| La première fois Lâge de lentrée dans la
sexualité des hommes et des femmes se rapproche. A la fin des années 50, les femmes
sinitiaient à 20,6 ans soit deux années après les hommes. Aujourdhui
lécart nest plus que de quelques mois (17,6 contre 17,2). Mais au moment du
dépucelage, les femmes ont davantage tendance à choisir un partenaire qui a déjà eu
des rapports sexuels, et plus âgé dau moins cinq ans. Cette expérience est de
«moins en moins le début dune histoire conjugale officielle», en particulier pour
les femmes. Il y a cinquante ans, deux tiers des femmes, un tiers des hommes découvraient
la sexualité avec leur futur conjoint. Aujourdhui, ce nest le cas que
dune personne sur 10. De nos jours, cette mise en route inaugure une «période de
jeunesse sexuelle, entre ladolescence et lâge adulte». Cependant, les femmes
sont souvent dans un modèle «préconjugal», stable, amoureux, quand les hommes
explorent davantage des expériences personnelles, sans engagement. Chez les plus
diplômés les comportements se ressemblent.
Les partenaires
Là encore les différences satténuent. Les femmes déclarent moins de partenaires
que les hommes, mais cet écart se tasse. Notamment chez les plus jeunes. Celles qui
nen ont connu quun seul sont devenus minoritaires. Elles étaient 68 % en
1970, 34 % en 2006. Les hommes continuent à déclarer 12 partenaires en moyenne. Les
femmes en comptent plus quavant :1,9 chez les 30 - 49 ans en 1970, 4 en 1992, et 5,1
aujourdhui. Mais «la mémoire des femmes [
] apparaît toujours sélective»,
notent les auteurs : elles ne retiennent que ceux «qui ont compté». Dautre part,
34 % des hommes et 24 % des femmes déclarent avoir eu des «relations parrallèles». Et
43 % et 34 % respectivement pensent que leur partenaire a un amant (ou une maîtresse).
Après une rupture
Lors de létude, deux tiers des personnes vivaient en couple, 12 % étaient en
relation stable sans habiter sous le même toit, et 20 % nindiquaient pas de petit
ou petite ami(e). Un sondé sur 5 a déjà connu une séparation dans les cinq années
précédentes. Les nouvelles générations, à la conjugalité moins éternelle, auront
probablement plus de partenaires après 30 ans que les précédentes. «Une sorte
deffacement du seuil entre jeunesse et âge adulte se mettrait donc en place en
matière de sexualité et de vie affective.» Hommes et femmes attendent sept mois entre
la rupture et la rencontre dun autre partenaire. Le fait davoir des enfants
ralentit une nouvelle rencontre, mais ne lempêche pas.
Jeux plus diversifiés
Plus quavant, les jeux amoureux et sexuels se déclinent dans différents registres.
Surtout chez les femmes. En 2006, 60 % des femmes déclarent sêtre masturbées (90
% des hommes). Elles nétaient que 16 % en 1970. Elles déclarent davantage
dexpériences homosexuelles que par le passé (4 % - comme les hommes - contre 2,6 %
en 1992). La fellation et le cunnilingus sont devenus des pratiques courantes (pour deux
tiers des hommes et femmes) La sodomie nest pas entrée «dans le répertoire
ordinaire des couples» : 9 % des femmes et 14 % des hommes déclarent la pratiquer
régulièrement. Un tiers des 18-24 ans sest connecté sur des sites de rencontres.
En 2006, un homme sur deux regarde régulièrement un film X, et une femme sur cinq. Les
femmes le font plus souvent avec un partenaire, les hommes en solitaire. Les rencontres
échangistes ne se sont pas développées, et le recours à la prostitution est stable
depuis 1992.
Les indifférents
Il y en a que ça nintéresse pas, le sexe. 0,8 % des femmes, et 1,4 % des hommes
demeurent puceaux toute leur vie. 10,8 % des femmes et 6,6 % des hommes nont pas eu
de rapport sexuel lannée précédant lenquête. Labsence de rapports
sexuels (temporaire ou durable) se retrouve chez les hommes jeunes, sans partenaire. Entre
18 et 35 ans, on compte deux fois plus dinactifs que chez les femmes. La tendance
sinverse après 50 ans. Les jeunes déclarent ne pas avoir trouvé de partenaire,
quand les plus âgées expliquent quelles ne «veulent pas» de rapports sexuels.
De nouvelles normes
Lhétérosexualité, la monogamie (ou la fidélité) et la pénétration sont les
normes daujourdhui. Elles participent «à la construction dun modèle
sexuel qui inscrit toujours prioritairement la sexualité dans la conjugalité, surtout
pour les femmes». Par exemple 49 % des hommes considèrent qu«on peut avoir des
rapports sexuels avec quelquun sans laimer» mais seulement 26 % des femmes.
Chez les jeunes, cet écart se creuse encore. Aujourdhui, linjonction
dune «sexualité épanouie» ne se mesure pas tant à la performance sexuelle mais
«à la capacité de deux partenaires à sengager dans une relation stable et
satisfaisante du point de vue sexuel et affectif». Cest ainsi «le modèle de
sexualité au féminin» qui se trouve peu à peu «valorisé». De fait, 44 % des femmes
se déclarent très satisfaites de leur vie sexuelle. Les hommes le sont
à 35 %.
Charlotte Rotman
(1) Enquête sur la sexualité en France, 610 p. 27 euros.
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