"Des preuves existent de l'implication de l'UIMM dans certaines
campagnes politiques. C'est un fait historique, explique Joseph Pinard, agrégé
d'histoire, ancien député (PS), qui rappelle le soutien des industriels de la
métallurgie aux réseaux de l'Institut d'histoire sociale et leurs connexions politiques.
La prudence et la lenteur de l'enquête sur les fonds en liquide de lUnion des
industries métallurgiques et minières s'explique aussi par ces arrière-plans
politiques. Comme le rappelle Joseph Pinard, Hervé Novelli, l'actuel secrétaire d'état
aux entreprises, était lui même chargé de mission à la chambre syndicale de la
sidérurgie de 1976 à 1986.
Joseph Pinard. «Des dizaines de millions deuros en liquide sortis de lUIMM,
on sait encore peu de choses. Mais le doute a été bien vite jeté sur les syndicats. Je
métonne que rien nait été signalé par les médias sur les largesses
passées du syndicat patronal. Des preuves existent pourtant de son implication dans
certaines campagnes politiques. Cest un fait historique. Une tradition ancienne.
Lancien président de lUIMM, Pierre Guillen a évoqué les dépenses de
rayonnement destinées à des bureaux détudes. En 1973, le journal
lUnité avait révélé quà loccasion des élections législatives,
deux millions daffiches et trois millions dautocollants anti-programme
commun de la gauche avaient été financés par le syndicat patronal de la
métallurgie. En 1974, cest un faux numéro de France Matin imprimé à trois
millions dexemplaires qui annonce le rationnement quappliquera François
Mitterrand sil arrive au pouvoir. A lépoque, ces publications sont pour
certaines conçues au siège de lUIMM. Leur directeur de publication, Claude Harmel,
nest pas un inconnu des historiens. Il est lun des piliers de lInstitut
dHistoire Sociale, aujourdhui à Nanterre.
Une véritable enquête sur lUIMM ne saurait faire limpasse sur cet
institut par ailleurs détenteur dimportants fonds darchives sur
lhistoire syndicale. Dès laprès-guerre, la fraction dure du patronat en
particulier dans la métallurgie y joue un rôle en soutenant à sa tête danciens
collaborateurs, condamnés à la libération : Georges Albertini, ex-bras droit de Marcel
Déat au Rassemblement national Populaire, et Claude Harmel, ancien cadre de ce parti
pro-nazi. »
«Alors quen 1943, il sen prenait par écrit aux cervelles
talmudiques, Harmel se reconvertit dans le combat anticommuniste de la guerre froide
dès 1949. Il fonde lAssociation pour la liberté économique et le progrès social
(Aleps), grâce à des fonds patronaux, et linstitut supérieur du travail (Ist)
pour former les cadres dentreprise à laction antisyndicale. Le 12 décembre
2006, lanniversaire des quarante ans de lAleps a été célébré dans les
locaux de lUIMM à Neuilly, en présence dAlain Madelin, ancien ministre, et
dHervé Novelli, alors député, mais aujourdhui secrétaire dEtat
chargé des entreprises. Dans le compte rendu officiel de cet événement, lon
apprend que MM Madelin et Novelli, heureux de leur long compagnonnage avec
lAleps ont été conquis par Claude Harmel quils considèrent comme leur
père spirituel. Il est vrai quHarmel, lancien pro-nazi, avait été
choisi par les Presses Universitaires de France pour rédiger leur Que sais-je sur la CGT!
Ce compagnonnage de Novelli avec lInstitut dhistoire sociale, que la lettre de
Magazine Hebdo appelait la principale centrale anticommuniste, remonte aux
années soixante dix, lorsque ces anciens collaborateurs ont attiré et recyclé des
militants du groupuscule Occident. Cétait un sas, une pouponnière. Le ministre,
lui, sest seulement souvenu davoir assuré la permanence de la bibliothèque
de lorganisme. Il en avait aussi animé la commission nationalisations
en 1983. De 1976 à 1986, Novelli était surtout chargé de mission à la chambre
syndicale de la sidérurgie. Loin de financer les syndicats, ces réseaux les combattent.
Il faut souligner le poids de leur lobbying en faveur du détricotage du droit du travail.
A lanniversaire de lAleps, un élu a prétendu représenter cent cinquante
députés.
Pourquoi les syndicalistes français, ces nabots du monde occidental, peuvent-ils
terroriser nos élus au point de mettre la France à leur merci sindignait
Bernard Zimmern, le président de lAleps, auteur de la dictature des syndicats
(2003). Tandis quHervé Novelli le félicitait doser briser la loi du
silence. Zimmern est aussi trésorier fondateur de Contribuables et associés, un
mouvement prompt à dénoncer la mafia des syndicats. Espérons que
lenquête révélera celle de lUIMM. »
Recueilli par Karl Laske |