozy - qui n’a été officiellement présente au côté de son mari que le 14 janvier et le 22 avril, et enfin dimanche 6 mai sur le podium dressé place de la Concorde, à Paris, au soir de la victoire -, il a symbolisé une présence familiale autour du candidat. Interrogé un jour sur le sens de sa présence, François Sarkozy, soucieux de lever toute ambiguïté, avait précisé : “Je ne le soutiens pas, je l’accompagne”. » [8]

François Sarközy est aussi une personnalité influente des médias. Ainsi "Libération" lui a attribué un rôle dans l’éviction de Robert Namias de la direction de TF1 au lendemain de l’élection présidentielle [9].

À la rubrique « François SARKÖZY de NAGY-BOCSA », le Who’s Who in France indique : « Interne des Hôpitaux de Paris en pédiatrie (1983-85 et 1987-89), Assistant au laboratoire de physiologie respiratoire de l’hôpital Trousseau à Paris (1989-90) ; aux laboratoires Roussel-Uclaf : Chef de projet international pour les antibiotiques (1990-93), Directeur du développement clinique international (1994-95), Responsable du développement international (1995) ; au groupe Hoechst Marion Roussel : Vice-président, Directeur de la gestion du portefeuille et des projets en développement international à Bridgewater (États-Unis) (1996-98), Directeur médical et pharmaceutique pour la France (1998-99) ; Président-directeur général du Centre international de toxicologie (1998-99) ; Directeur médical pour la France à Aventis (1999-2000), Associé du Cabinet de conseil en stratégie et en organisation devenu AEC Partners (depuis 2001), Président d’AEC Partners Inc. (depuis 2006) ; Vice-président, Membre du conseil de surveillance de BioAlliance Pharma (depuis 2005)»

Bio Alliance Pharma termine ses expérimentations humaines pour le lancement de médicaments luttant contre des maladies opportunistes du cancer et du HIV, Loramyc, Lauriad et Transdrug [10].

Le monde étant petit, en 2006, le principal client de François Sarközy à AEC Partners est le syndicat français de l’industrie pharmaceutique (LEEM), lequel emploie aussi Stéphanie Lefebvre de Paris Biotech Santé et de l’Arche de Zoé, via LEEM-Recherche.

Le président Idriss Déby ne s’est certainement pas exprimé à la légère. Le rapatriement des journalistes et des hôtesses de l’air impliqués dans cette opération a dû être chèrement négocié. Au demeurant, le Tchad, en traduisant en justice les responsables de l’Arche de Zoé, conserve un moyen de pression non-négligeable sur le président français.

Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.

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Mise au point de Paris Biotech Santé (9 novembre 2007 . Depuis Paris - France)

En réponse à l'article ci-dessus, Paris Biotech Santé a publié le communiqué suivant :

« Nous tenons à préciser que Paris Biotech Santé n’a aucun lien de quelque nature que ce soit, avec l’Arche de Zoé. Des propos affabulateurs ont été véhiculés dans certaines communications écrites et n’ont aucune réalité. Nous rappelons en effet que les activités de Paris Biotech Santé sont entièrement dédiées à l’aide à la création d’entreprises dans le domaine de la santé humaine.

Les projets accompagnés et soutenus par Paris Biotech Santé sont scientifiques, dans le domaine du médicament, du dispositif médical et du service aux patients et ce en France. La liste de ces projets ainsi que des différents partenaires et soutiens de Paris Biotech Santé est publique et consultable sur le site Internet de Paris Biotech Santé.

Les dépenses engagées ne concernent que les projets choisis par un comité d’évaluation, composé de membres indépendants qui évaluent les projets soumis à titre gracieux.

Dans le cadre du dispositif légal, les comptes de Paris Biotech Santé sont audités par les autorités de tutelle. Ils sont contrôlés par un expert comptable et un commissaire aux comptes.

On ne peut que regretter ces propos erronés et les amalgames inexacts faits par certains affabulateurs de par le fait qu’un salarié de Paris Biotech Santé à titre professionnel, soit également et indépendamment, à titre personnel, membre de l’Arche de Zoé. »

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Note de la Rédaction (reseau-voltaire.org) :

Paris Biotech Santé, qui n’avait pas souhaité répondre à nos questions avant la publication de notre article, a choisi une étrange ligne de communication. Au lieu de déclarer avoir été abusé par l’Arche de Zoé, au même titre que les familles d’accueil, il assure n’avoir aucun lien d’aucune sorte avec l’association, souligne que ses statuts ne lui permettent d’agir qu’en faveur de la création d’entreprises dans le domaine de la santé humaine et que ses dépenses ne peuvent être engagées qu’après avis favorable de son Comité d’évaluation.

Vu que nous n’avons jamais mis en cause Paris Biotech Santé au motif que sa directrice adjointe est responsable de l’Arche de Zoé, mais pour toute autre chose, ce communiqué ne fait qu’accroître notre perplexité.

En effet,
(1) la Zoe’s Ark Foundation Inc. à Melbourne a préalablement publié avoir reçu une dotation financière de Paris Biotech Santé,
(2) l’adresse courriel légale de l’association est domiciliée à Paris Biotech Santé.

Nous réitérons donc nos questions au professeur Olivier Amedée-Manesme : « La dotation financière de Paris Biotech Santé a t-elle été approuvée par le Comité d’évaluation ? Pour quelle raison Paris Biotech Santé a accordé une domiciliation légale à l’Arche de Zoé ? ». Et notre question au docteur François Sarkozy : « Avez vous approuvé le programme Arche de Zoé au sein du Comité d’évaluation de Paris Biotech Santé où vous siégez ? ».

dernière minute

Dans un communiqué, reproduit sur le site de Réseau Voltaire le 9 novembre, Paris Biotech Santé opposait un démenti formel à ces imputations et les qualifiait de « propos erronés et amalgames inexacts faits par certains affabulateurs » (sic) [2].

Pas de chance ! Dans son édition du 29 novembre 2007, Le Nouvel observateur révèle sous la plume de Léna Mauger l’existence d’une lettre du président de Paris Biotech Santé au président de l’Arche de Zoé dans laquelle il atteste de son « souhait de poursuivre notre collaboration en termes de moyens logistiques et de mise à disposition de réseaux » ; ainsi que la mention sur la bilan 2005 de Paris Biotech d’un don à l’association. Bref, les imputations précises que Paris Biotech Santé contestait dans notre article —et dont il se servait pour jeter le discrédit sur l’ensemble de notre enquête— sont confirmées par notre confrère.

Nous réitérons donc nos questions à Paris Biotech Santé et au docteur François Sarkozy et espérons que, cette fois, ils voudront bien y répondre sincèrement.

[1] « Arche de Zoé : que faisaient Nicolas, Cécilia et François dans cette galère ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 novembre 2007.

[2] « Mise au point de Paris Biotech Santé », Réseau Voltaire, 9 novembre 2007.

*Professeur d’histoire contemporaine à Paris IV-Sorbonne, Président du Rassemblement pour l’indépendance et la souveraineté de la France (RIF).
9-10 novembre 2007
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