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Ecole

Pour un réveil des laïques et des républicains de gauche sur les jardins d'éveil

L'UFAL analyse l'évolution actuelle du monde comme une invitation à entrer dans un système de marchandisation et de privatisation de toutes les activités humaines, augmentant de façon phénoménale les inégalités sociales et laïques, système animé par une alliance entre les forces néolibérales et les forces communautaristes.
Certains disent que nous exagérons.... (Par Bernard Teper)


Et pourtant, c’est visible pour tous ceux qui acceptent de voir la réalité et non la fiction préparée par les présentateurs des médias, véritables prêtres au service de ce "nouveau monde".

Certains estiment que nous avons des analyses générales et que nous ne sommes pas assez concrets. Voilà un article fait spécialement pour eux, les veinards!
Et bien, nous allons prendre les jardins d'éveil comme exemple de ce que nous venons d'écrire. Nous pourrions prendre beaucoup d'autres exemples. Voir le dossier fourni à ce sujet par Eddy Khaldi de l'UNSA-Education.

Comme par « hasard », voilà le gouvernement sarkoziste et l'Eglise catholique qui engage ensemble dans un tango endiablé l'opération des jardins d'éveil contre l'école maternelle. De façon concomitante, l'Etat diminue la surface de la maternelle de 2 à 3 ans, gratuite de surcroît pour la remplacer par les jardins d'éveil payants souvent présentés par l'Eglise catholique. La CFTC, qui préside au sein de la Sécurité sociale, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), est largement partie prenante de cette offensive (voir dossier). Elle y entraîne dans son sillage la CNAF elle-même, pourtant incluse dans les institutions de la Sécurité sociale. Le Secrétariat général à l'Enseignement catholique (SGEC) diffuse les statuts, préambule et règlement intérieur, réalisés par la direction diocésaine de Vendée.
On peut comprendre que le Secrétariat général de l'enseignement catholique(SGEC) dans une logique de concurrence avec l'école publique fait sienne la position suivante:" La réduction , voire la suppression, de la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans dans les classes sous contrat va perturber de façon importante le recrutement des écoles catholiques." et comme la position de l'Eglise est la suivante: "quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas"(en page 5 sous l'intitulé "Un nouveau défi à relever" dans un texte général nommé "Orientations de l'enseignement catholique de juillet 2008"), on peut comprendre que le SGEC a engagé sa propagande comme elle l’avait fait sur le mode d’organisation des écoles privées confessionnelles pour « siphonner » une partie des subventions publiques vers l’Eglise et les congrégations. Le lobby catholique est entré en action. Puis tout se précipite: 4 novembre 2008, cela devient proposition du Sénat, puis le 21 décembre , c'est au tour de la Secrétaire d'Etat Nadine Morano de se déclarer favorable à ce projet , et le 7 avril 2009, elle annonce les 8000 premières places!

OÙ SONT LES LAIQUES ET REPUBLICAINS DE GAUCHE ?

La caractéristique de beaucoup de laïques et des républicains de gauche est de ne pas comprendre la globalité de la politique néolibérale et communautariste de ceux qui nous dirigent. Ils pensent qu’il n’y a que le discours de Latran ou l’intégrisme islamiste à combattre et qu’il suffit de s’arc-bouter sur la loi du 9 décembre 1905.
Errare humanum est, perseverare diabolicum. Pire, il reste les « bras ballants » quand, sur tout l’arc de la gauche, qu’elle soit social libérale ou membre de la « gauche de la gauche », on voit de nombreux élus faire des compromissions avec cette politique. Et dans la politique familiale, on voit certains laïques et républicains de gauche dirent en substance : « On ne s’occupe pas de famille car « Famille, Travail Patrie » du sinistre Pétain ». Ah ! Ces saltimbanques ! Plus de la moitié des changements du Code civil proviennent du domaine de la famille qui nous régit tous avec, entre autres, le Code de l’aide sociale et des familles voté par le Parlement en 1975. La très grande majorité des citoyens vivent en famille. La branche famille est une des caisses de la sécurité sociale comme les retraites ou la santé et l’assurance-maladie ! Et on souhaiterait laisser cette politique aux mains des dirigeants du patronat et de la droite néolibérale ainsi qu’à l’Eglise et son lobby, de la CFTC, etc. !
Aujourd’hui, les seules voix discordantes sont celles de l’UFAL, de la CGT et des parlementaires communistes (principalement au Sénat d’ailleurs !). Et à un degré moindre car n’agissant pas sur l’ensemble de la problématique et ne pratiquant pas de campagne d’éducation populaire tourné vers l’action, l’UNSA Education et le CNAFAL. Où sont les autres ? Aux champignons ?

POUR UNE GLOBALISATION DES COMBATS

Aujourd’hui, la déstructuration restructuration opéré par l’alliance des néolibéraux, des communautaristes et intégristes de toutes natures a globalisé les combats qu’elle mène contre les intérêts des citoyens et de leurs familles à commencer par les couches populaires (c’est à une véritable guerre des classes que cette alliance nous convit). Nous devons répondre également par une globalisation des combats.
Quand on veut promotionner la Sécurité sociale solidaire, on doit parler bien sûr des retraites et de la Santé - Assurance –maladie mais aussi de la branche Famille et des Accidents du travail et maladies professionnelles.
Quand on veut résister à un rouleau compresseur, on ne doit pas seulement écouter les couches moyennes supérieures radicalisées mais écouter aussi les doléances des couches populaires (ouvriers , employés) qui représente la majorité des ménages si on reprend les calculs de l’INSEE. Et si on réalise cette écoute, on globalise les combats sans en négliger aucun. Bien sûr la lutte, pour l’écologie, pour régler par le haut le problème des sans-papiers, la lutte contre la guerre, contre les institutions internationales, contre les institutions actuelles de l’Union européenne et les paradis fiscaux sont nécessaires. Mais sont nécessaires aussi la lutte pour l’emploi CDI partout et pour tous, pour une Sécurité sociale solidaire (et ses 4 branches et non deux seulement !), pour un logement de qualité, pour une laïcité permettant le développement des droits et des libertés, pour des services publics dégagés de la logique du profit !
Et pour parler autrement, il faudrait que le militantisme machiste prenne fin en laissant aux mères de famille le soin de se débrouiller avec ce qui existe.
Vous êtes convaincus ? Alors agissez et ne soyez pas spectateurs du spectacle que nous proposent les puissants de ce monde.

par Bernard Teper
Secrétaire national de l'UFAL

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Hubert Montagner, ancien directeur de recherche à l'INSERM, spécialiste du développement de l'enfant et de ses rythmes, répond à une instit qui s'oppose à la mise en place du soutien aux enfants en difficulté en plus de la classe et qui lui a fait part de ses inquiétudes.

LETTRE ADRESSÉE À UNE PROFESSEURE DES ÉCOLES  D’INDRE ET LOIRE

Chère Madame,
je vous remercie vivement pour votre courriel du 2 mai 2009.
Il est inacceptable que vous soyez punis par le Ministre et la hiérarchie de l’Éducation nationale alors que, par votre décision intelligente et responsable, vous n’avez pas voulu vous rendre complices de la nouvelle forme de maltraitance constituée par le temps de soutien obligatoire après la classe. C’est une prise de responsabilité humaniste et civique qui vous honore. Elle montre la voie pour que les enfants en difficulté ne soient pas encore plus épuisés, démotivés... et finalement psychologiquement et intellectuellement détruits par la journée la plus longue du monde (six heures de temps contraint pour toutes les classes d’âges de l’école primaire). En effet, vous savez mieux que le Ministre et l’Inspecteur d’Académie les dégâts supplémentaires que constitue un soutien scolaire après la classe pour les enfants en difficulté, en particulier ceux que l’on enferme sous l’étiquette de l’échec scolaire. Ils viennent s’ajouter aux dégâts générés par l’accroissement de la pression intellectuelle et relationnelle avec le poids augmenté au quotidien de la fréquence et de la durée des apprentissages dits fondamentaux, dans le cadre combiné d’une semaine ramenée arbitrairement à quatre jours (il faut faire en quatre jours ce qui était fait en quatre jours et demi) et de nouveaux programmes imbéciles. Il n’y a plus de temps de respiration au cours de la journée alors qu’il est indispensable pour que tous les enfants, surtout ceux qui sont en difficulté, puissent récupérer de leurs fatigues psychologiques et intellectuelles, et restaurer peu ou prou leurs capacités d’attention, de concentration intellectuelle et de traitement de l’information. Il n’y a plus assez de temps pour que les enfants puissent libérer leurs émotions, leurs sensibilités, capacités et intelligences cachées, ainsi que leur imaginaire lorsqu’ils s’engagent dans les arts plastiques, le chant choral, la narration, la découverte de la nature, les particularités de la vie végétale et animale, l’histoire captivante de nos ancêtres et du monde, les modes de vie dans les différentes cultures humaines... Les enfants apprennent aussi bien le français, ou mieux, au cours de ces temps de diversification et de découverte que dans les situations d’apprentissage formel et explicite de la langue. Bien évidemment, les enseignants le savent.

Si on prend le cours préparatoire comme exemple, aucun enfant de six à sept ans ne peut accepter d’être au quotidien en situation de contrainte intellectuelle et relationnelle pendant deux heures trente minutes pour l’apprentissage du français (10 heures pour la semaine) et une heure quinze pour le calcul et les mathématiques (5 heures par semaine). Les Scandinaves sont horrifiés.

À 16 heures, les enfants en difficulté sont épuisés, enfermés dans leurs peurs, blocages et inhibitions, dans leur anxiété, leurs angoisses... surtout lorsqu’ils se projettent dans le retour à la maison alors que leur milieu familial est en souffrance. Ils le sont déjà au début de l’après-midi ou même, pour les plus fragiles, vulnérables et démunis, dès la fin de la matinée comme le montre l’observation des enfants accueillis dans les écoles de ZEP. Seuls les enfants qui vivent au quotidien dans la sécurité affective, sans déficits de sommeil et sans comportements “perturbés” et/ou “perturbateurs”, peuvent être suffisamment vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles au cours de l’après-midi pour capter et traiter les messages du maître, et ainsi se réaliser comme élèves. Et encore, pas tous les jours selon les fluctuations de leurs équilibres physiologiques, émotionnels, affectifs, sociaux et cognitifs.

En imposant sans concertation la semaine de quatre jours, l’augmentation délirante du poids des “fondamentaux” et le soutien accordé après la classe aux enfants en difficulté, le Ministre et la hiérarchie de l’Éducation nationale déshumanisent l’école, accroissent les inégalités et injustices sociales, en conduisant un nombre croissant d’enfants à s’enkyster dans le “désamour” pour l’école et son rejet, et ainsi plus ou moins progressivement dans la marginalité sociale. Ce “système” aberrant et “concentrationnaire” stigmatise les familles qui cumulent les difficultés personnelles, morales, familiales, sociales et culturelles. C’est une honte pour notre pays... en principe l’un des berceaux des Droits de l’Homme. Les étrangers que je rencontre ne comprennent pas ce “système”. On n’aurait pas agi autrement si on avait voulu pérenniser une école à plusieurs vitesses dans laquelle les plus fragiles, vulnérables et démunis ne peuvent même pas passer la première vitesse, et s’engager avec confiance dans le désir de comprendre et d’apprendre faute de pouvoir enclencher les vitesses supérieures qui permettent d’accéder aux différents niveaux des savoirs et des connaissances.

Le tribunal incontournable de l’Histoire retiendra que l’actuel Ministre de l’Education Nationale, ses conseillers patachons et idéologues, et sa hiérarchie vassalisée ont institué un système de maltraitance, de stigmatisation, de culpabilité et d’exclusion implicite qui déshonore notre pays et notre nation.

Il n’y a jamais eu autant d’Inspecteurs d’Académie révoqués qu’en 2008-2009 alors que leur “faute” a été d’entendre et d’essayer de comprendre la décision et le désarroi des enseignants. Les informations qui “remontent du terrain” montrent toutes qu’il n’y a jamais eu autant d’enfants épuisés et déboussolés, et aussi d’enseignants exténués, stressés, démoralisés et culpabilisés par les échecs persistants des élèves les plus fragiles, vulnérables et démunis. Les lettres qu’ils adressent à leurs édiles, souvent le ou la maire, sont pathétiques et souvent bouleversantes. La porte est béante pour la consommation accrue de somnifères, calmants, psychotropes... des enfants, de leurs parents inquiets ou désespérés et de leurs maîtres... qui perdent confiance dans leurs compétences. Les Français sont déjà les plus grands consommateurs de ces molécules !
Par votre refus, vous sauvegardez la dignité de l’école. Merci.

Je suis prêt à vous défendre en tous lieux et devant quiconque, y compris devant les tribunaux si une action judiciaire devait être décidée.

Vous pouvez diffuser sans retenue tout ou partie du présent courriel.
Bien à vous
Hubert Montagner

Mercredi 15 juillet 2009
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