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Energie fossile
Pétrole : symbole de la fin d'un monde amoral et sans avenir
Avec un baril de pétrole dont le prix a quintuplé en 5 ans et qui se rapproche inexorablement du seuil symbolique de un dollar le litre (159 dollars le baril sur les marchés spéculatifs et payé 48 dollars aux pays producteurs), nous entrons bien plus rapidement que prévu dans une nouvelle ère. Changer radicalement de perspective d’approche et admettre que le vrai défi consiste d’abord à réorganiser nos économies et nos sociétés de manière à réduire à la source nos besoins en énergie devient une urgence. Instaurer comme principe généralisé la recherche de la sobriété énergétique et d’une croissance économique écocompatible est à l'ordre du jour. Sans malentendu idéologique ou philosophique : un tel objectif ne signifie nullement la soumission au mythe dangereux du retour à une nature idéalisée, toute puissante et vierge (qui n’a jamais existé). Car comme le disait si bien Albert Einstein : "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendrés"
Avec un baril de pétrole dont le prix a quintuplé en 5 ans et qui se rapproche inexorablement du seuil symbolique de un dollar le litre (159 dollars le baril sur les marchés spéculatifs et payé 48 dollars aux pays producteurs), nous entrons bien plus rapidement que prévu dans une nouvelle ère (économique) dont le grand défi est devenu la substitution de l’énergie par l’information à tous les niveaux de production et d’organisation de nos sociétés (ceci étant une toute partie de l'immense problème global, avant tout d'ordre moral et phylosophique auquel nous sommes confrontés).

On estime qu’il reste environ 160 milliards de tonnes de pétrole conventionnel à extraire. En supposant que la consommation mondiale reste à son niveau actuel - 4 milliards de tonnes par an - il nous reste donc à peine plus de 40 ans de consommation. Or, selon l’Agence Internationale de l'Energie, la consommation mondiale de pétrole pourrait passer de 4 à 6 milliards de tonnes d’ici 2030 à cause notamment du développement économique accéléré de l’Asie…

Certes, ces estimations ne tiennent pas compte des réserves sous forme de pétrole non conventionnel, schismes bitumineux, pétrole profond, ni des progrès qui peuvent intervenir dans le taux de récupération des gisements mais ces variables ne changent pas fondamentalement la donne et ne pourront que nous faire gagner une ou deux décennies supplémentaires. L’exploitation de ce pétrole non conventionnel a, en outre, un coût énergétique et environnemental considérable.

Globalement la consommation énergétique de l’humanité s’élève à un peu plus de 10 gigatonnes d’équivalent pétrole par an et le pétrole représente donc, à lui seul, près de 40 % de cette consommation mondiale.

Nous pouvons bien sûr parier, comme le font les Etats-Unis, sur l’innovation technologique, pour accélérer le basculement vers "l’après pétrole" mais se persuader qu'exclusivement la technologie (qu’il s’agisse du charbon "propre, de la séquestration de carbone, de l’hydrogène ou des énergies renouvelables) nous libérera, sans remettre en cause fondamentalement nos modes de vie, relève d'une illusion dangereuse. Nous devons en effet changer radicalement de perspective d’approche et admettre que le vrai défi consiste d’abord à réorganiser nos économies et nos sociétés de manière à réduire à la source nos besoins en énergie et à instaurer en principe généralisé la recherche de la sobriété énergétique et d’une croissance économique écocompatible (oups !) [1].

Sachant qu’un humain sur deux vit à présent dans les villes, cela suppose notamment une réorientation profonde de nos conceptions et politiques d’urbanisme, d’aménagement du territoire et de transports afin de contenir l’étalement urbain et de repenser nos villes de façon à optimiser leur efficacité énergétique et leur empreinte écologique en concevant des unités urbaines qui intégreront, au lieu de les dissocier, les pôles de travail, de logement et de loisirs.

Cette question de l’urbanisme et des transports est capitale en matière énergétique et environnementale. Une étude du MIT a par exemple montré que la consommation énergétique moyenne d’un habitant d’Atlanta, ville américaine à l’urbanisme dispersé, était 7 fois plus grande que celle d’un habitant de Barcelone, ville méditerranéenne à l’urbanisme dense. Même si cela n’est pas facile dans un pays où beaucoup de familles rêvent de vivre dans une maison individuelle, nos responsables politiques doivent avoir le courage d’ouvrir ce débat sur la densification urbaine. En trente ans, la distance moyenne parcourue en voiture pour se rendre de son domicile à son travail a été multipliée par trois et nous devons absolument inverser cette tendance qui n’est plus tenable, ni économiquement ni écologiquement.

Nous devons également avoir le courage d’ouvrir un vrai débat démocratique sur la question de la restriction de l’usage de l’automobile dans les centres ville et de l’instauration de péages urbains modulables en fonction du nombre de passagers, de l’heure ou du type de véhicule. On peut imaginer aller plus loin en accordant des réductions d’impôts ou de taxes aux entreprises ou particuliers particulièrement sobres en matière énergétique. Il faut également, grâce à un cadre législatif et fiscal adapté, favoriser l’essor du télétravail afin qu’il représente d’ici 10 ans 20 % du temps consacré aux activités de services publics et privés.[2]

De récentes études scientifiques montrent que, compte tenu des délais liés à l’inertie thermique des océans, si nous voulons stabiliser le climat, il nous faut non seulement réduire de moitié au niveau mondial nos émissions de gaz à effet de serre mais tendre à une production énergétique totalement décarbonnée d’ici la fin de ce siècle.[3]

Pour atteindre de tels objectifs, le développement massif, même de plusieurs ordres de grandeur, de la production d’énergie renouvelable (y compris le nucléaire[4]), bien qu’absolument nécessaire, n’est qu’une réponse partielle et insuffisante et nous devons d’abord réorganiser en profondeur nos économies et nos sociétés autour du concept de sobriété énergétique et de productivité informationnelle et cognitive en réduisant à la source nos besoins globaux en énergie et en améliorant de manière considérable l’efficacité et le rendement énergétique dans l’ensemble des activités humaines.

Notre civilisation va devoir apprendre à produire et à transformer le maximum d’informations en connaissance et en richesses en utilisant le minimum d’énergie et en recherchant systématiquement la valeur ajoutée écologique qui devra simultanément préserver la biodiversité gravement menacée, valoriser et utiliser les matériaux et produits naturels et intégrer le recyclage et l’ecocompatibilité de l’ensemble des productions industrielles et humaines dès leur conception.[5]

Mais, à ce stade de réflexion, il faut éviter tout malentendu idéologique ou philosophique : un tel objectif ne signifie nullement la soumission au mythe dangereux du retour à une nature idéalisée, toute puissante et vierge qui n’a jamais existé. Depuis le néolithique, l’homme n’a cessé de transformer profondément la nature et son environnement pour survivre puis améliorer ses conditions de vie et ceux qui, s’enfermant dans de nouvelles formes d’intégrisme et de conservatisme, et remettent en cause la nécessité de l’innovation et du progrès scientifique, notamment dans les sciences du vivant, se trompent de combat et veulent répondre de manière simpliste et dogmatique à des défis planétaires complexes et globaux.

Pour réussir cette mutation de civilisation, l’espèce humaine doit plus que jamais mobiliser toutes ses capacités d’innovation, non seulement dans les domaines scientifiques et techniques[6] mais aussi dans les domaines sociaux, économiques et démocratiques, pour concevoir de nouveaux modes et outils de gouvernance, de régulation et de contrôle socio-politiques. Il nous appartient, sans nous enfermer dans des cadres de pensée réducteurs, de faire preuve d’audace créatrice et d’être à la hauteur morale et intellectuelle des immenses défis que notre planète doit relever.

A lire : Pétrole apocalypse, d'Yves Cochet (Fayard – septembre 2005)

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Remarques : L'hydrogène n'est pas une source, mais un simple Vecteur d'énergie. Il faut l'extraire de la molécule d'eau, ce qui demande un peu plus d'énergie (compte tenu des pertes inévitables) que celle que l'on peut ensuite récupérer par sa combustion, ou son utilisation dans une pile à combustible…

- Un aspect n'est pas évoqué dans ce texte : La raréfaction et l'augmentation accélérée du prix du pétrole (inéluctable, il faudra donc que pêcheurs, routiers, taxis, agriculteurs, et bientôt nous tous, intègrent cette donnée !), provoquent déjà un retour vers le charbon, dont les réserves sont largement supérieures à celles des hydrocarbures. Ce qui est, - et surtout sera- catastrophique pour le climat et l'environnement. Sans compter sur le fait que l'on profite maintenant de la fonte des glaces polaires -conséquence du dérèglement climatique en cours- pour en exploiter le sous-sol et utiliser des voies maritimes jusque là impraticables, ce qui aboutira inévitablement à en accélérer et en accentuer les conséquences !!!

- Tout encouragement à continuer à consommer des produits d'origine fossile ne peut aboutir qu'à entretenir la croyance que notre mode d'organisation peut continuer indéfiniment et qu'il est bénéfique pour l'humanité. De plus, souvenons-nous qu'à chaque fois que nous remplissons le réservoir de notre voiture, nous contribuons à alimenter l'exploitation des peuples, les guerres et la misère dans le monde !

En conséquence, il nous faut apprendre, chacun et dés aujourd'hui, à vivre autrement, (en tout premier lieu en diminuant drastiquement notre consommation de tout produit dérivé de quelconque énergie fossile) ce qui veut dire essentiellement d'une manière solidaire et en partageant les richesses de notre planète, de manière à permettre à chacun des habitants de notre planète, d'aujourd'hui et à venir, de vivre, tout simplement (l'expression de Gandhi…)

Il existe au moins une réflexion globale allant dans ce sens et porteuse d'avenir, en tant qu'alternative avec un système suicidaire, celle que certains appellent "décroissance" (terme en aucun cas figé autour d'une pensée ouverte et en permanente évolution…)

En effet, comme le disait si bien Albert Einstein : "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendrés"

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[1] D'une part cette dernière perspective est fondamentalement absurde en soi, mais elle fait abstraction du fait que cette fameuse croissance n'est en rien créatrice de bonheur pour les 20% "privilégiés" qui peuvent en "bénéficier" et qu'elle se réalise au détriment des 80% du reste de l'humanité qui, eux, n'en verront jamais que les pires conséquences !

[2] Toutes ces pseudo-solutions ne sont que des "emplâtres sur une jambe de bois". La seule alternative est de sortir de nos multiples croyances -les découvertes scientifiques vont résoudre nos problèmes, la mondialisation du mode de vie occidentale est bonne pour l'humanité, l'idéologie économiste et croissanciste n'a pas d'alternative, notre système "démocratique" est bon et le seul possible,…-

[3] Tout ceci est loin de la réalité ! Si l'on veut parvenir à cet objectif, le seul compatible avec la poursuite de "l'aventure humaine", il faut diviser immédiatement par 4 la totalité des émissions de gaz à effet de serre…

[4] Sans commentaire sur la nocivité absolue de cette énergie, dont il faut nous débarrasser au plus vite ; les nuisances déjà produites sont amplement suffisantes comme "cadeau" laissé à nos descendants !

[5] Hypothèse absurde ! Peut-être pourrions-nous simplement penser que le véritable défi à relever est de comprendre que seuls le partage et la solidarité universelle, appliqués sans délai, permettront à tous les humains de vivre et de satisfaire leurs véritables besoins, maintenant et dans l'avenir.

[6] Avons-nous vraiment besoin de plus de robots, aliments et vêtements "intelligents", téléphones ultra-poly fonctionnels, sondes spatiales, ascenseurs lunaires,… pour donner du sens à notre vie et en profiter simplement et en bonne intelligence universelle ?

Texte original de René Tregouet (www.tregouet.org), sur http://www.notre-planete.info le 2 juin 2008 (repris et annoté par Bernard Grignon)
10 juin 2008
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