C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le
profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui
tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est
illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les
rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans
ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres
revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base
ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle -- à
savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les
établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le
monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj - qui est d'allier et de rallier,
de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance
réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques,
d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien
réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres
souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse
découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet,
ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité. (...)Victimes d'un
système flou globalisé
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports
vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre
autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite
de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une
perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de
tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de
développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle
d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de
création de soi et de parachèvement de l'humain. Si le capitalisme (dans son principe
très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se
réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables
"producteurs" - chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres
socioprofessionnels ineptes - incapables de tressaillements en face d'un sursaut de
souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique,
social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous
victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et
petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse
mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir :
vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus
exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie,
dans toute l'ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec
le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre
goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme
on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque,
il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions
si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes
surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y
résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi. Là aussi il nous faut déterminer
la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure
qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de
la diminution de son besoin de main d'uvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans
la recherche d'une main d'uvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus
accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont
de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire
conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se
faire mondiale.
Quant à l'idée du "plein emploi", elle nous a été clouée dans l'imaginaire
par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont
accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré
(d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous
la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure
qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple
"emploi", et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le
travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple
marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au
fond du gouffre. Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique.
Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention
sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi
d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies
bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les
camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous
serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la
sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la
valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à
l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas
du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en
socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra
permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de
revitalisations écologiques de notre environnement... Il s'envisagera en "tout ce
qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue". Il y aura du travail et des
revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou
qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans
le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la
consommation de haute nécessité qui ouvre à création - créaconsommation. En valeur
poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération
et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les
aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa
brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à
leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un
dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés
cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce
principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse,
les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche
des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les
lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des
technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en
Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec
les virtualités imprévisibles du Tout-Monde... C'est le gratuit en son principe qui
permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des
exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non
marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du
financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son
principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos
solidarités imaginantes...
Nous appelons à une Haure politique, à un art politique
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du
Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un "panier de ménagère", mais
le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés
martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part
souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement
nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent,
prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui
sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des
misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du "Marché", mais
où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque
en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa
relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus
exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la
dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement
écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le
système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme
et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète...
Alors voici notre vision : Petits pays, soudain au cur nouveau du monde, soudain
immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre
en uvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du
vivant...
(Intégralité de ce Manifeste sur www.lemonde.fr
du 16.02.09)
Un magnifique plaidoyer pour la "décroissance"
A nous d'agir, à la fois individuellement et collectivement, pour imaginer avec
enthousiasme cette nouvelle société à construire ensemble, nous tous, humains
d'aujourd'hui et à venir. C'est notre responsabilité, c'est notre tâche, c'est le défi
que nous avons à relever, car c'est tout simplement de notre avenir commun, proche et
plus lointain qu'il s'agit... Pour d'autres informations et suggestions, je diffuse
différents articles sur mon blog, accessible sur : http://decroissance.over-blog.org/ Vous y
trouverez des informations sur les thèmes suivants : Décroissance - Dérèglement
climatique - Agriculture, alimentation, agrocarburants - Biodiversité - Energie -
Pollution - Santé - Nanotechnologie, puces, téléphone portable - Diverses questions de
société - etc. (il y a même quelques poèmes de ma composition). Bien entendu, toutes
ces questions et ces articles sont appelés à être complétés. Et surtout, afin d'aller
au-delà de ces constats, vous trouverez quelques idées d'actions à mener. Une
newsletter est disponible sur ce site. |
| Economie
: Libéralisme-Capitalisme
Un rapport d'une agence gouvernementale Britannique : il faut remettre en cause
la croissance économique
Incroyable mais vrai ! Un rapport d'une agence gouvernementale Britannique prône la
remise en question de la croissance économique !
Bien entendu, il ne s'agit là que d'un aspect de la question, mais on progresse... (du
moins chez nos amis d'outre Manche, parce qu'en ce qui concerne les gouvernants actuels du
"pays des lumières et des droits de l'homme", ils creusent, ils creusent tout
comme les shadoks pompaient, pompaient !)
Paradoxe des temps modernes. Les extraordinaires avancées des sciences et des
techniques ont permis à lhumanité daccumuler un savoir faire et une
capacité de production à même de satisfaire la plupart de ses besoins, et pourtant
cette richesse potentielle, loin de se traduire par laccomplissement des promesses
du progrès, saccompagne aujourdhui dune inégalité toujours accrue,
dune énorme demande sociale non satisfaite, et dune pression croissante sur
les conditions dexistence au nom du sacro saint rendement compétitif.
Mais rendement de quoi ?
Loin de permettre de libérer lhomme, lintelligence, les énergies
mobilisées, les efforts consentis, englués dans un système devenu inefficace, inadapté
et dangereux, conduisent lhumanité à sa perte. Le système économique - dont la
structure est un archaïsme hérité des temps obscurs où la rareté dominait - poursuit
sa trajectoire aveugle et insoutenable qui nous rapproche inexorablement de
lépuisement des ressources primaires, et de la dévastation de notre planète. «
Prosperity Without Growth ? » est un ouvrage (disponible gratuitement en ligne) publié
par la Commission du Développement Durable, une agence gouvernementale du Royaume-Uni,
qui ose aborder de front cette question brûlante. La croissance, telle que nous la
pratiquons, est dans limpasse. Il faut repenser à nouveaux frais nos modèles de
développement, et renoncer à la religion du PIB.
Cela implique-t-il un retour aux privations ?
Nullement. Les études effectuées de par le monde montrent quune fois atteint un
niveau de revenu situé entre la moitié et les deux tiers de ce quil est
aujourdhui aux USA, le ressenti de bien-être naugmente plus en relation avec
laccroissement des revenus. Renoncer à la croissance, ce pourrait donc être
simplement renoncer au « toujours plus » du consumérisme, à la recherche vaine de la
distinction par les colifichets du « je le vaux bien » narcissique. Une telle
révolution, non seulement économique mais également culturelle, est possible, nous dit
la Commission Britannique, qui indique, en sappuyant sur les travaux de
léconomiste canadien Peter Victor, que cela permettrait également de travailler
moins.
(octobre 2009)
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