Et pourtant, cest visible pour tous ceux qui acceptent de voir la réalité et non
la fiction préparée par les présentateurs des médias, véritables prêtres au service
de ce "nouveau monde".
Certains estiment que nous avons des analyses générales et que nous ne sommes pas assez
concrets. Voilà un article fait spécialement pour eux, les veinards!
Et bien, nous allons prendre les jardins d'éveil comme exemple de ce que nous venons
d'écrire. Nous pourrions prendre beaucoup d'autres exemples. Voir le dossier fourni à ce
sujet par Eddy Khaldi de l'UNSA-Education.
Comme par « hasard », voilà le gouvernement sarkoziste et l'Eglise catholique qui
engage ensemble dans un tango endiablé l'opération des jardins d'éveil contre l'école
maternelle. De façon concomitante, l'Etat diminue la surface de la maternelle de 2 à 3
ans, gratuite de surcroît pour la remplacer par les jardins d'éveil payants souvent
présentés par l'Eglise catholique. La CFTC, qui préside au sein de la Sécurité
sociale, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), est largement partie
prenante de cette offensive (voir dossier). Elle y entraîne dans son sillage la CNAF
elle-même, pourtant incluse dans les institutions de la Sécurité sociale. Le
Secrétariat général à l'Enseignement catholique (SGEC) diffuse les statuts, préambule
et règlement intérieur, réalisés par la direction diocésaine de Vendée.
On peut comprendre que le Secrétariat général de l'enseignement catholique(SGEC) dans
une logique de concurrence avec l'école publique fait sienne la position suivante:"
La réduction , voire la suppression, de la scolarisation des enfants de 2 à 3 ans dans
les classes sous contrat va perturber de façon importante le recrutement des écoles
catholiques." et comme la position de l'Eglise est la suivante: "quiconque
n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas"(en page 5 sous
l'intitulé "Un nouveau défi à relever" dans un texte général nommé
"Orientations de l'enseignement catholique de juillet 2008"), on peut comprendre
que le SGEC a engagé sa propagande comme elle lavait fait sur le mode
dorganisation des écoles privées confessionnelles pour « siphonner » une partie
des subventions publiques vers lEglise et les congrégations. Le lobby catholique
est entré en action. Puis tout se précipite: 4 novembre 2008, cela devient proposition
du Sénat, puis le 21 décembre , c'est au tour de la Secrétaire d'Etat Nadine Morano de
se déclarer favorable à ce projet , et le 7 avril 2009, elle annonce les 8000 premières
places!
OÙ SONT LES LAIQUES ET REPUBLICAINS DE GAUCHE ?
La caractéristique de beaucoup de laïques et des républicains de gauche est de ne pas
comprendre la globalité de la politique néolibérale et communautariste de ceux qui nous
dirigent. Ils pensent quil ny a que le discours de Latran ou
lintégrisme islamiste à combattre et quil suffit de sarc-bouter sur la
loi du 9 décembre 1905.
Errare humanum est, perseverare diabolicum. Pire, il reste les « bras ballants » quand,
sur tout larc de la gauche, quelle soit social libérale ou membre de la «
gauche de la gauche », on voit de nombreux élus faire des compromissions avec cette
politique. Et dans la politique familiale, on voit certains laïques et républicains de
gauche dirent en substance : « On ne soccupe pas de famille car « Famille, Travail
Patrie » du sinistre Pétain ». Ah ! Ces saltimbanques ! Plus de la moitié des
changements du Code civil proviennent du domaine de la famille qui nous régit tous avec,
entre autres, le Code de laide sociale et des familles voté par le Parlement en
1975. La très grande majorité des citoyens vivent en famille. La branche famille est une
des caisses de la sécurité sociale comme les retraites ou la santé et
lassurance-maladie ! Et on souhaiterait laisser cette politique aux mains des
dirigeants du patronat et de la droite néolibérale ainsi quà lEglise et son
lobby, de la CFTC, etc. !
Aujourdhui, les seules voix discordantes sont celles de lUFAL, de la CGT et
des parlementaires communistes (principalement au Sénat dailleurs !). Et à un
degré moindre car nagissant pas sur lensemble de la problématique et ne
pratiquant pas de campagne déducation populaire tourné vers laction,
lUNSA Education et le CNAFAL. Où sont les autres ? Aux champignons ?
POUR UNE GLOBALISATION DES COMBATS
Aujourdhui, la déstructuration restructuration opéré par lalliance des
néolibéraux, des communautaristes et intégristes de toutes natures a globalisé les
combats quelle mène contre les intérêts des citoyens et de leurs familles à
commencer par les couches populaires (cest à une véritable guerre des classes que
cette alliance nous convit). Nous devons répondre également par une globalisation des
combats.
Quand on veut promotionner la Sécurité sociale solidaire, on doit parler bien sûr des
retraites et de la Santé - Assurance maladie mais aussi de la branche Famille et
des Accidents du travail et maladies professionnelles.
Quand on veut résister à un rouleau compresseur, on ne doit pas seulement écouter les
couches moyennes supérieures radicalisées mais écouter aussi les doléances des couches
populaires (ouvriers , employés) qui représente la majorité des ménages si on reprend
les calculs de lINSEE. Et si on réalise cette écoute, on globalise les combats
sans en négliger aucun. Bien sûr la lutte, pour lécologie, pour régler par le
haut le problème des sans-papiers, la lutte contre la guerre, contre les institutions
internationales, contre les institutions actuelles de lUnion européenne et les
paradis fiscaux sont nécessaires. Mais sont nécessaires aussi la lutte pour
lemploi CDI partout et pour tous, pour une Sécurité sociale solidaire (et ses 4
branches et non deux seulement !), pour un logement de qualité, pour une laïcité
permettant le développement des droits et des libertés, pour des services publics
dégagés de la logique du profit !
Et pour parler autrement, il faudrait que le militantisme machiste prenne fin en laissant
aux mères de famille le soin de se débrouiller avec ce qui existe.
Vous êtes convaincus ? Alors agissez et ne soyez pas spectateurs du spectacle que nous
proposent les puissants de ce monde.
par Bernard Teper
Secrétaire national de l'UFAL____________
Hubert Montagner, ancien directeur de recherche à l'INSERM, spécialiste du
développement de l'enfant et de ses rythmes, répond à une instit qui s'oppose à la
mise en place du soutien aux enfants en difficulté en plus de la classe et qui lui a fait
part de ses inquiétudes.
LETTRE ADRESSÉE À UNE PROFESSEURE DES ÉCOLES DINDRE
ET LOIRE
Chère Madame,
je vous remercie vivement pour votre courriel du 2 mai 2009.
Il est inacceptable que vous soyez punis par le Ministre et la hiérarchie de
lÉducation nationale alors que, par votre décision intelligente et responsable,
vous navez pas voulu vous rendre complices de la nouvelle forme de maltraitance
constituée par le temps de soutien obligatoire après la classe. Cest une prise de
responsabilité humaniste et civique qui vous honore. Elle montre la voie pour que les
enfants en difficulté ne soient pas encore plus épuisés, démotivés... et finalement
psychologiquement et intellectuellement détruits par la journée la plus longue du monde
(six heures de temps contraint pour toutes les classes dâges de lécole
primaire). En effet, vous savez mieux que le Ministre et lInspecteur
dAcadémie les dégâts supplémentaires que constitue un soutien scolaire après la
classe pour les enfants en difficulté, en particulier ceux que lon enferme sous
létiquette de léchec scolaire. Ils viennent sajouter aux dégâts
générés par laccroissement de la pression intellectuelle et relationnelle avec le
poids augmenté au quotidien de la fréquence et de la durée des apprentissages dits
fondamentaux, dans le cadre combiné dune semaine ramenée arbitrairement à quatre
jours (il faut faire en quatre jours ce qui était fait en quatre jours et demi) et de
nouveaux programmes imbéciles. Il ny a plus de temps de respiration au cours de la
journée alors quil est indispensable pour que tous les enfants, surtout ceux qui
sont en difficulté, puissent récupérer de leurs fatigues psychologiques et
intellectuelles, et restaurer peu ou prou leurs capacités dattention, de
concentration intellectuelle et de traitement de linformation. Il ny a plus
assez de temps pour que les enfants puissent libérer leurs émotions, leurs
sensibilités, capacités et intelligences cachées, ainsi que leur imaginaire
lorsquils sengagent dans les arts plastiques, le chant choral, la narration,
la découverte de la nature, les particularités de la vie végétale et animale,
lhistoire captivante de nos ancêtres et du monde, les modes de vie dans les
différentes cultures humaines... Les enfants apprennent aussi bien le français, ou
mieux, au cours de ces temps de diversification et de découverte que dans les situations
dapprentissage formel et explicite de la langue. Bien évidemment, les enseignants
le savent.
Si on prend le cours préparatoire comme exemple, aucun enfant de six à sept ans ne
peut accepter dêtre au quotidien en situation de contrainte intellectuelle et
relationnelle pendant deux heures trente minutes pour lapprentissage du français
(10 heures pour la semaine) et une heure quinze pour le calcul et les mathématiques (5
heures par semaine). Les Scandinaves sont horrifiés.
À 16 heures, les enfants en difficulté sont épuisés, enfermés dans leurs peurs,
blocages et inhibitions, dans leur anxiété, leurs angoisses... surtout lorsquils
se projettent dans le retour à la maison alors que leur milieu familial est en
souffrance. Ils le sont déjà au début de laprès-midi ou même, pour les plus
fragiles, vulnérables et démunis, dès la fin de la matinée comme le montre
lobservation des enfants accueillis dans les écoles de ZEP. Seuls les enfants qui
vivent au quotidien dans la sécurité affective, sans déficits de sommeil et sans
comportements perturbés et/ou perturbateurs, peuvent être
suffisamment vigilants, attentifs, réceptifs et disponibles au cours de
laprès-midi pour capter et traiter les messages du maître, et ainsi se réaliser
comme élèves. Et encore, pas tous les jours selon les fluctuations de leurs équilibres
physiologiques, émotionnels, affectifs, sociaux et cognitifs.
En imposant sans concertation la semaine de quatre jours, laugmentation
délirante du poids des fondamentaux et le soutien accordé après la classe
aux enfants en difficulté, le Ministre et la hiérarchie de lÉducation nationale
déshumanisent lécole, accroissent les inégalités et injustices sociales, en
conduisant un nombre croissant denfants à senkyster dans le
désamour pour lécole et son rejet, et ainsi plus ou moins
progressivement dans la marginalité sociale. Ce système aberrant et
concentrationnaire stigmatise les familles qui cumulent les difficultés
personnelles, morales, familiales, sociales et culturelles. Cest une honte pour
notre pays... en principe lun des berceaux des Droits de lHomme. Les
étrangers que je rencontre ne comprennent pas ce système. On naurait
pas agi autrement si on avait voulu pérenniser une école à plusieurs vitesses dans
laquelle les plus fragiles, vulnérables et démunis ne peuvent même pas passer la
première vitesse, et sengager avec confiance dans le désir de comprendre et
dapprendre faute de pouvoir enclencher les vitesses supérieures qui permettent
daccéder aux différents niveaux des savoirs et des connaissances.
Le tribunal incontournable de lHistoire retiendra que lactuel Ministre de
lEducation Nationale, ses conseillers patachons et idéologues, et sa hiérarchie
vassalisée ont institué un système de maltraitance, de stigmatisation, de culpabilité
et dexclusion implicite qui déshonore notre pays et notre nation.
Il ny a jamais eu autant dInspecteurs dAcadémie révoqués
quen 2008-2009 alors que leur faute a été dentendre et
dessayer de comprendre la décision et le désarroi des enseignants. Les
informations qui remontent du terrain montrent toutes quil ny a
jamais eu autant denfants épuisés et déboussolés, et aussi denseignants
exténués, stressés, démoralisés et culpabilisés par les échecs persistants des
élèves les plus fragiles, vulnérables et démunis. Les lettres quils adressent à
leurs édiles, souvent le ou la maire, sont pathétiques et souvent bouleversantes. La
porte est béante pour la consommation accrue de somnifères, calmants, psychotropes...
des enfants, de leurs parents inquiets ou désespérés et de leurs maîtres... qui
perdent confiance dans leurs compétences. Les Français sont déjà les plus grands
consommateurs de ces molécules !
Par votre refus, vous sauvegardez la dignité de lécole. Merci.
Je suis prêt à vous défendre en tous lieux et devant quiconque, y compris devant les
tribunaux si une action judiciaire devait être décidée.
Vous pouvez diffuser sans retenue tout ou partie du présent courriel.
Bien à vous
Hubert Montagner |