Nucléaire militaire : la dissémination destructrice
Les lieux de fabrication des têtes nucléaires, du
commandement, ainsi que les bases des vecteurs nucléaires sont disséminés en différents lieux sur le territoire
français. Les stocks actuels
français comprennent environ 350 têtes nucléaires sur plus de 1260
têtes
nucléaires produites depuis 1964. Et tout cela dans l'opacité la plus grande et sans consultation démocratique des citoyens et populations. Plusieurs
programmes sont toujours en cours en France malgré sa signature du Traité de
Non-Prolifération. La contestation de la stratégie de mort et de la
dilapidation de l'argent des citoyens est indispensable.
Les stocks actuels français comprennent environ 350 têtes nucléaires moins qu'en 1992 où il y en avait 540. Nous estimons que la France a produit plus de 1260 têtes nucléaires depuis 1964. La dernière décennie, la France a démantelé ses missiles balistiques terrestres et enlevé ses bombes nucléaires prévues pour être larguées par des avions de combat de portes avions. La France avait au début prévu d'armer ses missiles balistiques M51 lancés par des bateaux de guerre , prévus pour être déployés en 2010, avec une nouvelle tête nucléaire (TNO -- Tête Nucléaire Océanique) mais le missile sera équipé avec une tête plus robuste existant déjà probablement du type TN -75.*
L'Ile Longue à Brest : 2000 fois la puissance destructrice d'Hiroshima
A la base militaire de l'Ile Longue se trouvent en effet 288 têtes nucléaires, soit l'équivalent de 2000 fois la puissance destructrice d'Hiroshima ! Comme si cela ne suffisait pas, la France continue de développer son arsenal pour le rendre encore plus destructeur avec notamment de nouveaux missiles M-51. Chaque sous-marin quittant Brest embarque 16 missiles, composés chacun de 6 têtes nucléaires d'une puissance de 100 kilotonnes. C'est 650 fois le pouvoir de destruction d'Hiroshima ! "Les grandes puissances dotées aujourd'hui de l'arme nucléaire ne songent nullement à l'abandonner mais continuent à améliorer leur arsenal". Et la France d'affecter trois milliards d'euros par an à son nucléaire militaire.- Poste de commandement Jupiter au palais de l'Élysée (commandement pour l'ensemble des forces nucléaires françaises) ;
- Mont-Verdun et Taverny (commandement de la Force Aérienne Stratégique) ;
- Mont-de-Marsan (base aérienne 118) ;
- Istres (base aérienne 125) : Mirages 2000N et ravitailleurs C-135FR ;
- Valduc (site de fabrication des têtes nucléaires) ;
- l'Île-Longue (près de Brest) (base de la Force océanique stratégique française (FOST) ;
- le plateau d'Albion (18 silos de missiles sol-sol et une base aérienne) (démantelé en 1996) ;
- la Base d'aéronautique navale de Landivisiau, où siègent les Super-Étendard armés de missiles ASMP.
La sombre Histoire de la terreur nucléaire
Cest par une
directive présidentielle du 16 décembre 1961 que le pouvoir demande que les
forces nucléaires soient capables « d’infliger à l’Union soviétique une
réduction notable, c’est-à-dire environ 50 %, de sa fonction économique ». L'attaque de la France ne saurait ainsi se montrer rentable.
Une déclaration au commencement du projet de Charles
de Gaulle explique cet objectif : « Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80
millions de Russes. Eh bien je crois qu'on n'attaque pas volontiers des gens
qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer
800 millions de Français, à supposer qu'il y eût 800 millions de Français ». Dans ses mémoires, l'ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing mentionne un
ordre de grandeur analogue, en précisant qu’il avait retenu « comme
objectif pour notre frappe stratégique la destruction de 40 % des
capacités économiques de l’Union soviétique situées en deçà de l’Oural et la
désorganisation de l’appareil de direction du pays »[1]. Au début des années 1980, la capacité effective de destruction minimale était
de l’ordre de 35 % de la population et de 45 % de la capacité de
production industrielle de l'URSS [2].
Le 19 janvier 2006, le président de
la République Jacques Chirac, en déplacement sur la base de
sous-marins nucléaires de l'Île-Longue,
confirme (suite à son discours de juin 2001) que l'utilisation
de l'arme nucléaire contre « les
dirigeants d'États qui auraient recours à des moyens terroristes
contre nous » et également « à
ceux qui envisageraient d'utiliser des armes de destruction massive »
pourrait être envisagée. Cependant, il insiste bien sur le fait que l'arme
nucléaire n'est pas une arme conventionnelle. Et que la France, dans
l'optique de limiter au maximum l'impact sur les civils, se dote de missiles
... ayant plus de "souplesses", de "flexibilités" et de" précisions". Le lobby militaro-nucléaire va alors lancer le programme de missile
M-51 (mer-sol) et de l'ASMP (air-sol). Dans ce discours, le président de la République précise que les intérêts
vitaux (les
intérêts vitaux ne sont jamais définis ouvertement ) de l'État, défendus par la force de frappe, comprennent notamment les pays alliés de la
France. Il oriente ainsi la voie à une défense européenne nucléarisée.
Le 21 mars 2008, le
président Nicolas
Sarkozy se fait le défenseur de la stabilité de ces conceptions françaises de dissuasion nucléaire excluant les frappes préventives.
Mise en place des forces nucléaires
En 1959 est créée la Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques (SEREB), le mandataire de l'État et maître d'œuvre des futurs systèmes d'armes de la Force nucléaire stratégique (FNS). Un an plus tard, la SEREB collabore avec les sociétés Nord-Aviation et Sud-Aviation et établit les programmes des « Études balistiques de base » (EBB), dits des « Pierres Précieuses ». Ils sont destinés à acquérir les technologies nécessaires à la réalisation de la FNS. C'est aussi en 1959 que le premier bombardier Mirage IV, construit par Dassault, est présenté en vol au général de Gaulle lors du salon du Bourget, à peine trois années après la signature du projet.
Le 13 février 1960 a lieu le premier essai français d'une bombe A à Reggane, dans le Sahara algérien.
Suivi en 1961 par
l'essai en vol de la fusée AGATE, première de la série des « Pierres
Précieuses » au Centre d'essais d'engins spéciaux
créé le 24 avril 1947 à Colomb-Béchar
en Algérie française.
En 1963, le gouvernement français opte pour la réalisation de deux nouveaux systèmes d'armes, terrestre et naval, avec :
- des missiles sol-sol à tirer d'un silo : le SSBS.
- des missiles mer-sol à tirer d'un sous-marin à propulsion nucléaire : le MSBS,
L'année 1964 marque le début de la permanence de la
dissuasion nucléaire française. En effet, le 14 janvier, les Forces aériennes stratégiques sont
créées. En février, le premier Mirage IV et le premier avion ravitailleur Boeing
C-135 arrivent dans les forces. En octobre, la première prise d'alerte par
un Mirage IV, armé de la bombe AN-11, et un avion ravitailleur C-135F a lieu sur base
aérienne de Mont-de-Marsan (40). La triade arme nucléaire, avion vecteur et
avion de projection est alors opérationnelle.
Au printemps 1966, avec 9 escadrons de Mirage IV, l'ensemble de la 1ere
composante de la force de dissuasion est réalisée.
Le 24 août 1968 a lieu le premier essai d'une bombe H, sur l'atoll de Mururoa dans l'océan Pacifique.
La pseudo-indépendance de la France
Les États-Unis partagent secrètement le dispositif de sécurité et
d'armement avec la France dans les années 1970 [8]. La première unité opérationnelle de
la Base aérienne 200
Apt-Saint-Christol sur le plateau d'Albion est mise en service le 2 août 1971 avec 9 SSBS S2, la
seconde le 23
avril 1972[9]. Le 1er décembre 1971 entre en service
le sous-marin nucléaire lanceur
d'engins (SNLE) Redoutable. En octobre 1972, deux escadrons de Mirage IIIE
de la 4e escadre de chasse de la forces aériennes
tactiques (FATac) se voit confier la mission nucléaire tactique avec
l’arrivée de la bombe AN 52[10] En 1973, 60 Mirage IV répartis sur 9 bases sont désormais en alerte[11]. Le 1er mai 1974, le premier des 5
régiments de missiles Pluton entrent en service dans l'armée de terre française. Le 1er octobre 1974, 2 escadrons de SEPECAT
Jaguar de la 7e escadre de chasse sont
déclarée officiellement nucléaire tactique. Ils seront rejoint dans
cette mission par un troisième escadron le 1er janvier 1981. Un escadron
abandonnera ce rôle à partir du 31 juillet 1989 suivi par les 2
derniers le 31 août 1991[12].
Le 10 décembre 1978, le porte-avions
Clemenceau reçoit, suite à une IPER, la qualification
nucléaire : un local spécial pour l'embarquement de quatre ou cinq
armes nucléaires AN-52 pouvant être utilisé par les Super-Étendard de la Marine nationale y était aménagé[13];
entre 1980 et 1981, c'est le Foch qui est à son tour aménagé
dans cette fonction pour une prise opérationnelle de service le 15 juin 1981 [14][15]. Durant les années 1980, la Force de frappe atteint son maximum
avec environ 500 ogives nucléaires :
- Six Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins (SNLE) basés à l'Île-Longue dans la rade de Brest emportant 384 têtes sur 64 missiles MSBS. En novembre 1987, les SNLE représentent une puissance de destruction de 44 mégatonnes [16] ;
- 18 missile S3 basés sur la base aérienne 200 Apt-Saint-Christol au plateau d'Albion dont la première unité opérationnelle a été mise en service le 1er juin 1980 et la seconde le 31 décembre 1982;
- 30 missiles Pluton dans 5 régiments d'artillerie de l'Armée de Terre, le missile Hadès devait le remplacer ;
- une soixantaine de missiles air-sol ASMP et de bombes nucléaires pouvant être utilisés par les Mirage IV (34 en ligne en 1983[17]), Mirage 2000N, Dassault Jaguar de l'Armée de l'air et les Super-Étendard de la Marine nationale.
Le 11 septembre 1991, le Président de la République annonce le retrait anticipé des missiles Pluton dont les derniers seront retiré le 31 août 1993.
Le 8 avril 1992, le président François Mitterrand annonce la mise en place
d'un moratoire sur les essais nucléaires. Le 13 juin 1995, nouvellement élu,
le président Jacques Chirac annonce que huit essais nucléaires
auront lieu de septembre 1995 à janvier 1996. Ces essais ont pour but de récolter assez de données
scientifiques pour simuler les futurs essais. Une vague de contestation
internationale a lieu. Le 29 janvier 1996, dans un
communiqué, la présidence annonce, après le sixième essai (qui a eu lieu le 27 janvier
sur l'atoll de Fangataufa en Polynésie)
sur les huit prévus à l'origine, que la France met fin aux essais nucléaires.
Avec ce dernier tir, c'est 210 explosions qui ont été réalisées par la France
depuis l'acquisition de l'arme atomique en 1960.
Suite à la fin de cette dernière campagne de tests, la France signe le Traité
d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) le 24
septembre et démantèle ses installations de tests dans le Pacifique. Le
Parlement ratifie le TICE le 6 avril 1998, engageant ainsi la France à ne plus jamais réaliser
d'essais nucléaires.
En 1996, les 18 silos de missiles sol-sol du plateau d'Albion dans le Vaucluse sont désactivés.
Plusieurs programmes sont toujours en cours malgré la signature du Traité de Non-Prolifération
- la poursuite de la construction des sous-marins nucléaires de nouvelle génération (SNLE-NG)
- le développement du nouveau missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMP-A) dont la livraison débute en 2008
- l'entrée en production du missile balistique M-51, prévu pour 2010
- démantèlement depuis fin 1997 des deux sites de production de matières fissiles de qualité militaire (Marcoule pour le plutonium militaire et Pierrelatte pour l'uranium hautement enrichi).
- les différents équipements du programme Simulation, gérés par le CEA. Ce programme doit permettre la mise au point des futures têtes nucléaires, dont la validation se passera d'essais en vraie grandeur, à l'aide du supercalculateur TERA-10, du Laser Mégajoule et de l'installation Airix.
Alors qu'en 2005 les Crédits de paiement se montaient à 3,15 milliards d'euros (constants de 2005) et représentaient 20,7% du budget de la Défense, en 2010 les Crédits de paiement sont en augmentation et se montent à 3,55 milliards d'euros et représentent 21% du budget de la Défense.
Contestons la stratégie de mort et la dilapidation de l'argent des citoyens
Des manifestations pacifistes ont régulièrement lieu à proximité du principal site de stockage de ces armes, comme à l'occasion des commémorations des 60 ans des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.
Les contestations portent d'abord sur les essais nucléaires français. Elles ont été particulièrement vives lorsque le président Jacques Chirac a décidé de reprendre une dernière fois les essais nucléaires en 1995, pour pouvoir effectuer des simulations dans le but de la continuité du développement de la Force de frappe, alors que le 12 mai 1995, le Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) avait été renouvelé pour une période indéfinie. Il convient tout de même d'admettre que le TNP ne contient aucune disposition visant à limiter les droits d'un État doté de l'arme nucléaire (5 États, dont la France, sont « dotés » au sens du traité) à procéder à un essai nucléaire. La France n'avait pas en 1995 signé le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE).
Les critiques portent également sur la doctrine de la dissuasion française.
Avec la chute de l'Union soviétique et
la fin de la Guerre froide, l'intérêt d'une force de frappe
nucléaire est remis en question par certains de ces opposants : les intérêts vitaux de la France n'étant plus menacés
directement par aucune puissance majeure (selon Jacques Chirac), ils jugent que
la réponse nucléaire n'est plus pertinente mais suggère que les intérêts vitaux
de la France peuvent toutefois être mis en danger par de nouveaux types
d'ennemis... ce qui justifie la mise en place d'un nouveau type de dissuasion
nucléaire.
Les critiques portent actuellement surtout sur la "modernisation et l'adaptation"
des armes nucléaires françaises, qui constituent un véritable encouragement à
la prolifération nucléaire. Par exemple, le nouveau missile
M-51 contreviendrait aux dispositions de l'article VI du TNP qui
commande à la France de procéder à long terme au désarmement de son arsenal
nucléaire, et non pas de le développer.
Les critiques portent aussi sur la « dimension immorale » de la
dissuasion nucléaire, et s'appuient sur la déclaration de la Cour internationale de justice en 1996 qui déclare que « la menace ou l'emploi d'armes nucléaires
serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans
les conflits armés ».
Enfin, les critiques portent sur la dimension économique et sociale de la force de dissuasion nucléaire, qui emploie plus de 10 milliards d'euros (3 milliards seulement pour le missile M51) dans le budget de défense.